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Réflexions sur l’univers et le nucléaire. C’est le printemps.

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Ce matin à la radio, il y avait une émission sur le centre d’enfouissement nucléaire de Bure. Oui, le dimanche matin est un bon moment pour aborder ce type de problématique.
Avant le café, je précise.
Nous ne rentrerons pas ici dans le combat polémique « bien versus mal » de ce type de projet. Ce qui m’a hautement intéressée, ce sont les aspects liés à la pérennité de l’installation, à savoir :

  • comment sécuriser l’endroit pour 100.000 ans
  • comment transmettre informations et instructions pendant ces mêmes 100.000 ans.

Maille gode.
Immédiatement, divers axes de réflexions se sont activés dans mon cerveau (jusque-là uniquement préoccupé par les fruits et légumes de saison à aller chercher au marché). Exit le marché, de toute façon, dans 100.000 ans, on se nourrira de pilules. Ou de rayons. Ou de hamburgers virtualisés, directement accessibles via nos montres ultra-connectées. Qui seront vraisemblablement greffées dans (ce qu’il restera de) nos cerveaux.
100.000 ans.

Axe numéro 1 : de l’interprétation des résidus, quels qu’ils soient

  • Comment vont réagir les terriens face à nos déchets dans 100.000 ans ? Vont-ils déifier un bouledogue anglais, miraculeusement conservé par la glace ? On passerait ainsi, pour les anglophiles, de God à Dog, voir Doggod ou Goddog, qui sont des palindromes. La classe.

Axe numéro 2 : du danger pour les civilisations à venir
à supposer que, dans 100.000 ans, l’homme ne soit même plus un souvenir et que quelques civilisations s’y soient succédées.

  • Nos actions irréfléchies peuvent-elles amener la destruction de civilisations qui n’ont pas encore vu le jour ?
  • Corolaire (pervers) : sommes-nous capable, dans un acte de bête nombrilisme, de programmer la destruction de toute forme de vie qui succédera à l’homme ?

Axe numéro 3, complémentaire de l’axe numéro 2 : de la spéculation sur l’esprit tordu des êtres vivants

  • D’autres civilisations, aussi stupides ou malintentionnées que nous, ont-elles ainsi piégé notre univers ? Allons-nous tous disparaître d’un coup ?
  • Corolaire 1: Doit-on redouter la création de sectes?
  • Corolaire 2 : Va-t-on vers la colonisation d’autres univers?
  • Corolaire 3 : Dans un avenir certes lointain, mais à l’échelle de l’univers très proche, va-t-on générer la destruction prématurée d’autres univers, que nous ne connaissons pas encore?
  • Corolaire 4 : Suite au corolaire 3, prépare-t-on un retour à l’avant Big-Bang?
  • Proposition complémentaire : De qui sommes-nous le jouet ?

Axe numéro 4 : de la transmission de l’information 

  • Vaut-il mieux dessiner, écrire, parler, faire de la musique pour faire ce type de communication ?
  • Corolaire 1 : le groupe Magma essaie-t-il de nous transmettre des informations cruciales pour la survie de l’espèce ? http://www.magmamusic.org/fr/album/riah-sahiltaahk/
  • Corolaire 2 : les dessins géants de Nazca pourraient-ils être une mise en garde aux extra-terrestres contre la bêtise humaine ? https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9oglyphes_de_Nazca
    • Corolaire 1 du corolaire 2 : les péruviens sont-ils doués de préscience ?
    • Question 1 du corolaire 2: si l’Amérique du Sud prévoit l’avenir, peut-on considérer Florent Pagny comme un devin?

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Axe numéro 5 : de notre capacité instrinsèque à la survie

  • comment peut-on être sûrs que dans 100.000 ans, les habitants de notre planète auront la capacité intellectuelle à comprendre tout ça ? D’après mes calculs, ils seront réduits à être des géniteurs de chair destinée à des systèmes électroniques hyper-sophistiqués dont l’unique faille sera de ne pas savoir s’émouvoir…

Axe numéro 6 : tout n’est finalement que question de point de vue…

  • Et si ces déchets se révélaient indispensables à la survie d’une espèce extra-terrestre ? Si des aliens voulaient coloniser la terre uniquement pour récupérer ces déchets ? Serions-nous à l’aube d’un nouveau genre de contrebande ?
  • Corolaire 1 : la perspective de négociations juteuse avec des aliens est-elle l’avenir de la planète ?

