Archives de Catégorie: Extrapolations
Le cri du poulpe
A Paris, par temps de neige, les joyeux pilotes de 2 roues vont à pieds. Ce qui leur donne l’occasion de faire des rencontres. Après avoir croisé des scouts en short (il faudra qu’on m’explique l’intérêt de porter le short par -3degrés) et des pots d’échappement de scoot’ écrasés (j’aurais préféré voir des pots d’échappement en short et des scouts écrasés…), admiré de belles dames haut perchées coincées sur des îlots secs au milieu d’une mer gelée et glissante (souvent ces îlots étaient des plaque d’égout, comme quoi il n’y a pas de dégout à assumer ses goûts en matière vestimentaire) et glissé de concert avec des touristes qui ne reculent devant rien pour découvrir notre belle capitale, il m’est soudainement revenu une légende urbaine qui a la dent dure :
Les jours de neiges, sur les parcelles vierges de traces de pas (donc là où la main de l’homme n’a pas encore mis le pied), à proximité des arbres, si on reste immobile et concentré, on parvient à entendre le cri du poulpe ; un chant étrange et envoutant, doux comme un chocolat viennois et puissant comme un banquier prêt à signer une assurance vie. C’est dire…
Poupidou, le cri du poulpe résonne encore à mes oreilles… il m’accompagnait à l’exposition Soutine, parmi les portraits torturés et les animaux éventrés. Je me demandais, dans un éclair, pourquoi Soutine n’a pas eu l’idée de peindre un scout éventré, le visage tordu et la moue dégoutée ? Oui, pourquoi ?
La petite fille à la poupée, écrasée par le poids de son avenir sans doute glauque, l’enfant au jouet ont les couleurs ne sont pas sans rappeler les écorchés… la déchéance, ou portrait d’une femme mûre avant l’ère Loréal…
et cet arbre puissant,
ces glaïeuls qui paraissent respirer…

La neige, la marche, le cri du poulpe « poupidou », tout ça a créé une mystérieuse alchimie qui m’a fait aimer Soutine… mais toujours pas les scouts…
Conte d’hiver
Les réminiscences de cette première semaine me donnent envie de vous raconter une petite histoire.
Il s’agit d’une vieille dame, Matilda. Matilda présente une caractéristique intéressante : elle est immortelle. Elle tient son immortalité d’un acte très simple : l’achat. Aussi loin que ses souvenirs remontent, elle a toujours vécu dans l’opulence. Soit par ses mariages riches, soit à la force de son travail.
Tant que Matilda peut acheter, elle stoppe son vieillissement. Longtemps, elle a gardé l’aspect de ses 20 ans. Belle, elle était convoitée par des hommes riches qui lui donnaient de l’argent. Grâce à cet argent, elle entretenait sa jeunesse.
En temps de guerre ou de crise, la dépense étant moins aisée, Matilda n’a pas pu éviter de prendre de l’âge. Mais Matilda est une battante, elle a vaillamment traversé les époques. Intelligente, elle s’est mise à étudier pour être autonome et gagner sa vie, dès que ça a été possible. Elle a fait partie des premières femmes à travailler.
Elle a connu tant d’homme qu’elle a cessé de les compter. Des chacun d’entre eux, elle a tiré la substantifique moelle qui lui permet de continuer son chemin infini : l’argent.
Le vingtième siècle a été dur pour Matilda ; elle l’a abordé à l’aube de ses quarante ans, âge auquel les femmes présentent moins d’intérêt pour les hommes ; elle a dû s’en remettre à elle-même, ses prétendants étaient devenus trop rares pour qu’elle puisse compter sur eux.
Chacune des guerres du XXème siècle a fait prendre 10 ans à Matilda.
Dans les années 70, l’invention de la carte bleue lui a fait retrouver l’énergie de sa jeunesse. Moins entravée dans son processus de maintien en vie, elle a pu booster son évolution à coup d’achats impulsifs; le maniement du bout de plastique bleu rendait soudainement lointain de concept de l’argent. L’utilisation de pièces et de billets avait freiné un peu ses frénésies acheteuses, la CB a ajouté un niveau d’abstraction à ses pulsions consommatrices
L’apparition des ventes en lignes a fait beaucoup de bien à Matilda : elle pouvait acheter 24h sur 24. Elle s’est mise à rajeunir. Son aspect plus présentable lui a permis de trouver plus facilement du travail et les hommes, enthousiasmés par la mode des « cougars » se sont de nouveau mis à lui rendre leurs hommages. Matilda revivait.
