UGC duo: la carte pour se faire des amis…

Le concept est simple et très attractif : on paie un abonnement forfaitaire mensuel et on peut aller au ciné autant qu’on le souhaite dans les salles acceptant la carte. Cerise sur le gâteau : on peut inviter à chaque séance une personne différente.

J’ai personnellement un peu développé le concept : les amis qui profitent d’une séance gratuite m’offrent en général un verre après le ciné, histoire de debriefer le film. L’occasion d’une vraie soirée culturelle, quoi. Enfin, ça dépend du film. Par exemple « un balcon sur la mer » était plutôt prétexte à une sieste qu’à un long débat d’idées… et j’ose à peine mentionner « date limite » dont le seul avantage, objectivement, est de faire apparaître Robert Downey Jr dans toutes les scènes (c’est déjà pas mal).

Mais voilà, il arrive parfois qu’aucun ami ne se manifeste… soit le film est vraiment trop obscur, il faut traverser Paris à des heures indues (j’entends par là avant 10h le matin) pour y assister, soit le film est décidemment trop typé (dessin animé pour moins de 10 ans, film de filles, film des années 50 en noir et blanc, …) soit l’horaire ne convient à personne, soit je décide d’y aller seule (ça simplifie souvent le choix), soit je n’ai soudain plus d’amis, ou encore ils sont tous occupés à des activités fondamentales et ne souffrant pas perturbation. Comme regarder le foot, chatter sur Facebook ou prendre un bain.

Donc, il m’arrive d’aller seule au ciné ; mais comme j’ai de lointains résidus d’éducation judéo-chrétienne, il y a deux choses que je déteste : gâcher et ne pas faire profiter autrui de ce que je peux lui apporter. En l’occurrence une place de ciné gratuite.

L’idée est donc d’aborder un quidam et de lui proposer une place. Un quidam qui présente 2 caractéristiques incontournables (en plus du fait -évident- qu’il ait l’air sain d’esprit) :
–  il va voir le même film que moi
–  il n’a pas de carte d’abonnement

Pour repérer ce type de personne, il faut:
Etape 1 :  jeter un œil sur ce qu’il (ou elle) extrait de son portefeuille ; si ce n’est pas une carte de fidélité, passer à l’étape 2.  Sinon, revenir au début (sans passer par la case « départ », on ne touche pas 20000)
Etape 2 :  poser la question, en apparence anodine « allez-vous voir blablabla » ou « blablabla » est le titre du film que l’on va soi-même voir; éviter cette étape pour des films au titre ambigu, comme « je vous trouve très beau », « une exécution ordinaire » (puis-je vous offrir une exécution ordinaire?),  « un long dimanche de fiançailles » (m’accompagnerez-vous pour un long dimanche de fiançailles?).  Si la réponse est « oui », passer à l’étape 3 ; sinon, revenir  au début.
Etape 3 (c’est là que les choses se corsent) :  Proposer d’inviter la personne.

 Petite digression : afin d’éviter les malencontreux malentendus, jeter son dévolu sur une personne qui ne peut pas , même l’espace d’une milli-seconde, imaginer que vous lui voulez autre chose que lui offrir sa place. Donc si l’on est une fille, opter pour les jeunes, les vieux ou les femmes de tranche d’âge équivalente. Si l’on est un garçon, je ne sais pas trop. Ne comprennant pas bien le fonctionnement de ces individus changeants, je me garderai de leur donner un conseil…

Evidement, il est hautement recommandé de bien sélectionner le quidam, histoire de ne pas s’embarquer dans des mésaventures désagréables, courantes dans les salles UGC.  

Tout le challenge repose donc dans le choix ; un vaste panel a été testé par mes services et les conclusions sont troublantes. Innocemment, je croyais que la gentillesse et le désintérêt seraient appréciés à leur juste valeur (en l’occurrence pas grand-chose, un simple geste). Personnellement, je me contente d’un remerciement avant de vaquer à mes occupations et de laisser mon « invité » vaquer aux siennes.
Mais les rapports humains ont changé. A croire que la notion de « désintéressement » n’est plus que le vague remugle d’un souvenir lointain dans le cerveau reptilien de mes congénères.

