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Sur le chemin d’un futur lupinant

J’aurais dû me méfier, mais j’avais décidé de garder ce fond d’optimisme et de candeur qui fait de moi un être surréaliste dont la vie devient improbable au premier changement de température.
De toute façon, je ne pouvais pas refuser ce job. Trop d’individus louches et malintentionnés me tournaient autour. Inspecteurs des impôts, experts comptables et jusqu’à mon dentiste semblaient danser la macarena sous mon crâne en permanence. J’aime assez danser, mais pas la macarena et pas avec un inspecteur des impôts. En plus, en ce moment, je suis trop fatiguée pour danser.
Poussée par le besoin de me refaire une santé financière, morale et accessoirement de remplir mon frigo d’autres choses que de patates et de gnocchis, revêtue de mes plus beaux atours, je pris donc la route ce mardi matin-là. Mon fidèle destrier toiletté de frais démarra sans ronchonner malgré l’aberrante heure matinale à laquelle je sollicitais ses services et nous partîmes en chantant de concert « Hells Bells » dans le petit matin frileux.
Comme à chaque fois que je sors tôt de chez de moi, je me trouvais héroïque et profitais de ce point de vue inhabituel sur mon quotidien pour m’esbaudir de tout. Les boulangeries ouvertes, les stations service désertes, les gens aux visages tuméfiés de sommeil, emmitouflés dans des lainages bariolés, qui font semblant de lire le journal pour masquer leur déconfiture d’être assis à un arrêt de bus ou de tram à l’heure de sortie des rêves.
Rapidement, nous fûmes sur le ruban gris, anxiogène,  du périphérique et l’enchantement de la route cessa avec la première absence de clignotant. Embardée, klaxon, geste furieux. Quand le quotidien reprend le dessus sans prévenir, la tête me tourne et mes jambes tremblent. Mais je n’avais pas le droit, ni le temps, de flancher. Je continuais d’insulter copieusement le conducteur, le faisant profiter d’un pan du dictionnaire qu’il connaissait sans doute mal (du moins, mal dans ce contexte précis) et le dépassait en lui présentant le plus long doigt de ma main droite. Oui, je sais, ce n’est pas élégant, mais il est de ces circonstances où l’élégance doit rester un concept lointain, dépassé en intérêt par l’envie de montrer sa haine. (Pour être haineux et élégant, il vaut mieux quitter la route).

