Archives de Catégorie: Extrapolations

Poisson vole

– Les pirates, ça dort zamais!!!
Le gamin éclate de rire et fonce sur son vélo bleu clair, les petites roues au vent, laissant derrière lui un nuages de feuilles d’automne aux couleurs de dos de poisson. Quelques feuilles volètent et viennent se poser avec délicatesse à la surface du bassin aux reflets métalliques, attirant les carpes qui l’habitent.
– Dis donc, Roger, il m’a l’air bien en forme, le p’tit aujourd’hui…
– Oui, je sais pas trop où il va chercher son énergie, moi j’en peux plus et il n’est que 15h… ce passage à l’heure d’hiver me flingue à chaque fois…
Les deux koi, leurs grosses têtes affleurant l’eau, fixent quatre yeux globuleux sur l’enfant qui virevolte autour du bassin. Descendu de son vélo, il a choisi un bout de bois pour s’en faire une épée, avec laquelle il cingle l’air en poussant des petits cris de joie.
– Ze suis le sef des pirates, ze vais pésser les poissons!!! et après, quand il y en aura un gros tas, ze vais les griller et les manzer!
– Il a bien changé, voilà qu’il veut nous faire griller…
– Tu crois qu’il est sérieux? je pensais qu’on était ses amis…
– Oh tu sais, j’ai appris que les notions d’amitié pouvaient varier d’une espèce à l’autre…
– Oui, mais nous? On est amis, non? Tu n’as jamais eu envie de me faire griller? C’est à ça qu’on reconnait ses amis? Ceux qui grillent et les autres?
Roger éclate de rire devant la mine déconfite de Stanislas, dont l’expression atterrée déforme les traits, amenant au contact les tâches turquoise de sa tête et lui donnant l’air de porter un masque de Zorro triste.
Le petit garçon s’est approché au dessus de la surface lisse de l’eau et agite son bâton. Il se penche vers les formes colorées qui se sont réfugiées dans la boue.
– Eh, les poissons, hé! Ze vous pèsse!
– Tu vois? Il joue avec nous… rien de méchant, il n’a pas mis de ligne ou d’hameçon… il se contente d’imiter le grands, c’est un gamin.
Roger se tourne vers son gros amis pour le trouver blotti dans un bouquet d’algues, la mine déconfite et le regard apeuré.
– Oh, calme-toi, on connait ce gosse depuis tout petit, tu ne crois pas qu’il va nous faire griller quand même…
– Pourquoi il est pas resté petit?
– Ca c’est pas possible, tout le monde grandit, vieillit, change…
– Mais je veux pas changer, moi, et je veux pas qu’il change, j’aime ce petit .. petit…
– Mais regarde, il est mignon, là, il est drôle avec sa bouille ronde, ses petites dents et son bonnet…
– Ses petites dents, ses petites dents… il va nous entamer, oui… on peut pas faire ça à ses amis… je les mange, moi, mes amis? Si les gamins ont les dents qui poussent pour mieux dévorer leurs amis, je préfère rester poisson…
Le gamin ayant changé de position, son ombre surplombe les corps des deux poissons, les plongeant dans une inquiétante obscurité. Au bout de sa petit main, il tient toujours le bâton avec lequel il fait mine de pêcher.
– J’aime pas son nouveau jeu, je préférais quand il apprenait à nager et que ses petits pieds nous frôlaient et que les chatouilles le faisaient rire et que ses petits bras tapaient l’eau et que…
– Bon ça va, tu vas pas arrêter de te plaindre. Le petit grandit et c’est très bien, tu devrais être content. D’ailleurs, on avait dit qu’on l’aiderait avec ses petites roues
– Comment ça?
– Qu’on l’aiderait à s’en passer, pour qu’il se sente encore plus fier sur son vélo…
Stanislas se mit à sourire.
– Ah oui, bonne idée, tu crois que si on fait ça, il va nous aimer et ne plus avoir envie de nous griller?
Roger hausse la nageoire en signe d’ignorance et s’approche de la surface en miroir de l’eau. L’enfant s’est lassé de son jeu de pêche et a repris son vélo. Il tourne autour du bassin en chantant une comptine où il est question d’escargot et de maisonnette  ()
– J’y crois pas, il préfère les escargots, maintenant… ça se mange, les escargots? ils devraient se méfier, ils vont finir grillés eux aussi… Et on fait comment, pour les roues?
– On fait l’oiseau…
– Oh non, j’en étais sûr… pas l’oiseau, ça fatigue…
– On fait l’oiseau et je te donne mon apéro de ce soir
– Là, d’accord… Bon, pas de temps à perdre.