Petit florilèges de mes aventures cinématographiques :
–  Le cas le plus banal : la personne veut me donner des sous. J’ai beau, en entrée en matière lui expliquer que ça ne me coûte rien, c’est comme s’il y avait blocage. Incompréhension. Il FAUT payer.
J’ai déjà pensé à me faire des sous comme ça, en dealant la place, mais pour que ce soit intéressant, il faudrait aller au moins 3 fois par jour au ciné. Et je ne me sens définitivement pas l’âme d’un dealer. Ni l’envie d’élire domicile chez UGC, aussi confortable soient les sièges…

–  Ensuite viennent ceux qui me croient folle. Ils ne comprennent pas trop ce qui se passe, ne cherchent pas à comprendre (on ne sait jamais, je vais peut être les mordre, les pousser violement sous les roues d’un bus, leur voler leur i-phone ou les délester de leur sandwich, le tout en poussant des cris de harpie, en éructant les pires insanités à l’égard des banques et du gouvernement, en bavant et leur coupant les cheveux à l’iroquoise . C’est vrai, j’ai l’air super-dangereux et limite inquiétant; presque à chanter du Patrick Juvet) ; ils s’emparent du billet et partent vite s’installer dans la salle, très loin de moi. Histoire d’éviter de finir dans les faits divers, coincés entre le plus grand mangeur de hamburgers de l’année et les frasques de miss France. Ceux là ne remercient pas ; ils émettent un gloussement suivi d’un rictus qu’ils veulent aimable, roulent des yeux terrifiés et disparaissent à tout jamais dans la noirceur de la salle obscure.
J’imagine aisément que le soir ils racontent à leur famille ou à leurs amis cette aventure aberrante qui leur a procuré des frissons pour la semaine (je rappelle que c’est grâce à moi)

–  Ceux qui ne conçoivent pas. Il faut leur expliquer dans le détail le fonctionnement de l’abonnement, les rassurer quand à mon sérieux et les gratifier d’un sourire engageant. Une fois que tout leur est monté au cerveau, en général ils remercient et s’en vont tranquillement.

–   Les djeuns ; ceux-là comprennent vite, trouvent ça cool et partent exhiber leur ticket à leur potes. Les plus sympas partagent le coût des autres places entre eux ou offrent des bonbons au groupe. A ce jour, aucun ne m’a encore remerciée par un bonbon. Pourtant j’adoooooooooooooore les fraises tagada et les chockobons. Mais je ne veux pas avoir l’air de profiter. Ni passer pour une perverse qui drague les jeunes.

–  Les timides. Ils n’osent pas. Ils croient qu’il faut impérativement passer la séance à côté de moi et ensuite commenter intelligemment le film. Méééééééé non, va t’asseoir où tu veux my friend, je ne te demande pas de me tenir compagnie… et encore moins de me faire part de tes impressions… allez, file…

–  Les avides d’aventure : ceux qui n’avaient pas spécialement envie de voir le film, mais traînaient là et on décidé de courir le risque. J’ai ainsi fait découvrir Basquiat (dans le super documentaire « Jean-Michel Basquiat : the radiant child ») à une jeune marocaine fraîchement arrivée à  Paris et qui était ravie de l’occasion ; en plus elle a apprécié le film. (Ouah, tous ces trucs grâce à moi)

Quelques personnes se réagissent normalement, mais ce ne sont pas les cas les plus nombreux… à croire que la vie parisienne engendre des comportements asociaux… à suivre… Je sens en moi l’âme du super-héro de l’urbanisme. Va falloir trouver une tenue. Mais j’hésite pour les bottes à plateforme en vinyle orange.

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Publié le 10 janvier 2011, dans Capillotractions. Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

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