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Tout à coup, un inconnu vous offre des fleurs…

… ceux d’entre vous qui ont plus de 35 ans se souviennent sans doute de cette pub dans laquelle une jeune femme marche allègrement vers un avenir souriant, fleuri et de gauche, le pas léger et le corps libre. Soudain, surgi d’on ne sait où, un homme s’approche d’elle et lui tend un bouquet de fleurs. C’est l’effet magique de … beep … pas de pub ici.

Je ne sais pas si mon modeste lectorat compte des personnes qui se sont vues offrir des fleurs comme ça dans la rue; moi, jamais. Pourtant, j’ai imaginé maintes fois qu’un inconnu succombe à mon charme exotique et me couvre de cadeaux divers (suivant l’optimisme de la journée, des fleurs, des livres rares, un bijou, un voyage à Bali…) comme ça, librement et sans attendre quoi que ce soit en retour. Le truc dingue, digne d’un roman de science fiction. Jamais. Tout au plus un vague compliment. Et encore.

 

Ce soir, au hasard de la circulation parisienne, mon cheval de feu se trouve au même niveau qu’une auto verte, grand format, au volant de laquelle un homme me souri. Plutôt sympathique personnage, la bonne quarantaine, le genre à écouter France Culture dans les embouteillages. Pas Fun ou Skyrock.

Je suis toujours surprise quand on me sourit alors que je roule; en effet, le port du casque qui écrase le visage et transforme les cheveux dépassant en col de fausse fourrure de mauvaise qualité, sans compter le vent qui fait couler le mascara, offrent plutôt un spectacle pittoresque que séducteur. D’ailleurs, la dernière fois que des gens m’ont sourit alors que je roulais, j’avais oublié mon casque. Ils ont dû être épatés par mon esprit libre et frondeur. J’étais simplement tellement absorbée par des pensées quotidiennes et fatiguée par les mêmes que j’avais omis l’essentiel. Comme quoi, tout est question d’appréciation.

 

Donc, l’individu me sourit. Je lui retourne son sourire (ça démarre fort). Là, il se met à farfouiller dans ses affaires. Manifestement, il veut me montrer quelque chose, un plan (il est perdu), une pétition (il milite), un journal (gros titre : « la gauche est unie »); ou peut être me faire écouter son air préféré à la radio (« Où sont les femmes? »)… bref, il cherche à communiquer, sans portable, sans oueb, sans msn, sans sms. C’est très louable.

Tout en continuant à me sourire (il a l’air extrêmement réjoui), il extirpe de ce qui semble être un fameux bric à brac un petit sac en papier de pharmacie. Ah.

Que veut-il? Que je lui fasse une piqûre, là, au feu rouge? Il veut me montrer sa marque de préservatifs habituelle ? Il est malade? La grippe? C’est un sauvage, il cherche à me contaminer? Pourtant, il a l’air plutôt pacifique…

Le temps que toutes ces questions se bousculent intensément sous mon casque, il fini par extraire de son sac un … un… alors là, je sèche… un scalp? Un jouet en peluche? Une pelote de laine? Je lève un sourcil interrogateur… il perçoit mon manque de compréhension et ouvre la fenêtre, sans cesser d’agiter le « truc ».

 

Avant qu’il ne se mette à parler, j’ai identifié le trophée: il s’agit de cheveux. C’est Jason sans les Argonautes. Il a récupéré la toison d’or brune au péril de sa vie.

 

Comme je l’ai déjà évoqué dans un billet récent, le cerveau tourne rapidement parfois. Surtout le mien. Enfin, je ne sais pas pour le cerveau des autres, mais le mien, il carbure.

Avant que l’homme n’ai articulé la première syllabe, j’ai déjà supposé:

– qu’il va se déguiser pour une fête, c’est une perruque.

– qu’il est acteur, c’est sa fausse barbe.

– qu’il vient de scalper un homme politique (de préférence de droite).

– qu’il cherche un magasin de farces et attrapes.

 

Mais bon, je ne voit pas pourquoi il voudrait partager tout ça avec moi, ni pourquoi ça le mettrait tellement en joie. Il a l’air d’exulter. Ca m’amuse assez.

Et là, il me dit, en se marrant franchement « ce sont mes cheveux ! ». Dingue.

Un type se coupe les cheveux et les transporte avec lui ; je viens de tomber sur un fétichiste du cheveu. Il va peut être vouloir couper les miens, ceux qui dépassent du casque ; il est vrai que leur couleur fait des envieux. Vivement que le feu passe au vert… nan, j’rigole… Même pas peur.

