Ménage à trois – Part 4 –

Un trio d’arnaqueurs composé d’une femme de ménage diabolique (Delphine), d’une bimbo qui n’a pas froid aux yeux (Rachel) et d’un consultant en on-ne-sait-pas-quoi-mais-on-s’en-fout (Léo) piège des hommes presque innocents. Dans l’aube naissante qui suit sa nuit avec sa dernière victime, Rachel se précipite au domicile de son amant d’une nuit, pour le dépouiller de ses biens précieux. Sur place, elle réalise qu’elle ne se sent pas taillée pour ce type d’arnaque et se fait griffer par le chat du propriétaire. En partageant le butin, elle se sent coupable d’avoir dérobé une montre à forte valeur sentimentale et après avoir quitté abruptement ses complices, elle décide de retourner chez sa victime pour lui restituer la montre. Sur place, elle réalise qu’elle ne connait pas le nom de famille de l’homme et ne peut donc glisser le bijou dans sa boîte à lettres. Quelques heures après, un médecin lui conseille d’emmener le chat, dont la griffure s’est infectée, se faire examiner par un vétérinaire.

Début
Partie 2
Partie 3

*

-Tu veux monter un kidnapping de chat? Chez un type qu’on vient de cambrioler? Mais tu es dingo!!
– Je n’aurais jamais dû vous raconter ça… laissez tomber, je vais me débrouiller…
– Te débrouiller??? Mais non! Surtout ne fais rien! Je ne sais pas… prend des antibio…

Léo, furieux, s’agite dans le salon de Delphine où les trois complices se sont donné rendez-vous à la demande de Rachel.

– Mais dis quelque chose, toi! Fais lui comprendre que c’est de la folie!

Autant Rachel pensait pouvoir compter sur Léo pour l’aider, autant elle est convaincue que Delphine va l’atomiser en quelques mots bien choisis. Aussi, elle ne peut s’empêcher de couiner quand la petite femme boulote aux cheveux désormais châtains répond avec calme.

– Non, je suis OK pour le kidnapping du chat. J’aime bien les chats. Ca va me faire plaisir d’en avoir un pendant quelques jours. Mais je comprends ton point de vue, t’inquiète. On va pouvoir s’en sortir à deux, j’ai une idée.
– Quoi? Mais je fais équipe avec deux folledingues! Je vais retourner faire le consultant, moi, à ce rythme! Au moins , les risques étaient limités à la mort lente par ennui profond…
– Tu peux nous donner ton idée, Delphine?

Rachel est tellement soulagée d’avoir une alliée qu’elle se retient de serrer sa complice dans ses bras et de l’embrasser.

– C’est simple: il faut l’obliger à quitter son appartement le temps de choper le chat. Donc soit on a de la chance et il a besoin d’une femme de ménage, soit on invente un truc pour le faire quitter les lieux en laissant la porte ouverte.
– Et comment tu accomplis cet exploit avec un type qui vient de se faire dépouiller?  – Léo a l’air de se retenir de crier –
– Un enfant ou une femme enceinte.
– Quoi, « un enfant ou une femme enceinte »?
– Ben un individu vulnérable qui va sonner chez lui pour lui demander de l’aide et l’entraîner dans l’escalier assez longtemps pour laisser à son complice le loisir de localiser l’animal…
– Et quel prétexte l’individu vulnérable va-t-il avoir?
– La femme enceinte s’est trompée d’étage, elle se rend chez une personne pour lui vendre un vélo. Mais il ne rentre pas dans l’ascenseur et il est trop lourd pour son état, elle a laissé en bas dans l’entrée. Elle demande de l’aide, l’homme l’accompagne, mais assez bêtement, elle ne parvient pas à retrouver le papier sur lequel elle avait noté l’étage et le nom de l’acheteur…  Quant à l’enfant… je ne sais pas trop… il faudrait déjà en avoir un sous la main…
– Parce qu’on a une femme enceinte sous la main?

Delphine fait un mouvement de tête en direction de Rachel.