Les deux poissons s’enfoncent dans la boue et en sortent quelques algues, des plumes récupérées à la surface de l’eau et deux petits colliers fabriqués dans des feuilles de nénuphars. Après s’être faufilés dans les colliers, ils plantent adroitement plumes et algues autour de leurs deux grosses têtes ainsi coiffées.
– Je me sens ridicule… je ne suis pas un oiseau…
– Et les hommes? avec leurs avions, leurs parachutes, leurs parapentes, tu ne les trouves pas ridicules?
– Ben eux au moins, ils ont de belles tenues et ils postent leurs photos sur instagram…
– Et c’est ça qui te fait envie chez les hommes?
Stanislas ronchonne et accroche ses dernières plumes, puis dans un même élan, les deux amis battent de la queue et se propulsent à la surface.
– N’oublie pas, on n’a pas trop de temps, n’en perds pas à des conneries, s’il te plait…
– Même pas une petite photo en vol?
– Même pas… et qui irait regarder des poissons voler?
– Ben y a bien des chatons… on n’est pas moins mignons…
– Sache que la mignonnerie est question de point de vue, c’est un concept qui ne se discute pas…

Les plumes prennent l’air et hissent les poissons hors de l’eau.
– Vise bien la roue gauche, je prend la droite, hurle Stanislas avant que l’arc de son corps ne forme un demi-cercle parfait, qui vient se finir pile à la petite roue de droite.
Devant le spectacle des deux poissons couverts des plumes qui volent vers lui, l’enfant rit et bat des mains. Il observe Roger et Stanislas se poser avec toute la délicatesse de leurs corps corail  sur les deux côtés de sa roue arrière et quand il les voit en dévisser les roulettes, il ne songe pas à s’affoler.
– Vas-y petit, fonce
C’est Roger qui a parlé dans un souffle et l’enfant fasciné a appuyé ses pieds sur les pédales. L’équilibre assuré par les deux carpes, le vélo fonce dans l’herbe rouille et les feuilles d’automne. Le petit pousse des cris de joie ou se mêlent rires et un rien de peur fascinée. les poissons s’épuisent à battre l’air pour donner l’élan nécessaire et d’un coup, sentent que le vélo part tout seul en ligne droite.
– Roger, je crois que le gamin a compris! On rentre!
Dans un éclat de rire ravi, le bambin salue ses deux amis qui opèrent un demi-tour vers le bassin et en réintègrent avec délice la boue tiède. Le vélo est stabilisé et les roulettes, qui prennent froid dans l’herbe humide, ne sont plus qu’un souvenir.
Avant de rentrer pour le goûter, l’enfant fier et ému s’approche de l’eau et gazouille à l’intention des carpes.
– Il a dit quoi?
– J’ai compris « ze vous aime les amis », mais je ne suis pas sûr…
– Oui, moi aussi, j’ai compris ça
Et Stanislas, soulagé, finit de ranger ses plumes avant de ses servir double ration d’apéro.
– Pour fêter ça, tu veux une mouche?

 

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Un déjeuner sur la 14e ligne

Lecteur-chéri-ma-basket-dans-la-boue, je te le confirme, nous parlons bien ici de la ligne 14 du métro parisien, celle qui joint Olympiades à Saint Lazare. Que du beau monde. 

Comme un défi d’équilibriste, à l’heure du Grand Tout Virtuel… Se retrouver quelque part sur le fil de vies dont le contrôle nous échappe, pour prendre le temps de… le temps de quoi au fait? Le temps de manger, oui, ça reste une partie importante de ce qu’il nous reste à faire pour survivre.
Croisons-nous donc, aux confins de l’univers, sur une droite qui prend la tangente. Retrouvons nous pour déjeuner quelque part sur la ligne 14.
Il faudra bien se tenir, pas trop rire et s’agiter, pas trop manger non plus sous peine de voir se rompre la ligne.

