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Le con ordinaire, dans sa merveilleuse modernité à 3 roues

Lecteur-Chéri-Ma-Crème- De-Châtaigne, je me trouve à lutter contre une forme d’agressivité quotidienne insidieuse qui m’épuise. Et comme je te suppose en butte au même problème que moi, je profite de ce court moment d’intimité par écran interposé pour t’en causer… Rien de bien grave au regard de l’état du monde , mais symptomatique d’une forme de dégénérescence qui ne saurait tarder à se transformer en décadence. Et donc, finalement, en totale connexion avec le grand tout, l’effondrement prochain de l’humanité (qui, du point de vue de l’ours polaire, n’est pas si grave)

Comme ça me pourrit la vie et que je n’aime pas cette sensation, je vais m’employer de ce pas à expurger ma haine du con ordinaire, ça ira mieux après.

Le con ordinaire est plus bête que méchant, plus dans une absence sidérante de réflexion que dans l’analyse de la portée philosophique de ses actes, on devrait donc pouvoir faire avec (il suffit de s’accrocher à un rien de civilité, de hauteur d’esprit et de penser à de jolies fleurs dans un champ printaniers, avec de joyeux lapins roses qui chantent du Mozart en frappant de leurs tendres petites pattes sur des cymbales en or)

Mais non.

Le con ordinaire, c’est aussi celui qui te parle mal sans raison, te pousse sur la route, te klaxonne sous une pluie battante alors que tu galères à te repérer (parce que non, les casques de moto ne sont pas équipés d’essuie-glace), celui qui t’abreuve d’insultes si tu as l’impudente imprudence de faire un malheureux écart sur le chemin que sa réflexion de bas étage estime être ta voie. Le con ordinaire, c’est cet être méprisable, incapable d’empathie, de politesse et dépourvu d’esprit de groupe. Par exemple, celui qui roule MP3 (MP3 = ridicule scooter à 3 roues qui confère à son propriétaire une immédiate sensation d’immortalité)

Le con ordinaire,  c’est aussi celui qui se sent invulnérable dès qu’il est séparé de toi par une ligne téléphonique,  un écran, voire 3 roues. C’est ton voisin de bureau, qui te souffle l’air aromatisé au caramel chimique de sa vapoteuse dans la figure, ton conseiller bancaire qui te fait comprendre sans détour qu’il n’en a rien à faire de tes misérables problèmes de pauvre, la spectatrice à ta gauche, au cinéma, qui se gave de pop-corn la bouche ouverte… Le con ordinaire a ceci d’irritant qu’il est partout, tout le temps, avec je l’admets, une propension à se trouver sur un MP3.

Le con ordinaire conçoit des serveurs vocaux qui te réclament de l’argent que tu n’a pas ou que l’organisme qui réclame te doit. Celui qui pense à générer un envoi automatique de mail le 1er du mois en considérant que tu as été payé et que ton premier soin sera de te précipiter pour fêter ça avec un nouveau téléphone portable. C’est aussi celui qui pense à faire des bancs hérissés de pics pour que les clodos ne s’allongent pas dessus. Je soupçonne les propriétaires de MP3 d’avoir ce genre de concepts méprisants.

Ce qui caractérise le con ordinaire c’est sa persistance à planter dans tes talons de petites épines que la plus fine des pinces à épiler ne saurait ôter, alors que ton chemin quotidien est déjà assez chargé d’embûches pour te faire des nœuds à l’estomac pendant les 10 ans à venir.

Le con ordinaire ne mérite que mépris, mais c’est déjà trop lui concéder. Et comme il pullule, comme il se reproduit frénétiquement et hors de tout contrôle, il semble parfois être en passe de gagner. C’est pourquoi je t’enjoins, toi qui me lis, à entrer en lutte à mes côtés. A éradiquer le con. Ce serait par la même occasion un bon moyen de délester la planète d’une partie de l’humanité et de lui accorder un second souffle. (ici, petit clin d’oeil à l’ours polaire)

Je t’entends déjà objecter qu’on est tous le con de quelqu’un et tu as raison. C’est pourquoi le combat est pernicieux. Mais déjà, on pourrait se débarrasser des conducteurs de MP3. Ça me paraît un bon début.