– Avec un bon coussin, elle peut faire illusion…
– T’es jamais à court quand il s’agit d’arnaquer, hein? Mais ça va pas? Tu crois qu’il ne va pas la reconnaître? – Léo s’étrangle et postillonne de rage-
– Arrête de me cracher dessus. Tu lui vires son maquillage, tu lui mets une perruque, des fringues informes et des lunettes, le tour est joué.
– Mais elle n’y arrivera jamais, elle va flipper!
– Hé! ho! vous pouvez arrêter de parler de moi comme si je n’étais pas là? C’est dingue, ça! Bien sûr que j’y arriverai! De toute façon on va faire ça sans toi, alors la ramène pas!
– Parce que tu crois que je vais laisser faire ce désastre? Très bien, on la joue « femme enceinte au vélo »! Mais je viens avec vous!
– Et sous quel prétexte?
– Le protocole prévoit qu’on ne fait rien de manière isolée. Je serai dans la rue, en cas de pépin, j’improviserai. Vraiment? Une femme enceinte qui transporte un vélo?
– Pourquoi pas?
– Et pour le chat? Tu crois qu’il va se laisser faire comme ça?
– T’inquiète, le chat, je m’en occupe… J’aime bien les chats, je te dis. Et toi, tu vas nous servir de messager: dès que j’ai le chat, je fonce dans l’escalier de secours et je t’envoie un sms. Tu n’auras qu’à taper sur la porte, comme si tu avais oublié le code. Rachel t’entendra, elle pourra arrêter son cirque. Avec un peu de chance, il ouvrira et elle en profitera pour s’éclipser. Toi, tu improvises un truc.

Comme Delphine a l’air sûre d’elle, Léo et Rachel ne bronchent pas.

*

Ce samedi matin, vers neuf heure, quelqu’un sort enfin de l’immeuble, laissant à Delphine la possibilité d’y entrer. Après avoir laissé le temps à sa complice de monter au delà du second étage et de se tenir prête à intervenir, Rachel, dans sa tenue de femme enceinte et un vélo à la main, s’avance vers la porte. Léo est posté sur le trottoir d’en face, manipulant nerveusement son téléphone. Ils sont en embuscade depuis sept heure trente, à surveiller les fenêtres du second étage. Ayant vu la silhouette de l’homme derrière les fenêtres, ils sont sûrs qu’il est chez lui.

Au grand étonnement de Rachel, le plan de Delphine fonctionne à merveille: l’homme, à peine surpris de trouver une femme enceinte sur son palier, ne pose aucune question, ne prend même pas le temps de troquer son pyjama contre un autre vêtement et suit Rachel dans l’escalier, disposé à lui donner un coup de main.

Merde, il est vraiment gentil. Je me sens moche de faire ça. Et je ne vais même pas pouvoir lui rendre sa montre. A moins de trouver une raison de lui demander son nom…

Prenant son temps pour descendre les marches, elle s’accroche à son faux ventre.

– Je ne sais pas comment vous remercier… je me sens incongrue, avec ce problème de vélo…
– Ne vous inquiétez pas, ce n’est rien. Dites-moi seulement à quel étage il faut le monter.
– Je ne sais plus, je croyais que c’était le vôtre. Il faut que je reprenne mes notes…  – elle tente un petit rire confus, qui résonne tellement faux à ses oreilles qu’elle s’en veut immédiatement – je ne sais pas si c’est la grossesse, mais j’ai l’impression de perdre la tête… Vous avez des enfants?
– Non
– Ah. Vous n’avez jamais vécu…ça, alors – elle pointe son ventre-
– heu.. non-non..
– Excusez-moi, je vous ennuie avec mes histoires. Voilà le vélo, je cherche le papier.

Deux étages au dessus, Delphine se tient dans l’entrée de l’appartement, une caisse à chat à la main. Le chat gris lui fait face depuis le salon, à petite distance, et la regarde avec intérêt.

– Salut, chat. Tu viens me voir?

Elle s’est accroupie et agite une balle rouge devant elle. Le chat s’avance et vient lui flairer les doigts, mais elle n’a pas le temps de l’attraper qu’il s’éloigne en miaulant de mépris.

– Quoi? tu n’aimes pas ma balle?

Elle avance vers un grand tapis bleu et suit l’animal dans la pièce, tout en guettant le bruit dans le hall. Lui parvient la voix de Rachel qui semble s’excuser de sa lenteur.

– Allez… viens… regarde la baballe…

Elle fait mine de regarder ailleurs, tout en continuant à manipuler sa balle.  L’animal, méfiant mais curieux, avance lentement. Quand il est assez proche, elle l’attrape avec dextérité et le pousse dans la cage dont elle avait ouvert la porte. Il commence à protester, mais il est trop tard, la porte de la cage s’est refermée sur lui.

