Surtout, ne souriez pas!

Ainsi donc, nous voilà parvenus en des temps ou modernité, technologie et mode technique rivalisent pour nous rendre accros à tous les moyens de communication ; nous pouvons en un clin d’œil échanger les informations les plus personnelles, accompagnées de nos photos les plus travaillées( et donc les moins représentatives de nos petite personnes à l’ego tellement dimensionné qu’il en deviendrait quasi palpable), de nos musiques favorites, jusqu’à la liste de nos innombrables amis saupoudrés partout sur le globe, amis qui trépignent d’impatience rien qu’à l’idée de connaître nos derniers points de vue sur le monde et son avancée, nos turpitudes les plus récentes ou plus basiquement notre dernier lieu de villégiature.

Oui, nous sommes tout en un et un pour tous, cruellement dépendants, réseautés jusqu’à la moelle, adeptes du toujours plus beau, plus fort, plus loin, plus vite… plus petit, moins lourd, plus performant, plus mince, plus … plus… plus ennuyeux et de surcroît virtuel, concept-fait homme dont la vie en ligne présente plus d’intérêt que la vie en vrai.

Mais … il existe encore sur cette terre une machine qui, plus forte que les autres, nous dicte une conduite à laquelle nous n’adhérons pas de notre plein gré et au joug de laquelle nous sommes néanmoins contraints régulièrement. Il s’agit du photomaton.

Et oui, je vois à travers les pixels scintillants de mon écran vos yeux écarquillés et votre sourcil droit relevé. Le photomaton. Enfin, les dernières versions du photomaton. Cette innocente machine, sujet de beaucoup d’amusements en des temps plus libéraux, est devenue à elle seule la représentation, le condensé efficace d’une époque ou liberté, libre-arbitre et droit à la pensée sont autant de concepts virtuels que trouver l’amour sur le web . Si tant est qu’il existe (l’amour, pas le web. Le web existe, je l’ai rencontré : il vit seul et isolé dans une chambre bleue au 2ème étage d’un hôtel vermoulu de Fort Dauphin, vêtu d’un pagne mordoré, ses cheveux bouclés descendant au bas du dos et il se nourri exclusivement de crèmes caramel. Il boit des mojitos aussi). Mais revenons-en au sujet qui nous préoccupe.

Aujourd’hui, si on entre dans un photomaton, pour obtenir une simple image de son faciès à des fins administratives, on se trouve immédiatement soumis à tant d’obligations que l’envie de partir en courant et en hurlant des chansons de Patrick Juvet traverse notre cerveau sans l’aide de puissants psychotropes. Et ce n’est pas peu dire.

Tout d’abord, il est formellement interdit de sourire. C’est vrai, on a déjà tant d’occasions de sourire de nos jours. Là, on peut bien faire l’effort de faire la moue. A croire que les visages moroses sont tellement monnaie courante que leur représentation sera plus fidèle triste et affligée.
Ensuite, pas de chapeau, casquette ou autre couvre-chef. Un rien d’élégance pouvant nuire. Passons
Pas de coiffures exubérantes telles que chignons, queues de cheval, bandeau… Hum, pas de sourire et les cheveux plats. Pas de lunette. Pas de bijoux voyants…

Toutes ces consignes sont répétées à satiété, par une voix monocorde (appartenant sans doute à une très lointaine cousine démédullée de l’hôtesse dont la voix  faisait frémir les ados à peine pubères à une époque pas si lointaine) ; comme si, en plus d’être désireux de faire une photo moche de soi, on était ramollis du cerveau…
Et à quand la tenue obligatoire pour la photo, comme par exemple une chemise noire ou une blouse bleue ? Et pourquoi pas enlever toute forme de maquillage, porter des lunettes à monture « sécurité sociale », serrer les lèvres… façon photo anthropométrique… entrer dans un photomaton comme pour se préparer à purger une peine… quoique certaines démarches administratives en soient proches, mais ce sera pour une autre fois…

Sans vouloir plagier, j’oserai presque écrire "nous vivons une époque moderne"… mais ce serait par trop excessif…

 

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Publié le 12 novembre 2009, dans Extrapolations. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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