Parce qu’hélas, la virtualité n’étant pas entretenue (ce qui explique pour partie le grand laisser aller de ce côté-ci de la toile), les lignes se fragilisent, arrivent en fin de vie. Nous échappent. Et une ligne qui casse, ce sont des gens qui glissent et tombent, de ces gens qui, eux, voulaient sortir du virtuel pour se retrouver un moment, sur la ligne.
Et où tombent-ils, ceux qui, par leur acte de rencontre, faisaient preuve d’un esprit frondeur?
Laissons-les s’enfoncer dans l’obscurité incertaine de la matrice, il sera toujours temps de les rattraper. Bien que la chute soit infinie, les caméras vidéos ne laisseront rien passer de leur déclin.
Imagine un second, ma caille, que l’on puisse créer des vidéos virtuelles à partir des échanges interceptés sur le net? ça fait peur, hein? une chaine youtube des scènes qui s’échafaudent dans le Cloud….

Mais retournons sur la ligne…

Honorons le rendez-vous, hasardons-nous sur le fil qui relie les gens. Prenons la ligne, le rail, le ruban d’asphalte, le chemin de terre.N’ayons pas peur.

J’y suis. En vrai.
Le cœur battant à rompre la fragile couche de peau qui délimite mon essence, j’avance sur la ligne 14, glissant mes pieds nus sur le câble érodé de la réalité. Je ne veux pas tomber, je sais d’avance que je n’aurai pas la force de me raccrocher. Et me raccrocher à quoi? A un autre individu malchanceux qui aura glissé ou fait rompre sa ligne? à un bout de ligne, cassant et rouillé, qui va me blesser? Au reflet ébréché des espoirs qui jusqu’à l’inexorable chute, m’avaient maintenue? Non, pas glisser, pas tomber. Fermer les yeux jusqu’à voir des étoiles.
Je vous écris du bout de mes rêves, ceux qui dans un souffle d’agonie barbare ont rendu les armes, rendu les âmes, sorti les rames. Et un rêve qui rame sur l’arête d’une ligne brisée, c’est à peu près aussi triste qu’un ours polaire agrippé à un bout de cette banquise dont on sait la mort annoncée.

On le sait, mais on ne fait rien.

Non qu’on ne veuille rien faire, nous ne sommes pas cruels, mais oublieux, légers, sans mémoire. Cette même mémoire que nous confions à nos téléphones, nous déchargeant ainsi du poids d’une réalité qui nous pèse. Et l’ours polaire, impuissant, nous observe pleurer sur son sort. Sauf que la vie nous mène parfois à des croisées qui rendent inutiles les larmes. Des lignes qui convergent et plient.
Foin de l’eau de yeux, agissons. Dans le bon sens, de préférence. Poursuivons nos glissades téméraires sur les lignes qui résistent, même si leur fragilité effraie.

Et au passage, tendons la main à l’ours polaire.

Autant chuter en confortable compagnie.

Sur le pont d’une nuit sans pitié

Il est là, tout près de moi. Je sens son souffle poisseux peser sur ma nuque.

