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Parce que, moi aussi, j’ai envie de rendre l’appareil…

Lecteur-chéri-mon-dimanche-de-pluie-les-pieds-dans-la-boue, tu l’auras compris, ce post est destiné à être lu par tes petits yeux fatigués des excès de la veille et pas entendu par tes oreilles dans lesquelles résonne encore le son disco de ta jeunesse à jamais perdue (oui, j’aurais pu écrire « raisonne », mais honnêtement je n’ai pas trouvé les bons mots à mettre autour pour que ça rende intelligent, intelligible, untel et scope).

Je ne trahirai pas mes sources, mais il m’est arrivé récemment de lire, dans un de ces post débordant de la bien-pensance qui inonde le web dans le but avoué de niveler par le bas ce que je peine aujourd’hui à qualifier « d’intelligence collective » (tant l’association de ces deux mots me semble relever de l’oxymore) une histoire dans laquelle il était question de faire le bien, parce qu’on se verrait « rendre l’appareil ».
Je n’ai pas fini d’en rire.
Voilà comment je le comprends, donc: tu aides une vieille dame à porter ses courses, elle te sourit et te remercie en te rendant son appareil (dentaire). Ou alors, tu aides un aveugle à traverser la rue, après quoi il te serre fort dans ses brase et te rends ton appareil (téléphonique qu’il t’avait subtilisé pendant la traversée). Tant que ton médecin n’oublie pas de te rendre ton appareil (digestif) après un examen au cours duquel vous avez bien ri, tout va bien. O tempora, O mores, comme disait Jules dans une BD célèbre, mais WTF.

Une réflexion en entraînant une autre, je me suis prise à admirer les culs de bus. Je trouve que c’est une scène occupation, quand on pédale dans la capitale. Cette semaine, je pédalais dans un A (on ne choisit par toujours sa capitale) quand l’évidence m’a sauté aux œufs: l’humanité doit être parvenue à la croisée des chemins formée par les mauvais angles. Tous ces angles morts et non enterrés qui hantent nos véhicules dans le but de se venger d’être ainsi condamnés à errer dans les limbes du code (de la croûte).

Si quelqu’un est encore en train de lire à ce niveau du texte, chat-Pogba.

Mais oui! bon cent mes ces biens sûrs. Outre le fait que les concepts tordus le sont à force d’absorption d’angles décédés, que dire de ces angles partis auxquels les hommages n’ont pas été vomis? Ca se trouve, il faut un rituel spécifique, pour laisser partir dignement un angle mort. Un champ triballe (c’est une surface agricole décorée de 3 balles de king kong) sur lequel on pratique la politique de la crème brulée.

Et dès que le monde aura trouvé comment en finir avec les angles disparus, il filera droit. CQFD (Celui Qui Filera Droit).

Encore que, pour filer droit, il est nécessaire au préalable d’avoir tondu les mous thons pour faire de l’haleine. Lait caille de mou thon n’étant pas très pratique à manipuler, on n’est pas sortis de l’eau berge (trop lointaine).

Bref. Tu vois ce que je veux dire. (Oui, les mots se voient, ça s’appelle la Synesthésie, je te rappelle que ce blog est un haut lieu de culture).

Allez, bon pull de calmar.

Toi qui est parvenu tant bien que mal à cette ultime phrase, pour te remercier – en donc te rendre ton appareil à raclette -, je veux bien t’expliquer: le calmar est un céphalopodes à dix bras, ce qui fait que ses pulls ont dix manches.

Entre rêve et réalité, les poissons forment un pont

 

– Maman, tu peux me prêter ton appareil photo pour dormir ce soir ?
Le petit garçon, tout rouge d’excitation, vient à peine de se réveiller de sa sieste et déjà, il a en tête de nouvelles aventures.
– Tu veux faire des photos la nuit ? Mais la nuit, tu sais bien qu’il faut dormir, surtout s’il y a école le lendemain!
– Méééé, oui, ze sais ! C’est pour faire des photos de mes amis, silteuplé silteuplé silteuplé…

C’est avec un bel appareil photo rouge posé sur la table de nuit que le petit Manuel s’est couché ce soir-là. Sa maman, intriguée, n’a pas insisté, préférant le laisser vivre ses histoires. Au pire, elle trouvera au matin une série d’images de la chambre de Manuel, au mieux, elle comprendra qui sont ces mystérieux amis dont il parle depuis quelques semaines.
A l’école, le gamin est plutôt taciturne, privilégiant la compagnie de ses livres d’images à celle des autres enfants dont les jeux ne semblent pas l’intéresser. Il passe du temps à observer les poissons rouges tourner dans leur aquarium, leur parle souvent et a même essayé de les dresser en leur promettant des tomates cerise. Déçu par leur indifférence, il a décidé de devenir le meilleur ami des poissons, demandant à sa maman de l’habiller avec des vêtements rouges et battant des bras pour imiter le mouvement des nageoires.
Ce soir-là, l’ami des poissons s’endort vite, après avoir vérifié que l’appareil photo est bien à portée de sa main.