Quand tous ces axes se sont mis à ressembler à une bataille au sabre laser, je me suis décidée pour des brocolis et je suis partie au marché.

Lecteur-Chéri-Mon-Amour, n’oublie pas qu’aujourd’hui c’est le printemps. Tu as le droit de ressortir tes chemises à fleurs.

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Le selfie tue…

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Lecteur-Chéri-Ma-Choucroute, sache que tu véhicules le danger. Le danger est dans ta poche, dans ton sac, sur ta table de nuit… partout autour de toi! Enfin, surtout si, tel Narcisse, la chasse à ton image est ton sport favori. Mais le mythe l’a démontré : jamais, au grand jamais, tu ne pourras te pécho.
Et pire : ça va te conduire tout droit à la grande faucheuse, dans une ultime chute au fond de ton absurde connerie.
Prend peur, citadin porteur de perche, amateur d’autoportraits à gros pif, éphèbe au sourire plein de persil, car le selfie tue !
Certains pays prennent des mesures. En Inde, des sites sont interdits au selfie, en Russie, sur chaque selfie figure Depardieu en string à l’arrière-plan (ils sont forts ces Russes). Statistiquement, on peut dire cette année que le selfie tue plus que les requins:
http://mashable.com/2015/09/21/selfie-deaths/#cjzmTUQcGkq3

Après Jaws, jaws 2, jaws 3 , jaws 4 et même un jaws 5 italien qui a l’air de la meilleure facture, je propose donc « Screen », un film d’horreur horrifique et terrifiant, dans lequel on verrait de pauvres citoyens se faire happer par un téléphone portable géant, ivre de vengeance et d’électronique, qui les broierait afin d’alimenter ses circuits assoiffés de neurones (et donc, là je n’explique pas pourquoi il a besoin de tout tout tout plein d’amateurs de selfies…)
Dans un univers kafkaien où se côtoieraient de vieux fonctionnaires poussiéreux armés de fax, de folles jeunes filles en tutu enroulées dans de la fibre optique et de hideux ours polaires albinos parlant esperanto mais chantant en morse, notre héros évoluerait, passant de circuit imprimé géant en labyrinthes de plumes d’oies frisées, à la recherche du dictateur du mal, le grand Dark-Von-I-Faune. Lequel serait de bakélite noire et couvert de plumes de paon. De gros télex à mille-pattes déferleraient sur la ville, écrasant tout sur leur passage.
On pourrait voir des humains se tordre sous les morsures des téléphones, puis devenir fous, le cerveau vrillé par des beeps incessants qui seraient comme autant de pics à glace enfoncés dans leur boîte crânienne. D’autres pourraient se soumettre à la dictature et se convertir au phonisme, greffant des coques noires ou blanches au bout de leurs mains aux doigts rendus crochus et insensibles à force de taper sur les touches.
Il y aurait une guerre pour le contrôle des batteries, élément rare mais indispensable à la vie du grand Dark-Von-I-Faune. Les forêts seraient détruites et brûlées pour alimenter ces batteries. Les humains, réduits à être de vils esclaves, se battraient pour leurs téléphones, préférant piétiner des enfants affamés que risquer manquer une mise à jour.
Rapidement, l’eau et le pain manqueraient et seuls les êtres hybrides, mi-homme, mi-coque, le visage de forme carrée et les yeux tactiles, pourraient vivre.
Notre héros, à l’orée d’une mort atroce par ingestion forcée de claviers obsolète, serait sauvé par l’amour d’une jeune femme au corps couvert de touches dièse.
A deux, ils priveraient le grand Dark-Von-I-Faune d’électricité, le condamnant à une mort lente et exécutant devant ses yeux glauques des polkas endiablées au son du dernier titre de Kenji Jirac. Sous les cris rauques du tyran déchu, ils s’accoupleraient sauvagement, dans un final de feux d’artifice (Hitchcock a déjà fait le coup du train et je ne trouve pas mieux…)
Au générique, on dirait que Monsanto a été sacrifié pour récupérer des fonds pour produire le film. Et on demanderait à Di Caprio de défiler en peau de bête, son (futur à ce jour) Oscar à la main.