C’est là que tout a commencé. Quand j’ai dépassé son auto, j’ai nettement distingué son clignotant m’adresser un clin d’œil moqueur et ricaner. Ne relis pas, tu as bien compris. Je parle de son clignotant. Cette chose de plastique transparent rouge ou orange. Et ce clignotant (le gauche) s’est moqué de moi impunément. J’ai frémi, mais suis passée, digne comme quelqu’un qui se contrefiche des clignotants vivants. De toute façon, un bon coup de talon et exit le clignotant, me suis-je dis avec le courage qui me caractérise.
Jusqu’au tunnel sous la Défense, rien de spécial à signaler. Je n’aime pas ce tunnel, mais mon nouveau job m’oblige à le prendre dans sa version longue dub-remix (chiante, quoi). 5km de route mal éclairée, dans lequel motos et autos semblent faire des courses dont leurs vies dépendent au mépris le plus absolu d’une sécurité de bon aloi, et moi et moi et moi. J’avais à peine parcouru 1km, cernée par des engins dont la vitesse folle m’envoyait des vagues d’odeurs aussi puissamment déplaisantes que dépourvues d’oxygène, que la sueur inondait mon dos et que mon estomac me rappelait le trop de café avalé pour faire bonne figure. Je ne voyais pas le bout de ce tunnel. La claustrophobie me fit passer sans pitié de « guerrière vaillante » à « pauvre chose carbonisée de trouille ». L’angoisse me broyait la gorge et je sentais mes yeux s’embuer. 2km. L’éclairage avait encore diminué. Si un bouchon se formait, j’allais tellement flipper que je devrai abandonner mon scooter sur la bande d’arrêt d’urgence et finir à pieds. Pour me rassurer, je guettais les indications. J’avais pris soin d’apprendre par cœur mon itinéraire, je savais qu’il me fallait suivre « A86 ». Mais après 3km, malgré ma vitesse réduite, il m’était impossible de lire les panneaux dans cette obscurité poisseuse.
Comme s’ils lisaient dans ma tête, les petits hommes verts qui pointent les sorties de secours se sont mis à jouer à cache-cache, disparaissant dès que j’approchais, tandis que les néons verts se sont mis à clignoter orange et rouge, m’empêchant de quitter cet endroit satanique à pieds. Mon projet de fuite pédestre vers l’air extérieur venait de mourir. Je n’allais pas tarder à suivre. La java des hommes verts a commencé à me donner le tournis, l’alternance orange/rouge agissant comme un fer de maréchal ferrant sur mon cerveau, y imprimant la lumière aussi douloureusement que si elle me brûlait.  La température avait assez augmenté pour que de la buée se forme sur mes lunettes et ma visière, rendant le décryptage des caractères blancs sur fond bleu foncé des panneaux indicateurs impossible.
Tellement impossible que j’aurais juré que ces panneaux se déplaçaient. J’avais repéré qu’il me fallait sortir sur ma gauche et tous convergeaient pour m’inciter à sortir à droite. La base du panneau indicateur, c’est qu’il faut le suivre sans réfléchir. Je mis mon clignotant (qui eut la décence de ne pas se moquer) et entrepris la traversée du tunnel dans sa largeur. J’ai généré un concert de klaxons ulcérés par ma trajectoire malpolie, mais j’y suis arrivée. Sauf que les panneaux, sans doute ennuyés par ma réussite facile, avaient changé d’avis et m’indiquaient à présent de sortir sur la gauche. Trop tard. Je n’avais plus le temps et pas d’autre choix que de continuer tout droit, à moins de vouloir gaspiller mon repas de midi en péage. Un éclat de rire sardonique a retentit sous le tunnel, comme si tous les panneaux avaient décidé de me terrifier quand j’ai émergé à la lumière du jour, aussi tétanisée à l’idée d’être en retard qu’à imaginer ce qui avait pu émettre ce rire inhumain.

Sur l’autoroute, les autres panneaux s’en sont donnés à cœur joie pour me rendre folle: les numéros des sorties ne s’enchaînaient plus de façon chronologique, les noms des villes étaient modifiés (Bezons et Versailles étaient devenus Bezailles et Versons, ce dernier laissant couler des traînées d’un liquide sombre et gluant sur la chaussée), Colombes s’était transformé en oiseaux blancs qui voletaient au dessus de moi, me menaçant de leur projectiles intestinaux, Chatou miaulait pour insulter les colombes indélicates et Carrières sur Seine avait revêtu un costume sombre et une cravate. Mon cœur se mit à battre la chamade et je cru que j’allais m’évanouir à 110km/heure (oui, avec le vent dans le dos, je peux atteindre cette vitesse faramineuse). Je fus obligée de quitter l’autoroute et de m’arrêter.Au feu, le bonhomme rouge m’a engueulée parce que je m’était trompée de sens et m’a vertement indiqué que je ferai mieux de repartir sur le bon chemin si je voulais sauver ma carrière. Il m’a ensuite demandé combien font 11 multiplié par 55 et, satisfait de ma réponse, (605), m’a donné une petit tape amicale dans le dos en me susurrant que je ferais bien d’arrêter la jaja. Il s’est ensuite transformé en Hulk de la circulation et m’a regardée partir en dansant la macarena.

Par peur de le fâcher, je suis partie dans la direction qu’il m’avait indiquée. Pour découvrir qu’il n’y avait plus de direction possible. La route s’était transformée en un gigantesque poulpe à mille tentacules. Le long de chacun de ses interminables membres visqueux couverts de panneaux au sens abscons, des passages piétons zébraient la chaussée gluante d’autant de raison de perdre 600€ (je rappelle ici que les piétons sont omnipotents et qu’il peut nous en coûter 600€ de ne pas les laisser passer). Des hordes de ces piétons dégoutants, tous arborant des costumes sombres ou des tailleurs stricts (nous sommes dans le quartier des banques et des assurances) se jetaient sur la route, au mépris le plus total de mon désarroi, en hurlant des menaces de mort et en chantant des chansons de Chantal Goya. Je peux témoigner ici que « Pandi Panda » hurlé par un banquier au cou rendu violet par sa cravate trop serrée et qui fonce vers vous en agitant avec une véhémence de possédé sa tablette Apple, ça fait peur. Le propre du banquier, c’est son imprévisibilité. Ces gens déviants sont capables de tout. Y compris de vous empêcher de faire votre boulot.

