Archives d’Auteur: geckobleu007

pubs

La furieuse proximité du printemps met nos annonceurs publicitaire dans des états d’excitation assez remarquables… quelle engeance étrange peut imaginer couvrir les murs, bus, couloirs de métro de panneaux gigantesques représentant des portraits de gens beaux, extatiques et légendés « Aujourd’hui, je l’ai fait » associé à « et c’était bien », « vite fait, bien fait », « et j’y pense encore »… allusions surtout pas déguisées à un acte qui plongerait dans les dimensions lumineuses et chantantes les gens (beaux) qui le pratiquent.

Super.

Quand on pense à l’opprobre jetée sur l’afficheur Avenir en 1981 avec sa campagne « demain j’enlève le haut »… on est loin du fun de l’époque. Tiens, d’ailleurs, 1981, ça me rappelle un autre évènement. A croire que les tendances électorales et publicitaires suivent un cycle commun…

Donc, jouissance et extases plébiscitées par … une banque… (en ligne, certes, mais néanmoins une banque) ;  passage éclair dans la quatrième dimension, à moi les frères et sœurs Bogdanov. Depuis combien de temps aller à la banque plonge dans des états de délectation aussi intenses ? Surtout par les temps qui courent. Dans mon palmarès personnel, cette campagne venait au top de la ringardise racoleuse et de la vulgarité.

Venait.

Il ne faut jamais sous-estimer les capacités à la débilité de nos publicitaires. Ce matin, au détour d’un virage prestement négocié, surgit un panneau clamant joyeusement : « Notre point G, il est dans la penderie ». La photo met en scène une jeune femme lambda en tenue printanière. Stupeur. Ampleur et abime de la grande mesquinerie marketing.
Précision qui s’impose : cette merveille de poésie a été créée pour … Rhaaa, suspens intenable… Les 3 suisses…
Il est vrai que s’habiller sur catalogue provoque des transes assez intéressantes. Point d’orgue à la livraison, quand le facteur (enfin, ceci concerne uniquement les citadins chanceux, les autres iront chercher eux-mêmes l’objet de l’extase au tabac du coin…) dépose le colis tant attendu dans les mains de la cliente. Là, il faut apprécier le ravissement rapidement, parce qu’à l’essai, on retombe assez vite. Rien ne ressemble aux photos du catalogue. Mais c’est un autre débat.
Concernant cette dernière campagne, c’est peu dire que l’image de la femme qu’elle véhicule y est particulièrement soignée. La femme, dans l’esprit du publicitaire, se résume à une entité dotée d’une carte bleue, pour qui le summum du plaisir est atteint à l’acquisition d’oripeaux  bas de gamme qu’elle va s’empresser de suspendre dans son placard.

On progresse.

Sans compter la syntaxe du slogan, à la grammaticalité douteuse.
Nivelage par le bas.

Début du XXIème siècle dans une France qui commence à reprendre esprits et couleurs roses, le plaisir est donc avant tout lié aux  finances, à l’apparence et à la dépense.
Paradoxe intéressant, ce type d’affiches passe haut la main une censure par ailleurs inflexible quand il s’agit de secteurs artistiques. A quand le retour du respect de la libre expression ? …Une nouvelle mission impossible, vous allez nous manquer,  Jim Phelps…

 
 

EVEN61

EVEN61 

Traduit de l’anglais: “même 61” .
La prononciation six-un, plus rapidement « si un » ouvre quelques intéressantes possibilités comme « même si un »… suivi de ce que l’on veut : « même si un ours démonte la rame, je monte », « même si un nain algébrique traverse l’espace temps pour s’asseoir à côté de moi, je continue à lire Kant », « même si la quatrième dimension est le vide, je saute la marche », etc…
 

Anagramme « NEVE61 » :
Un névé est une accumulation de neige qui peut perdurer en dessous de la limite de neiges éternelles et ce même pendant une partie de l’été (source wikipedia).
Neige-soixante-et-un ou une touche d’éternité métallique au cœur de la capitale.
 