Sur ce, j’te bise

 

Et là, je jure que je n’ai pas fait exprès. Je ne vais pas m’en remettre…

 

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Living in a no-world

Lecteur-chéri-ma-girole, c’est la rentrée, c’est l’automne, c’est le retour de la pluie et la saison des manifs et des impôts locaux. Pas de quoi se réjouir. Laisse-moi te raconter une incursion dans le monde d’aujourd’hui, dont j’ai, il est vrai, été déconnectée quelques temps…

Jour de rentrée

Je n’avais pas prévu le ring de l’horreur, cette bande de route glauque qui passe sous le quartier d’affaires. Un souterrain miteux et puant, à moitié en travaux, au tiers occupé par des bus dont le moteur tourne pour maintenir une température (intérieure) tenable , le peu d’espace restant pour circuler, saturé de véhicules dans lesquels des gens s’énervent. Je suffoque autant par manque d’oxygène que par stress d’arriver en retard. Le risque majeur, dans ce genre de situation, c’est de prendre le mauvais embranchement et de se retrouver à devoir refaire un tour de manège infernal. Sans pouvoir décrocher le pompon (de toute façon, qui a envie de gagner un tour gratuit ?). Je sens la pollution se mêler à mon maquillage et maculer le col de ma chemise claire, mais je reste de marbre (enfin, j’essaie). L’embranchement en vue, j’active ma boussole intérieure, cassée depuis que je suis gauchère. Je décide de ne pas la croire et file sur une voie qui d’un côté est bordée d’entrepôts à la sordidité proche d’un discours d’extrême-droite et de l’autre d’interdictions diverses. Sans le ciel au dessus de ma tête, je suis incapable de me repérer. Je ne comprends rien aux indications. La circulation est trop rapide pour je fasse un point topo.

Détectant de la vie dans un aquarium surmonté d’un panneau « Parking », je me renseigne auprès de l’autochtone, qui se fout de mon problème d’orientation autant que de la préservation de la planète. Je décide de jeter mon cheval de feu sur un espace miraculeusement vide et de faire des incantations pour éviter qu’il soit enlevé dans la journée.

Dehors, je me trouve cernée d’immeubles dont la caractéristique majeure est ne pas avoir de numéro. A la question « pouvez-vous m’indiquer où se trouve le 10 ? », la réponse est « Non ». Les gens qui bossent ici se contentent de connaitre leur chemin.
Une fois sur place, je n’ai pas de badge pour entrer (le Graal étant un badge pour entrer, sortir, déjeuner et imprimer). Les services généraux, qui doivent me le procurer, sont au 10è étage, aile A. Un gardien au regard lourd de reproches me laisse passer.

Tous les étages, toutes les ailes, sont identiques. Je me perds. Les ascenseurs automatiques s’arrêtent où ils veulent et s’ouvrent quand ils veulent. Je ne sais plus où je suis. Seul un fou dangereux a pu inventer ce site. Je décide de circuler à pied. Mais les ailes ne communiquent pas, il faut monter, traverser des couloirs, redescendre, retraverser d’autres couloirs, remonter… J’ai l’impression d’être un rat de laboratoire dans un labyrinthe.

Je finis par arriver au 10A. Pour obtenir le badge salvateur, il faut un numéro. Numéro qui m’a été envoyé par e-mail, à une adresse interne. Donc il me faut un ordinateur pour lire le mail et retourner chercher le badge. Mais sans badge, impossible de rallier l’endroit où on peut me procurer un ordinateur, à savoir étage 7, aile C.

Il me faut un ordinateur.

Je me faufile derrière des gens qui ont des badges. Je monte, traverse des couloirs, redescends, retraverse d’autres couloirs, remonte… tout ça collé à des inconnus qui me regardent sévèrement.
J’obtiens un ordinateur, grâce auquel j’accède à mon numéro.
Je dois remonter au 10e. Ma gorge commence à se serrer. Je m’assieds sur une marche de l’escalier de service , 8e étage, pour lutter contre l’envie de partir en courant. J’ai besoin de ce job. Je rallie le 10e, obtiens mon badge.

Il me faut maintenant un bureau. On me dit qu’il y a 8 bureaux pour 10 personnes, que je dois en trouver un libre. Mais qu’il est tard. Que ce sera compliqué. J’en ai marre de trimballer toutes mes affaires, il me faut un casier pour les poser le temps de trouver un bureau.

J’en trouve un, mais pour en faire fonctionner le cadenas, il faut un mode d’emploi, que je trouverai dans le kit d’accueil, qui me sera remis au 9è. Aile B.

Je vais m’enfermer dans les toilettes pour pleurer d’énervement et taper sur le mur.

Je remonte, fais tout le tour des 4 ailes avant d’arriver. Récupère un kit dans lequel je trouve le mode d’emploi promis et une gourde en plastique. Ici, on respecte la planète. Pas les employés. Je redescends, dégotte un casier, y stocke mes affaires.
Par chance, un bureau est resté vacant. La table est surélevée et personne ne sait comment la baisser. Je vais commencer par travailler debout. J’ouvre le capot de l’ordinateur, un papier s’en échappe. J’ai faim. Je décide d’aller à la cantine et pose le papier sur la table.