Comment ai-je pu imaginer l’avoir oublié?
J’aurais pourtant dû me douter que quelque chose n’allait pas: au lieu de voir des animaux morts, ce qui est le premier symptôme de déprime chez moi, je vois depuis quelques temps des gens nus. Des gens nus qui font leurs courses, promènent leur chien, se baladent dans les parterres de fleurs. Il est pénible de regarder un animal mort, mais une personne nue, c’est impossible. Je dois être déjà en sale état. J’aurais dû me méfier. Un gémissement s’échappe de ma gorge endolorie par l’angoisse.
Je me recroqueville sous la couette, espérant qu’il ne me verra pas. J’arrête de respirer. Mes paupières se crispent, enfonçant les globes oculaires dans leurs orbites. Son pas lent résonne dans mes oreilles. J’aurais dû vérifier que la porte était fermée.
Trop tard.
Comme lorsque j’étais enfant, j’imagine que si je ne le vois pas, il ne me voit pas non plus. Alors je continue de crisper mes paupières. Je sens la sueur nimber mon front. Pourtant je sais qu’il est sensible aux odeurs de peur, qu’il va me repérer. Je voudrais crier pour alerter, mais ma gorge convulse sur le passage de ma voix et l’étrangle, la transformant en un hoquet lamentable.
Mes membres se mettent à trembler. Mon cerveau a perdu le contrôle de mon corps, je perçois bras et jambes comme les quatre satellites fous d’un vaisseau en perdition. Quatre? je suis devenue dix, vingt, cent éclats de moi qui hurlent de terreur.
Il approche, je perçois la froideur de son corps dur.
Sa respiration haletante contracte le temps, laissant place à la grotte sombre et glacée de mes angoisses. Il a suffit d’un battement de cœur et les années de répit se sont évanouies pour laisser place à la peur. Mon corps, rendu docile et faible par la confiance de ces années d’insouciance, s’est tordu dans un spasme. Mon esprit vagabond se révulse, m’abandonnant à la solitude de la nuit. De la maîtrise diurne, il ne reste qu’un petit tas de poussière triste, à recycler dans la benne d’une humanité en perdition.
Il est là, assez près pour que je devine le puits infini de sa froide détermination, que je m’imprègne de son abyssale inexorabilité.
Pendant que je l’oubliais, il a gagné en force.
Ne jamais oublier.
Au bout de son bras au biceps saillant, un gant dont les arrêtes acérées ne me feront pas de cadeau. Il va se serrer autour de ma gorge et jouir de mon agonie, vriller de ses yeux perçants les lambeaux de mon cerveau qui auraient encore l’impudence de croire.
Ma raison vacille, en équilibre précaire sur la corniche inhospitalière des obligations.

Le coup part, vif, précis, laissant Dimanche agonisant.
Un cri se fraye passage entre ma glotte et mes amygdales. Dimanche va crever et je ne vais rien pouvoir faire de plus que ce bruit dérisoire.
Le sicaire imperturbable, la main crispée sur la lame rougie du couteau qu’il vient d’extraire du cœur de la pauvre bête, braque son regard sur un horizon de brouillard glauque.
Dimanche se tord de douleur, miroir de l’avenir qui se dessine.
De mes yeux coulent des larmes d’impuissance.
Ne jamais oublier.
Dans un cauchemar éveillé, chacun des grains dorés du sablier-bourreau est un coup de gong sur le fil fragile de ma lucidité.
Je voudrais lutter, mais nos armes sont inégales.
Je contemple, éplorée, la dépouille de dimanche qui déjà se dissout dans la fange d’une nuit sans espoir.
Je sais que mon tour est venu.
Je veux rester digne, mourir la tête haute, les yeux plongés dans le trou noir du regard abyssal de celui qui veut ma fin.

Dimanche n’est plus. Le sicaire a un sourire cruel. Sa main gantée de cuir noir se tend vers moi.
Au milieu de l’onyx palmaire, l’éclat froid d’un objet révoltant.
C’est un réveil.
Je vais vomir de désespoir.
Déjà, dans l’aube glacée d’un jour sans fond, l’ombre de lundi se faufile.
J’ai perdu.
Je perds toujours.

Peintre céleste

Ce matin, j’ai vu la peinture d’un ange…
Prenant ses aises sur trente rouleaux de toute beauté, un festival de floraisons raffinées, d’oiseaux chatoyants, de flocons ouatés…
Ce matin, j’ai effleuré du bout des yeux ce que peut être le syndrome de Stendhal.
Dans la subtile délicatesse des rendus à l’irréelle précision, on ressent en filigrane que le geste de peindre peut être un acte d’amour, où chaque pétale est une ode à la nature, chaque plume un sentiment de pur abandon, chaque caresse du pinceau le reflet d’heures d’observation que l’on imagine méditative.
Une transe visuelle dont on sort bouleversé.

