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Confus, les anges déconfits

Premier post post-confinement. Lecteur-chéri-mon-astéroïde, en lisant que le Larousse attribue à « confit » la définition suivante: « Viande ou volaille conservée dans la graisse (spécialité du Sud-Ouest) », m’est venu à l’idée que « déconfit » serait une forme de « sortie de graisse », de mise au régime, quoi. Et que les semaines étranges que nous venons de passer peuvent aussi avoir affecté les personnages. Le moment était venu de retrouver nos ailés amis Ivresse et Oubli, les plus proches de la notion de « volaille » (parmi mes amis de caractères), sauf leur respect. A une époque pas si lointaine, j’avais rencontré dans un bar Ivresse et Oubli, deux anges déchus obligés, par manque d’audience et pour échapper à la disparition, de faire les 2X12 (12h ange, 12h démon). Ils ne rêvaient que de rédemption et de retour vers leur paradis perdu – j’en profite ci-dessous pour rendre hommage à Christophe- , d’autant plus que si les gens cessent de croire en eux, ils sont condamnés à finir en poussière. Ils avaient essayé de m’obliger à reprendre une vie saine et bio, pour mon bien et le leur. Je ne te cache pas qu’ils avaient échoué… Si tu es curieux d’en savoir plus, mes amis Ivresse et Oubli avaient déboulé dans le monde d’avant par là.

*

Ce petit tour dans les bois a le goût délicieux d’une forme de liberté retrouvée. Pas grand monde en dehors des zones proches des parkings. Les gens s’ébattent au soleil en prenant plus ou moins de précautions, le port du masque semble soumis à de multiples interprétations et la distanciation sociale à de multiples contraintes plus ou moins maitrisées.

Oui, toi qui me lis dans l’avenir, ce texte est écrit juste après la quarantaine due au covid19, vécue par le monde entier. Nous sommes en 2020 et au moment où j’écris ce témoignage vibrant, le monde s’observe. Donc le port du masque et le respect d’un espace entre les gens sont des notions non seulement mal définies, mais très mal mises en oeuvre. Ca doit te sembler risible, à toi qui est sans doute né avec un masque et un septième sens capable de te faire t’ajuster à la bonne distance sans avoir à y réfléchir. Mais c’est ainsi.

Je ne vais pas m’attarder auprès des gens, ce que je veux, c’est FAIRE DU VELO. Faire du vélo est devenu un super-objectif que rien ne m’empêchera d’atteindre. J’appuie sur les pédales avec la rage d’un hamster dans sa roue, décidée à ce que rien ni personne ne vienne entraver ma voie vers le « moi » des bois. J’avance sur des chemins que la récente tempête a ravinés à souhait, barrés de longs troncs feuillus qui ont mal supporté les rafales, m’obligeant à faire des détours par les orties. Cette balade se mérite. Je vais me poser dans une petite clairière bordée par un chemin sablonneux, oasis de verdure noyée de soleil entre les hauts troncs de résineux. Un pin obligeant y a façonné un trône de mousse et d’écorce dont j’ai l’intention de profiter.

Je pose mon vélo dans l’herbe, gratifie l’arbre d’une amicale accolade et commence ma descente vers le coussin vert foncé qui va accueillir ma noblesse fessière quand mon œil est attiré par d’incongrus scintillements bleus et rouges.

– Ah quand même, il était temps…

On me parle. Ce doit être une erreur. J’ignore. Laissez-moi tranquille dans ma forêt.

– Ne me dis pas que tu ne nous vois plus?

Le ton angoissé me rappelle de lointains souvenirs. Les scintillements rouges et bleus dessinent deux masses de couleurs assorties desquelles émergent deux paires d’ailes où les plumes salent alternent avec les feuilles de différents arbres, puis deux têtes hirsutes aux regards traqués.

– Oubli? Ivresse? Mais qu’est-ce que vous faites là?
– Bonjour, moi aussi je suis content de te voir… J’avais peur que nous soyons devenus une espèce éteinte… avec tout ce bazar, les gens ont très peu pensé à nous… tu sais à quel point ça nous affaibli…
– Oui-oui, bonjour…

Le pauvre vieux a l’air si contrit que je ne vais pas lui faire remarquer que si je viens jusque là c’est précisément pour ne voir personne. Et que oui, ils ont l’air fragiles, comme si les gens avaient cessé de croire en leurs anges gardiens ces dernières semaines, les menant à une disparition sans retour possible.

– Comment ça va? vous avez l’air… heu…
– Laisse tomber la politesse, on est dégueulasses, nos ailes sont tout abîmées et on a pris 10kg chacun. On est dans un tel état que là-haut, ils ne veulent plus de nous comme anges, ils prétendent qu’on fait flipper les gens. Tu parles… c’est un prétexte pour nous virer sans frais, oui. On fait du plein temps démon, depuis quelques semaines. C’est la honte.

Oubli me fait mal au cœur. Je sais que malgré son look crado et son comportement à la limite du punk, c’est un bon bougre et son job à temps partiel ange / partiel démon lui pesait déjà lors de notre première rencontre. Alors plein temps démon… il doit être proche de la déprime. C’est vrai qu’il a sacrément grossi….

– Et ça marche? Je veux dire… le plein temps…
– Le pire, c’est que ça marche à fond. Les gens sont hyper-vulnérables, il suffit d’un rien pour les pousser à picoler, à se comporter n’importe comment et à oublier immédiatement. Tu peux pas imaginer ce que des gens seuls et qui s’ennuient peuvent inventer pour faire marrer leurs potes… L’idée des apéros virtuels en visio-conférence vient de nous… Au début, on se prenait pour des visionnaires… mais la situation nous a échappé…
– On n’est pas faits pour ça! A la base on est du bon côté du miroir… Voir ces tronches rougeaudes ricaner bêtement sur des écrans, ça nous a vite mis mal à l’aise. Mais impossible de revenir en arrière, tu sais, quand le mal est fait… alors on est venus se réfugier ici, pour échapper à la tentation de pousser les gens sur la mauvaise pente. Sauf qu’en bas, les managers de l’enfer prétendent qu’on est pas rentables, ils ne veulent plus de nous non plus. On s’est fait virer. Pfff…. on en est réduits à traîner dans les limbes, comme deux gros dommages collatéraux de la crise sanitaire

C’est Ivresse qui a parlé en dernier. Il a l’air anxieux. Mes deux pauvres amis se dandinent devant moi dans leurs tutus déchirés par de longues semaine passées dans la forêt. Ils ont perdus leurs souliers vernis et les trous dans leurs collants laissent apercevoir de longs ongles crasseux.

– Fais pas ta princesse, on cracherait pas sur un bain, hein… va pas croire que c’est un choix facile…
– Désolée, mec. Qu’est-ce que je peux faire pour vous?
– Laisse-nous faire le bien, qu’on reparte dans le bon sens.
– Et tu penses à quoi?
– Avec objectivité, qu’est-ce que tu pourrais vouloir arranger, concernant ton cas personnel?
– C’est pas un peu votre boulot, ça, savoir comment aider les gens?
– Je te rappelle qu’on est au chômage et qu’on va finir par s’évaporer… nos capacités d’analyse ont été entamées…
– Je vois…
– Je sais pas moi, on peut faire simple, tu as grossi, non?
– Pas tant que vous…
– Sois pas méchante, on avait que ça à faire, aussi, manger…
– Ben non, je ne vois pas comment tu peux m’aider. Tu devrais essayer sur d’autres gens. Des trucs simples, genre « porter un masque », « se laver les mains au savon » tu vois le topo?
– Le créneau est déjà pris, on va se faire traiter de pirates si on fait ça!
– Comment ça?
– Ben ceux d’entre nous qui ont bien assuré pendant la crise ont eu le droit de choisir leurs bonnes actions… Nous, il nous reste les trucs dont personne ne veut, genre pousser les gens chez le coiffeur ou leur faire entreprendre un régime….
– Me regardez pas comme ça, je suis d’une sveltesse de rêve et mes cheveux sont une cascade d’or qui coule avec chaleur sur mes épaules bronzées…

Au moins, je les aurais fait rire. Ivresse pouffe et Oubli se trémousse, son estomac tressautant au rythme de ses gloussements de joie.

– Bon, vous êtes vexants. Moi aussi, je suis fatiguée et la quarantaine m’a sans doute un peu abîmé les repères, Je vous laisse. So long, guys.
– Non, tu peux pas nous abandonner! Ce serait de la non assistance à personnes en danger…

Oubli me fixe avec le regard d’un chaton mignon. On sent qu’il a travaillé ses attitudes pendant le confinement, il me ferait presque pitié.

– Et depuis quand vous êtes devenus des personnes?
– De la non assistance à anges en danger, ça sonne mal.

Merde, il m’a devinée, le gros rouge. Je ne supporte pas les phrases à la musicalité douteuse.

– Ben je sais pas, moi. Essayez de surfer sur les tendances… Vous pourriez peut-être envahir Instagram et renvoyer aux gens les versions sans filtre et sans maquillage de leurs selfies?

Dans le regard d’Oubli passe l’ombre d’un mélange de respect et de jalousie.

– Mais comment j’ai fait pour ne pas y penser tout seul?
– On réfléchira sur notre capacité à évoluer dans un monde 2.0 plus tard, viens, on s’casse, c’est une bonne idée et ce serait dommage que Méchanceté ou Jalousie nous la pique.

Après avoir adopté mon point de vue sans se faire prier, Ivresse, dans une pauvre tentative de s’arranger, passe ses mains sales sur ses ailes et dans ses cheveux, puis il se fige et se met à devenir transparent.

– Qu’est-ce qu’il fait?
– Il mute vers Instagram, on a fait un stage juste avant la quarantaine, c’est facile, c’est juste une question de concentration…

Et sous mes yeux ébahis, Oubli défroisse ses ailes, se fige à son tour et s’évapore.

– Hasta la vista, baby

Sa voix a résonné dans ma tête, puis j’ai été prise d’un léger vertige. Je m’assied enfin au pied de mon arbre, sûre d’avoir imaginé cette situation ubuesque.
Il est temps de prendre quelques photos et de les envoyer à mes amis moins chanceux, coincés à la maison en télétravail. Je sors mon téléphone et fais des clichés de la petite clairière. Bien sur, il m’est difficile de résister à l’envie de me prendre en photo, tout sourire au soleil.

Même si ce n’était qu’imaginaire, je m’en veux d’avoir eu cette idée stupide.

Instagram regorge de photos pires les unes que les autres, de faciès livides et fatigués, de chevelures broussailleuses, de regards cernés, de joues arrondies par les excès. Des filles dépourvues d’artifices côtoient des sportifs sans abdos, des paysages de cauchemar font suite à des photos de bouffe industrielle. Instagram a cessé d’être un monde de rêve pour n’être que le piètre miroir d’une réalité à laquelle tous souhaiteraient échapper. Sur chacune de ces images, on aperçoit, en y prêtant attention, un léger reflet bleu et rouge. Ivresse et Oubli sont sur la voie de leur rédemption… Le selfie devient le mal… Et c’est de ma faute…

Le journal de bord des confits-nés

Ce magnifique, extravagant, surréaliste témoignage en temps réel est accessible ici:

JDB des confits nés

 

 

Rébellion quantique – Part 9

Roxanne participe à des opérations menées par une organisation illégale dirigée par Franck, l’Asso. Ils empêche le gouvernement d’obliger les populations les moins aisées à quitter les villes pour le 3e cercle de banlieue. Roxanne pose des bombes dans des immeubles en construction, tout en étant sûre de ne pas se faire prendre: elle est un individu quantique, dont la vie se déroule à cheval sur plusieurs réalités. Sa nouvelle mission la conduit à organiser l’enlèvement du ministre de la vie en ville, pour faire plier le gouvernement. Le kidnapping réussi, elle effectue un bond dans le temps pour échapper à ses poursuivants. Dans sa nouvelle réalité, elle n’existe pas encore et doit profiter de son statut de fantôme pour aider l’Asso à diffuser des vidéos du ministre kidnappé.Lors de son dernier saut dans l’espace-temps, elle a emmené avec elle un petit garçon qui se révèle être le petit-fils de l’otage. Pire, elle découvre qu’elle est un agenda double-double: son « moi local » se sert de ses relations avec le ministre pour lui voler des informations utiles à l’Asso et son « moi quantique » exécute les instructions des rebelles.

Le début se trouve par ici

*

Je suis entrain de tenter un bluff contre moi-même : si le ministre et moi avons échangé nos fluides, il y a des chances que l’une de mes clefs ouvre son appartement. Le gamin me regarde introduire la première clef dans la serrure avec le regard brillant d’espoir d’un pirate devant un coffre-fort.

– Il est là, le chocolat, t’es sûre ?

Je serre un peu plus sa petite main pour lui intimer le silence et continue à essayer dans l’ordre du trousseau toutes les clefs dont je dispose. La quatrième s’introduit dans la serrure sans difficulté et le cliquetis qui suit sa rotation est un couinement de victoire de la mécanique bien huilée. Nous entrons et je referme la porte avec un verrou. Bien que sûre que le ministre vit seul, nous guettons d’éventuels bruits et parcourons rapidement les pièces du logement spacieux qui me semble vaguement familier.

– Va dans la cuisine, tu devrais trouver de quoi te faire un goûter dans les placards

Manuel ne se le fait pas dire et fonce dans le couloir, propulsé par l’espoir de découvrir de nouvelles sucreries

– Et ne touche pas aux couteaux !
– Je sais !!!

Pendant que le petit explore son nouveau territoire, je me mets à fouiller le bureau qui trône dans une pièce garnie d’étagères surchargées de livres et de dossiers. N’ayant aucune idée de ce que je cherche, j’ouvre le premier tiroir avec un mélange de désespoir, d’appréhension et d’excitation.

Il me faut près d’une heure et quelques aller-retours vers la cuisine pour rassurer Manuel sur la comestibilité de ce qu’il exhume des placards pour mettre la main sur des photos de moi, rangées avec ce que je comprends être des articles de presse et des lettres. Alors que je parcours ces documents, un sentiment dérangeant de déjà vu m’envahit et me contraint à cesser ma lecture. Mue par une intuition, je me lève et me rends dans la chambre à coucher. Là, sans avoir besoin de me poser de questions, j’ouvre le tiroir d’une commode et pousse un petit piaulement. Ce sont mes vêtements. Ceux que j’ai eus dans toutes les réalités que j’ai traversées. Dans la garde-robe, je découvre des tailleurs et des chaussures que je me souviens avoir portées, sans pour autant pouvoir dire avec certitude pour quelle occaasion ou à quel moment. Je farfouille dans mes affaires assez longtemps pour que Manuel, rassasié, s’impatiente et vienne me chercher.

– Tu fais quoi ?
– Tu vois : je range…
– Non, tu jettes tout par terre…
– C’est le début d’un rangement…

Il me regarde, dubitatif et file s’assoir sur le lit

– Je peux faire la sieste ?
– Bien sûr mon chéri, dort, je te réveillerai quand j’aurai trouvé ce que je cherche
– Et tu cherches quoi ?
– Moi…

Il ne répond rien et s’allonge, puis garde le silence si longtemps que je le crois endormi.

– Tu devrais demander à maman, elle te connait bien, elle pourra t’aider

Je m’étrangle

– Quoi ?
– Avant de partir, elle m’a montré des photos de toi… tu étais habillée pareil et papi était jeune.
– Des photos ?
– Oui, sur son téléphone. Elle m’a dit : Un jour tu rencontreras Roxanne, il faudra lui faire confiance. Dès que tu la verras, il faudra la suivre. Alors je me suis accroché à toi…

Il me fixe des sas grands yeux noirs fatigués, son sourire est un peu triste et sans ses moustaches de chocolat, je le trouverais soudain très adulte.

– Je comprends rien, Roxanne, j’ai peur. Trouve maman, s’il te plait. Elle me manque.

*

J’ai fini par mettre la main un ordinateur dans un tiroir du bureau et je l’ai casé dans mon sac, avec une série de photos incompréhensibles de moi que je voudrais montrer à Franck. J’ai dû porter le petit qui s’était endormi sans que j’ai le courage de le réveiller et j’étais rentrée à la maison. C’est au moment où je me suis assise, en proie à mille questions, que le téléphone a sonné.

« Chère cliente, vous n’avez pas réglé votre dernière facture, d’un montant de 76, 25 euros. Si vous ne souhaitez pas que le rationnement vous soit coupé, nous vous remercions de procéder au règlement. »

C’est enfin le signe que nous allons pouvoir partir. Mais, moins réjouissant, c’est aussi le signe que le moi de ce monde a donné des informations à Franck. Donc que le moi de ce monde est passé chez le ministre… L’idée que j’ai pu me croiser dans l’appartement me fait froid dans le dos. Je n’ai jamais trop prêté attention aux problèmes de failles spatio-temporelles, mais il serait temps que je médite sur la question…

*

– Franck ? J’ai eu l‘appel que j’attendais
– Très bien, je te fais déposer un paquet. Soit particulièrement prudente, tu n’es plus seule. Et ce monde est beaucoup plus dangereux que les précédents que tu as connus.
– Mais et le ministre ? Vous n’avez plus besoin que je le filme ?
– Oublie le ministre, Roxanne
– Comment ça ? Vous avez obtenu que les gens restent chez eux ?
– Le ministre est mort, ils n’ont rien voulu savoir…
– Raccroche s’il te plait.

J’ai contribué à tuer un homme.

*

 

La suite se trouve  dans ce monde et par là 

Rébellion quantique – Part 8

Roxanne participe à des opérations menées par une organisation illégale dirigée par Franck, l’Asso. Ils empêche le gouvernement d’obliger les populations les moins aisées à quitter les villes pour le 3e cercle de banlieue. Roxanne pose des bombes dans des immeubles en construction, tout en étant sûre de ne pas se faire prendre: elle est un individu quantique, dont la vie se déroule à cheval sur plusieurs réalités. Sa nouvelle mission la conduit à organiser l’enlèvement du ministre de la vie en ville, pour faire plier le gouvernement. Le kidnapping réussi, elle effectue un bond dans le temps pour échapper à ses poursuivants. Dans sa nouvelle réalité, elle n’existe pas encore et doit profiter de son statut de fantôme pour aider l’Asso à diffuser des vidéos du ministre kidnappé. Mais lors de son dernier saut dans l’espace-temps, elle a emmené avec elle un petit garçon qui se révèle être le petit-fils de l’otage.

Le début se trouve par ici

*

– Franck ? Heu… on pourrait se voir ?

C’est la première fois que je sollicite une entrevue et j’ose imaginer que Franck va réagir assez vite. J’ai fini par reconstituer des faits dont j’estime qu’ils tiennent la route. Le petit garçon, Manuel, a peu connu son grand-père, avec lequel sa mère semble être fâchée. Il sait néanmoins que le ministre est son papi et il le voit de loin en loin dans les médias. Depuis quelques temps, sa maman a été emmenée et il a été confié à une famille qui ne lui donne pas assez à manger (j’imagine que c’est surtout par manque de moyens, mais le gamin ne peut pas comprendre qu’on le laisse avoir faim). C’est un gentil gamin fasciné par les engins de chantier et il m’a demandé à plusieurs reprises que je lui fasse visiter des sites en construction. J’envisage donc de solliciter de Franck une destruction d’immeuble et de profiter du saut dans le temps qui suivra pour emmener Manuel loin de la vie qui se profile pour lui dans ce monde-ci. Je n’ai bien sûr aucun argument pour échapper à mes responsabilité dans cette nouvelle réalité, et compte vaguement sur une idée miracle qui me traversera l’esprit en lui parlant.

– Certainement pas.
– Mais, Franck, on ne peut pas rester ici… je n’existe pas dans cette réalité, alors avec un gamin, c’est compliqué… on ne va pas tarder à attirer l’attention… et… euh… euh… (un flash me traverse : la contamination). C’est quoi, au fait, cette histoire de contamination ?

J’ai marqué un point, il a l’air gêné.

– On ne sait pas si c’est du flan ou si le danger est réel. Il y aurait des centaines de gens qui meurent d’arrêt cardiaque à cause d’une bactérie, les hôpitaux seraient pleins de patients en danger de mort , mais nous sommes incapables d’entrer en contact avec quelqu’un qui soit réellement proche d’une de ces soi-disant victimes. Le gouvernement se sert du principe de précaution et de la peur pour confiner les gens chez eux, les rationner encore plus, empêcher les rassemblements de plus de cinq personnes…. Le couvre-feu qui permet un contrôle des allées et venues, les tickets de transport distillés au compte-goutte, les tickets de rationnement… tout ça permet de tracer les activités des gens, sans compter le flicage permanent rendu possible grâce aux téléphones portables et aux ordinateurs. C’est pour ça que ta non-existence est un atout précieux ici.
– Et ça va durer longtemps ?
– Jusqu’à ce que la voix se manifeste, ta mission est de filmer et de protéger la caméra.
– Et si tout ça est vrai et qu’il y a un risque pour ma santé ? Je fais quoi, moi ? Je te rappelle que ma non-existence providentielle m’empêchera de me faire soigner, ou de faire soigner le gamin…
– Je ne sais pas quoi te dire à part reste chez toi, ne sors que pour faire les films ou si la voix te contacte
– Normalement, c’est là que tu raccroches.
– Je sais, mais là je suis devant toi.
– J’ai réussi à te faire sourire
– Bien joué

Nous sommes sur la même terrasse, face aux mêmes consommations insipides. Je me trémousse, incapable de savoir quoi dire ou quoi faire.

– Ca va aller ?
– J’ai pas le choix, si ?
– Non

*

Le ministre est éveillé, cette fois-ci. Il se tient raide sur sa chaise de bois, le visage tendu. Je suis assez mal à l’aise à l’idée de m’en approcher. Je ne sais pas si les membres de l’Asso ont eu connaissance de ma relation avec lui dans un autre monde.

– Ne perd pas de temps, Roxanne, il nous faut ce film dans moins de trente minutes

Je prends le parti de rester l’œil collé sur le viseur. Le ministre vieilli me fixe d’un œil éteint.

– Si tu crois que tes efforts pour dissimuler l’infâme traitresse que tu es portent leurs fruits, tu te trompes.

Je relève la tête, interdite.

– Je ne sais pas par quel miracle tu es restée si jeune, mais je te reconnais. Je te reconnaîtrai où que tu ailles, Roxanne…

Son ton n’est pas agressif, mais je n’aime pas la situation. Autour de moi, les gens ont interrompu leurs activité et la chappe de silence épais qui me dégouline dessus englue mes pensées.

– Tu le connais, Roxanne ? C’est le jeune geek, qui pour une fois, ne porte pas son casque audio, qui a parlé.
– Elle me connait…. Mais j’imagine que ça ne change rien à votre affaire. Allez, fais ton œuvre et finissons-en…

En silence, je fais la mise au point et commence la séquence. Malgré les liens qui le maintiennent captif, je me sens vulnérable face à lui.

– Puis-je parler ?
– Non, ça ira…
– Si, je veux dire quelque chose… même si je sais que vous couperez…
– Allez-y

Il respire un petit moment avant de regarder la caméra bien en face et de lâcher

– J’accepte d’être sacrifié.

Puis il tourne son regard sur moi et conclut :

– Tu crois tout savoir, mais tu n’es qu’une idiote. Je t’avais pourtant prévenue. Je ne veux plus te voir.

*

Je n’ai pas du tout aimé être traitée d’idiote devant des gens qui comptent sur moi. D’autant moins que je n’ai aucune idée de ce qu’il voulait dire par « je t’avais prévenue ». J’y ai bien réfléchi et suis arrivée à la conclusion que dans cette réalité ou une autre, il a eu vent de mes activités illégales.

– Franck ? Tu peux me dire quels sont mes liens avec ce foutu ministre, s’il te plait ? Je veux dire… quand je ne suis pas un fantôme…
– Vous étiez ensemble à un moment
– Oui, ça j’avais compris, merci, mais de façon plus détaillée ?
– Disons que vous formiez un couple de complaisance. Il a essayé de se servir de toi comme journaliste pour faire la propagande de ses idées et toi, tu profitais de ses accès aux données sensibles pour l’Asso.

Je ne comprends pas tout de suite que j’étais un agent double.

– Tu veux dire que c’est moi qui te donne les infos pour faire sauter les immeubles ?
– C’est ça.
– Tu veux dire que c’est moi « Moi en vrai » qui choppe les infos et moi « Moi fantôme » qui m’en sert…
– Pourquoi crois-tu que nous t’ayons choisie ? c’est mieux en circuit fermé, ces opérations.
– …
– Roxanne ?
– Je vais pleurer, là, laisse-moi…
–   Roxanne, sois sérieuse, il faut en finir avec cette opération
– Laquelle ? Celle où je suis une traitresse, ou celle où je suis un fantôme filmeur ? Quand je pense que l’idée m’avait effleurée que c’est toi qui accédais aux infos… Et s’il m’a reconnue, ça veut dire que d’autres le peuvent aussi. Et donc que je suis en danger. Enfin, que le « Moi vrai » est en danger.
– On sait ça, Roxanne. Pourquoi crois-tu qu’on t’oblige à te calfeutrer en permanence ?
– Pour que je ne risque pas de me croiser ?
– Exact
– Et quelle est ma porte de sortie ?
– Je te l’ai déjà dit : la voix.
– Mais la voix me ramène dans un monde où je suis déjà…
– Tu n’y reste jamais assez longtemps pour être en danger.
– Je suis qui, Franck ? Je suis quoi ?

J’ai du mal à croire qu’il ait raccroché.

– Roxanne ? Il est où, le chocolat ?
– Chez papi.

Ca m’est venu sans que j’y réfléchisse. Et maintenant, le petit dans une main, mon trousseau de clés dans l’autre,  je suis face à la porte de l’appartement du ministre.

*

La suite (sur une timeline traditionnelle) est

Rébellion quantique – Part 7

Roxanne participe à des opérations menées par une organisation illégale dirigée par Franck, l’Asso. Ils empêche le gouvernement d’obliger les populations les moins aisées à quitter les villes pour le 3e cercle de banlieue. Roxanne pose des bombes dans des immeubles en construction, tout en étant sûre de ne pas se faire prendre: elle est un individu quantique, dont la vie se déroule à cheval sur plusieurs réalités. Sa nouvelle mission la conduit à organiser l’enlèvement du ministre de la vie en ville, pour faire plier le gouvernement. Le kidnapping réussi, elle effectue un bond dans le temps pour échapper à ses poursuivants.

Le début se trouve par ici

*

– Je n’arrive pas à y croire ! Tu fais n’importe quoi, tu mets l’Asso en danger, tu te mets en danger, sans compter ce gosse !

Comme me retrouve face à Franck qui me fixe avec fureur, je suppose La patate m’a envoyée dans un nouveau monde. Nous sommes installés comme d’habitude, à une terrasse de café, mais cette fois-ci l’ambiance est morne. Cernés par la nuit, nous sommes à peine éclairés par un étrange lampadaire aux allures de feu les lucioles, avec son haut massif équipé de caméras sphériques et son bas qui diffuse une lumière verdâtre dont je suppute qu’elle me donne une mine affreuse. La table et les chaises sont fixées au sol, les boissons (un gruau brunâtre pour moi et un verre de liquide transparent (de l’eau ?) pour Franck, n’ont rien d’engageant. Je me sens faible, les sauts rapprochés dans le temps et l’espace ne me valent rien de bon. J’ai mal au cœur, aucune envie de me faire engueuler, surtout après avoir réussi ma mission. Après tout, le ministre est capturé, c’est ce qu’il voulait, non ?

– Oui, je confirme

Je n’ai pas l’impression d’avoir parlé à voix haute. Franck s’aperçoit de mon étonnement.

– Dans ce monde, avec un peu de moyens, on peut lire les gens. Ça simplifie les rapports. Non, arrête tout de suite avec ce vocabulaire ordurier.

Dans un autre monde, il aurait ri de sa moquerie. Quelque chose de sourd en moi s’alarme et achève de me réveiller. Alors que mon regard s’arrête sur un groupe de gens a l’air éteint, je sens un poids en mouvement sur mon ventre. Je sursaute et pousse un petit cri. L’enfant. Le petit garçon affamé qui s’est jeté sur moi avant le saut. Il est toujours sur mes genoux et me fixe avec angoisse. Il tient à la main un morceau de patate et je me rends compte que mes doigts sont encore crispés sur l’assiette dans laquelle le sandwich tout fin vient de faire un saut spatio-temporel

– Je peux la manger ?

J’entends Franck prononcer la phrase la plus étrange puisse adresser à un petit enfant:

– Evite cette patate, j’ai peur qu’elle ne te fasse disparaître… Prends plutôt le sandwich. Ca va ? Tu te sens comment ?
– J’ai faim… on est où, là ? On va me rendre ma maman ?
– Ta maman est partie faire une course, on va la retrouver. En attendant, tu vas aller avec Roxanne te mettre au chaud, tu es d’accord ? Elle va te raconter une histoire, tu vas voir, Roxanne est très forte pour inventer des histoires…

Le petit a l’air content à la perspective de partir avec moi et je ne suis pas d’humeur à relever la dernière bassesse de Franck, qui reprend le cours de la conversation.

– A toi de te débrouiller avec ça. Tu as gardé la caméra ? Celle qui était derrière les cannettes ?
– Oui… elle doit toujours être dans mon sac, je la sens contre mon dos…
– Très bien. Cette caméra venant d’une époque plus ancienne, elle n’est pas détectable par les systèmes de ce monde. Tu vas pouvoir t’en servir pour filmer le ministre sans danger et on diffusera les images via un réseau crypté.
– Tu veux dire que le ministre est ici aussi ?
– Oui, il est plus vieux, mais tu vas le reconnaitre.

*

Il a bien pris vingt ans. Ses cheveux sont blancs et son visage est plus froissé que dans le monde d’avant, mais c’est lui. Quand je m’approche, la caméra à la main, je me demande s’il va me reconnaître. Je le vise et fais la mise au point. Il semble dormir. Je capture 10 secondes de son sommeil d’otage et éteins la caméra. Le petit groupe qui m’a guidée jusqu’à lui me fait signe de reculer et de parler bas.

– OK, c’est déjà ça, pas plus de 15 secondes… on va diffuser
– Vous ne voulez pas le réveiller ? Ca prouverait qu’il est en vie…
– Oui, mais plus tard, il est sous sédatif… là, on veut marquer le coup vite et de façon efficace.

Je sors la carte mémoire du boîtier et la donne à un jeune homme vêtu de noir qui manipule une série d’ordinateurs, d’écrans et de systèmes sophistiqués. Il la saisit avec avidité.

– Ah oui, quand même… on m’avait prévenu, mais je ne m’attendais pas à ça…

Pendant que je me demande en quelle année on est, il trifouille dans un tiroir et en sort divers connecteurs et câbles, finit par extraire un boitier de plastique gris sur lequel il souffle avant d’y glisser ma carte.

– On est en 2051. Ca fait plaisir de manipuler ces vieux trucs…

Je ne vais pas pouvoir m’habituer à ça, je préfère ignorer ces gens qui ont l’air de me lire à livre ouvert, d’autant que je croyais qu’il fallait des moyens pour ça, pas que tout le monde pouvait se targuer d’en être capable. Je désigne le ministre avachi sur sa chaise de bois.

– Tu parles de lui, là ?

Tout absorbé par la contemplation de la vidéo qu’il a déchargé de ma carte, il ne rit pas à mon humour décapant.

– C’est parti… Et non, je ne suis pas riche. Je suis doué en piratage, c’est tout. T’inquiète, nous ne sommes pas très nombreux ici, à lire les gens.
– Tu es sûr que ce sera intraçable ?

L’homme qui a parlé est plus âgé, il porte une tenue militaire usée et semble inquiet.

– Je nous voudrais pas qu’ils remontent jusqu’à nous… c’est notre dernière planque…
– Sois tranquille, ce truc est si obsolète qu’ils ne vont même pas comprendre comment on diffuse les images !
– Vous pouvez partir maintenant, vous reviendrez avec la caméra demain matin.

Je ne comprends pas de suite qu’il s’adresse à moi.

– Roxanne ?
– Hein ?
– Allez-y…
– Mais… je garde la caméra ? vous ne préférez pas l’avoir sous la main, au cas où…

Je préfère n’avoir aucun argument.

– Non, vous seule êtes un fantôme ici, la caméra reste avec vous. Débrouillez-vous pour la garder en état de marche et rester un fantôme.

Et il se tourne avant de quitter la pièce. Le jeune homme, ce qui ressemble à un casque audio sur les oreilles, me rend la carte mémoire et revient vers ses écrans. Je reste plantée au milieu de la salle, incapable de savoir quoi faire. A quelques mètres de moi, le ministre dort toujours, les traits empreints de la vulnérabilité conférée par le sommeil.

– Vous devriez y aller, sinon vous n’aurez pas le temps de rentrer chez vous avant le couvre-feu.
– Avant le quoi ?
– Le couvre-feu, il vous reste moins d’une heure pour regagner votre appartement… Avec un peu de chance, vous trouverez de quoi manger sur le chemin, nous n’avons rien à vous donner, désolé.

L’homme qui s’adresse à moi me tend mon sac et ma veste, ainsi qu’un rectangle de carton orange.

– C’est un ticket pour le tram. Ne l’utilisez que si vous ne pouvez pas faire autrement, nous n’avons droit qu’à un ticket tous les deux jours.
– Et celui-ci, vous l’avez eu comment ?
– C’est mon dernier…

Il sourit et me pousse gentiment vers la sortie.

– Prenez soin de vous et de la caméra, toute l’Asso compte sur vous. Merci

La porte claque et je me retrouve seule dans la rue déserte. Si je suis un fantôme, cet endroit est aussi lugubre qu’un cimetière. Je le reconnais, pourtant : dans un monde qui me semble effroyablement lointain, ce coin de rue était sur mon chemin pour aller me promener au bois. Je sais que je dois marcher 40 minutes pour rentrer à la maison. Il ne faut pas traîner. Je préférais plastiquer des immeubles et m’échapper en sautant dans le temps. Je déteste ce monde et cette histoire de kidnapping me déplait au plus haut point.
A l’aller, occupée à manipuler la caméra dans la voiture qui était venue me chercher, je n’avais pas prêté attention aux changements. A pied, j’ai tout le loisir d’observer. Là où de jolies maison de meulière aux fenêtres décorées de mosaïques et de céramiques prenaient l’air dans des jardins aux arbres élégants, de gros blocs de béton incongrus pris place. La moindre parcelle de nature a été éradiquée. Le ruban gris des trottoirs n’est brisé que de loin en loin par des blocs hérissés de pointes. Aucun espace n’est laissé libre pour se grouper, s’assoir ou converser. Des caméras semblent ausculter le moindre centimètre carré de rue. Comme je me hâte vers chez moi, je réalise à quel point le silence est pesant. Rien. Pas de véhicule, pas de piéton. Pas d’oiseau, pas même un chat errant.
Tous les six ou sept mètres, des panneaux rétro-éclairés diffusent des messages alarmants ou il est question de respecter le couvre-feu, de ne pas s’exposer à la contamination et surtout de ne pas chercher à entrer en contact avec des personnes inconnues.

La contamination ? Un frisson me parcourt le dos. Ah… et sur ce chemin, il n’y a aucun endroit pour trouver à manger… En général, l’Asso prend soin de remplir les placards, ça devrait aller. De toute façon, je n’ai pas le temps de dévier de mon trajet.

Devant moi, le buste d’une femme penchée par-dessus une rambarde secoue une nappe. Comme j’arrive à son niveau, elle me fusille du regard et referme précipitamment la fenêtre, comme si ma simple présence représentait un danger. Je me sens pestiférée. Une vibration dans ma poche, mon téléphone portable se manifeste. Sur l’écran, un message s’affiche « il vous reste moins de 15 minutes avant le couvre-feu. Si vous êtes trop loin de chez vous, prenez immédiatement contact avec les autorités et restez où vous êtes. Vous serez collecté.e et mis.e en quarantaine dans un sas de sécurité. N’opposez aucune résistance et n’essayez pas de vous dérober à la loi . Vous connaissez les risques en cas de non-obtempération ». Je ne connais pas les risques, mais je n’ai pas trop envie de les découvrir. Je hâte encore le pas, puis me mets à courir.
Quelques minutes plus tard, à l’abri de ma cuisine, je retrouve le petit garçon brun, occupé à vider avec beaucoup de concentration un paquet de biscuits qu’il enduit de pâte au chocolat, ce qui me rassure quant au remplissage de mes placards. Captivé par son activité, il ne m’a pas entendue rentrer. Je décide de mettre de côté le sujet désagréable de la contamination et de m’occuper de cet enfant d’un autre temps

– Tout va comme tu veux, petit ?

Il sursaute à peine et lève vers moi un visage barbouillé au milieu duquel se dessine un sourire radieux.

– Je vois que tu as trouvé de quoi t’occuper

Il se lève et me tend un biscuit après l’avoir tartiné de chocolat

– C’est bon ! Tu en veux ?
– Merci, c’est pas de refus

Ce gamin n’avait jamais goûté au chocolat. Je vais le laisser vider le pot, si ça lui fait plaisir. Comme nous nous asseyons sur le canapé, j’envoie valser mes chaussures à l’autre bout de la pièce.

– Je peux allumer la télé ?
– Oui, bien sûr, si tu trouves comment on fait…

J’avais essayé quelques heures plus tôt, mais n’avais réussi à mettre la main sur aucune télécommande, prise ou autre système de mise sous tension et renoncé. Le petit me jette un œil offensé et claque des doigts en disant « 2 ». L’écran scintille et, à ma grande horreur, apparaît en grand format la vidéo du ministre endormi, sous-titrée « de dangereux extrémistes menacent la vie d’un membre du gouvernement – signalez tout comportement suspect autour de vous »

– Pourquoi y a papi à la télé ?

*

 

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