Ces dernières années, la crise a rendu la consommation moins aisée ; Matilda, peu à peu, a recommencé à vieillir. Ne voulant pas résigner à se voir décliner après avoir traversé les siècles, elle a cherché une solution pour conserver son immortalité ; elle a fini par trouver : la proximité des caisses enregistreuses.
Si elle reste proche d’une caisse enregistreuse, Matilda stoppe son processus de vieillissement. Quand elle a eu fait cette découverte, elle s’est mise à fréquenter les supermarchés de son quartier de façon quotidienne, essayant de se tenir le plus près possible des caisses. Mais les caissières, gênées et un peu effrayées par cette dame d’âge respectable qui passait plusieurs heures par jour plantée à côté des sacs réutilisables, ont fini par se plaindre. Matilda a dû trouver une autre solution: Sous le prétexte de faire ses courses, elle se rend tardivement dans les supermarchés et s’y laisse enfermer. Elle passe la nuit pliée en deux sur une caisse enregistreuse et au matin peut sortir fraîche et dispose.
Un jour férié est pour elle une aubaine : elle peut se régénérer plus longtemps.
La prochaine fois que vous ferez vos courses, si vous croisez une vielle dame qui erre dans le magasin au moment de la fermeture, surtout ne dites rien à personne et laissez-là profiter de la vie tranquillement…
La réalité est là : http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2013/01/02/guigne-une-femme-passe-le-reveillon-enfermee-dans-un-supermarche/
La fiction ici: http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Man_from_Earth
La chouette musique là : http://www.youtube.com/watch?v=Q06wFUi5OM8
Boîte vocale et esprit de Noël ne font pas bon ménage
Reparlons encore un peu des serveurs vocaux et des SAV, en particulier de celui (décidemment très actif me concernant) de la FNAC. Episode 1 par ici. Comme la question a déjà abordée à plusieurs reprises, je ne vais pas m’étaler dessus. Juste vous retranscrire quelques impressions.
Petites précisions « à toutes fins utiles » :
– Mon ordi portable se crashe sauvagement et refuse de repartir,
– J’ai la « garantie totale » qui suppose couvrir ce cas,
– Je suis d’un calme olympien et d’une tolérance absolue, mon surmoi est détendu et j’aime mon prochain, même celui qui œuvre sur les plateformes d’appel.
Jour 1
Temps d’attente : au moins 10mn.
L’opérateur 1, charmant, me propose de déclencher un retour, soit de programmer un enlèvement par coursier. Cool. Mais pour arriver à ce résultat satisfaisant, temps total de la transaction téléphonique : plus de 2h. Pourquoi ? Par ce que chaque question (des questions particulièrement complexes comme « quelle peut être la tranche horaire de passage du coursier ? » ou « faut-il remettre la facture dans le carton ? ») entraîne une mise en attente d’au moins 10mn. Et qu’un transfert d’appel demande au moins 15mn.
Mais bon, tout espoir est encore permis et l’esprit de Noël flotte sur moi.
Jour 3, dit « jour de l’enlèvement du colis » :
½ journée coincée à la maison,
Rien, personne ne sonne à ma porte, pas le moindre appel,
Petite conversation avec la boîte vocale (dite BV) :
BV Appelez-vous pour la même raison que la dernière fois ?.
Moi voix off Merde, je suis fichée
Voix on NON
BV Sachez que vous pouvez maintenant vous exprimer …. Blablabla…. C’est à vous !
Moi Je veux parler à un opérateur.
BV Je ne comprends pas votre question… veuillez reformuler!
Moi OPERATEUR !
BV …
Moi Suivi d’incident ?
BV Oui ! merci !
Suivent 5mn de questions déjà posées la veille… puis 10mn d’attente avec un p….n de jingle particulièrement insupportable.
Il apparaît, après 40mn de discussions avec une demi-douzaine d’opérateurs, que le transporteur n’est pas passé parce qu’il n’avait l’adresse de livraison. Il a dû préférer aller boire un coup plutôt que de m’appeler et de m’avertir, voir de me demander l’info…
Programmation d’un autre enlèvement dans 2 jours. Mais l’esprit de Noël flotte toujours sur moi. De façon un peu moins prononcée, mais ça va. Je pars en sautiillant vers de nouvelles aventures.
Se passent environ 15mn, puis je reçois un message sur mon téléphone portable (comme quoi s’ils veulent prévenir, ils peuvent) dans lequel on m’indique que je peux porter mon ordi à la poste. Et que donc je n’ai qu’à faire ça, au revoir et bonne soirée… MAIS JE NE VEUX PAS !