Pas question de trembler devant un banquier. Je déglutis et accélérais, prête à délivrer l’humanité du poids d’un banquier, mais arrivée à son niveau, à ce moment fatidique ou on voit la peur dans le regard injecté de sang de sa victime, le maillet d’une voie sans issue s’est abattu sur mon casque, baissant ma visière embuée devant mes yeux et empêchant la mise à mort de l’opportun.

Troublée, la vue perturbée, le cerveau en vrille, je dérapais sur le tentacule qui indiquait Nanterre. La chute fut brutale, mais amortie par la chair moelleuse du poulpe. Je fis ce qui me semblait une glissade sans fin, passant devant des armées de banquiers sanguinaires et de joggers suréquipés qui courraient avec abnégation dans la pollution, pour finir ma débandade dans un mur de mobilier de bureau en déroute. Je me relevais péniblement et essayais de redémarrer mon scooter, mais il me dit qu’il en avait marre de mes conneries et qu’il se mettait en grève. Pour affirmer sa décision, il vomit ce qui lui restait de batterie à mes pieds et s’éteint dans un râle de souffrance. Je venais de perdre mon ami le plus fidèle, mais n’avais pas le temps de verser de larmes. Ma déroute était telle que je ne fus pas surprise quand une chaise bleue à roulettes s’approcha de moi et me dit dans un sourire défoncé « viens avec moi, chérie, ch’t’emmène ». Je montais sur la chaise et fermais les yeux. Je devais à tout prix arriver avant 9h20, peu importait par quels moyens.

La chaise se révéla de confiance. En flottant au dessus du labyrinthe démoniaque d’échangeurs et de voies sans issues, elle me chanta une jolie  version de « Quand t’es dans le désert ». Et oui, j’aurais bien aimé me trouver dans le désert, à cet instant précis. Elle me déposa à 09h19 devant la porte d’entrée de ma nouvelle vie et disparut avant que je n’ai pu lui demander des nouvelles des cochons dans l’espace.

Je pris un moment pour me redonner une contenance et avançais d’un pas assuré vers mon futur.

 

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Dans ton salon…

desamour

Il y a des moments dans la vie ou on se dit qu’un petit dessin vaut mieux qu’un long discours. Mais  considérons tranquillement l’idée qu’un changement de référentiel (bien trouvé) peut être aussi une bonne illustration.
Aujourd’hui, lecteur-assidu-mon-amour, nous allons faire un parallèle entre la route et ton salon.
En fait, je me trompe.
Toi qui me lis, tu es forcément subtil, fin et délicat. Plein d’humour, d’un haut sens de la dérision et de la causticité. Tu te baignes dans des pétales de roses et tu manges des chips de rayons de soleil (hé oui : vous êtes tellement nombreux à me lire que le soleil commence à faire la tête… d’où la météo impensable de ce WE estival. Tout est corrélé, fabuleux !).
Toi qui me lis, tu ne te comportes pas comme décrit ci-après. Mais tant pis, je vais quand même m’adresser à ceux-qui-ne-me-lisent-pas-et-se-comportent-comme-des-#@$£#.

Donc, pour illustrer (une fois de plus) le quotidien du motard, osons un parallèle. Toi, tu es le crétin débile moyen qui roule en liberté. Moi, je suis le motard et je viens chez toi, dans ton salon, me comporter comme toi  tu te comportes avec moi sur la route.

Je suis grosse et encombrante, parée de trucs inutiles qui font de la lumière. Je porte de larges lunettes noires qui ne laissent rien deviner de mon identité. Mais ne filtrent pas mon agressivité, dont la source remonte à une quelconque frustration liée à la taille ridicule de mon sexe.