Et on prendrait soin de mettre en préambule que toute ressemblance avec des évènements ayant existé serait pure coïncidence…

En attendant ce chef d’oeuvre, Lecteur-Chéri-Mon-Amour-A-Moi, tu peux écouter ce jeune troubadour qui a le chic pour bien me faire marrer: https://www.youtube.com/watch?v=zqo28tcrHvM

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Creepy fan

L’image est saisissante. Elle représente un assassinat sur fond de paysage enneigé. Une femme est sauvagement poignardée par un homme, le sang vermillon répand sa chaleur poisseuse sur la blancheur immaculée du sol.
Léger malaise.
Une voix s’élève dans la pénombre « Moi, mon rêve, c’est d’avoir cette image chez moi ! Dans ma chambre!». L’exclamation est accompagnée d’un geste vif, bras dressé, le doigt tendu vers l’image.
Gros malaise.
La voix et le bras appartiennent à mon voisin de rangée.
Je suis au cinéma, pour voir « l’oiseau au plumage de cristal » (film de Dario Argento, 1970, racontant une série de crimes commis contre de très jeunes et très belles femmes). Mon voisin, lui, est dans la vraie vie. Depuis le début, il s’adresse à l’écran, vit totalement l’intrigue et donne à tout bout de champ son avis sur les scènes. Il est flippant. Il se penche toutes les 50 secondes vers son sac à dos, glissé sous le siège, comme si le sac animé d’une vie propre allait décider d’un coup de se sauver. En plus, il porte une veste de ski. Qu’il n’a pas ôtée.
Ce type peut avoir 55 ans, il est venu avec son ami imaginaire et sa collection de DVD gores (qu’il a déballés avant le début de la séance, décrivant chaque film à son ami –imaginaire donc- avec force commentaires, puis remis dans son sac à dos, sous le siège). J’avais décidé de l’ignorer superbement, mais quand il s’est mis à s’adresser directement aux personnages, c’est devenu compliqué.
Lecteur-chéri-ma-crêpe-au-nutella, revenons en un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, et faisons comme dans les livres dont toi et moi étions les héros. (c’est fun, cette semaine)
Si tu veux le récit de mon fantasme, vas au 2. Si tu veux le récit de la réalité, va au 1. On se retrouve au 3.

1 – La réalité
J’ai hésité longtemps à lui demander de se taire, sachant que son état mental ne lui permettrait sûrement pas de comprendre le sens de ma suggestion. Et pour être parfaitement honnête, j’avais la trouille qu’il ne me suive pour me planter un couteau dans le dos, vu qu’il avait l’air de totalement mélanger fiction et réalité. Je n’avais pas super-envie d’être la preuve de l’utilité des effets spéciaux. Mais j’ai aussi une patience limitée, qui avait laaaaaargement été entamée… Je lui ai donc planté un DVD en travers de la gorge et ai piétiné son sac à dos avant de lui coller une série de baffes propres à le scalper.
Après quoi j’ai repris mon cornet de pop-corn.

2 – Mon fantasme
Gros coquin, je te vois, l’œil brillant et la bave aux lèvres, dans une expectative fébrile. Je te livre donc, tout de go, le récit de mon fantasme.
Le cri du geek a sonné le glas de son existence vile. Son geste fut le papillon de trop, entraînant le tsunami de ma vengeance. Ne pouvant en supporter plus, j’ai décidé de faire une mise en abîme du film et, dans un mouvement à la précision suisse, ample et mystique, j’ai dégainé le trousseau de clés de mon cheval de feu. La clé de l’antivol est parfaite pour une rencontre précipitée avec un globe oculaire torve. Je l’ai plantée sans réfléchir, toute à la ferveur de mon acte salvateur, dans la pupille dilatée de concupiscence de mon voisin extatique.
Sur l’écran, un dernier crime répondait au mien et l’espace d’un instant, j’ai senti le souffle chaud de la victime 2D répondre à celui, fétide, de mon voisin 3D.
Le gueux a poussé un couinement de goret et s’est affaissé sur son sac de DVD, rendant un dernier soupir gluant. Toute la salle s’est levée pour m’applaudir et j’ai été portée en triomphe dans la rue. Le cinéma m’a attribué une carte d’abonnement à vie.