Jour 4, dit « jour de la confirmation »
BV Appelez-vous pour la même raison que la dernière fois ?.
Moi NON
BV Sachez que vous pouvez maintenant vous exprimer …. Blablabla…. C’est à vous !
Moi Je veux une confirmation d’enlèvement,
BV Je ne comprends pas votre question… veuillez reformuler!
Moi GROSSE CONNE ! TU FAIS CHIER AVEC TES QUESTIONS ! LAISSE-MOI PARLER A UN ETRE HUMAIN !!
BV … Je ne comprends pas. Sachez que vous pouvez contacter directement votre magasin. Quel est votre magasin ?
Moi FNAC.COM
BV Je vous passe….. Le magasin de Montpellier.
Moi GROSSE NAZE! TU ME FAIS PERDRE DU TEMPS! TAIS-TOI! VA TE FAIRE VOIR!!
Temps de l’opération : 10 mn, je rappelle. L’esprit de Noël est un concept.
BV Bonjour, blablabla, exprimez-vous
Par « exprimez-vous », ils entendent : « trouvez les 2 ou 3 mots de vocabulaire que la BV sait reconnaître, sinon allez vous faire voir ! Bonne chance et allez au diable».
Moi Service après-vente.
Suivent 35mn de conversation oiseuse avec pas moins de 3 opérateurs. Je finis par pouvoir expliquer le cas : je ne veux pas aller à la poste et perdre encore 48h dans la transaction, JE VEUX UN TRANSPORTEUR ! Comme promis… Et là, l’esprit de Noël n’est plus qu’un lointain souvenir… un éther à peine distinct dans un passé très lointain.
(Note pour les curieux : Ether est ici considéré comme un fluide très subtil qui, selon les Anciens, était censé remplir les régions de l’univers situées au-delà de l’atmosphère terrestre. Litt. Les espaces célestes)
L’opérateur : Très bien, je fais la demande, ce sera OK pour vendredi, et je vais en sorte que ce soit en début d’après midi…
Jour 5, dit « seconde tentative d’enlèvement du colis »
½ journée coincée à la maison
14h je ne vois que l’herbe qui verdoie et la route qui poudroie…
14h30 je ne vois que l’herbe qui verdoie et la route qui poudroie…
15h je ne vois…
15h30 je ne vois que le rouge me monter aux joues et les vaisseaux éclater dans mes yeux tellement la pression monte…
16h j’appelle la BV…
BV Appelez-vous pour la même raison que la dernière fois ?
Moi NON! ET JE T’EMMERDE!!
BV Sachez que vous pouvez maintenant vous exprimer …. Blablabla…. C’est à vous !
Moi VA TE FAIRE FOUTRE, GROSSE POUFFE DE MERDE ! JE TE DETESTE !!!
BV Le service que vous demandez est fermé… merci de renouveler votre appel…
Raccroche. Je rappelle
BV Appelez-vous pour la même raison que la dernière fois ?
Moi (retenant mon langage ordurier) NON
BV Sachez que vous pouvez maintenant vous exprimer …. Blablabla…. C’est à vous !
Moi FNAC.COM
BV Je ne comprends pas, sachez que vous pouvez maintenant vous exprimer …. Blablabla…. C’est à vous !
Moi Service après-vente ?
BV Merci ! Votre temps d’attente est inférieur à 7mn
15mn plus tard, un opérateur m’explique que non, rien n’a été programmé pour moi ce jour. Trop fort ! Ca explique pourquoi le transporteur n’est pas passé: Il n’a pas été prévenu! Quels farceurs, ces opérateurs FNAC!
Reprogrammation, mais (subtilité) à une autre adresse : 4 pauses de 5mn pour obtenir les bonnes informations et la procédure à suivre (pour changer une adresse…)
Jour 7 (demain) je vais allumer des cierges et entreprendre une danse tribale pour amadouer les Dieux du SAV… Et je vais demander à ce que soit immolé le pervers qui a composé la musique d’attente de cette FUCKING boîte vocale. Il sera exterminé par audition perpétuelle des romans de Marc Levy…. Il me reste une semaine pour récupérer l’esprit de Noël, qui flotte très-très-très loin dans un espace dans lequel, c’est bien connu, personne ne vous entend crier…
Cette semaine, j’ai bu les dernières gouttes de pluie pour connaître les pensées des Dieux…
…Mais les Dieux sont comme les princes charmants : si on arrête d’y croire, ils disparaissent…
Et pour cause : Les dieux sont en passe d’être remplacés par des machines. Et pas n’importe quelle machine : une machine qui contrôle tout, absolument de tout de votre vie. Non, pas votre ifaune, votre i-pad, votre i-pod ni même votre androïde 250G ou tous les i-pud, i-poud, i-poid, i-ped, i-pyd, i-paid que l’on pourra inventer . Tout ça, c’est de la gnognote à côté de de votre future coach personnel électronique: là, le « bitfit’.Le machin qui fait tout, mais alors absolument tout pour vous à votre place et sait mieux que vous ce qui vous convient !
