Ménage à trois – Part 7 – Finissons-en

Un trio d’arnaqueurs composé d’une femme de ménage diabolique (Delphine), d’une bimbo qui n’a pas froid aux yeux (Rachel) et d’un consultant en on-ne-sait-pas-quoi-mais-on-s’en-fout (Léo) piège des hommes presque innocents. Dans l’aube naissante qui suit sa nuit avec sa dernière victime, qu’elle a abandonnée nue, Rachel se précipite au domicile de son amant d’une nuit, pour le dépouiller de ses biens précieux. Sur place, elle se fait griffer par le chat du propriétaire. En partageant le butin, elle se sent coupable d’avoir dérobé une montre à forte valeur sentimentale, mais réalise qu’elle ne connait pas le nom de famille de l’homme et ne peut pas restituer le bijou. Plus tard, un médecin lui conseille d’emmener le chat, dont la griffure s’est infectée, se faire examiner par un vétérinaire. Les trois complices organisent le kidnapping du chat pour faire tester l’animal. La mission est menée à bien, mais en direct par visio-conférence… Après avoir retourné la montre et le chat à leur propriétaire, le trio reprend son arnaque. Mais Rachel s’est fait repérer et se retrouve prise au piège par sa dernière victime, qui l’a emmenée sous la contrainte dans son appartement dont le salon est décoré de façon ‘cérémonie sataniste’. 

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*

Dies Irae s’achève et le silence s’installe dans le salon sombre. Rachel n’ose ni parler, ni bouger. Elle ne peut s’empêcher de fixer chat, dont la griffure, bien que presque cicatrisée, réveille une sensation de brûlure dans le bas de son dos. Derrière elle, elle sent que Thomas s’affaire.

– Alors, Marie… tu vas t’assoir comme une gentille fille sur cette chaise et nous faire ton plus suave sourire…

Sans réagir, Rachel se pose sur la chaise et tourne son regard éteint vers l’homme, qui la cadre avec le téléphone qu’il lui a confisqué au restaurant.

– Tourne-toi vers les bougies, ce sera plus réussi. Voilà.. Attends, je réajuste ton col… Pas terrible , ton téléphone, quelqu’un qui gagne bien sa vie comme toi pourrait s’en offrir un plus performant… l’appareil photo ne te rend pas honneur…

Docile, elle se laisse faire, sentant à peine les mains de Thomas qui l’effleurent tandis qu’il remet le col de sa robe bien droit, lui fait bouffer les cheveux et tapote ses joues

– Il faut que tu aies bonne mine, excuse moi. Là. Bon, souris, s’il te plait

Mais qu’est ce qu’il fabrique ce malade? Il croit quoi, que je vais prendre la pose pour une photo Instagram? Comme si j’avais envie de sourire dans cette situation glauque et flippante, avec l’autre qui ne bouge pas depuis tout à l’heure. ça se trouve c’est un mannequin, qu’il a mis là pour m’impressionner. C’est réussi. Et ce chat qui me fixe comme s’il allait se jeter sur moi. Je vais crever d’effroi et Léo et Delphine ne sauront jamais ce qui m’est arrivé…

– Je t’en prie, essaie de faire bonne figure… après tout, cette photo est destinée à ton amie…
– Comme ça, à mon amie?
– Très simplement… Je vais utiliser ton téléphone pour envoyer une photo de toi sur cette chaise, entravée, … on pourrait dire… pas dans la meilleure posture pour se rebeller… à ton amie la kidnappeuse de chat et lui suggérer de se munir de mes biens si elle veut te récupérer. D’ailleurs, si tu as d’autre complices, je t’engage à leur  faire un envoi groupé de la photo et du petit message que je vais te dicter, ça nous fera gagner du temps…
– Quoi? Mais… vous êtes malade.. je ne sais pas s’ils sont gardé vos affaires…
– Hé bien nous allons le découvrir ensemble. J’imagine que tu avais ta part de ce butin, qu’en as-tu fait? Tu l’as précieusement conservé, j’espère…
– Heu… oui, j’ai ma part chez moi, je vous la rends avec plaisir, si vous me laissez partir d’ici…
– Admets que ce serait trop simple… non, nous allons profiter de nos retrouvailles. Allez, souris un peu… plus vite tu me concède un sourire, plus vite nous en finirons. Je peux comprendre que tu te sentes mal à ton aise.