Je lui conseille de les conserver précieusement, ça peut toujours servir. Il acquiesce et précise « c’est ma copine qui vient de les couper ! Avant je les avais là » (« là » accompagné d’un geste désignant le milieu de son bras et d’un très joli mouvement de tête mettant en valeur ce qu’il reste de sa gloire capillaire) ; je comprends sa liesse : moi aussi j’ai fait des expériences avec mes cheveux, et les couper a toujours représenté un moment important de ma vie. Un tournant, un changement. Normal qu’on souhaite le partager. Mais pas forcement avec des gens dans la rue.

 

Je le félicite chaleureusement, lui réitère mon conseil de les garder et le feu passe au vert, nos destinées se séparent.

 

Je dois être la seule personne au monde à qui un inconnu brandi une touffe de cheveux dans la rue. Je ne suis pas sûre que ce soit mieux ou pire que des fleurs. Mais ça a tout de même un petit effet magique.

 

 

 

 

 

Elle n’est pas pareil à la cantine…

Elle n’est pas pareil à la cantine…

 

Posé comme ça, ça peut paraître une affirmation étrange. Dans une conversation aussi, remarquez. Mais je l’ai néanmoins entendue, à plusieurs reprises en plus.

Il était question d’une collègue de travail dont le comportement « au bureau » n’est pas le même que son comportement « à la cantine ». D’où « elle n’est pas pareil à la cantine ». Sous-entendu « son attitude au bureau est différente de son attitude à la cantine ».

Le comportement d’un individu et la perception qu’en ont les autres seraient donc relatif à un environnement. Me voilà plongée dans les affres d’une réflexion nocturne. Si on part du principe que l’on se présente sous un jour nouveau suivant l’endroit ou le contexte dans lequel on évolue, on peut imaginer quantité infinie de déclinaisons du concept :

          Elle n’est pas pareil dans la rue

          Elle n’est pas pareil dans les transports en commun

          Elle n’est pas pareil dans sa salle de bains

          Elle n’est pas pareil au cinéma

         

Et pourquoi pas élargir, quitter le strict environnement :

          Elle n’est pas pareil en tenue de ski

          Elle n’est pas pareil avec les cheveux courts

          Elle n’est pas pareil quand elle chante

         

Récemment, un groupe d’amis géologues (qui s’ils me lisent se reconnaîtront aisément) m’expliquaient ce que sont les lames minces. En substance j’en ai retenu, sans vouloir me lancer dans des explications que je ne maîtrise pas, que les lames minces sont de très très fines tranches de roches que l’on fixe sur des lamelles de verre pour les étudier au microscope.
Si on procède par analogie (certes un peu tirée par les cheveux), on peut imaginer que chacun des comportements d’un individu, lié à un endroit, un environnement social ou professionnel, etc, fait l’objet d’une lame mince. Et que c’est cet empilement de lames minces qui constitue l’individu. Qui en fait un tout plus ou moins cohérent.

En me représentant cela, je me suis mise à extrapoler l’image ; si une de ces lame induit un comportement, la superposition de plusieurs lames peut induire des mélanges de comportements ; comme si on empilait plusieurs lames sur le microscope. Une bleue sur une rouge donne une violette dont l’intensité dépend des intensités conjuguées des 2 susnommées (j’aime bien les longues phrases pleines de mots). Traduction : le comportement « à la cantine » suivi du comportement « dans les transports en commun » ne sera pas le même suivant ce qui s’est passé ou non à la cantine (un plat de pâtes à la sauce tomate renversé  sur son pantalon, par exemple) et ce qui se passera ou non dans le métro (on y croise l’homme ou la femme de sa vie, on se fait houspiller par un contrôleur parce qu’on ne se tasse pas assez dans la rame, …) . Ce précepte posé, toutes les déclinaisons sont possibles.

Continuons l’extrapolation: les mélanges vont créer de nouveaux comportements ; je pense objectivement que la superposition « au bureau » et « à la cantine » donnera un résultat aux antipodes de la superposition « en tenue de plongée » suivi de « au salon de thé ». « en tenue de ski » suivi de « dans sa salle de bains »sera à 10.000 lieues de « en tenue de ski » suivi de « dans la salle d’attente du médecin ». Les combinaisons sont infinies. Et non limitées en superpositions. Donc en comportements humains.