J’arrive en portant une radio branchée sur une station inaudible, le son est à fond. Tu habites au 10e étage, mais tu m’entends depuis le rez-de-chaussée. Je monte dans l’ascenseur en chantant dans un yaourt crétin des bribes de mots que je ne comprends pas. Je choisis de bousculer tout le monde, de me précipiter sur le bouton « 10 » en empêchant les autres passagers de l’ascenseur de choisir leur étage. Ceux qui voudraient sortir se font bousculer par moi, sans raison bien sûr, juste pour le plaisir. Quand je descends, je prends bien soin de pousser tout le monde pour passer en premier en jetant des regards furieux et en marquant le rythme de la musique de la tête.

Je rentre chez toi en défonçant la porte, la sonnette ne servant à rien. Je néglige le paillasson. Cette question!!

Je t’ignore et commence à arpenter ton salon en jetant mes papiers gras partout, papiers roulés en boules dans lesquelles restent des fonds de bouffe grasse dégueulasse.

Tout le temps que dure ma visite, je mets mes doigts dans mon nez, jusqu’au coude et très régulièrement.

Si tu regardes la télé, je choisis le siège le plus proche, le pose juste devant toi et m’installe dessus. De la façon la plus dérangeante pour toi, tu l’as deviné.

Je ne t’ai bien sûr pas dit bonjour.

Si tu discutais tranquillement avec ta femme ou tes gosses, je vous interromps pour vous raconter une blague débile très grossière et je ris bruyamment en tapant sur le dossier de ma chaise. Je vous toise d’un air supérieur. Vous ne voyez toujours rien de la télé. Mon gros cul est bien plus intéressant.

Je passe mon temps scotchée à regarder mon téléphone pour m’orienter dans ton appartement. Peu importe que tu m’aies obligeamment donné des indications. Je t’ignore comme le sombre lombric que tu es et je sms tous mes amis sans regarder une seule fois devant moi. Je percute ton chien, tes enfants, cabosse quelques meubles, empêche tout le monde de se rendre dans le couloir, mais je m’en fou. Tu n’existes pas à mes yeux.

Tu veux sortir du salon ? Pas question, je bloque la porte et te toise de nouveau. Pourquoi sortirais-tu si je ne l’ai pas décidé ?

Mais quand je veux sortir, je te pousse, je renverse ton café, je jette par terre ton assiette de dessert, que je piétine et je sors à grand bruit en laissant derrière moi des traces de pas grasses. Je ris. C’est gras aussi.

Avant de te demander de me servir l’apéro, je balance mon vieux mégot, non pas dans le cendrier prévu à cet effet, mais directement sur toi. Si tu portes des lunettes, je m’arrange pour que le mégot se coince entre les verres et tes yeux. Ne dis rien, sinon je te tue. Minable.

Si tu ne réagit pas assez vite à ma demande d’apéro, je t’insulte copieusement.

Je te poursuis à la cuisine en te collant au train et en te traitant de tous les noms.

Si tu as l’impudence de protester, je baisse mes lunettes de soleil et te jette un regard noir lourd de sens. J’insulte ta femme.

Je prend la bouteille entière, pas de verre (pas la peine de s’encombrer), et je sors en te pétant au visage. Ca laisse une traînée immonde dans laquelle tu vas errer longtemps, le souffle court et la larme à l’œil.

Je quitte ton appartement en hurlant des chants paillards et en passant si près de toi que tu sens mon parfum fétide. Tu as peur et longtemps tu entends résonner mes chants, d’étage en étage, tout le long de ma descente au rez-de-chaussée. Ils accompagnent ton écoeurement, comme la signature virtuelle de ma grande incivilité.

Voilà. Si tu t’es reconnu en moi dans ce trop bref descriptif, sache que tu es méprisable. Mais pas moi.

Pâques attack…

En ce week-end Pascal durant lequel me sont dus respect et obéissance (et dévotion et admiration sans borne et révérence, entre autres) il se passe dans notre belle capitale des choses peu communes.