3 – Ce qui amène à s’interroger sur la personnalité de certains fans.
Pour avoir récemment fréquenté la cinémathèque, je sais maintenant que c’est un lieu où se croisent des individus étranges, ni hommes ni femmes, sans forme précise, aux cheveux longs et filasses, très souvent arrimés à un sac à dos informe, le même que tu avais dans les années 80 mais que toi, tu as renié depuis des lustres. Ces êtres ont l’air vivant, même si leur teint blafard le dément. Ils portent pour vêtements un mix de tenues de sport et de ville de couleur indéfinie et parlent un langage à peine compréhensible, fait de références que même le darknet ne connaît pas.
Ils errent sans fin dans un monde parallèle aux frontières troubles, aux repères fuyants et dont la réalité n’a pas de limites.
Si la cinéphilie mène à ça, je vais reconsidérer mon intérêt pour le 7ème art…

Sur-ce, je te bise, Orson Welles m’attend.

 

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Le parisien est maso

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Lecteur-Chéri-Mon-Amour,  si tu es parisien et prends le métro, tu n’auras pas manqué de faire un constat édifiant. (Si tu es en province ou à l’étranger ou sur une autre planète, je te rassure le même constat va venir vers toi -au passage, si tu es d’une autre planète et me lis, je te fais ici une vibrante déclaration d’amour virtuel. Sache néanmoins que je ne suis pas représentative de la moyenne, ne t’inquiètes pas. Les autres sont beaucoup plus tordus-)

Pourquoi le métro? Par ce que c’est l’endroit par excellence où on a le temps de regarder les affiches publicitaires. Spécialement les grandes mosaïques qui présentent les spectacles en cours. Si tu es parisien mais ne prend pas le métro, tu auras aussi peut-être fait ce constat, mais pour ça, il faudrait que tu t’intéresses aux colonnes Morris. Le problème, c’est que tu as moins de temps de cerveau disponible pour t’en imprégner, vu que tu est totalement absorbé par la bordée d’insultes que tu envoies (ou reçois), le coup de fil que tu passes (ou reçois), le regard de velours que tu envoies (ou reçois) au type qui occupe la place de l’abribus que tu convoites (la place, pas le type).

Donc, le théâtre à Paris.

Si on aborde le sujet d’un point de vue statistique, c’est un tantinet effrayant. 80% des spectacles actuellement proposés aux parisiens traitent
1) des vicissitudes de la vie de couple,
2) des vicissitudes de la vie de célibataire.
Sachant que ces derniers ne visent qu’à former un couple, par transitivité on est au 1). Le reste sont des one-man/one-woman shows qui s’expriment globalement sur eux, leur vie de couple, leur vie de célibataire et parfois sur l’actualité, mais comme ça demande à être renouvelé, c’est moins fréquent. Bravo au passage à Frederick Sigrist pour son spectacle, qui m’a fait hurler de rire. Même si (je confesse) il parle un peu de sa vie de couple.

La preuve de ce que je raconte, Lecteur-Chéri-Mon-Loukoum? la voilà, aimablement fournie par un lecteur assidu, que je nommerai PTPL et qui se reconnaîtra peut-être. Sache, lecteur assidu, que grande est ma gratitude pour ce cliché pris au péril de ta vie.

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C’est triste, non? La folle vie nocturne de la capitale tourne autour de la pénibilité du couple. Comme on n’oblige pas le public à aller au théâtre, on peut imaginer que le dit public aime, lorsqu’il sort le soir, s’entendre raconter son quotidien, et plonger joyeusement le nez dans sa propre merdre. Il fait même ça de son plein gré. Un peu comme si, en sortant d’une réunion de travail bien pénible, on choisissait de prendre un café pour faire un break salvateur, mais avec les participants de cette réunion, pour « debriefer ». (Si ça fait résonner des trucs chez toi, Lecteur-Chéri-Ma-Pâte-à-crêpes, c’est normal. Ca fait AUSSI partie du quotidien).
On se plaint, mais on en redemande.
Ou alors, comme c’est tout ce qu’on maîtrise et que (c’est bien connu) l’inconnu fait peur, on marine dans le connu et on se sent en sécurité. Et, je te le donne en mille, on est content d’aller, le soir, s’assoir dans une salle aux fauteuils de velours rouge, rire plus fort que tout le monde à ce qu’on voit sur scène et qui présente ce qu’on n’ose pas dire à l’autre. (« L’autre » désignant pudiquement ici le conjoint, cet être honni qui se trouve assis juste à côté de soi et qui rit aussi, pour ne pas pleurer de désespoir).