1984 ? Une surprise-party pour les bisounours à côté!
Voilà le topo : vous vous fixez des objectifs que le truc vous aide à atteindre. Si vous êtes bien gentils, il vous distribue … des images…, comme quoi on a rien inventé de mieux depuis le primaire. Ce que ne dit pas la pub, c’est si au bout de 10 images on a droit à une grande image (pour ceux qui comme moi sont nés très loin dans le siècle dernier). Et au bout de 10 grandes images, à un un poster de Carla Bruni avec ses écouteurs Zik…
Il ne faut pas se leurrer: les challenges sont importants: marcher, monter des escaliers, dormir la nuit, brûler quelques calories… les vrais trucs de la vie, quoi, ceux qu’on a réellement envie de mettre en valeur. Ceux pour lesquels on ressent, très profondément en soi, le besoin d’une aide 24/24… les trucs pour lesquels, petits scarabées que nous sommes, nous avons BESOIN DE NOUS SENTIR ASSISTES. Parce que pour tout le reste, c’est vrai, nous sommes parfaitement autonomes.
C’est top: Pour mieux vous challenger, vous pouvez aussi publier sur les réseaux sociaux vos performances et les partager avec vos amis ! Trop fort ! Genre »aujourd’hui j’ai monté 50 marches » ou «j’ai marché 258 mètres dans le métro », qui fait mieux ? Du coup on va voir dans Paris (parce que je suis intimement convaincue que c’est le truc par essence du bobo parisien qui roule en 4X4 et jette négligemment ses mégots dans la rue) des tas de gens (connectés à des boîtiers) monter et descendre les escaliers, cavaler dans les escalators et piétiner dans les files d’attente. Et pourquoi, me direz-vous, se passionner ainsi pour un truc électronique qui ne fait que quantifier ce que l’on sait depuis des lustres mais que personne ne fait ? C’est tout simple :
1- Parce qu’il surfe sur l’esprit de compétition (MOI j’ai monté plus de marches que TOI),
2- Par ce que (et ça c’est génial) IL COMPTE LES CALORIES BRULEES. En gros : je mange un mars (357cal) et après je pars dans la cage d’escalier de mon immeuble et je monte et descend jusqu’à totaliser les 357 calories fatales. Eh ouiiiiii… les coachs humains ne sont pas capables d’annoncer précisément le nombre de calories brûlées. C’est sans doute ce qui les perdra.
C’est grave, non ?
Et ce n’est pas tout : le truc étudie votre cycle de sommeil et vous oblige ainsi à vous régler d’après ses analyses. Votre seule contrainte sera de le porter pour dormir. Moi qui croyais naïvement:
1- Que le nuit, la seule portable ce sont quelques gouttes de parfum
2- Que le chaque humain était unique… ben non, faut croire que non, puisqu’une bête machine peut le contrôler.
Question : qui met les données dans la machine ? Qui contrôle le corps humain ? Qui va bientôt contrôler ce qu’il reste de son âme ? Serait-ce une sorte de secte ? La secte « de ceux qui portent le bracelet de contrôle après avoir porté le bracelet qui rééquilibre les énergies » (très à la mode l’an dernier).
Dialogue :
– Bonne nuit chéri !
– Quoi, déjà ? mais, c’est samedi ! J’ai pas eu ma gâterie !
– T’avais qu’à pas passer 2h dans les escaliers pour battre le record de Kevin, maintenant c’est l’heure idéale pour moi pour dormir !
– Ahhhhh… moi c’est dans 37mn….
– Tant pis pour toi, tu n’as qu’à lire !
– Lire ? mais ça va pas? J’ai pas lu depuis l’école, et encore c’était parce que c’était obligatoire…
– Trouve un truc, c’est pas mon problème ; d’ailleurs j’éteins, ça va favoriser mon endormissement ; et il faudra acheter des ampoules vertes, c’est mieux pour se détendre…
– Mais… pour moi c’est des roses !