La cantine grouille de monde, impossible d’approcher les salades. Il faut compter 25mn pour faire son choix et atteindre la caisse. Mais mon badge ne me permet pas de régler. Ça me coupe l’appétit. Je vais chercher un café. Le café est gratuit, mais il faut un mug. Tous les mugs sont sales ou au lave-vaisselle. Pas de gobelet, ici on respecte la planète.

Je remonte à mon ordinateur, trouve comment faire descendre la table, trouve une chaise, regarde le papier. Il faut que je le remette au service informatique, c’est une décharge que je dois signer pour l’ordinateur.

Il me faut un stylo.

Retour aux moyens généraux. Pas de stylo, mais les fournitures sont à disposition dans des distributeurs. Je mets 27 minutes pour localiser le distributeur. Ces couloirs identiques me donnent le tournis.

Je n’ai pas le bon badge pour avoir des fournitures.

Je retourne à mon bureau, trouve une punaise, ma perfore le doigt et signe la décharge de mon sang. La vue du sang (du mien, surtout) me fait tourner la tête et me rappelle que je n’ai pas déjeuné. Il est 15h30. Je choisis de braver l’interdit et de sortir en quête de nourriture.
Je dois marcher 15mn pour trouver un sandwich que tout le monde a dédaigné et je sais, à sa simple vue, qu’il va me rendre malade. Je rentre avec mon sandwich, payé une fortune. Je trouve l’endroit réservé aux pauses. Canapés, lits, hamacs… mais tout ça est bien en vue, de façon à ce que chaque personne qui passe puisse noter qui à la faiblesse de se reposer. Je n’ose pas m’installer et mâchouille mon sandwich entre l’aile A du bâtiment 8 et l’aile C du bâtiment 7, où m’attend mon bureau.

Ce jour là, j’ai réussi l’exploit de travailler 1h et 10 mn, de récupérer mon scooter exempt de PV et de rentrer chez moi en 1h…

La vengeance est un plat qui se mange nu (chapitre 6 – fin)

Previously on « Revenge is a Samboussek fromage best served naked »

Un homme vient de passer la nuit chez une jeune femme et se trouve, au réveil, mis en joue par une inconnue qui prétend qu’il se trouve dans son lit. Ses vêtements et toutes ses affaires évaporés, la jeune femme disparue, il fait son possible pour éviter une confrontation avec la police et tente d’amadouer son hôtesse forcée.
Après une tentative pitoyable de s’expliquer, principalement motivée par le besoin de récupérer de quoi couvrir sa nudité devenue embarrassante, il se livre à une petite introspection pour tenter de découvrir qui a pu le mettre dans cette situation. Dubitative et soucieuse de savoir qui utilise son appartement pour faire des blagues de mauvais goût, Alexandra, la propriétaire des lieux, décide d’accompagner l’homme dans ses recherches.
Le tandem passe quelques soirées à chercher sans succès la mystérieuse inconnue, puis Léo découvre que, après avoir dragué Rachel, jeune noctambule qui lui plaisait, Alexandra s’est volatilisée la nuit ou la jeune femme qui l’avait piégé est tuée par un propriétaire à la gâchette sensible qui n’a pas apprécié de trouver un couple d’inconnus dans son lit.
Une rapide enquête révèle qu’Alexandra, femme de ménage dans le civil, serait la tête pensante de l’arnaque. Léo décide de prendre contact avec Rachel, dont il suppose qu’elle a eu un contact récent avec elle.

Si vous débarquez et que vous avez le temps (c’est mieux),
Le début est là: Chapitre 1
Le chapitre 2 attend bien au frais ici: Chapitre 2
Vous cherchez le chapitre 3? Pas de panique, il vous attend là: Chapitre 3
Le chapitre 4 est juste à la page d’avant: Chapitre 4
Le chapitre 5 se situe assez logiquement après le chapitre 4, soit là: Chapitre 5

 

*

 

– Ne bouge pas de là, je vais chercher des croissants

Les lèvres de Rachel m’effleurent et elle caresse mes cheveux avant de faire volte-face et de sortir de l’appartement en claquant la porte. J’attends que la clef tourne dans la serrure pour me rhabiller à toute allure, puis j’utilise des serviettes de toilette afin de donner l’illusion d’un corps endormi sous la couette et me mets en embuscade dans l’entrée, ma cravate dénouée entre les mains.

Il avait fallu environ dix minutes à Delphine pour arriver, la fois précédente. A supposer qu’elle obéisse à un timing précis, j’ai le temps de me préparer à la cueillir.