C’est un cercle vicieux: Si le public n’aimait pas, on peut supposer qu’il n’irait pas voir ces spectacles et que donc, par effet de bord, les thématiques présentées changeraient. Mais ces spectacles fleurissent et attirent de plus en plus d’incontournables vedettes, qui se font donc le vecteur de la merde, vu que le public, ce gentil chien-chien obéissant, va où on lui dit d’aller et de préférence renifler le derrière des vedettes. Qui se prélassent dans les émissions de télé et de radio, attirant par là encore plus de public avide de merdes, et de vedettes avides de succès.
Le public serait donc un maso qui aime se rouler dans la boue formée par ce que sa vie à de moins enviable? (D’un autre côté, on ne l’oblige pas non plus à lire Marc Levy et Paulo Coelho… )
Corollaire: les salles sont pleines de gens qui viennent se repaître de la merde des vedettes (qui on peut le supposer, sont comédiens, et donc ne vivent pas, eux, ces situations) avant de rentrer chez eux réfléchir à l’intrusion soudaine de l’art dans leur salon (voir leur chambre à coucher). Car oui, à ce niveau, on peut dire que l’art (si c’en est) a une vertu, thérapeutique, à l’instar de l’eucalyptus pour le koala. Cette forme d’art crée une accoutumance qui permet de s’immuniser.

Mais alors, si on veux s’immuniser contre les cons, me feras-tu remarquer, Lecteur-Chéri-Ma-Fleur-En-Sucre, toi qui penses à tout, c’est simple, il faut s’entourer de cons et de conneries?
Je te laisse seul juge de ce que tu fais de ta vie…

Sur ce, j’te bise…

Lézard en vacances

Tout n’est que question de point de vue…

Lecteur-Chéri-Ma-Tartiflette, laisse moi commencer par te la souhaiter bonne. Par ce que ça se fait et parce que, toi et moi, on n’est pas des sauvages.

Voeux

Maintenant que la tradition a été respectée, je propose que nous entrions dans le vif du sujet. A savoir l’angle sous lequel on se place pour réfléchir ou émettre un jugement.

Pour bien commencer l’année, laisse-moi te conter une parabole que j’appellerai « la parabole de la piscine ».
A la piscine où je me rends religieusement chaque samedi, le bassin dit « Olympique » (le saint des saints, cet endroit mystique qui fleure la testostérone et dans lequel on ne rentrer qu’en franchissant une grille -façon entrée dans l’arène- et un portillon -façon je suis un gladiateur, mais j’ai pas été assez entraîné et je vais rencontrer les lions et j’ai peur et j’ai froid et je rentre mon ventre pour faire comme si j’avais le droit d’être là et je serai mieux sous la couette quelle idée débile de venir se cailler là dedans-), bref,  le bassin donc, est divisé en 3 espaces: nageurs débutants, moyens, rapides. Je passe l’espace « palmes », je ne suis pas un canard. Je te rappelle que je suis un gladiateur au corps musculeux, super-puissant, sans peur et sans reproche. J’ai été capturé alors que je devrais être roi d’un pays mystérieux où le chocolat ne  fait pas grossir.  Je vais me battre pour sortir de là la tête haute. Et toujours accrochée à mes épaules, si possible. Et aussi, j’ai été faire le marché et j’ai trouvé du bon poisson.