Et l’ordre doit induire des subtilités. « Chez le dentiste » + « avant un rendez-vous amoureux » n’a rien à voir avec « avant un rendez-vous amoureux »+ « chez le dentiste ». Il faut être dangereusement psychopathe pour donner ses rendez-vous amoureux chez le dentiste. Ou il faut être dentiste (c’est pareil).

Il y a des superpositions impossibles ; par exemple « en tenue de ski » et « au bureau » ou « à la cantine » et « en vacances » (sauf pour ceux qui s’ennuient terriblement, ont un placard désespérément vide et sont adeptes de la malbouffe. Il paraît que ça existe.)  
Néanmoins,
 il me semble impossible d’établir des règles. Tout le monde a le droit de se rendre à la cantine en tenue de plongée. Le tout est d’assumer. Le ridicule. Et les racontars. Si on commence à établir des règles, le manuel d’utilisation sera si compliqué que même Bill Gates ne s’y retrouverait pas. Pourtant il a l’entraînement.

Donc un individu serait composé d’un tas infini de lames, chacune symptomatique d’un état, et dont les mélanges génèreraient d’autres états.

Question suivante : qui décide de l’ordre d’empilement ? Y a-t-il une main céleste qui chaque matin bat les lames minces comme autant de cartes à jouer et décide ainsi de l’humeur des individus ? Ou chacun serait-il responsable de l’agencement des lames qui le composent, en en façonnant l’ordre par ses actes et pensées ?

Autre question : comment acquiert-on ses lames ? Chacun vit avec une série de lames différente, la série définissant l’unicité de son propriétaire. Comment se procurer des lames ?
En prélevant une tranche de vécu chez un autre ? le cas échéant, l’autre en perd-il le souvenir ?
En décidant de générer une lame à partir d’un vécu ? Ou sans le décider, générant ainsi des lames inconscientes, lames de fond…
Peut-on prêter une lame à quelqu’un, la récupérer, la modifier, en voler une ?
Toute la logistique de gestion des lames est-elle unique ou varie-t-elle suivant les pays, la température, la musique qui passe à la radio (imaginez un peu « à la cantine » + « sur une musique de Patrick Juvet »)

Et peut-on appréhender toute cette science des lames ? Existerait-il des personnes douées de plus de compréhension, sachant doser les intensités, reconstituer un mélange rien qu’à l’étude d’un individu, rééquilibrer un comportement en modifiant l’ordre des lames? Des médecins de lames ?

L’étude de lames me semble insondable et génératrice de questionnements infinis.

 

Surtout, ne souriez pas!

Ainsi donc, nous voilà parvenus en des temps ou modernité, technologie et mode technique rivalisent pour nous rendre accros à tous les moyens de communication ; nous pouvons en un clin d’œil échanger les informations les plus personnelles, accompagnées de nos photos les plus travaillées( et donc les moins représentatives de nos petite personnes à l’ego tellement dimensionné qu’il en deviendrait quasi palpable), de nos musiques favorites, jusqu’à la liste de nos innombrables amis saupoudrés partout sur le globe, amis qui trépignent d’impatience rien qu’à l’idée de connaître nos derniers points de vue sur le monde et son avancée, nos turpitudes les plus récentes ou plus basiquement notre dernier lieu de villégiature.

Oui, nous sommes tout en un et un pour tous, cruellement dépendants, réseautés jusqu’à la moelle, adeptes du toujours plus beau, plus fort, plus loin, plus vite… plus petit, moins lourd, plus performant, plus mince, plus … plus… plus ennuyeux et de surcroît virtuel, concept-fait homme dont la vie en ligne présente plus d’intérêt que la vie en vrai.

Mais … il existe encore sur cette terre une machine qui, plus forte que les autres, nous dicte une conduite à laquelle nous n’adhérons pas de notre plein gré et au joug de laquelle nous sommes néanmoins contraints régulièrement. Il s’agit du photomaton.

Et oui, je vois à travers les pixels scintillants de mon écran vos yeux écarquillés et votre sourcil droit relevé. Le photomaton. Enfin, les dernières versions du photomaton. Cette innocente machine, sujet de beaucoup d’amusements en des temps plus libéraux, est devenue à elle seule la représentation, le condensé efficace d’une époque ou liberté, libre-arbitre et droit à la pensée sont autant de concepts virtuels que trouver l’amour sur le web . Si tant est qu’il existe (l’amour, pas le web. Le web existe, je l’ai rencontré : il vit seul et isolé dans une chambre bleue au 2ème étage d’un hôtel vermoulu de Fort Dauphin, vêtu d’un pagne mordoré, ses cheveux bouclés descendant au bas du dos et il se nourri exclusivement de crèmes caramel. Il boit des mojitos aussi). Mais revenons-en au sujet qui nous préoccupe.