Tout d’abord, un individu très chevelu muni d’une valise rôde dans le Nord de Paris. Il aurait été aperçu à plusieurs reprises entre 2h et 4h du matin, vêtu d’un long manteau de plumes vertes, une valise à bout de bras, émettant des ricanements hystériques tout en chantant des chants grégoriens. Son comportement est toujours le même : il  repère les parkings réservés aux deux-roues, s’en approche en faisant quelques entrechats, puis, une fois parvenu sur le lieux de ses attentions, il essaye systématiquement les scooters de marque japonaise.
Le rituel est immuable : Il prend place sur la selle, lève les jambes vers le haut comme dans une tentative pour se laisser glisser, puis secoue les pieds en poussant un cri guttural glaçant. S’il tombe, il se relève en jurant dans un langage inconnu, puis passe au véhicule suivant.
S’il ne tombe pas, il essaye de fixer sa valise (d’un gabarit impressionnant) au crochet réservé à cet effet en dessous du guidon. Parfois il donne quelques coups de pieds dans la valise pour la coincer, parfois, si la valise ne peut être accrochée correctement, il se contente de l’observer longuement en reniflant et (semble—t-il) en pleurant.
Si la valise tient et que la selle ne glisse pas, il scande des formules cabalistiques en regardant fixement le démarreur, comme s’il souhaitant que l’engin démarre sans clé. L’engin ne démarrant pas, il passe au suivant non sans avoir poussé un grand cri de dépit.

Cet individu, à priori inoffensif malgré son apparence inquiétante, aurait été fortement traumatisé par le vol d’un scooter auquel il était très attaché, mais sur lequel il aurait oublié la clé… Cet évènement malheureux l’aurait définitivement fait sombrer dans la folie.

 Pendant ce temps, le sud de Paris et certaines villes de proche banlieue sont la scène de curieux vols : une grande jeune femme, décrite unanimement comme blonde et d’une force spectaculaire, aborde à proximité des pâtisseries les personnes ayant acheté du chocolat. Elle les force à lui céder leurs achats (uniquement le chocolat au lait et pas les sujets en forme de cloche) et pense les dédommager en leur donnant en échange des barres de régime Dukan.
De la même façon, elle rackette les consommateurs ayant fait leurs courses dans les supermarchés. Elle semble néanmoins sélectionner certaines marques de chocolat, une enquête est en cours pour déterminer lesquelles.
Ces vols sont sans doute à rapprocher des récentes disparitions de mannequins anorexiques suite à la fashion week de Paris en début de mois dernier. L’une d’entre elles, après avoir réussi à échapper à sa geôlière, à décrit celle-ci comme « une grande blonde faisant au moins du 38 , impossible à habiller», d’une force peu commune, et les obligeant à manger des plats lourds et gras et à boire des sodas.
Le jeune mannequin, qui a pris 5 kg en deux jours, a été pris en charge par une cellule psychologique. Les experts pensent que sa carrière est en passe d’être remise en question.

Les trois jours de ce long week-end étant dédiés à l’ingestion massive de chocolat, les journaux attirent votre attention sur les risques encourus sortir de boutiques si vous êtes consommateurs.
Si vous êtes mannequins, essayez de ne pas sortir de chez vous; faites-vous livrer des pizzas, vous verrez, on survit.
De même, les propriétaires de scooters de marques japonaises sont invités à être prudents s’ils sont amenés à croiser des rôdeurs portant une valise.
Le scooteristes amateurs de chocolat sont fortement encouragés à redoubler de prudence au moins jusqu’à mardi prochain.
Il n’existe pas de mannequin scooteriste, ou alors ce sont des cerfs-volants, pour vous pas de consignes particulière.

 Et vous êtes tous cordialement invités à vous rendre à l’expo Tim Burton qui a lieu actuellement à la cinémathèque de Bercy…

 

ça rigole…

Aujourd’hui il fait un temps pourri et j’ai pris la pluie suffisamment pour me laver pendant les 20 prochaines années, trois fois par jour et sans arrêter l’eau pendant le savonnage; c’est dire… mais j’ai décidé que c’est rigolo. Alors je vais reprendre cette journée et en faire un truc tellement stupéfiant de drôlerie que dès demain je serai harcelée par toutes les chaînes de TV du monde qui voudrons me faire scénariste…  ma plume sera l’instrument de précision qui régulera l’humour des jeunes de 16 à 47 ans, je croulerai sous les messages de fans, on m’enverra des fleurs et du chocolat par Fedex, je serai riche et je pourrai changer mon pantalon de pluie…