Dans la réalité, EVEN61 est le long asticot de métal tricolore bruyant qui cueille chaque matin des dizaines de banlieusards hébétés (d’autant plus hébétés que la semaine avance) pour les égayer dans la capitale au gré de besoins de production divers. Plus prosaïquement, le RER; enfin le mien; « mon RER » quoi. On le trouverait presque sympathique dans le petit matin frais, ses lumières oranges fièrement dressées vers le ciel, son allure sinueuse, ses couleurs franches…  

Une rapide recherche dans le monde ouebien indexé par google et voilà ce que « EVEN61 » devient : 

          Un tableau d’horaires, le haut parsemé de noms qui fleurent bon l’exotisme banlieusard du sud, le bas plus prosaïquement parisien. Etranges noms de villes, entre ceux qui gisent plus ou moins sur cette pauvre Yvette, chapeautés par un saint à la consonance animale(ce qui explique sans doute en partie sa tolérance), les noms communs, la reine au balconnet à guichet ouvert pour les sots qui finiront robinsons à la fontaine… tout ça pour ne pas perdre le nord… 

 

             La référence à une banderole floquée “vive les maries”.
Y aurait-il tant de similitudes entre le chemin tracé, régulier et raillé du serpent quotidien et la vie à deux officialisée ? tant de voyageurs hypnotisés, mécaniques et bien réglés qui emprunteraient indifféremment l’un comme l’autre ? 
 

 

          Un coming out pour le moins surprenant
Mais venant d’un long serpent à l’avant vif et aux déhanchements lascifs…
 

   

Digressions

Mylène Farmer se prend les pieds et s’étale sur le tapis rouge qui la mène vers un dîner Elyséen: le buzz oueb dure 3 jours….

Je me prends les pieds Gard du Nord, M5/M4, dans la foule compacte et je m’étale sur le tant pis sale qui mène à la liberté aérienne… j’espère que l’impitoyable monde ouebien va me laisser tranquille…

 

 « An education » film-bluette pour adolescents rêveurs, personnages à la psychologie à peine effleurée, loin, très loin, infiniment loin de Nabokov et Kubrick renforce, par contraste, le choc violent causé par « Precious » dans lequel rien n’est épargné au spectateur, de la bêtise à la profonde tristesse, de la misère morale à l’insondable cruauté humaine. Un personnage émouvant  de bout en bout, un courage hallucinant, une force de survie incroyables apportent une vacillante lueur d’espoir dans l’humanité…  