– Chuuut… s’il te plait…

Elle ressort de l’appartement en silence et prend la porte de l’escalier de secours. Le chat commençant à s’agiter et à faire du bruit, elle décide de ne pas s’attarder à cet étage et opte pour descendre vers le premier.
Pendant ce temps, Rachel a vidé son sac et l’a retourné deux fois, sans retrouver le papier qui pourrait la renseigner sur son acheteuse. Elle s’est confondue en excuse et s’apprête à quitter l’homme qui n’a pas fait montre d’impatience.

– Je suis confuse, je vous ai dérangé pour rien et en plus, je vais devoir rentrer chez moi avec ce satané vélo…
– Vous avez un cadenas?
– Oui…
– Je vous proposerais bien de le laisser dans le local, là… – il désigne une porte – comme ça vous n’aurez pas à le trimballer partout…
– Oh… Bonne idée… Mais…
– J’ai la clef. Je suis sûr que votre acheteuse l’a aussi. Ca ne pose aucun problème, elle pourra venir regarder le vélo, avec un peu de chance, vous n’aurez qu’à revenir avec la petite clé… c’est mieux qu’un gros vélo… Et de toute façon, vous devrez revenir, alors…

Il réfléchit vite, ce con… Qu’est ce que je réponds, moi?  Pas trop envie de revenir par ici… sauf si…

– Je ne vous force pas
– Non non.. je vais faire ça. Acceptez-vous de me donner votre numéro de téléphone, si jamais…

L’homme s’exécute sans broncher et Rachel est en train de noter le numéro quand elle entend frapper à la porte d’entrée.

Ahhhh… enfin… bon, finissons-en, qu’est-ce que je lui dis pour me sortir de là?

– Dites, vous ne craignez pas d’avoir laissé votre porte ouverte un peu trop longtemps? quelqu’un pourrait visiter votre appartement…
– Non, l’immeuble est calme. Et malheureusement l’appartement a été visité il n’y a pas longtemps….

Merde, c’est malin, comme prétexte…

– En plus, j’étais en visio avec ma mère, je l’ai laissée en plan quand vous avez sonné, mais mon bureau donne sur l’entrée, elle a vue sur la porte, si quelqu’un essaie de me jouer un tour, elle est aux premières loges!

Son rire franc glace Rachel jusqu’aux os.

*

– Tu lui as laissé mon vélo???

Léo est furieux.

– De toute façon, il va falloir ramener le chat…
– Et? Tu crois que tu vas pouvoir aller et venir dans cet immeuble toute ta vie?
– Sur le coup, ça m’a semblé une bonne idée…

Et surtout, j’ai son nom, je vais pouvoir lui rendre sa montre. Ca vaut bien ton vélo pourri.

– Mais il faut quand même que je vous dise un truc…

*

 

 

 

 

 

Publié le 2 août 2020, dans histoire courte, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 7 Commentaires.

  1. Cher Gecko Bleu, Je suis désolé de ne pas t’avoir donné de signe de vie depuis plusieurs mois. Des problèmes familiaux (qui sont loin d’être réglés) m’ont beaucoup mobilisé ces derniers temps. J’espère pouvoir me rattraper prochainement et lire tes posts que je n’ai pas encore lus. Avec toutes mes amitiés.

    • Hello!
      Contente de te lire, je me demandais comment tu allais. Merci pour les news, ma prose révolutionnaire peut attendre 🙂
      .. Bon, nous ne sommes pas à l’abri de plein de fautes d’orthographe mortifiantes, je te préviens…
      Take care et au plaisir de te lire
      GB7

  1. Pingback: Ménage à trois – Part 4 – — Le blog du gecko (bleu) | Mon site officiel / My official website

  2. Pingback: Ménage à trois – Part 3- | Le blog du gecko (bleu)

  3. Pingback: Ménage à trois – Part 5 – Je garde Kiki – | Le blog du gecko (bleu)

  4. Pingback: Ménage à trois – Part 6 – 666 – | Le blog du gecko (bleu)

  5. Pingback: Ménage à trois – Part 7 – Finissons-en | Le blog du gecko (bleu)

Parlez après le bip...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :