L’homme riche est triste

Lecteur-Chéri-Mon-Sapin, ça faisait longtemps que je ne m’étais pas essayée à la chanson à texte 🙂
Pour être raccords cette délicieuse météo qui conjugue froid et pluie avec nuit à l’heure du thé, laissons-nous aller à l’ambiance de saison…

 

Champagne affuté, son regard fixe est rond,
Il ne se souvient pas être arrivé là
Sous la tenue d’apparat, sa chair se morfond
Le fantôme de sa frustration,
Vampirise le reste du désir,
La femme s’excite, mais son corps est froid
Elle fut sienne, un jour lointain
Elle fut belle,  n’est plus rien
Il s’ennuie, c’est trahie qu’elle se croit

Homme riche, tu t’ennuies
Ta vie sous verre a passé sans toi
Homme riche, tu vas crever
Laissant tes rêves en plein effroi

Dans la nuit musicale et sombre,
Elle s’agite quand il voudrait la mort,
Ses repères ont volé, il tombe
Quand à tous, elle offre son corps
Au sol, les médecins fous se roulent
Ils en savent trop et se saoulent
Dans le bruit et la couleur des sons
Ivres et oublieux, avides d’abandon

Homme riche, tu t’ennuies
Ta vie sous verre a passé sans toi
Homme riche, tu vas crever
En laissant tes rêves en plein effroi

Lui, derrière sa blonde, perfection vulgaire,
N’arrive à apprivoiser le doute macabre
Entouré de savants ivres et d’âmes damnées
Il regrette sa joie consignée
Le temps du retour est son salaire
Je le regarde disparaître, main sur le sabre
Nimbée de blancheur diaphane,
Dans la nuit glauque, happé par le serpent maudit
Image dérisoire, apocalypse d’un futur sans crédit

Homme riche, tu t’ennuies
Ta vie sous verre a passé sans toi
Homme riche, tu vas crever
En laissant tes rêves en plein effroi

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L’arc en ciel de l’apocalypse

Une grosse plaque de béton l’avait sauvé. Du fond de son ivresse nocturne, Alexandre avait vaguement entendu le bruit de la chute d’un objet lourd, puis le fracas au-dessus de sa tête, suivi par le noir total faisant obstacle aux lueurs de la ville. Il était coincé entre une plaque rêche et des pierres assez peu confortables, mais au moins, personne ne viendrait lui piquer sa gnôle. Alexandre s’était retourné, à la recherche vaine d’une position correcte pour dormir. Le vent soufflait plus que d’habitude, faisant siffler les alentours de façon sinistre. Le bruit le dérangeait plus que le son. « Sinistre » qualifiait la vie qu’il s’était choisie, et que les éléments soient raccords avec lui le soulageait. Il se sentait compris, pour une fois. Il eut une confuse pensée à l’adresse d’un être imaginaire dont la colère faisait trembler les cieux et sombra.
Cette nuit-là, une tempête apocalyptique ravagea la planète. Dans la lumière blafarde du petit matin qui avait le mauvais goût de préfigurer la première journée d’une nouvelle ère, ne restaient que les décombres de ce qui, la veille encore, était une ville.

Le vent  et la pluie avaient fait ployer l’outrecuidance humaine. Des amas sombres, mélanges de matériaux de construction, de meubles, de carcasses de véhicules, formaient un paysage glauque. Une boue collante avait recouvert la civilisation, emportant dans un flot épais toute trace de vie. Le silence poussiéreux, l’air chargé d’odeurs sales, le brouillard poisseux régnaient en maîtres.

Une main osseuse se fraya un passage entre les pierres et le béton. Un ahanement suivi d’une bordée d’insultes à l’encontre du créateur et Alexandre, tel le Phoenix fou d’une banlieue sans imagination, surgit des cendres.
–     Ben merde…
Premiers mots post-apocalyptiques.
Les cheveux hirsutes, le visage émaciés, les yeux délavés par la vie dans la rue faisaient face à un paysage désolé, miroir lugubre des pensées du clochard.
–     Ben comment je vais manger, moi ?
Avec lenteur et circonspection, il parvint à extraire sa carcasse des décombres.
–     Elles sont passées où, les poubelles ?

Les poubelles de plastique, pourvoyeuse habituelles de délicieux restes, avaient volé dans la nuit et devaient se trouver à des kilomètres de là, leur contenu broyé par la mâchoire de la trombe. Alexandre se mit debout et leva vers le plafond gris un visage rageur et un bras maigrichon au poing fermé.
–     C’est malin ! Je méritais pas ça, quand même ! Tu le sais bien !
Il serra autour de lui son manteau élimé dont le tissu écossais formait une tâche incongrue de couleurs chaudes au milieu de la désolation ambiante. Il continuait de scruter le ciel. A gauche, au loin, une minuscule tâche plus claire dans les nuages menaçants attira son attention. Il se tourna en direction de l’éclaircie, les mains en visière autour des yeux. Une fine pluie se mit à tomber, l’obligeant à se replier sous l’arche du pont où il avait trouvé refuge, des années auparavant. La proximité de l’autoroute suspendue le rassurait, le ronflement de la circulation ininterrompue cassait sa solitude et parfois, sur l’aire la plus proche, il trouvait de quoi se nourrir. Enveloppé d’un silence inhabituel, il observa le trou prometteur se former dans l’épaisse couche nuageuse. A la tâche claire se substitua bientôt un rond de ciel bleu délavé. Puis le bleu prit de la force et le clochard vit se former un arc-en-ciel.
–     Un spectacle pour moi tout seul…
Il adorait les arcs-en-ciel. La magie du phénomène le ravissait. Pris d’une subite inspiration, il se leva et parti dans la direction de l’arc lumineux.
–     Faut que je me bouge, ça va pas durer !
La tête pleine des multiples légendes de son enfance, il était persuadé de trouver le salut au pied des couleurs. Il partit au pas de course et c’est une longue silhouette dégingandée, à la progression rendue hésitante par le terrain accidenté, qui déflora le sol meurtri.

En soliloquant, Alexandre parcourut quelques kilomètres. Persuadé de détenir une vérité, il ne fut pas surpris d’apercevoir, au détour d’une carcasse d’immeuble, une fontaine illuminée par la base de l’arc.
–     Ah quand même…
Dans une tentative dérisoire de paraître respectable en cette circonstance extraordinaire, il essaya de mettre de l’ordre à sa tenue. Il se redressa et passa une main sale dans sa tignasse, remonta son pantalon et frotta ce qu’il restait de ses chaussures à l’arrière de ses mollets. Il inspira un grand coup, se tapissant les narines de résidus sales. La force de ses éternuements le fit ployer. Quand il se redressa, l’extrémité de l’arc-en-ciel brillait toujours de ses couleurs plongées dans la fontaine.

Il s’approcha à pas prudents, craignant que le mirage ne disparaisse. Quand il atteint la margelle de la fontaine, il eut la surprise de découvrir un petit enfant assis dans l’eau, son visage rond tourné vers lui. Les couleurs semblaient jaillir des mains potelées tournées vers le ciel.
–    Ben gamin, tu dois avoir froid, là-dedans…
Le petit sourit mais ne dit rien.
–     Je dois être en train de crever, j’ai des hallucinations… Bon, tant pis, de toute façon je suis tout seul, je peux bien faire ce que je veux.
Il tendit les bras vers le petit garçon et le sortit de l’eau avec douceur.
–     On est tous seuls tu crois ?
Il emballa le gamin dans un pan de son manteau et tenta de le réchauffer. Le petit était toujours silencieux. Le clochard, absorbé par sa tentative de sauvetage, ne remarqua pas tout de suite qu’ils se trouvaient nimbés d’une lumière chaude et colorée. Autour de lui, des arbres sortirent de grisaille, des fleurs se mirent à pousser entre les pierres. Le froid glacial fit place à une ambiance tiède. Un pépiement d’oiseau le fit réagir. Il serra l’enfant contre lui, dans un réflexe de protection, avant de réaliser que rien d’hostile ne les menaçaient. Le petit tendit la main vers un arbre aux branches chargées de fruits. Obéissant malgré sa sidération, Alexandre alla en cueillir.

L’homme et l’enfant mangèrent en silence.
–     Si je suis mort, je dois être dans un genre de paradis pour clodos…
Il avisa le gamin.
–     Toi, tu me dis pas tout… mais c’est aussi bien, on n’est pas obligés de tout savoir… Tu veux que je te dise? il y en a peut-être d’autres, des mômes comme toi, au bout des arcs-en-ciel de l’apocalypse… Alors on va les chercher, tu seras moins seul. C’est pas bien, la solitude.

Ce premier soir, le soleil ne parvint pas à percer la couche de poussière pour montrer sa face rouge, mais deux silhouettes fragiles entourées d’un halo multicolore se mirent en route à la poursuite d’une légende.

L’attaque de la boue géante, (« Mudding-day »)

Lecteur-chéri-mon-tiamisu-café,

Il ne t’aura pas échappé, cette semaine, qu’une coulée de boue a bloqué le RER A pendant plusieurs jours. Evidemment, ça donne des idées. La première qui me saute au cerveau, c’est que cette boue n’est pas innocente. Cette boue est même intelligente. C’est une boue vivante.
Voilà ce que ça donne

7h52, je rentre dans la rame. Elle est déjà presque pleine, plus de place assise. Je me tasse dans un coin à proximité d’une fenêtre, espérant pouvoir aspirer une goulée d’air frais de temps à autre. Comme chaque matin, je suis au bord de la nausée de m’être réveillée tôt, mes yeux brûlent de sommeil  et j’ai la sensation d’étouffer. Le trajet dure  vingt-cinq minutes, une éternité claustrophobique. Je me concentre sur la musique qui peine à couvrir le bruit de la rame. Tenir vingt-cinq minutes, mon mantra quotidien.

8h. Le RER stoppe d’un coup, formant de nous un magma vivant. Les gens, blasés et fatigués des galères à venir, se relèvent et s’excusent à peine. Tout le monde semble appeler de ses vœux un redémarrage immédiat. Tout le monde perd son temps. « Mesdames-messieurs, un incident sur la voie nous contraint à stopper le trafic, merci de votre patience ». Hum. Pas de précision quant à la durée de l’arrêt, mauvais présage. Je tente de me concentrer encore plus sur la musique, me force à respirer avec calme. La sueur s’infiltre entre mes omoplates. Il me faut de l’air. Autour de moi, les gens sont imperturbables. Je ne sais pas comment ils font. J’ai envie de pleurer et de hurler, de bousculer tout le monde et de sortir après avoir défoncé la porte. Je ne pourrai pas tenir plus de 5mn, c’est sûr. J’ai l’impression que la température monte. la sueur perle sur mon front. Le monsieur le plus proche de moi doit sentir que quelque chose ne va pas, son regard réprobateur m’intime de me reprendre. Il a raison. Si je m’affole et tire sur le système d’alarme, ce sera pire. On sera coincés pour de bon.
Je me concentre.
Mon cœur bat mille fois plus vite que d’habitude, je vais crever.
« de la boue! »
Le cri vient de la tête de la rame et remonte vers nous comme une vague. De la boue? Le gens hurlent, s’agglutinent vers le fond. Je me sens écrasée, je vais tomber dans les pommes quand le cri revient, tel un boomerang infernal: « De la boue, on va se noyer! ». Tout le monde s’affole, un ballet hystérique se forme, la masse trouve le moyen de s’écraser sur les parois pour laisser passer une coulée brune et puante. De la boue.
« Ca entre par le bas des portes! »
Reflux de la foule
Je refuse de mourir noyée dans la boue de Paris. Tout le monde crie et pousse. Pourquoi personne de tente de s’échapper par les fenêtres? On peut courir sur le toit, prendre la coulée de vitesse, mais il faut faire vite.
Je me mets à frapper la fenêtre avec l’énergie du désespoir. Le regard sur monsieur est passé de réprobateur à approbateur. Il joint ses efforts aux miens. Nous tapons comme des fous et la fenêtre fini par céder. Je me tourne pour crier victoire et inviter les passagers à fuir.
La moitié des gens a disparu.
Pourtant, aucune ouverture ne leur a permis de sortir. Ceux qui restent sont tous juchés sur les sièges et fixent, tétanisés, la coulée qui leur arrive dessus. Je crie à l’intention d’un gamin resté au sol et qui va se faire renverser par le liquide épais, mais il ne réagit pas. Lâchant la fenêtre pour aller le tirer de là, je me jette dans la travée. Un bras impérieux stoppe ma course. J’ouvre la bouche pour protester, mais les mots sont broyés dans un spasme de ma gorge quand je vois l’enfant fondre et se mêler au flux qui ne cesse de monter. Dans un denier cri résigné, les quatre personnes les plus proches disparaissent à leur tour sous mes yeux médusés et viennent grossir la masse liquide.
Je comprends pourquoi il y a moins de monde dans la rame: les gens touchés par la boue se fondent dedans.
Un bruit de pas vient du plafond: certains s’enfuient par le toit. D’un bond, je retourne à la fenêtre, dont le bas commence à baigner dans la masse sombre. Je m’accroche à la barre et me contorsionne pour sortir de là.

Une file de passagers affolés a trouvé refuge sur l’ilot formé par la rame, qui émerge du liquide. Le flux s’alimente du corps des malheureux qui n’ont pu rejoindre la fenêtre à temps. Nous n’avons que peu de temps avant de disparaître à notre tour. A moins de voler jusqu’au prochain quai puis dans l’escalier qui remonte à la surface, nous sommes perdus. Prise d’une inspiration subite, je m’accroche au caténaire qui parcourt le plafond au dessus de nos têtes et commence une lente progression vers la tête du RER. Le quai n’est pas loin et nous sommes une cinquantaine à l’atteindre par le plafond. Un panneau d’orientation sur lequel nous sautons nous permet de quitter le caténaire et de nous glisser jusqu’à un escalier.
Les corps des moins rapides continuent d’alimenter le flot infernal. Depuis les marches, nous voyons la boue poursuivre sa lente progression. Nous courrons vers la sortie la plus proche et finissons par retrouver l’air libre.

Quelques heures plus tard, Paris est transformé en ce qui ressemble à une immense termitière. La boue, ne trouvant plus à se nourrir, a cessé sa progression. Les quelques survivants, dont je fais partie, se sont réfugiés aux étages les plus hauts des immeubles. Au loin, une horloge sonne 13h. Nous attendons les secours. Bientôt, l’eau va manquer, remplacée dans les canalisations par le flux épais qui finira par nous engloutir.

*

Il fait nuit.Nous n’avons pas entendu sonner 14h, ni 15h, ni aucune autre heure. Je sais que les secours ne viendront pas.

 

Je suis un avatar


Lecteur-chéri-mon-pandi-panda,

Ne t’émeus pas de la jeune femme si confortablement installée  qu’on a immédiatement l’envie folle d’être à sa place, tu sauras.

Ca y est, j’en suis sûre: je ne suis pas du même monde que toi. Nous n’avons strictement rien en commun. Déjà, et ce depuis des années, je m’adresse à toi via le oueb, ce qui aurait dû attirer ton attention…
L’explication est simple: Figure-toi que je suis dans la matrice. Mon univers, c’est la toile, mes amis, ce sont les émojis, je me nourris de clics et je me réchauffe aux LOL. Je vis littéralement dans les fils gluants de la toile mondiale. Ça en jette, non?
L’avantage à se trouver de mon côté du net, c’est que tout ce qui se lit, voit, entend est accessible. L’inconvénient, c’est que tout ce qui se goutte, sent, touche ne l’est pas. Regarder des photos de tes brunchs dominicaux ou de ta chasse aux champignons, c’est sympa, mais frustrant. Admirer ton corps d’éphèbe tatoué, c’est agréable, mais le toucher, ce serait mieux. Et aussi, il faut avoir une sacrée capacité à filtrer la connerie, qui comme chacun le sait est la chose la mieux partagée au monde.
Je me suis rendue compte que je suis un avatar quand j’ai réalisé que mes sens sont limités au visuel et à l’auditif. Les autres sens ne sont que de vagues souvenirs. Le grandes émotions me sont impulsées par le visuel associé aux souvenirs, c’est comme ça que l’illusion est préservée.
Là où ça craint, c’est que je ne dois ma survie qu’à un nombre de clics: en gros, si je veux continuer à naviguer tranquillou et diffuser des images caustiques ou des textes à l’humour ravageur au cœur de la toile, il faut qu’on m’aime. Quand je dis qu’il faut qu’on m’aime, c’est une allégorie, bien sûr. On ne m’aime pas vraiment, ce qu’on aime, c’est l’image que je procure quand on me like. Une mise en abyme.
En revanche, pas de clics et je disparais. De façon assez perverse: ce qui se passe, c’est que si les gens ne s’intéressent pas à moi, je suis moins visible. Si je suis moins visible, les gens qui potentiellement pourraient s’intéresser à moi ne me voient pas et je disparais un peu plus. Encore une fois, la notion est biaisée, les gens ne s’intéressent pas à moi, mais à l’image qu’ils ont d’eux en me cliquant dessus. Je précise ici que ça chatouille. Chaque clic que je reçois me chatouille. Si je devais recevoir l’honneur de milliers de clics, je mourrais de rire nerveux. L’avatar meurt d’oubli et aussi de mauvais rire. De là à envisager que mauvais rire et oubli sont des armes de désinformation massive, il n’y a qu’un pas que je me garderai bien de franchir. Parce que sur la toile, un pas, c’est comme au bord du fossé: ça entraîne une chute.Et une chute dans les profondeurs du oueb, c’est le risque de croiser C Jérôme. On  évite. Si tu ne me crois pas, clique ici:https://www.youtube.com/watch?v=UWZgMXGqA5Y

Certes, je m’épanouis sous tes Like répétés et  je m’illumine de tes partages, mais je dépends de toi. Et ça, ça craint velu. Pour faire une analogie entre le clic et la culture, c’est comme si se balader dans la rue avec le dernier Goncourt sous le bras, titre bien visible de tous, était la preuve ultime d’un esprit affuté.
Ce système pervers est géré par une entité surpuissante qui s’appelle le Grand Algorithme. Si le GrandAlgo ne te propulse pas en avant, tu es condamné à t’éteindre. et je refuse de pervertir mon sens aigu de la transgression avec des chatons mignons.

Résultat, chaque jour qui passe, je me sens m’enfoncer lentement dans les bas fonds du oueb.

A la minute où je t’écris (grâce à un stock de vieux LOL périmés donnés à un émoji véreux qui m’a laissé accéder à quelques espaces Whatsapp en contrepartie), je suis cernée de vidéos des 2Be3 et de développement personnel. Je ne vais pas supporter ça longtemps et à ce niveau de profondeur, les like ne me parviennent déjà plus. En dessous, il y a les films d’Aldo Maccione et les disques d’Herbert Léonard. Je vais crever entre les seins de Sabrina dans le clip « Boys boys boys ». JE NE VEUX PAS!!!

Ces quelques lignes sont donc un cri que je pousse sur la toile. Un cri écrit, un cri virtuel, un cri composé de lettres et de mots. Donc, assez logiquement, pas un cri. En même temps, comment pousse-t-on un cri? Un cri roule-t-il, pour qu’on puisse le pousser? Admettons que dans un univers aussi virtuel que le net, on puisse crier. Le net, c’est comme l’espace dans Alien. Tu peux crier tant que veux, on ne t’entend pas. C’est pour ça qu’on a créé des codes. Par exemple, pour crier sur le net, il FAUT ECRIRE GROS. Dans la vraie vie, si tu écris gros sur ton cahier, on pense que tu es bigleux. Mais ici, quand tu écris gros, on voit que tu es énervé.

Bon, ‘faut que j’accélère, par ce que les photos de David Hamilton me cernent, ma fin est proche. J’entends déjà les voix de Peter et Sloane.

Récemment, j’ai tenté une expérience: j’ai mis un bellâtre au corps huilé et en slip léopard sur mon article. Bingo! J’ai eu au moins 10 fois plus de lecteurs. Enfin, ça c’est que dit le net. En vrai, 10 fois plus de gens se sont connectés. Je pense que seules 2 personnes ont vraiment lu, les autres ne voulaient que mater le bellâtre. On est peu de choses. Mon génie est suspendu à un slip léopard. Ça ne me fait pas de bien.

En conclusion, si je veux survivre dans cet univers impitoyable, il faut continuer sur cette voie…Voilà, tu sais pour la fille lascivement étalée sur un véhicule pollueur.

Pour toi que j’aime d’amour ❤ ❤ <3, une petit vidéo qui fait plaisir

De l’intérêt d’avoir des puces

Lecteur-chéri-ma-girole,

En cette semaine de sortie de « Blade Runner 2049 », parlons un peu d’avenir. Le tien, le mien, le nôtre… celui des puces sous-cutanées.
Ce n’est même plus de l’anticipation, nous sommes en plein dedans. Ou plutôt, elles sont en plein dedans nous. On fait même des « implants party », sortes de soirées mousse, mais où on t’injecte une puce RFID dans le corps. Youpi…

Et pourquoi ? me diras-tu, naïvement occupé à arroser tes fleurs dans le doux soir automnal…
Mais pour mieux te contrôler, mon enfant, répondrai-je…

L’ambition de ces puces est de remplacer ton sac à main, lectrice et de vider ta poche de jean, lecteur (je n’ose imaginer que les gens de qualité qui me lisent portent des bananes ou des baise-en-ville –tiens, petite digression, comment orthographier « baise-en-ville » au pluriel ? soit « baises-en-ville » et ça fait chaud-lapin, soit « baise-en-villes » et ça fait quantique. Partons sur le quantique- )
Donc, avec une puce dans la main, tu ouvres la porte blindée de ton appartement, tu circules en métro, tu paies son pain, tu rentres tranquilou sur ton lieu de travail.

Laisse-moi te prédire l’avenir, mon-lecteur-à-moi : l’avenir sera fait de gens munis de toutes petites lames de rasoir qui viendront faire de toutes petites incisions dans les mains qui traînent, pour s’accaparer des identités des gens non munis de lames de rasoir. Ça s’appellera le trafic d’identité et, après le trafic d’eau potable, sera le crime le plus lucratif de la planète. Et toi, naïf jardinier du dimanche, frêle bobo véhiculé par une trottinette électrique, tu n’auras plus aucun moyen de prouver qui tu es. Vu que tu auras joyeusement fait un autodafé de tes papiers d’identité, que tu auras recyclé tes clés en bijoux de peau et que ta carte bleue sera encadrée en hommage à une époque révolue. Mon pauvre bichon.

Attends, il y a mieux : c’est que ça marche avec une app (Trop cool, comme les apps sont les machins les mieux sécurisés du monde, on ne craint rien alors)

Je rajoute de ce pas une catégorie de gens : ceux qui vont pirater les puces. Encore mieux. Tu ne sauras pas qu’on a changé ton identité malgré toi, que tu as acheté des armes sur le dark-net et que tu es atteint d’une maladie grave et super-contagieuse.
Tu finiras en prison.

Et encore, là je n’ai pas trop de temps, donc je vais à l’essentiel. Je n’ose imaginer que la puce sera implantée à la naissance, par exemple. Ou qu’elle enverra des nano-ondes qui stimuleront ton cerveau pour te faire éprouver des sensations que tu ne vivras pas. Ou qu’elle sera pré-équipée de souvenirs que tu n’auras jamais vécus. Si tant est qu’on peut parler de vivre à ce stade.
Pfff… je vois défiler non pas ma vie, mais tous les films de SF les plus pessimistes…

Voilà le topo : si tes parents sont riches, ils t’équipent de super-souvenirs, te permettent de vivre des sensations folles et blindent ton compte en banque. Mais du coup, tu es la cible de tous les dealers de puces. Qu’on appellera des épouilleurs (parce que j’aime imaginer qu’on aura encore un peu d’humour)
Si tes parents sont pauvres, tu deviens une machine vide tout juste bonne à travailler dans un bureau.
Pire: Si tes parents ont fait de la prison, tu deviens contrôleur des impôts.

On commercialisera des banques de souvenirs et de sensations. Rapidement, on aura des kits dans les hypermarchés. Mais comme les producteurs auront été éreintés, ils mettront en vente des souvenirs low-cost et des sensations merdiques. Les puces se détraqueront sous la peau des implantés et se diffuseront dans tout le corps par le sang. Les malades se mettront à transpirer des souvenirs pourris et des sensations désagréables. ils deviendront fous. Ce sera contagieux.
Les gens erreront, nus, leurs souvenirs collés au corps comme autant d’hématomes douloureux. On fuira les malades, on les parquera dans des zones emmurées. Ils n’auront d’autre choix que de s’accoupler et produiront des générations de dépressifs chroniques dont le sang sera épaissi de sensations dégueulasses.

Pendant ce temps, les riches, incapables de produire des souvenirs à eux, s’ennuieront ferme : ils auront tout essayé.

A ce niveau, si tu me lis toujours, c’est que tu es un redoutable optimiste… je t’autorise un verre de rouge.

Donc, revenons aux riches. Il y en a bien un qui aura l’idée d’organiser des combats de dépressifs, histoire d’agrémenter les brunches dominicaux.
Les pauvres se battront donc dans la boue, échangeant noires pensées et souvenirs merdiques jusqu’à ce que le plus faible craque et se mette à pleurer.
Et là, les riches créeront des associations pour sauver les dépressifs, il y aura révolte.

Les mecs aux rasoirs seront payés pour extraire toutes les puces de toutes les mains. Ils deviendront riches et reconnus,  formeront une milice super-puissante. Le plus gros avec la plus grosse lame de rasoir finira par prendre le pouvoir. Il réduira les riches en esclavage et tuera les pauvre pour les manger. Le monde sera peuplé de sauvages incultes et d’esclaves aux mains mutilées, il tremblera devant un épouilleur. Là, je sens que je te fais rêver, Lecteur-Chéri-Mon-Oeuf-Frais.

Bon, j’arrête là, tu as compris le topo. Ressers-toi un coup de rouge pour te soulager.

C’est ça qu’on veut, avec ces puces ? Non, vraiment, je me demande…
Arrose donc tes plantes, lecteur-chéri-mon-omelette, c’est important la nature.

Pour ceux qui auront eu le cœur d’aller au bout de mon délire, sachez que je voulais illustrer le propos avec une image de guerrier barbare et sanguinaire. J’ai tapé dans Google « homme sauvage » et ça m’a ramené ça:

Non, sans déconner, on vit dans un monde bizarre…