Un bruit de pas dans l’escalier, un trousseau de clefs, un cliquetis de serrure. Collé contre le mur, je tends la cravate et retiens mon souffle. La porte s’ouvre et laisse le passage à la petite femme replète, sanglées dans son sac à dos de voyage. Je lui laisse le temps de refermer la porte et me glisse derrière elle. Je lève la cravate et lui en enserre le cou, tirant bien de chaque côté. Elle émet un léger bruit et reste immobile. M’attendant à de la résistance et m’y étant préparé, j’attends un court instant qu’elle réagisse, mais elle se contente de porter les mains à son cou en gémissant. Je la pousse dans le salon en silence et la débarrasse de son sac à dos d’une main, l’autre maintenant l’étranglement. Elle n’a pas encore vu son agresseur. Toujours sans parler, je la maintiens de dos. Je veux lier ses poignets dans son dos et pour cela, il me faut mes deux mains. Je libère un court instant la pression sur son cou et remonte ma cravate entre ses mâchoires pour lui maintenir la bouche ouverte. J’en noue les extrémités derrière sa tête et la fait pivoter face à moi. En me découvrant, elle a un hoquet et écarquille les yeux. Comme elle reste molle et ne songe pas à se débattre, je le pousse dans la chambre. Moi aussi, j’ai réfléchi à un plan. Je n’ai pas honte d’admettre qu’il intègre une part de vengeance mesquine.

– Enlevez vos vêtements, Delphine.

Elle obtempère en tremblant et entreprend de se débarrasser de son t-shirt, de son pantalon de toile et de ses chaussettes. Je prends le temps de contempler son corps mou à la peau blafarde.

– Tous vos vêtements…

Nouveau hoquet.

– Vous ne voulez pas que je sorte mon pistolet ?

Elle fait signe que non et se tortille pour ôter ses sous-vêtements. Je la laisse baigner dans sa gêne quelques instants puis lui indique le lit.

– Asseyez-vous.

Elle s’exécute et je la rejoins, m’assieds à côté d’elle et la regarde droit dans les yeux.

– Je vais vous ligoter

Elle prend peur et jette des regards affolés partout, comme si de l’aide allait surgir d’un placard. A l’aide d’une paire de collants (obligeamment prêtée par Rachel), je lui noue les poignets et les jambes, puis la fait s’allonger et la recouvre de la couette.

– Je vais maintenant appeler les flics, mais avant, j’ai besoin de comprendre comment vous osez continuer après la mort de votre complice.

A ces mots, ses yeux se remplissent de larmes et sa gorge se contracte. Elle me fait signe de lui ôter la cravate.

– Au premier signe d’énervement, je n’hésiterai pas à vous assommer…

Comme elle fait signe qu’elle a compris, je dénoue la cravate et la laisse reprendre ses esprits. Elle me regarde avec crainte avant de se mettre à parler de façon presque inaudible.

– J’ai besoin d’argent. Vous vous voyez, vous, faire le ménage pour survivre ? C’est fatigant et ça ne paie pas. Et je n’ai jamais eu de scrupule à prendre aux riches.

Je me visualise assez mal passant le plumeau sur des bibelots qui ne sont pas les miens, mais de là à arnaquer les gens, il y un fossé que je ne me sens pas capable de franchir. Elle a du tempérament, je ne peux pas lui enlever ça.

– Pour la mort de Daphnée… Je ne savais pas… on était fâchées, à cause de vous… Vous lui aviez plu, elle avait refusé de vous cambrioler, elle disait qu’elle voulait vous revoir. Je l’ai traitée de folle et lui ai dit que je ne voulais plus jamais avoir de contact avec elle.

Quelques larmes roulent sur ses joues. Le spectacle de cette femme nue, éplorée, attachée dans un lit qui n‘est pas le sien a failli m’émouvoir au moins autant que d’apprendre le prénom de mon arnaqueuse, Daphnée, mais je me reprends.

– Elle a voulu refaire le coup toute seule, pour me prouver qu’elle n’avait pas besoin de moi, alors qu’elle savait que moi, j’ai toujours eu besoin d’elle…

En effet, je ne vois pas un homme sain d’esprit se laisser emmener par Delphine au milieu de la nuit. Ma délicatesse naturelle m’empêche d’en faire la remarque et je la laisse continuer.

– Le propriétaire était supposé rentrer en avion, il ne devait pas arriver chez lui avant huit heures et demie. Elle ne pouvait pas prévoir qu’il allait rentrer en voiture…
– C’était un de vos client ?
– Oui…. – Elle ose à peine me regarder, je ne sais pas si elle est plus mortifiée de se trouver nue et attachée devant moi que d’admettre ses méfaits. Pour un peu, elle me ferait pitié – J’avais pris ses billets d’avion en photo et les lui avait envoyés, pour qu’elle prévoit son coup. Mais c’était avant… avant vous… je n’imaginais pas qu’elle travaillerait seule.
– Et pourquoi m’avez-vous accompagné au bar, toutes ces soirées ?
– La première fois, c’était pour jouer le jeu, vous faire croire que j’étais l’habitante de l’appartement, ça faisait partie du plan… Mais comme on s’était disputées et qu’après, elle avait disparu, je me suis dit qu’elle essaierait peut-être de vous retrouver au bar, ou que si elle vous appelait, vous me le diriez… Je voulais la retrouver… Aller au bar avec vous était ma seule option.
– Et Rachel ? Elle était supposée remplacer votre complice ? (Je n’ose pas utilser le prénom d’Isabelle/Daphnée, par peur d’ancrer son existence passée dans la mémoire).
– Oui… Je l’avais vue vous aborder, elle me paraissait assez entreprenante pour faire l’affaire et elle a vite admis avoir besoin d’argent…
– Delphine, vous me faites l’impression désagréable d’être une maquerelle, je vais devoir appeler la police.