*

– Dis donc Roger, c’est pas le gamin qui arrive, là ? ça me fait plaisir de le voir, il y a un bout de temps qu’on ne l’a pas entendu rire
La grosse carpe corail a sorti la tête de l’eau et fixe ses yeux globuleux sur un petit garçon en pyjama rouge qui gambade vers le bassin. Son acolyte aux tâches bleu foncées et blanches le rejoint en râlant et observe la silhouette joyeuse avant de conclure:
– Oui, on dirait que c’est lui, je reconnais sa façon de sautiller… il aurait pût attendre la fin du goûter pour venir nous voir, j’ai faim, moi !
– Il va peut-être nous offrir des friandises, arrête de gémir. De toute façon, tu es trop gros, regarde-toi… Tes tâches bleues sont toutes distendues…
– C’est l’hiver, j’ai le droit… Héééé, mais qu’est-ce qu’il fait ?
Le petit a sorti de son sac des petites boules rouges qu’il lance en direction des deux carpes.
– Il est pas bien, cet enfant, il nous jette des balles, on n’est pas des chiens, on ne peut pas ramasser…

Manuel s’approche en riant des deux têtes qui affleurent l’eau  et s’adresse aux poissons.
– C’est moi qui les ai fait pousser, c’est des tomates cerise, c’est très bon, ze vous les donne, il faut les manzer!
– Ben voilà qu’il nous parle, maintenant, il a vraiment grandi…
– On fait comment pour répondre ?
– Je sais pas trop… on saute ?
Et les deux amis de prendre leur élan et d’effectuer dans l’air automnal de belles arabesques humides, empreintes de perles d’eau en suspend dans le vide, cristaux éphémères qui diffractent la lumière onirique des rêves d’enfant.
– Tu crois qu’il a compris ?
– Pas sûr, mais ça lui plait…

En effet, Manuel bat des mains et se précipite sur son sac pour en sortir un appareil photo, qu’il braque sur eux en les encourageant à continuer leurs cabrioles.
– On continue ? C’est que c’est fatigant…
– Ben c’est toi qui voulais des photos, non, à publier sur Instagram ou je ne sais quoi…
– Les premières photos de poissons-mignons, t’as raison, on va devenir des stars !
Stanislas fonce vers l’enfant et exécute un saut périlleux pile devant l’objectif braqué sur lui. Sa performance est accueillie par des cris de joie et Roger, rechignant à céder le podium à son ami bleu et blanc, prend à son tour son élan et fuse hors du bassin en torpille, gratifiant d’un clin d’œil l’objectif qui le suit avec attention.
La séance photo se poursuit à grand renfort d’éclaboussures et de rires et quand l’enfant repart, les deux carpes, épuisées, ont appris à aimer les tomates cerise.

*

En découvrant les vues d’un bassin décoré de mosaïque turquoise et dorée, entouré d’une végétation luxuriante qui ne ressemble en rien à ce que les parcs alentours proposent, la maman de Manuel a un mouvement d’incompréhension. Elle fait défiler les images et tombe sur des photos de carpes dont elle jurerait qu’elles lui adressent des clins d’œil, des photos de son fils hilare entouré de perles d’eau en arabesques autour de lui et même des portraits de poissons qui semblent poser autour de tomates cerise à moitié grignotées.
– Heu… où as-tu fait ces photos mon chéri ?
– Dans mon rêve, maman, c’est mes amis ! Ze t’ai dit ! Ze veux des photos de mes amis pour montrer aux poissons de la maîtresse…
– Ah… Et.. dans ton rêve, vraiment ?
Elle regarde la date et l’heure des images, qui ont toutes été prises dans la nuit. Elle est pourtant sûre que Manuel n’a pas bougé de son lit.
– Tu peux les imprimer, maman ? Ze vais les montrer aux autres poissons…

Le petit garçon a eu du mal à se retenir de foncer sur l’aquarium avant la récréation. Dès que l’heure a sonné, il s’est précipité dans le coin des poissons, ses photos à la main. Il a commencé par présenter aux habitants du parallélépipède de verre la photo de Roger et Stanislas mangeant des tomates cerise, expliquant aux poissons célestes de l’école que c’est lui qui les a fait pousser. Puis, il a fait défiler devant eux les images montrant les deux carpes sautant hors du bassin.

– Je comprends pas ce qu’il nous veut, ce petit… J’aime bien les tomates, mais ça me donne des gaz et dans l’eau, c’est pas discret…
– Je crois que ça lui ferait plaisir qu’on saute dans tous les sens… Mais je ne veux pas, les gosses prendraient l’habitude de nous voir faire les animaux savants et je ne veux pas finir comme les lions dans les cirques, je ne veux pas de costume à paillette et de spots dans les yeux. Je refuse le star système !
– Un peu de visibilité publique, ce serait peut-être pourtant un bon moyen pour faire entendre notre cause ?
– Oui ! Un aquarium plus grand, une eau changée plus régulièrement et de vraies plantes!
– N’importe quoi…
Le poisson qui les a rejoints est plus petit, mais sa grosse voix résonne dans l’eau comme un oracle.
– Tu croies encore au père Noël, Marcel ? Tu crois qu’ils vont changer nos conditions de vie alors qu’ils ont du mal à changer la leur ? Tu regardes jamais les infos ? Ils sont trop occupés à s’entredéchirer pour prendre en compte les vrais problèmes… Tu devrais parler aux ours polaires plus souvent…
– T’as pas tort, mais si on continue à ne rien faire, faudra pas se plaindre que les choses n’évoluent pas… Regarde le, ce petit, au moins il fait des efforts!

Au-dessus de l’eau, le petit visage de Manuel scrute les mouvements des poissons, espérant une manifestation de bonne volonté.
– On va pas encore décevoir ce gosse qui nous encourage avec ses rêves, c’est rare, quand même… d’ailleurs, ça me donne une idée, on pourrait peut-être lui demander de nous transférer dans le bassin royal, là, sur la photo ? Cet or et ce turquoise, ça me fait rêver, moi…

*

– Mais d’où ça sort, ça ?
Atterrés, Roger et Stanislas voient se profiler dans l’eau du bassin trois poissons célestes armés de caméras et d’appareils photos, commentant tout sur leur passage.
– Eh ? Vous êtes qui, vous ?
– La réalité, mon ami, la réalité qui vient visiter le rêve… la réalité qui prend des vacances…

*