Aujourd’hui, si on entre dans un photomaton, pour obtenir une simple image de son faciès à des fins administratives, on se trouve immédiatement soumis à tant d’obligations que l’envie de partir en courant et en hurlant des chansons de Patrick Juvet traverse notre cerveau sans l’aide de puissants psychotropes. Et ce n’est pas peu dire.

Tout d’abord, il est formellement interdit de sourire. C’est vrai, on a déjà tant d’occasions de sourire de nos jours. Là, on peut bien faire l’effort de faire la moue. A croire que les visages moroses sont tellement monnaie courante que leur représentation sera plus fidèle triste et affligée.
Ensuite, pas de chapeau, casquette ou autre couvre-chef. Un rien d’élégance pouvant nuire. Passons
Pas de coiffures exubérantes telles que chignons, queues de cheval, bandeau… Hum, pas de sourire et les cheveux plats. Pas de lunette. Pas de bijoux voyants…

Toutes ces consignes sont répétées à satiété, par une voix monocorde (appartenant sans doute à une très lointaine cousine démédullée de l’hôtesse dont la voix  faisait frémir les ados à peine pubères à une époque pas si lointaine) ; comme si, en plus d’être désireux de faire une photo moche de soi, on était ramollis du cerveau…
Et à quand la tenue obligatoire pour la photo, comme par exemple une chemise noire ou une blouse bleue ? Et pourquoi pas enlever toute forme de maquillage, porter des lunettes à monture « sécurité sociale », serrer les lèvres… façon photo anthropométrique… entrer dans un photomaton comme pour se préparer à purger une peine… quoique certaines démarches administratives en soient proches, mais ce sera pour une autre fois…

Sans vouloir plagier, j’oserai presque écrire "nous vivons une époque moderne"… mais ce serait par trop excessif…

 

Votre voisin du dessous

Il y a quelques jours, je reviens d’un WE prolongé et ma première préoccupation est de relever mon courrier. Non que j’attende des miracles épistolaires, simple mesure quotidienne.
Donc, chargée et souhaitant ardemment retrouver mon home sweet home, j’ouvre la porte métallique à mon nom.Ces 2 derniers mots forment un palindrome, suis-je forte…
Et là, surnageant la pile habituelle des prospectus, catalogues locaux, annonces diverses et vieux papiers mélangés (je fais une collec’), je trouve un courrier sobrement intitulé « votre voisin du dessous ».Mon sang ne fait qu’un tour et mon cœur se met à battre plus vite. Incroyablement constitué, mon cerveau humain me dicte immédiatement les idées suivantes :
–          C’est un fou, il veut t’occire
–          C’est un admirateur, il veut te parler
–          C’est un riche magnat fan de Bollywood, il veut te produire sur scène
–          C’est un vieux chnoque qui s’ennuie, il veut perturber son voisinage
–          C’est un journaliste, il veut te piéger pour une émission de téléréalité (mais là, le terme « journaliste » me semble galvaudé)
–          C’est un amoureux, il veut te faire une déclaration
–          C’est un grand cuisinier, il veut t’inviter à tester ses créations avec tout l’immeuble
–          C’est un fêtard, il invite tout l’étage à une grande boum revival 70’s
–          C’est Patrick Juvet, il n’aime pas tes critiques incessantes.