Elle se tait et baisse les yeux pendant que je renoue la cravate qui l’empêche de parler, ramasse ses loques et claque la porte sur moi.

*

Je préfère attendre que le garçon m’amène un double café et des tartines beurrées avant de passer mon coup de fil. J’aime l’idée de faire languir Delphine.

*

– Rachel ? C’est fini, tout s’est bien passé, Delphine attend toute seul et sans vêtements sur un lit défait… Je vais appeler les flics.
– C’est dommage, elle avait un plan en or, ça me plaisait d’y participer. Mais je ne me sens pas trop de faire le coup toute seule, d’autant que je ne me vois pas me transformer en femme de ménage…
– Je vous comprends…
– …

*

Je remonte à l’appartement pour y trouver Delphine toujours étendue sur le lit, entortillée dans la couette. Sans dire un mot, sous son regard terrifié, je lui jette ses vêtements au visage.

– 30% pour vous, 30% pour Rachel, le reste pour moi et je vous paie le coiffeur.

Comme elle semble ne pas comprendre:

– Vous comprenez, avec le changement du régime des retraites, je dois penser à mon avenir…

*

La vengeance est un plat qui se mange nu (chapitre 5)

Previously on « Revenge is a Curry d’agneau, sauce à la crème fraîche avec amandes et noix de cajou best served naked »
Un homme vient de passer la nuit chez une jeune femme et se trouve, au réveil, mis en joue par une inconnue qui prétend qu’il se trouve dans son lit. Ses vêtements et toutes ses affaires évaporés, la jeune femme disparue, il fait son possible pour éviter une confrontation avec la police et tente d’amadouer son hôtesse forcée.
Après une tentative pitoyable de s’expliquer, principalement motivée par le besoin de récupérer de quoi couvrir sa nudité devenue embarrassante, il se livre à une petite introspection pour tenter de découvrir qui a pu le mettre dans cette situation. Dubitative et soucieuse de découvrir qui utilise son appartement pour faire des blagues de mauvais goût, Alexandra, la propriétaire des lieux, décide de raccompagner l’homme chez lui.
Le tandem passe quelques soirées à chercher sans succès la mystérieuse inconnue. Alors qu’il décide de cesser leur enquête et de mettre un terme à ses rencontres avec Alexandra, Léo découvre que, en plus de draguer les mêmes jeunes femmes noctambules que lui, cette dernière disparaît lors de la découverte du corps sans vie de la jeune femme qui l’avait piégé.

 

Si vous débarquez et que vous avez le temps (c’est mieux),
Le début est là: Chapitre 1
Le chapitre 2 attend bien au frais ici: Chapitre 2
Vous cherchez le chapitre 3? Pas de panique, il vous attend là: Chapitre 3
Le chapitre 4 est juste à la page d’avant: Chapitre 4

*

Moins d’une demi-heure plus tard, je me trouve devant la porte de l’immeuble où Isabelle m’avait amené deux semaines plus tôt. J’appuie sur le nom d’Alexandra. Le micro grésille un moment puis une voix d’homme répond.

– Oui ?
– Heu… Bonjour, je suis un ami d’Alexandra, j’aimerais lui parler…
– Il n’y a pas d’Alexandra ici, vous devez vous tromper.

Et il coupe la conversation.  Pas d’Alexandra ici.
Il faut absolument que je parle à cet homme.

– Monsieur, désolé de vous déranger encore, mais j’aimerais vous parler. Je ne serai pas long.

Une hésitation, suivie d’un cliquetis et la porte s’ouvre.

– Troisième gauche.

L’homme est assez grand, la soixantaine joviale. Il se tient dans l’embrasure de la porte, un verre à la main
– Que puis-je pour vous ?
– Je cherche une femme qui dit habiter ici… Alexandra, la bonne cinquantaine, petite, boulotte, des lunettes violettes, des cheveux rouges… ça vous dit quelque chose ?
– Au prénom près, vous décrivez ma femme de ménage, mais elle m’a donné son congé la semaine dernière… Entrez, je vous sers quelque chose ?