Après 15 jours de plage et de soleil (si ça existe), je viens de faire une plongée (c’est terme approprié) brutale dans la vie parisienne. Mais c’est pas grave.
Pour fêter mon retour à la vie citadine, j’ai décidé de remplir mon frigo. Avec uniquement des aliments sains et fat-free. Comme les Dieux nous tombent en ce moment sur la tête (curieusement, les Dieux sont plus virulents par chez nous qu’en terre Hellène, ou la météo est remarquable et les gens particulièrement charmants, comme quoi…), j’ai revêtu mon adorable manteau de pluie noir et pesant, long et large, dans lequel on se sent aussi à l’aise et sexy que dans une tenue complète de scaphandrier. J’ai subi la tempête, les flaques, les jets intempestifs produits par les automobilistes qui se trouvent subtils, les coups de klaxon appuyés de ceux qui trouvent intolérable qu’on ne prenne pas le risque de surfer dans le caniveau pour leur permettre de voir « le juste prix » à l’heure (voir pire, le téléachat) ; tout ça très stoïquement ; j’ai senti les gouttes se transformer en rigoles et inonder les moindres recoins de ma tenue de ville, perçu le flétrissement de la peau de mes orteils dans mes baskets (blanches) et senti mon maquillage couler sur mes joues sans même le moindre sursaut d’agacement. C’est ce qui me fait penser que les vacances font grandir…

Toute à la liesse de ma sérénité retrouvée, je suis entrée au Simply Market le sourire affleurant et l’envie de rire chevillée à mon ourle détrempé (oui, j’ai arrêté le Carrefour Market, je boycotte ;voir par là ).
La brume rafraîchissante pulvérisée sur les fruits et légumes est venue titiller mes orteils mouillés, les néons ont donné à mon récent bronzage un air de papier mâché et j’ai failli me faire percuter par la voiturette de nettoyage, pilotée manifestement pour sa plus grande joie par un jeune en tenue rouge. Mais je m’en fichais. Je m’en fichais parce que j’avais découvert l’ARTICLE. L’article incontournable et fiable, le meilleur ami de la cuisinière parisienne qui n’a pas de micro-ondes .
Tadaaaaaaaaaaaaaa!! trompettes et séraphins à demi-nus chantent en choeurs « la danse des canards » en dansant sur la dépouille toute fraîche de mon banquier…
J’ai trouvé la mozzarella « spéciale cuisine ».
Oui, ça fait rêver. Parce que la question que l’on se pose immédiatement c’est « mais, mon Dieu, s’il existe une mozzarella spéciale pour la cuisine et que c’est suffisamment important de le savoir pour que les fabricants se sentent obligés de le mentionner sur l’étiquette, mais A QUOI servent donc les autres mozzarellas ? » à quoi servent les mozzarella que j’ai mangé depuis que j’ai l’âge de manger des pizzas ? La question qui suit immédiatement c’est « mais quels sont les effets de bord des AUTRES mozzarellas ? » ; vais-je, à l’instar de David B.Banner, me transformer sous le coup de la colère (ou pire, sous le coup de l’envie de rire, si j’ai faim ou si je suis fatiguée ? Maille God… et en quoi vais-je me transformer ?

Peut être les autres mozzarellas sont-elles uniquement décoratives, ou permettent-elles de fixer définitivement l’énervant truc à savon qui glisse dans la baignoire. Ou sont utiles pour tenir les portes ouvertes. Ou peuvent se sculpter. Ou, bien manipulées, se révèlent être une arme redoutable. On peut s’en servir pour assommer son supérieur hiérarchique et partir plus tôt en week-end. Sans que ça laisse de traces.
En tout cas, je vais surveille de près les transformations de mon organisme.

A la caisse, faisant fit de mes pieds dont la peau commençait à ressembler à des éponges (naturelles et bio), j’ai laissé  passer 2 consommateurs qui n’avaient qu’un article chacun. Un sentiment de grandeur a fait monter les larmes à mes yeux de panda mascaratés.
Le troisième consommateur avait 3 articles, j’ai préféré ignorer son existence. Faut pas abuser.