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Mais je m’égare, revenons à la piscine (on peut laisser le poisson à la maison). Ce qui nous intéresse, ce sont les espaces « moyens » et « rapides ». Quand on entre dans le bassin et qu’on n’est pas débutant, il faut choisir si on se considère comme « moyen » ou comme « rapide ». Sauf que la frontière entre les 2 est floue. Si encore on faisait passer un tests d’aptitude, ce serait simple. Mais non, il est laissé au bon jugement de chacun de décider s’il est moyen ou rapide.
Laisse-moi te dire que quand tu as fait l’effort de te lever, de sortir dans le froid, de t’enfoncer un bonnet ridicule en latex sur le crâne et de patauger dans l’eau froide du pédiluve dégueu au lieu de rester au lit avec un bon bol de café, tu n’as aucune, mais aucune envie de te considérer comme « moyen ». Tu te sens déjà super-héroïque.
Pas super-érotique pour deux sous par contre. (rapport au bonnet de latex, aux lunettes de natation et à l’absence de tout artifice type « maquillage », « soutien-gorge push-up », « brushing », « chaussures à talons », etc. La piscine, c’est le jeu de la vérité)
Donc, choisir « moyen » est un déchirement. Perso, je ne peux pas. En plus, modestement, j’ai tendance à considérer que je suis plus rapide que la moyenne. Donc que le moyen, par extension. Et c’est vrai. 15 ans de tests en bassin l’ont prouvé. Je suis rapide, le samedi avant 13h30.
Si je viens en semaine à midi, il y a dans l’arène des gladiateurs super-motivés capables de me noyer d’un coup de paume bien asséné. En semaine, je ne me pose pas la question: je suis moyenne. Pourquoi? C’est là que ça devient intéressant. Je pourrais considérer que:
1 – le samedi, ayant mieux dormi, je suis plus en forme
2 – 13h30 est plus mon heure que midi
3 – la position de la planète par rapport à l’alignement des trous noirs de notre galaxie est plus propice à mon hydrodynamisme le samedi (question d’ascendant)
Alors que, bêtement, le samedi les gens qui viennent ne sont pas les mêmes qu’en semaine à l’heure du déjeuner.
Donc, le samedi à 13h30, je suis rapide, par rapport à mon système de valeurs à moi. Malgré un alignement favorable des planètes.
Au même titre que, seule visiteuse du repas de Noël de la maison de retraite du coin, je suis super-jeune. Seule dans ma salle de bain, je suis une chanteuse qui fait hurler les foules et se déchaîner la toile. Derrière mon écran d’ordinateur, je suis invincible en orthographe.
Question de point de vue ou de système de repères.

Exactement comme à l’expo « Splendeurs et misères – images de la prostitution 1850-1910 » au musée d’Orsay en ce moment.
Dans cette belle expo, il y a 2 endroits interdits aux mineurs. On s’attend à y trouver de sulfureuses images (un peu comme les trucs ridicules présentés à l’expo Jeff Koons, qui s’exhibait avec la Cicciolina en tenues d’Adam et d’Eve ). Ce sont surtout des vues assez crues « en action » dans des bordels. Devant ces images, les gens s’agglutinent et semblent prendre un certain plaisir.
Questions:
1 – Sous couvert que nous sommes dans une expo, dans le très respectable musée d’Orsay, le fait de se rincer l’œil devant des images pornos peut-il être considéré comme « acte culturel »?
2 – Tous ces spectateurs bien habillés et bien pensants auraient-ils le même sourire joyeux et la même frisure de la pensée si on leur mettait sous le nez un magazine pudiquement considéré comme « de charme » ou « masculin »?
3 – Par opposition, le gros pervers qui reluque Playboy en douce au kiosque en bas de chez moi peut-il être taxé de faire un acte de rébellion culturelle en sortant l’art des musées?
4 – Les quelques 130 ans qui nous séparent des modèles représentés à l’expo sont-ils le gage de la distanciation nécessaire?
Je ne sais pas et je dois aller dîner, donc je vais te laisser répondre tout seul comme un grand, mais j’aurais bien aimé qu’au terme de l’expo, comme ça se fait de plus en plus, un espace « faites-le vous même » soit mis à la disposition du public, pour permettre aux gens de faire eux-mêmes leurs images au bordel…  en photographe, on pourrait proposer le pervers du kiosque.

En conclusion, je t’engage, Lecteur-Chéri-Ma-Biquette, à bien contextualiser ta réflexion avant d’émettre un jugement: quelle heure est-il, ai-je bien dormi, sommes-nous en semaine ou le week-end, où suis-je, qui sont les gens qui m’entourent et combien d’années se sont écoulées depuis les évènements?
Penses-y demain, à la réunion de service, lors de ton prochain RDV avec ton banquier ou ton dentiste et dimanche, lors du déjeuner en compagnie de ta belle-famille… Quoi qu’il en soit, adopte le point de vue qui fait de toi le gladiateur de ton existence (parce que, j’en suis sûre, sous tes airs « France-Inter », toi aussi, tu aimes les films de gladiateurs) …