Les doigts légèrement moites, je déplie la mystérieuse missive. Une pleine page écrite très serrée. Mais ça commence par « hier soir, quand vous êtes venu frapper chez moi »… pas de bol, hier soir j’étais en hélicoptère au dessus de la diagonale du fou… beuh… ça ne s’adresse pas à moi. Quoi faire ? Si j’étais totalement et foncièrement honnête, je ne lirais pas un courrier qui ne m’est pas destiné. En plus, je suis dans le hall d’entrée, ce n’est pas discret.
Certes, mais je ne sais pour l’instant pas à qui est destiné ce courrier. Seule une lecture complète peut éventuellement me renseigner. Non ? Si.
Monter le feuillet et étudier tout ça chez moi ? Bof, j’ai la flemme de redescendre. Et l’esthétique du courrier me prévient qu’il ne renferme pas grand-chose de stupéfiant, beau, intéressant ou même un tant soit peu bien orthographié…
Je reste, je lis, j’assume…En gros, l’intrépide rédacteur s’attaque à son voisin « du dessus » qui s’est manifesté à cause de nuisances sonores. Et comme notre inconnu est aussi doué en live qu’en différé, il a dû rester coît devant la râlerie et ne réagi que trop tard. D’où la missive.
Avec amusement, je constate qu’à travers sa maladroite expression, je me fais une image assez précise de son auteur (il faut préciser que je ne connais pas les habitants de mon immeuble, je serais bien en peine de les identifier dans la rue…). Les interjections indignées « j’ai le droit d’écouter de la musique un samedi à 16h » ou « je vous rends service en baissant le son pour éviter de réveiller vos enfants », les menaces masquées « je pourrais m’énerver… » (ouarfff, c’est vrai que quelqu’un qui signe « votre voisin » est particulièrement inquiétant…) laissent envisager un jeune homme fade et pâle, le cheveux légèrement gras, le regard oblique, le ventre mou et le jogging pendant. Pas franchement la classe internationale.
A ce niveau, j’hésite ; la lettre est tellement affligeante que j’ai envie de la mettre dans mon bêtisier des « trucs nuls ». Mais néanmoins, elle est destinée à quelqu’un. Qui sera sans doute très édifié par sa lecture.
Je peux aussi la replier soigneusement et la poser au sol, en espérant que le « voisin du dessus » se reconnaîtra. Ou que son auteur la remettra dans la bonne boîte. Ou à défaut, pas dans ma boîte.
J’en envisagé un court mais jouissif moment de l’accrocher bien ouverte, en la couvrant d’un gros point d’interrogation au marqueur noir. J’étais prête à faire l’aller retour pour ça, mais j’ai imaginé que ça n’amuserait que moi…
Finalement, j’ai estimé sa valeur tellement faible que je l’ai repliée et glissée dans la boîte en dessous de la mienne, me disant que si tout le monde raisonne comme moi, elle finira par atteindre son destinataire. Et que les gens de l’immeuble sauront avec quel genre de courageux individus ils partagent leur espace vital. Ces vrai, quoi, quelqu’un qui intitule son courrier « votre voisin du dessous » et qui remet ça en signant « votre voisin du dessous », c’est un signe… Bon, évidemment, différents indices auraient dû attirer mon esprit hélas trop facilement romanesque :
–          Le papier est une vulgaire feuille arrachée d’un cahier à grand carreaux ; même pas grand format.
–          C’est écrit au bic fin, même pas cristal. Même pas la série limitée anniversaire 4 couleurs funs
–          L’écriture est gamine et pas droite
–          Ce n’est pas plié correctement.

En bref, comme mot pour fêter mon retour dans l’immeuble, j’ai trouvé cela décevant.
L’homo  urbanus est décidemment un sujet infini d’études et d’effarements…

 

 

Le jean « slim »

Le jean slim

 

Il ne vous aura pas échappé cette tendance qui semble, hélas, perdurer…

Cette seconde peau souvent mal ajustée, trop courte, à l’entrejambe glissant et aux poches trop en relief dont les ados jeunes et moins jeunes, aiment à s’emballer… le « jean slim ».

Un truc dont ni la couleur, ni la forme ne mettent en valeur, un truc peu confortable et entravant, un truc qui donne une démarche de pingouin, un truc qui ne pardonne aucun gramme superflu.

Mais POURQUOI, oui, POURQUOI porte-t-on ce truc ? et tout d’abord, pourquoi le vend-on ? et QUI a eu l’audace de le concevoir ?

Un jour, un esprit pervers et mal intentionné a décidé unilatéralement qu’en plus des agressions quotidiennes et permanentes concernant la ligne et la minceur, il serait agréable de souligner le moindre de nos défauts physiques par un vêtement collant, boudinant et dont l’épaisseur démesurée ne fait qu’aggraver une situation déjà hors de contrôle. Cet individu néfaste aurait dû être désintégré immédiatement.

Le problème, c’est qu’il avait (à l’époque) des amis. Des amis riches et moqueurs qui ont accepté de fabriquer l’objet de sa création ( le slim, Frankenstein de la mode ?). De trouver les tissus, les déclinaisons, les designs… des gens méchants et sans scrupules qui ont inondé le marché de ces pièces ignobles.