Rachel grimace un pauvre sourire, et Thomas capture le moment avec un rictus satisfait. Elle le voit ensuite vérifier l’image en silence.

– Alors? ça va  comme sourire?
– Pas terrible, mais l’essentiel est là: l’ambiance générale est bien captée. Je ne suis pas mécontent de mon installation, tu veux voir?
– Non merci, ça ira. Et maintenant?
– Maintenant, tu me donne gentiment le nom de ton amie kidnappeuse de chats et les autres noms concernés par notre envoi.
– Pas question.

Merde, qu’est-ce qui me prend? Voilà que je me mets à jouer les héroïnes… Comment ces mots ont-ils pu sortir de ma bouche? Je suis malade… Je ne vais pas risquer ma peau pour préserver une femme de ménage et un consultant…

– Mais enfin, sois raisonnable, Justine, tu crois que tu as le choix?
– …
– Allez, plus vite tu me les donneras, plus vite tout ça ne sera qu’un souvenir.

Qu’est-ce que je fais? Je lui donne? et c’est qui, l’autre, là?

Pendant que Rachel se demande quelle décision prendre, la personne sous la capuche relève la tête et se tourne vers le chat. Comme si elle conversait par télépathie avec l’animal, celui-ci cligne des yeux et se lève, trottine jusqu’à la jeune femme, puis saute sur ses genoux et commence à enfoncer ses pattes sur ses cuisses.

– Tiens, donc. On dirait que Kiki t’apprécie…
– Faites-le partir, s’il vous plait, je suis allergique…

Thomas récupère l’animal et le pose sur les genoux de la silhouette  encapuchonnée, puis fixe Rachel, dans l’attente de sa décision. Dans le silence est à peine troublé par le ronron lointain d’un compteur électrique, Rachel renifle un peu avant de rendre les armes.

– D’accord, on envoi le message…
– C’est bien, c’est raisonnable. Ecris: « Vous avez jusqu’à minuit pour venir restituer l’intégralité des objets dérobés à l’adresse… »  je ne te ferai pas l’offense de te dicter l’adresse, Joséphine…
– C’est tout?
– J’espère que ça suffira…

*

– Léo? Léo? Léoooooooooooo!!
– Oui oui, laisse moi le temps de fixer mon casque… qu’est-ce qui se passe? On a bien l’adresse du futur nudiste?…
– Regarde la photo que je viens de t’envoyer!

Mais Léo ne fait attention ni au ton angoissé de Delphine, ni à son injonction de regarder la photo de Rachel, piteuse, ligotée sur une chaise avec en arrière plan un décor inquiétant.

– La photo, Léo! regarde la photo!
– … han….  J’arrive, prépare ce qu’il faut.

Sur le chemin ente l’appartement de Delphine et la rue des filles de calvaire, où ils s’apprêtent à affronter Thomas, Delphine et Léo n’ont échangé aucun mot inutile. Ils ont vérifié avoir récupéré l’intégralité des objets à restituer et se sont accordés sur le fait que seule Delphine monterait au second étage.

*

– Tu réalises que, même si ta complice apporte tout ce qu’elle a, nous allons être obligés de continuer notre nuit ensemble?
– Pas la peine, je vous promets de tout ramener demain à la première heure.
– Tu n’as pas la naïveté de croire que j’ai la naïveté de te croire?

Thomas rit d’une façon affectée qui glace Rachel.

– Non non, je vais t’accompagner chez toi et on va  faire le tour de ce qui m’appartient. On emmènera notre ami le capuchon dont la présence t’intrigue, j’en suis sûr..
– Pas la peine, je ne tenterai rien, je le jure
– J’aime mieux m’en assurer, si ça ne te dérange pas…

Quand la sonnerie de l’interphone retentit, Rachel a l’impression que son cœur va exploser. Le chat s’agite, saute sur la table et la silhouette sombre et toujours silencieuse se redresse, pendant que Thomas se hâte vers la porte, qu’il ouvre pour laisser le passage à une Delphine terrifiée, chargée d’un sac et de la valise que Rachel reconnait et qui contient les disques de Thomas.

– Ah tiens, je n’avais pas repéré qu’il me manquait la valise… Je voulais m’en débarrasser, tu pourras la garder en souvenir de moi, Emilie, si tu sors d’ici… Et vous, je vous prie de vider vos contenants, que nous en fassions l’inventaire ensemble.