*

– Et elle prétendait revenir de vacances, dites-vous ?
– Oui, elle a même poussé jusqu’à remplir la machine à laver avec son linge.

Je n’ai pas eu d’autre choix que de raconter mon dur réveil d’il y a quinze jours, Isabelle, puis son décès malheureux. François, le vrai propriétaire de l’appartement, a d’abord été choqué d’apprendre à quoi servait son logement, puis il a admiré l’impudence de son ex-femme de ménage.

– Ce coup-ci, il semblerait qu’elle se soit fait doubler par le propriétaire… Elle se retrouve responsable d’un meurtre et de préméditation de vol… je comprends qu’elle m’ait donné son congé… Elle bossait chez moi depuis des années, c’est idiot, mais on finit par faire confiance. C’était ma femme qui l’avait trouvée, une perle à l’en croire. Elle appréciait beaucoup Delphine (le vrai prénom d’Alexandra). Elle lui passait tout : les retards, la vaisselle cassée, les approximations dans l’entretien de l’apparteement. Elle prétendait que pouvoir laisser les clés sereinement à Delphine valait bien quelques moutons sous le canapé. Quand ma femme est décédée, Delphine a été très chic, elle a pris du temps pour me faire des courses ou des repas, elle n’a pas demandé à se faire payer pour le temps passé en plus. Il m’a semblé naturel de la garder. Je n’aurais pas imaginé qu’elle se servait d’ici comme d’une base pour ses mauvais coups. Elle n’a jamais rien volé, à ma connaissance… D’un autre côté, elle avait tout intérêt à pouvoir profiter des lieux…
– Et je suis le premier à revenir pour me renseigner sur elle ?
– Oui, on doit avoir une bonne raison pour raconter une telle mésaventure à un inconnu…
– Et elle, vous la connaissez ? C’est peut-être sa complice…

Je lui montre la photo d’Isabelle sur mon téléphone.

– Elle, non. Qu’allez-vous faire, maintenant ?
– Je ne sais pas. Aller chez les flics, sans doute.
– Vous devriez. Moi, je vais faire changer mes serrures.

Il me raccompagne et me serre la main avec chaleur.

– Si je revois Delphine ou si elle m’appelle, je vous préviens
– Ca m’étonnerait qu’elle refasse surface, mais merci, je ferai pareil.
– Et la prochaine fois que vous trouvez une jeune femme charmante, méfiez-vous, demandez à voir son acte de propriété ou sa quittance de loyer! Il rit en refermant la porte sur moi, trop vite pour que je puisse lui répondre de se méfier des femmes de ménages.

*

A sec d’idées pour retrouver Delphine/Alexandra, je décide de passer la soirée au bar où tout à commencé. Je lorgne les consommateurs quand le souvenir me revient de Rachel, qui avait une intéressante propension à distribuer son numéro de téléphone. Elle a eu celui de la femme aux cheveux rouges. Peut-être ont-elles été en contact, peut-être même pourrait-elle me dire où trouver la diabolique femme de ménage. Il est un peu plus de vingt et une heures, avec un peu de chance, elle répondra à mon appel.

– Bonjour, vous êtes en contact avec le répondeur de Rachel, laissez un message après le bip.
– Bonjour Rachel, mon nom est Léo… On ne se connait pas, mais vous avez eu la … gentillesse… de me laisser votre numéro de téléphone lorsque nous nous sommes croisés dans un bar, il y a quelques jours. Pouvez-vous me rappeler, s’il vous plait ? J’aurais plaisir à vous revoir.

Ce n’est pas tout à fait vrai, mais je n’allais pas lui parler de Delphine, et dans l’absolu, autant joindre l’utile à l’agréable, après tout, elle est sans doute une compagne sympathique pour une soirée. Je n’ai pas à attendre longtemps, je suis en train de me rincer l’œil sur un groupe de jeunes femmes qui fêtent un anniversaire quand la sonnerie de mon portable me sort d’une rêverie d’où l’innocence est absente.

– Bonjour, c’est Rachel

Le ton est enjoué, la voix un peu trop travaillée à mon goût. Elle n’est pas longue à se décider à me retrouver au bar. Quand elle arrive, je suis devant un croque-monsieur et l’invite à me joindre dans mon dîner. Si mon offre la surprend, elle n’en laisse rien paraître et commande une omelette. Quand elle croise les jambes haut, sa jupe glisse un peu, révélant une cuisse fine et musclée.