Mais qu’avaient-ils en tête et surtout : étaient-ils tous si minces qu’ils n’ont pas réalisé la portée de leur geste ?…

A la suite de cela, des publicitaires corrompus et immoraux (je sais, associer « publicitaires » et « immoraux » dans une même phrase relève du pléonasme, mais il faut que j’étoffe) ont fini par faire entrer, à grand renfort d’images sub-abominables dans nos cerveaux trop perturbés par les intenses pilonnages médiatiques, et donc dans l’incapacité absolue de réagir dignement, dans ce qu’il reste de nos cerveaux, devrais-je dire, l’envie pernicieuse d’acquérir l’un de ces pantalons. Le mot « pantalon » me semble par ailleurs totalement inapproprié. Gros collant moche, succédané de combinaison de plongée ou morceau de gant géant me paraitraient plus juste…

Nous voilà soumis aux diktats de la nouvelle mode.

Une fois la décision prise, il faut passer à sa transformation en acte. Donc, aller dans une boutique, choisir l’objet et … investir une cabine…. Que celui ou celle qui a passé le test de la cabine haut la main du premier coup me jette le premier prince au chocolat. Que celui ou celle qui ne s’est pas retrouvé(e) à sautiller convulsivement après avoir enfilé la première jambe et en essayant d’accéder à la seconde me téléporte dans sur une planète sans kiri. Une fois l’engin enfilé, que celui ou celle qui s’est immédiatement trouvé(e) désirable, pas du tout engoncé(e) , élancé(e), en un mot : chic et sans bavure, me transforme en Casimir. Ce n’existe pas. Ou alors dans un monde meilleur et sans miroirs.

Mais bon.

L’être humain est ainsi fait qu’il est sans peur et sans reproche en ce qui concerne les phénomènes de mode. Donc, voilà. On a son « slim ». Au passage, ceux qui ont plus de 25 ans se souviendront sans doute que le slim, dans une époque pas si lointaine, c’était une pâte verdâtre, à la consistance, euh… immonde… et destinée à faire d’horribles blagues à ses petits camarades. A notre  époque ou la cigarette est effacée des images les plus collector et ou Gainsbourg va finir par se retrouver avec  un bâton de réglisse à la main, la pâte slim ferait l’effet d’une bombe. On aurait sans doute une amende si on l’exhibait dans la rue, à la sortie des classes.

 

Bref, maintenant, le « slim » est un objet mode et tendance. Je vous mets au défi de trouver une paire de chaussure qui aille avec. Ou un haut. Un haut qui arrive au dessus du genou, je veux dire. Sinon on met un legging (à l’époque, on appelait ça « caleçon », mais ça doit avoir une connotation trop « vieux monsieur », ça peut gêner).

Les chaussures, donc.

Dans l’ordre :

          Plates : Effet grands pieds garanti. Pas beau du tout

          A talons : Effet pouffe garanti. Pas terrible non plus

          Avec des bottes plates : bof… seule issue, mais avec un haut bien long et là, j’ai déjà donné mon avis.

          Avec des bottes à talon : Voir 2 lignes plus haut

          Avec des baskets : tu sors  direct de cet ordi… téfoutoi…

          Avec des ballerines : et pourquoi  pas un ruban dans les cheveux…

Les hauts , maintenant:

          Court : Effet grosses fesses à tous les coups

          Aux hanches : Effet « j’ai mon pull des 80’s, je l’aime et alors » mixé avec effet « j’ai une culotte de cheval et alors? »

          Long : déjà abordé

 

Pourquoi s’obstiner ? pour avoir une démarche ridicule, les fesses aplaties, la culotte de cheval bien dessinée  (j’ai remarqué  que le « slim » donne un effet « culotte de cheval » même sur les filles qui n’en ont pas – de culotte de cheval- et aussi chez les hommes – dingue, non ?-)?  Franchement, je n’en vois pas l’intérêt.

Pour se sentir confortable ? pfff…. Ceux qui ont essayé de faire rien qu’un petit saut le savent bien : les deux jambes sont jointives, comme prises par un élastique, on ne peut pas décoller et on tombe.

 

Le slim reste pour moi un mystère total : c’est un article de mode très prisé, très moche et totalement dépourvu d’intérêt. Comme les émissions de téléréalité, tiens…