Delphine s’exécute et étale sur le sol les biens de Thomas. Elle doit s’y reprendre à deux fois pour déverrouiller la valise, tant ses mains tremblent. Alors qu’elle fait des piles avec les disques qu’elle en extrait, le chat saute de la table et s’approche d’elle, puis frotte sa tête contre ses mollets.

– Kiki…
– Sultan, plus précisément
– Sultan…
– Je vois qu’il vous apprécie… si le contexte ne vous était pas si défavorable,  j’en aurais peut-être fait autant…

Delphine lève la tête pour répondre, mais se fige et n’arrive à émettre aucun son.

– Je déduis de votre étonnement que vous n’aviez pas vu que nous sommes en délicieuse compagnie…
– non… non, je n’avais pas vu…
– votre voix tremble, dois-je comprendre que vous avez peur?
– C’est que je n’ai pas l’habitude des ambiances sataniques et que voir mon amie saucissonnée sur une chaise ne me plait pas trop, vous comprenez?

Ton amie… Il aura fallut qu’un malade me kidnappe pour que tu admettes que je suis ton amie… 

– Touchant.
– Et maintenant?

Malgré son ton bravache, Delphine n’en mène pas large. Elle jette un œil à Rachel dont l’attitude prostrée l’effraierait presque plus que toute la mise en scène.

– Maintenant, il est temps que je demande à notre invité mystère de baisser sa capuche.

Rachel pousse un petit gémissement et Delphine retient son souffle. La silhouette se tourne légèrement pour leur présenter son dos, abaisse la capuche sur ses épaules et se positionne face aux deux femmes.

– Elodie, je te présente ma mère.
– Mais… je ne comprends pas…
– Comment le pourriez-vous?

C’est la femme qui vient de parler. Son ton tranquille, sa façon de les regarder avec calme peuvent être aussi réconfortants que terrifiants. Elle se lève et se débarrasse de sa cape sombre, puis allume la lumière et souffle les bougies. Elle s’assied sur le canapé devant Delphine et Rachel stupéfaites.

– Nous voulions récupérer les objets volés et marquer le coup pour vous empêcher de poursuivre votre arnaque… – elle s’interrompt pour sourire – Mais je tiens surtout à vous remercier. Grâce à vous, nous avons découvert que la cause du mal qui me rongeait depuis des mois était les coups de griffes de Sultan… Kiki, si vous préférez, même si admettez-le, c’est moins élégant. Le chat m’appartient, au fait. Il était chez Thomas pendant les quelques jours de congés que je prenais pour me reposer à la montagne, dans un hôtel qui n’accepte pas les animaux… quand nous avons compris que j’avais attrapé sa maladie, il n’a fallut que quelques jours pour me guérir….

– Mais vous êtes fous? Vous avez monté tout ça juste pour me faire flipper?
– Ah.. je te retrouve, Ludivine…
– Arrête de me donner tous les prénoms qui te passent par la tête. Je m’appelle Rachel.
– Et tu as raison, ça te va bien. Je te propose que nous allions chez toi dès maintenant?
– Thomas, je pense que la jeune dame est fatiguée pour ce soir. Elle ne va pas s’évaporer une nouvelle fois, tu peux me croire. Prenez rendez-vous pour demain et arrêtons cette mascarade, ça ne m’amuse plus trop…
– Merci madame
– C’est moi qui vous remercie.

*

– Tu te rends compte qu’ils ont organisé et préparé ce truc fou tous les soirs depuis près de 10 jours?
– Oui… c’est pas nous les plus dingos, dans l’histoire… bon, j’imagine que je prends le vélo?

Delphine enfourche le vélo obligeamment restitué par Thomas, Rachel passe le jean et les baskets que Léo a eu la présence d’esprit de lui ramener, s’installe sur le siège arrière et les trois complices repartent dans la nuit, la moto pilotée par Léo au ralenti pour ne pas laisser seule derrière eux la femme qui souffle bruyamment sur son vélo.

– Tu vas voir, ma chérie, un peu de sport à la fraîche, ça présage d’une bonne journée!

Delphine souffle, mais laisse le rire de Léo résonner dans la rue déserte.

Publié le 4 octobre 2020, dans Extrapolations, histoire courte, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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