La vengeance est un plat qui se mange nu (chapitre 4)

Previously on « Revenge is a moussaka best served naked »
Un homme vient de passer la nuit chez une jeune femme et se trouve, au réveil, mis en joue par une inconnue qui prétend qu’il se trouve dans son lit. Ses vêtements et toutes ses affaires évaporés, la jeune femme disparue, il fait son possible pour éviter une confrontation avec la police et tente d’amadouer son hôtesse forcée.
Après une tentative pitoyable de s’expliquer, principalement motivée par le besoin de récupérer de quoi couvrir sa nudité devenue embarrassante, il se livre à une petite introspection pour tenter de découvrir qui a pu le mettre dans cette situation. Dubitative et soucieuse de découvrir qui utilise son appartement pour faire des blagues de mauvais goût, Alexandra, la propriétaire des lieux, décide de raccompagner l’homme chez lui.
Le tandem passe quelques soirées à chercher sans succès la mystérieuse inconnue. Alors qu’il décide de cesser leur enquête et de mettre un terme à ses rencontres avec Alexandra, Léo se rend compte qu’elle et lui draguent les mêmes jeunes femmes noctambules.

Si vous avez le temps (c’est mieux), le début est là: Chapitre 1
Le chapitre 2 attend bien au frais ici: Chapitre 2
Vous cherchez le chapitre 3? Pas de panique, il vous attend là: Chapitre 3

*

Le lendemain matin, je suis happé au sortir de mon appartement par une Jacqueline sous bigoudis, entortillée dans son peignoir bleu.

– Vous avez eu de la visite hier
– Ah ?
– Une femme. Jeune, je dirais jolie. Je l’entendue sonner, j’ai regardé par l’œilleton, elle était tout encombrée et commençait à accrocher des sacs à votre poignée. J’ai pas voulu avoir l’air indiscret, alors j’ai mis mon imper et pris mon caddie, pour faire comme si j’allais aux courses. J’ai même pas eu à improviser, elle m’a abordée directement. Ça l’ennuyait de laisser toutes vos affaires dans le couloir. Les voilà.

Et Jacqueline retourne dans son antre pour en ressortir en tenant un costume emballé dans un plastique de pressing et un sac de supermarché. J’identifie le costume comme celui que je portais le soir de la nuit chez Alexandra et mon cœur fait un bond. Je m’empare du sac et en détaille le contenu : les sous-vêtements, les clefs, le téléphone, le portefeuille… Tout y est.

– Désolée, j’ai pas pu m’empêcher de l’écouter, elle avait envie de parler… Elle m’a raconté votre dispute et m’a recommandé de vous présenter ses excuses. Elle promet qu’elle ne vous embêtera plus.

Jacqueline se tait, de toute évidence dans l’expectative d’une révélation sur ladite dispute ou la personnalité d’Isabelle. Après m’avoir observé un moment, elle se décide à parler.

– Alors, la confiture ?
– Hein ?
– Ben la confiture…. Assez de sucre ?
– Heu… oui oui, délicieuse, comme d’habitude
– Très bien, la prochaine fois, ce sera fraises, j’ai demandé au marchand de me mettre ses cageots d’abimées de côté.

Satisfaite de savoir ses talents culinaires reconnus, elle me plante devant ma porte avec mes paquets et mes questions.

Le sac ne contient rien de plus que mes affaires. Dans mon portefeuille, les quelques billets et pièces sont toujours là, mon téléphone est déchargé. Elle a trouvé mon adresse sur ma carte d’identité et connait donc mon nom et mes coordonnées. Mais rien n’indique que je doive me méfier. Ma première idée est d’avertir Alexandra, mais elle est remplacée par l’envie de laisser tomber et de ne plus chercher de contact avec elle. Puis par l’idée d’échanger mes informations contre les raisons qui l’ont poussée à aborder Rachel dans le bar. Puis par l’idée que je n’ai pas à lui demander de justifier son comportement. Puis par la prise de conscience que cette femme n’a jamais, à aucun moment, au cours des huit soirées partagées, laissé imaginer que je pouvais lui plaire. Et que ça, c’est inhabituel.

– Alexandra ? Bonjour, c’est Léo. Que diriez-vous de retourner au bar ? Après tout, c’est un jeudi que j’y ai rencontré Isabelle… Rappelez-moi si vous voulez m’y rejoindre. Non, pas la peine de rappeler, j’y serai, passez, ça me ferait plaisir.

Après un bref moment de satisfaction pour m’entendre mentir avec un tel naturel, j’oublie Alexandra.

Et me voilà au bar dès dix-neuf heures trente, dans mon plus beau costume, rasé de près et l’œil charmeur. Je veux en avoir le cœur net. Même les moches peuvent être séduites. J’ai juste besoin de vérifier que mon charme opère, hors de question que je transforme l’essai et la ramène à la maison.