Exposition Jakuchu « Le royaume coloré des êtres vivants » au petit palais

 

 

 

 

La fête est finie

Lecteur-chéri-mon-choix-pas-par-défaut,

Hier, j’ai vu un vétuste ayant vécu, vêtu d’une chemise hawaïenne en matière synthétique, d’un mini-short en sweat gris directement issu des 80’s, de socquettes de tennis bien tendues sur ses mollets grêles, ses pieds dont, allez savoir pourquoi, je les imaginais aux ongles longs et douteux, au large dans des baskets ayant un jour lointain connu la virginale blancheur de la neige. (Putain de phrase, non?). Le vétuste gambadait sur la place du marché, jouant avec les jets d’eau qui s’activent de façon aléatoire. Il riait quand l’eau chatouillait les poils de ses jambes maigrichonnes.
Je suis sûre que c’est un ange déchu. Il en a la dentition.
Quand ma vue délicate croise ce type de spécimen, je suis toujours traversée par une fulgurance au parfum de doute. Est-il possible que la proximité citadine de ce type de look induise une déliquescence de mon sens auto-critique?
Par exemple, ce matin, j’ai encore eu la confirmation que l’épidémie de n’importe quoi progresse autour de chez moi: on me parle de chien « tout à fait décédé » (je passe là sur la « Chartres de qualité » et le « Radisson Blues », parce que je ne suis pas payée pour faire de la pub, moi – ceci est un appel à moitié déguisé…- ).
Est-il possible que ce soit contagieux? Vais-je me mettre à porter des jupes-culotte ocre et des escarpins beige, lire Marc Levy et acheter Gala?
Je dois t’avouer avoir peur. Peur de perdre mes mots, d’en perdre le sens, de ne plus penser juste. 1984, mon cauchemar récurrent depuis l’invention du langage sms. Ma réflexion se délite, soumise à la mitoyenneté de la moyenne, quel émoi.
Je n’ose plus sortir.
Perchée telle la 8è femme de barbe bleue, je scrute l’horizon et ne vois que l’herbe qui verdoit et la route qui poudroit.
Ce qui n’est pas tout à fait exact, pour dire toute la vérité, rien que la vérité, je lève la main droite et je jure. (J’aime bien jurer, surtout en conduisant, mais sois rassuré, je ne lève pas la main droite en telle situation. Je crache. C’est pareil. On dit bien juré-craché…), donc je disais que je vois d’autres trucs depuis mon perchoir. Des ruches, un tram, de la pollution et des perruches géantes (tout est vrai, bien sûr).
J’attends que l’on vienne me délivrer, mais même sur France Inter ils ont mis un jingle pourri pour le 7-9. Où va le monde? Reste-t-il de preux chevaliers prêts à en découdre au nom de la classe, de l’intelligence et du respect?
Je n’ose plus faire la sieste, ces rares moments de calme étant troublés par d’affreux cauchemars dans lesquels Nicolas Hulot fait seppuku face à un portrait de Donald Trump, un ange agonisant convulse de douleur le long du mur ocre de sa prison sans fenêtre et le chien de mon esthéticienne nage avec un petit tuba dans la truffe. Flippant.
Je me sens cernée par l’orthographe douteuse, la grammaire approximative et les mots généralistes (en écrivant ça, je prie pour ne pas avoir fait trop de fautes). Tels une armée de scorpions géants, ils progressent vers moi en me fixant de leurs petits yeux menaçants.
Shakespeare, si j’avais eu 500 ans de moins, nous nous serions follement aimés.
Le mauvais goût les a rejoint.
Je vais crever.
Dans mon délire, je vois passer le vieux, son mini-short flottant au vent de ce vendredi d’apocalypse. Il rit de toutes ses forces, déclenchant une tempête de vulgarité poisseuse dans l’air vicié par la bêtise.

Le glas a sonné, mon lecteur à moi.

C’est ma rentrée et la planète se meurt. Egoïstement, je ne sais pas ce qui est le pire.
Demain, je marche pour sauver le monde https://www.facebook.com/events/1911533922247320/

Si ça s’avère nécessaire, je te prie d’organiser une marche pour me sauver, dès la semaine prochaine.
Ch’t’ai kiffé.