Après ce début de soirée assez extatique, j’ai repris mon fidèle destrier pour rentrer à la maison. Ce n’est qu’en arrivant que j’ai réalisé que les vestes imperméables ne le sont vraiment que si on ferme les rabats des poches. Mon beep surnageait dans une petite flaque au fond de la poche. Il a fallu attendre qu’un voisin se décide à entrer pour le suivre… mais dans cet immeuble, c’est toujours un acte de bravoure insensée que de défier les voisins à la porte du parking…  il faut prouver que l’on fait partie des élus qui jouissent du droit divin de l’ouverture de la porte. Bref.
Je me gare, vide le scoot ‘ de tout ce que je dois monter chez moi, y compris au moins 30 BD qui trainent sur mon emplacement de parking (je refuse de courir plus longtemps le risque de me faire voler ma collection d‘Iznogoud), je conserve le casque (mouillé) sur la tête (c’est plus pratique quand on a les 2 mains occupées) et m’apprête à entrer dans l’ascenseur. Cool. Mais si on est chargée, la porte se referme toujours un peu vite. Alors je décide de la bloquer avec le sac de courses. Ca aurait pu marcher si la cellule qui gère l’ouverture était située un peu plus bas. Dans le cas décrit ici et à ma grande consternation, la porte s’est cruellement refermée sur mon cabas. Qui contenait (entre autres) une bouteille de vin et des tomates. No comment.
Le seul point positif, c’est que mon voisin sexy est en vacances ; je ne risquais pas de le croiser…

Piloter un deux-roues rend violent

C’est le constat majeur après 6 années et 60.000 km de route parisienne.

Comme si le fait d’enfiler son casque et de démarrer opérait une transformation incontrôlable. Façon mogwaï après minuit.
On est tranquille, blonde et délicate perchée sur ses sandales à hauts talons. On a même du vernis sur les ongles de pied. C’est dire…

Et puis la transformation opère lentement : Tout d’abord, on change ses fines chaussures pour de grossières baskets ; ensuite on attache sa crinière dorée dans un élastique à moitié déglingué ; enfin  on enfile une surveste lacérée et portant les stigmates d’une vie en deux-roues dont la rudesse n’a d’égal que le débardeur de Rambo après 3 semaines de jungle… On range son sac à main (dernier rempart contre le définitif changement) on n’a plus accès à son rouge à lèvres ni à son miroir de poche : la mutation est terminée…

On s’installe sur son cheval de feu, on démarre. Le bruit du moteur couvre les chants cristallins des oiseaux et des anges. Les gaz d’échappement enveloppent et couvrent les parfums les plus subtils. En quelques secondes, la route reprend ses droits.
La jungle urbaine redevient palpable. Tracer sa route, ne pas se laisser impressionner, s’affirmer, aller plus vite, plus fluide, contrôler les déplacements spasmodiques des autres engins, repérer le vieux bigleux, la jeune écervelée, le flic énervé qui guette le moindre écart, flairer les radars… En un mot : se concentrer et entrer en symbiose avec le ruban d’asphalte. Ne faire qu’un avec la route. Ceci incluant la circulation, donc les autres ; tous les autres. On n’est pas sur la route 66 non plus…

Assez rapidement, la transmutation opère :

–          à la première queue de poisson, les grossièretés les pires franchissent sans encombre la barrière de la bouche. Incroyable comme des mots que l’on croyait oubliés, voir inconnus de nos services, se bousculent soudainement à la sortie du casque. Varié et fleuri, ce vocabulaire présente en tout cas l’avantage d’être accompagné, lorsqu’il est prononcé avec assez de véhémence, d’un net sentiment de soulagement et de libération.

–          Au premier mégot balancé par la fenêtre d’un 4X4 aussi stupide qu’inutile en ville, les gestes insultants fusent. Efficaces parce que souvent non attendus de la part d’un conducteur féminin. Mais pas très glorieux…

–          Au premier coup de klaxon d’un motard qui a l’impression qu’il est plus important que tous les autres et donc doit absolument aller plus vite, comment dire… on a simplement envie de tout arrêter, de descendre de son engin, d’arracher le casque du malpoli et de consciencieusement lui écraser la tête avec . Quelques coups astucieusement portés pour décalotter le crâne, puis un broyage régulier de ce qu’il reste de cerveau, enfin garnir les orbites avec un fond de matière grise. Persiller légèrement. 50mn au four thermostat 180. Servir chaud.

Plus la route est longue (en termes de temps, surtout à Paris ou 2 km peuvent demander 30 mn), plus les occasions d’être désagréable, grossier voir vulgaire fleurissent, plus la personnalité du pilote bascule vers le côté « Hyde »… Je me demande ce qu’il en serait si on prenant le métro casqué(e) …