– Va falloir que se synchronise, sinon on ne va pas pouvoir vivre ensemble longtemps….
Ils s’endorment avec leurs bracelets docilement allumés.
Au matin, une vibration (AAAAaahhhahhaaa…. Quelle horreur…..) leur annonce qu’il est temps de se lever et immédiatement ils reçoivent sur leurs téléphones portables la liste des challenges de la journée à venir, assortie de la liste de leurs amis Facebook qui relèvent les défis. Et aussi les calories à brûler s’ils veulent maintenir leur taille 38. Pas le temps d’un bisou.
Le soir, ils pourront festoyer autour des graphiques résultats de leur journée d’efforts. Tous connectés à leur boîtier, leur téléphone, leur i-pad, leur compte Facebook. Ils boiront des cocktails lights en se congratulant puis iront se rouler dans la coke parce qu’ils s’ennuient décidemment trop. Certains, les plus atteints, iront chanter du Patrick Juvet en montant les escaliers de tour Eiffel, par les nuits de pleine lune. On les appellera les loups-gourous…
Ce qui m’éclate, c’est que cette domination incontestée de l’homme (et de la femme, mais moins) par la machine va vraisemblablement toucher ceux qui se précipitent dans les marchés bio et les spas de toutes sorte. Ou qui prennent des cours de yoga et de méditation. Ceux qui fantasment sur leur corps, le contrôle de leur corps, leur spiritualité qui flirte avec la bourse et la dernière console de jeux…
Concédons cette « avancée » technologique… à une seule condition: intégrer au boîtier un correcteur orthographique, grammatical, syntaxique et intelligent qui force les porteurs à parler et écrire correctement… ça serait déjà ça de gagné, comme challenge…
Moi, ce que j’en dis, les Dieux, c’est « soyez cléments » , ça va pas pouvoir durer…
Ma nuit burlesque

Public-chéri-mon-amour (et je ne répéterai jamais assez à quel point j’eusse aimé être à l’origine de cette appellation…) je n’ai pas coutume de m’étaler sur ma vraie vie. Mais ce coup-ci, je vais m’immoler sur l’autel de l’égotisme, spécialement pour toi. Donc, parler de moi … Enfin, plutôt d’une récente expérience à laquelle j’ai participé…
Dans ma recherche effrénée d’expériences diverses, j’avais postulé à une annonce trouvée sur le site internet d’Arte ; il s’agissait de participer à la création live de la suite du film « Tournée » de Mathieu Amalric. Pour les puristes : participer à un Larp (Live Action Role Playing) qui serait filmé (en vue d’une diffusion, s’entend). Et ma candidature a été acceptée. (Ca fait plaisir, parfois, qu’une candidature soit acceptée…)
Pour ceux qui n’ont pas vu le film, « Tournée » raconte les tribulations d’une troupe américaine de cabaret new burlesque dans une série de villes portuaires françaises.
Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est le new-burlesque, petite citation wikipedia : « performances scéniques réalisées par des danseuses ou danseurs légèrement vêtus ou pratiquant le striptease »
Les échanges de mails concernant l’organisation m’ont mise à la tête d’une fiche personnage, d’un descriptif de la soirée à venir et d’un trombinoscope. L’expérience allait de dérouler de nuit (premier obstacle me concernant, surtout une nuit de pleine lune…). Dans le jeu, une audition était prévue. Soit: potentiellement, parmi les participants se trouveraient des performeurs « légèrement vêtus ou pratiquant le striptease ». Sur le coup, honnêtement, j’ai failli décliner (j’ai un grand sens du ridicule, surtout du mien), mais deux choses m’ont convaincue d’y aller : la fascination exercée par les shows extravagants et l’envie de participer à une expérience nouvelle. Et comme il n’était pas obligatoire de participer à l’audition… j’ai mémorisé les suggestions d’interactions avec certains personnages, essayé de repérer sur le trombinoscope ceux auxquels j’aurai à faire, fait deux ou trois tentatives de chant qui m’ont définitivement découragée de participer à l’audition, enfourché mon fidèle destrier et suis partie dans la nuit noire, en hurlant à la lune. Ca fait toujours son petit effet sur le périph’.
Donc me voilà sur place, le cœur dans la gorge et très moyennement sûre de moi. Le lieu est tout préparé pour l’évènement : un espace en-cas, une espace « loges » et la grande salle dans laquelle la majorité de l’improvisation se déroulera. Pas de décors (juste de quoi s’asseoir), un caméraman, une équipe technique.
Premier constat : l’ambiance est détendue, sympathique et ludique. Les organisateurs sont accueillants et ouverts, les pizzas sont chaudes. Ca fait sérieux.
Personne ne connaît la vraie identité des participants.L’atmosphère est rigolote, entre tenues de show, maquillage, derniers préparatifs et récapitulatif des rôles (salut, t’es qui, toi?). Petit tour de piste : les personnages sont remarquablement incarnés. Nous avons parmi nous un groupe de performeuses aux looks très pro, des patrons de salle, de cabaret, producteurs totalement crédibles, un commandant de bord (identifiable à son costume), une hôtesse de l’air (même remarque) et une kyrielle de personnages divers moins typés par leurs tenues (je me case dans cette catégorie) ; quelques rôles masculins sont tenus par des femmes, mais –me concernant- ça n’a fait aucune différence.
Après le brief et quelques exercices, la soirée débute par la projection du film, ce qui met l’ensemble des joueurs en condition pour la suite. Vers 23h30, le jeu commence. C’est-à-dire : on n’est plus soi. Et on improvise.
Chacun fait sa vie, en suivant plus ou moins les suggestions figurant sur les fiches personnages. Tout le monde semble être entré dans le jeu et les situations se créent petit à petit.
Comme nous étions assez nombreux, il est difficile de raconter l’histoire qui a été montée dans sa globalité. Une intrigue principale tout à fait dans la lignée du film et manifestement des tas d’intrigues parallèles, dont quelques meurtres, trahisons, révélations fracassantes, tentatives de drague et sans doute des tas de choses dont je n’ai eu vent : présence d’extra-terrestres, élection d’un président de gauche, retour sur scène de Patrick Juvet, entrée dans les ordres de DSK, ouverture d’une brèche spacio-temporelle pour permettre à Marc Levy d’apprendre à écrire… mais je m’égare…
Le clou de la soirée a été sans conteste les shows burlesques présentés lors des auditions. Honnêtement ? J’ai été bluffée… il y a eu des performances pro (très pro) et des performances amateurs totalement impressionnantes. C’est-à-dire préparées, travaillées, étudiées… comme ça, juste pour le jeu ! Du vrai fun, de longs gants noirs, des paillettes, des guêpières, des tas de choses qui brillent, des bottes extravagantes et des plumes d’autruche… un vrai mirage si près du périphérique…
C’est là que j’ai eu une révélation : il est extrêmement difficile de se mesurer à des femmes à moitié dévêtues.
Oui, énoncé comme ça, ça a sans doute l’air évident… Mais j’ai sincèrement eu l’impression que la moindre tentative de numéro habillé (autre que chanté ou dansé) aurait été … un peu comme un cheveu sur la soupe, une fille en tenue de ski au milieu de plagistes en bikini, un comédien parmi les hommes politiques (c’est à dire incongru)… ou alors il fallait être vraiment très bonne… ou sous l’emprise de substances diverses et non avariées…
Comme c’était une soirée placée sous le signe de la découverte, j’ai d’autres révélations fracassantes à vous faire :
– Les gnistes sont parmi nous (oui, parmi vous aussi) ; ce ne sont ni des aliens, ni des androïdes espions, mais des gens étranges aux actes régis par des lois qui leurs sont propres. Ils ont l’air d’avoir de multiples talents et s’emploient à convertir les non-gnistes. Mais je n’ai pas eu l’impression que ce soit une secte ou une religion… Donc s’ils vous approchent, vous pouvez leur parler aimablement (les gnistes sont les participants aux jeux de rôles Grandeur Nature),
– Les commandants de bord rament (ils sont pagaies),
– Les informaticiens sont les mêmes dans la vie et dans les personnages de jeux de rôle… ce sont des gnistes qui s’ignorent. Je propose qu’ils soient déclarés « race à part » ; comme de toute façon ils ont un langage à eux…,
– Les niples devraient être remboursés par la sécurité sociale, vu leur effet requinquant,
L’impro géante a duré près de 4 heures. Et oui, on tient parfaitement sur la durée… d’ailleurs après le signal de fin, c’est un peu difficile de trouver quoi dire… après tout, on débarque pour de bon à ce moment là….
Un grand merci aux organisateurs, aux participants, à tous ceux qui ont apporté leur contribution à cette expérience bluffante, inattendue et pleine de surprises. Et encore bravo pour tous les shows…