A vingt heures, je scanne la foule des consommateurs avec avidité, impatient de vérifier que j’ai raison. Je n’ai bu qu’un verre d’eau pétillante, attentif à garder l’esprit clair et à éviter une situation que je pourrais regretter. A vingt heures trente, Alexandra n’a pas donné signe de vie. Elle n’a pas non plus tenté de me joindre par téléphone. Je commence à douter de moi et décide de changer la cible de mes expériences. J’ai repéré deux filles charmantes et n’ai pas l’intention de laisser la femme aux cheveux rouges gâcher ma soirée. Je me lève pour aller aux toilettes et en profite pour passer en prenant mon temps devant le long miroir qui borde le bar sur le mur du fond. C’est ma tactique pour juger de mon allure et suivre les regards des filles qui me plaisent en toute discrétion. L’une des deux me lance un œil distrait, aussitôt suivi d’un rire qui me déplait. L’autre ignore totalement mon déplacement. J’en suis pour mes frais et m’énerve : je vais quitter cet endroit et ne plus y revenir. Je règle mes consommations et contrôle par acquis de conscience mon téléphone pour vérifier si Alexandra s’est manifestée. Rien.

Je me sens seul.

Je pense à Isabelle, à son sourire et à la gaité qu’elle avait mise dans la soirée passée ensemble. Malgré son inexplicable comportement, j’aimerais bien la revoir.

*

– Bonsoir Jacqueline, je peux vous déranger quelques minutes ? C’est au sujet d’isabelle… Heu… l’amie qui est passée rapporter mes affaires…
– Ben oui, j’me doute bien mon pauvre, j’vous guettais, j’étais tellement sûre que vous alliez passer que pour ne pas vous rater, je suis pas descendue de la journée !

Sur cette étrange entrée en matière, Jacqueline me pousse vers son salon et me fait assoir sur un canapé de cuir brun défraichi, orné de plaids en crochet multicolores.

– Depuis combien de temps n’aviez-vous pas de nouvelles ?

Et comme je ne réponds pas :

– C’est pas vous, au moins ? Vous êtes pas jaloux ?
– Mais de quoi parlez-vous, Jacqueline, je ne vous suis pas …
– Ben la petite, là, celle qui est venue et qui été retrouvée assassinée !
– Quoi ?
– Ben vous regardez pas les infos ? Votre amie a été retrouvée morte dans un lit, nue, apparemment chez quelqu’un qui la connaissait pas…

Je ne laisse pas à Jacqueline le temps de m’expliquer d’avantage, me jette sur mon téléphone et pianote avec fébrilité quelques mots. L’information jailli sans se faire prier. Un homme rentrant de vacances au milieu de la nuit a été surpris de trouver un couple dans son lit. Armé, le propriétaire de l’appartement a fait feu sans sommation, loupant l’homme qui a pu s’enfuir avec ses affaires, mais tuant sur le coup la jeune femme. Un encart montre une photo récente trouvée dans son sac, sur laquelle il n’est pas possible de ne pas reconnaître Isabelle. L’article précise que rien ne permet d’identifier la jeune femme et que l’appartement, situé dans un quartier chic de la capitale, est exempt de toute trace de vol. Le journaliste s’interroge sur la présence du couple dans un lit qui n’est pas le sien et conclut qu’il peut s’agir d’un pari idiot.

– Vous seriez pas du genre à vous enfuir ?
– Non…

Mon air éploré suffit à la convaincre.

– Vous voulez boire un coup ? vous avez pas l’air bien…
– Non, merci, je passais pour savoir si elle vous avait laissé quelque chose pour moi, un numéro de téléphone, une adresse…
– Non, rien, je suis désolée.

Je ne sais pas ce qui me trouble le plus : la mort de l’inconnue ou le fait de découvrir que je n’était rien de plus qu’une victime parmi d’autres. Qu’elle était un escroc qui attirait des hommes chez des inconnus, passait la nuit avec eux et s’évaporait au petit matin avec portefeuilles, clés, vêtements et cartes bancaires. Qu’elle mettait à profit le temps nécessaire aux amoureux mystifiés pour reprendre leurs esprits et trouver le moyen de réintégrer leurs domiciles dignement, sans doute pour les voler.
Je ne m’explique pas pourquoi elle ne m’a pas volé et je ne le saurai sans doute jamais, ni comment elle se trouvait en possession des clés des appartements où elle opérait. Je me demande si Alexandra la connaissait. Maintenant que sa photo est accessible il est simple de s’en assurer.

Ce numéro n’est pas attribué

J’appuie pour la troisième fois sur la fiche contact d’Alexandra dans mon téléphone. Il est impossible que j’aie fait une erreur en composant le numéro.

Ce numéro n’est pas attribué

La corrélation ne me semble pas osée : Si elle a résilié sa ligne peu de temps après la découverte du corps d’Isabelle, il y a forcément un lien entre les deux femmes. Le seul moyen de s’en assurer, c’est d’aller chez Alexandra et d’exiger des explications.

*