Underground de banlieue

Pour des raisons indépendantes de ma volonté et auxquelles l’envol pérpihéen n’est pas étranger, je me trouve dans l’obligation temporaire de me déplacer grâce aux sacrosaints « transports en commun ».
Petite précision importante: en des temps immémoriaux, j’étais la déesse de la circulation RATP, connaissant à fond tout le plan, sachant comment aller d’un endroit à un autre en nombre de stations, la démarche souple et altière, professionnelle de la resquille et reconnaissant à l’odeur les stations traversées.  Gloire ancienne très vite oubliée.
Le challenge du jour est donc de renouer avec mon prestigieux passé de globe-trotter underground.
Première étape et non des moindres: localiser la gare. C’est incroyable à quel point une gare peut devenir transparente, voir inexistante, dans l’environnement d’un pilote de deux roues (le terme « pilote » est employé ici à dessein).
Une fois dans la gare, trouver le guichet.
Enfin, ça c’était dans les années 80. Maintenant, plus de guichet. Une guérite pompeusement baptisée « information » sert de refuge à trois agents de la RATP dont on est en mesure de se demander ce qu’ils font là, étant donné qu’un unique siège est installé face à la vitre qui donne accès au savoir ratpien.Là, on peut avoir un plan, mais pas les petits plans plastifiés super-pratiques, ça aussi c’est devenu collector. Un plan est un truc qui une fois déplié devient récalcitrant à toute tentative de lui rendre sa forme initiale. On a le choix entre deux modèles: le petit, format A4 déplié, et le grand, format A3 déplié, impossibles à utiliser dans des conditions normales (c’est à dire coincé dans la rame, un coude étranger planté dans le plexus et un chignon -étranger lui aussi- chatouillant les narines.
Maintenant, il s’agit d’acquérir un ticket qui permettra le passage aux bornes d’entrée et de sortie des différentes stations de transit. C’est devenu indispensable, vu qu’on ne peut plus sauter allègrement par-dessus le portillon. La RATP qui prône l’exercice des franciliens aurait dû y réfléchir à deux fois avant de mettre en place les systèmes de contrôle…
Nouvelle découverte : en ce XXIème siècle, la carte orange n’existe plus. « Orange » fait maintenant référence à un opérateur téléphonique, un parti politique fantôme, 1/5ème des besoins en fruits/légumes de la journée ou éventuellement une certaine saturation des réseaux routiers. Mais pas du tout à une carte. Je commence à me sentir bien âgée…
Comme le guichet n’existe plus, il faut se plier à l’utilisation du distributeur automatique. Personnellement, je hais les distributeurs automatiques. Tout d’abord parce qu’ils ne parlent pas la même langue que nous, les humains. Ensuite parce que les boutons, rouleaux de sélection et autres touches sont rien qu’à la vue autant de vecteurs de saletés abominables. Ensuite parce qu’ils sont en général peu ergonomiques. Peu ergonomiques pour les gauchers. Je ne sais pas si j’ai acheté les bons billets. Tout simplement parce que je ne fais pas de différence entre un trajet « paris- par RER » au départ de banlieue et un trajet « Paris » toujours au départ de banlieue. A bien y réfléchir il semble que ce soit lié à la destination finale: métro = Paris, mais j’en appelle là à de lointains souvenirs obsolètes…
Une fois en règle (du moins moralement en règle) je me rends sur le quai. Après quelques secondes d’intense réflexion, je décide de choisir le quai de droite, partant du postulat que la rame roule à droite. Comme une voiture.Cherchant à vérifier cette intuition, je jette un oeil au panneau d’affichage et là je réalise que seules sont annoncées les destinations finales des rames. Compte tenu de la structure en araignée malformée du réseau, je suis bien en peine de savoir quelle est la destination finale de la rame qui m’amènera à l’interconnexion à laquelle je dois me rendre. Et là, pour le coup, aucun souvenir. Plutôt un vide sidéral, trou noir et obscurcissement du cerveau au moment précis ou deux rames entrent en gare.Que faire? Sauter dans la plus proche ou courir, traverser le pont et sauter dans l’autre? Ne pas sauter du tout et demander me semble plus sûr, mais du coup je perds 10mn. Et découvre que le RER roule à gauche.
La rame fini par arriver. J’avais oublié que presque 30cm séparent le quai du marchepied. 30 cm en dessous duquel on voit distinctement les rails, les pierres, les souris… pratique pour les petits enfants, les personnes âgées, les personnes chargées… génial en cas de bousculade ou de glissade. Heureusement, une suave vois féminine invite, à chaque arrêt, à prendre garde au gap. Au moins, on est averti…
Bon, m’y voilà, installée, journal dégainé (ah oui, je croyais que toutes les gares avaient leur point presse, quelle naïveté… pourquoi permettre au voyageurs de lire autre chose que 20mn?), me sentant étrangement extérieure à cet univers codé. L’espèce d’amusement bon enfant du début s’est peu à peu transformé en fatigue agacée, avec un pic d’énervement à la 8ème minute d’arrêt injustifié deux stations avant mon port d’arrivée. J’aurais mis 1h45 à faire un trajet qui habituellement me prend 35 mn… comme tu me manques, fidèle destrier ….
Petit bulletin du trajet du soir: Découverte de la connexion RER/M14 à Châtelet les Halles. Une foule grouillante circule à un rythme rapide et uniforme, sardines grises au regard torve; il semble y avoir un sens giratoire, des courants bien définis et des règles de comportement obscures. Par exemple, pour intégrer le flux, il faut immédiatement adopter la bonne vitesse sous peine d’être éjecté voir piétiné, sans sommation. Ensuite, hors de question d’aller à contre-sens, ce serait suicidaire. Enfin, si on veut sortir à un endroit précis, anticiper et orienter sa direction longtemps avant la bifurcation sinon le risque est grand de rater le couloir ou de se faire incendier par le ban.…Réminiscences indiennes… Du haut de l’escalator, la vision de ces hordes de gens aux visages vides de toute forme d’expression,  exécutant un ballet qui semble réglé depuis la nuit des temps a quelque chose de glaçant. A la sortie Hoche, vision d’une vieille dame qui hésite à se lancer dans la ronde, piétine et marmonne « …ben ils pourraient quand même me laisser passer… »

digressions

Ne perdons pas de vue l’essentiel, à savoir ce qui ne nous a pas attendus pour exister et existera encore longtemps après notre passage éclair  -au regard du temps galactique- sur cette malheureuse planète maltraitée par les misérables scarabées que nous sommes -au regard de l’échelle universelle-.

Les atomes, les ondes, les vibrations, autant de témoins silencieux mais néanmoins présents. Silencieux donc intelligents. Ce qui n’est pas le cas de tous. D’aucuns peuvent être silencieux et bêtes. Voir silencieux parceque bêtes (mais ce serait signe d’intelligence, …. alors… un paradoxe de plus?)

Ce qui est dommage, c’est que la relation n’est pas bijective. Je m’explique: si toute intelligence prend sa source dans une forme de communication, hélas, toute forme de communication de donne pas naissance à une source d’intelligence… ce serait trop beau.

Héhéhé, vu le nombre hallucinant de mails,sms, textos, status facebookiens et autres concepts ouebiens qui circulent de par la planète, le potentiel « intelligence » est énorme… mais bon, il faut croire que le potentiel « débilitant » l’est tout autant…

 

Je propose, pour en revenir à un équilibre supportable, que l’on fasse un projet de collecte des infos cosmiques.

Le vote est tout vert.

 

___________________

 

Précision nécessaire à la bonne compréhension de ce qui va suivre:

L’action se situe au mitan des années 80, les concepts « groupe zéro » et « art minimalistes » me sont totalement inconnus, mais l’approche par la diversité des supports et les détournements de matières ou d’objets commencent à me séduire.

 

En des temps reculés ou l’art contemporain m’était une totale et absolue abstraction mais néanmoins titillait mes neurones, il m’est arrivé de visiter une expo d’art dit « contemporain » à Montréal.

Aucun souvenir des oeuvres exposées sauf un, très précis:

Au détour d’un couloir, un coin de mur expose un petit carré en alu brossé qui s’orne d’un joli et simplissime motif … extase… Simplicité, efficacité, format attractif, en un mot: oeuvre accessible.Je traîne l’amie qui m’accompagne vers cette découverte agréable (étant restée totalement imperméable au reste des oeuvres exposées), pour lui faire part de mon enthousiasme.

Enthousiasme immédiatement douché par les hurlements de rire de l’amie: il s’agit du picto qui annonce la présence de l’extincteur de l’étage. Design, certes, mais de là à être qualifié « d’oeuvre »…

 

Aujourd’hui, plus de 20 ans après ce cuisant échec dans mes premières tentatives d’appropriation du sens critique artistique, je lis dans une très sérieuse revue d’arts l’extrait de critique suivant « l’art y est libre de vivre sa vie […] tout comme un manche d’incendie dans un musée d’art moderne n’évoque pas tant sa fonction qu’une énigme esthétique... » (Connaissance des arts, Fév 2010, Le Mastaba I de JP Raynaud )

… comme quoi…. la définition d’art, d’oeuvre, de concept et leurs perceptions restent agglutinées à une frontière mouvante et mal localisée…

 

 

Groupe ZERO : « Baptisée d’après le moment zéro du compte à rebours, lors du lancement des fusées, ZERO veut selon Mack créer une « zone de silence avant le nouveau départ » et entraîner dans l’art une dématérialisation de l’oeuvre d’art. La toile n’est plus la page blanche qui servirait à une individualité de s’exprimer, elle est le réceptacle de phénomènes sensibles »

http://boomer-cafe.net/version2/index.php/Arts-plastiques-dans-les-annees-50/Groupe-Zero.html

 

Art minimaliste: Le minimalisme (ou art minimal) est un courant de l’art contemporain, né dans un groupe de plasticiens au début des années 60 aux Etats Unis, basé sur le principe de l’économie maximale des moyens.

Source wikipédia

 

___________________

 

Quelques bizarreries  de fin de semaine où se mêlent dans un joyeux désordre la découverte de l’inframonde,  accessible par un intermédiaire cosmique, le rêve de la carotte sauvage et le très contemplatif « Single man », ode non Hamletienne à la procrastination suicidaire. … à suivre …