Le jour où j’ai oublié mon code PIN

Lecteur-chéri-mon-obligé-de-21h (pour l’instant) je ne sais pas toi, mais moi il m’arrive de traverser d’étranges périodes où le surnaturel s’allie au pénible de base pour faire ma vie un (mauvais) épisode de Mr Bean. Dans lequel, Mr Bean, c’est moi… Le truc, c’est de ne pas s’énerver et de laisser passer le temps, il y a toujours un moment où le cours de la vie redevient un tant soit peu « normal » (ou au moins plus en accord avec ce que l’on en attend). Mais cette fois-ci, ça dure. Et ça semble ne jamais vouloir s’arrêter. Au point que je me suis mise à craindre de sortir de chez moi, par peur de l’improbable qui allait se mettre en marche à grands pas.

J’ai commencé à réfléchir à ce qui avait pu se passer pour je bascule dans l’univers du n’importe quoi. Après avoir successivement perdu ma connexion internet, l’eau chaude, les clés du local poubelle, la roue arrière de mon vélo et la voix, après avoir cassé quelques verres, une fourchette, ma tasse « licorne » et une dent, après avoir roulé sur mes lunettes, un clou et le pied d’un enfant qui criait (très) fort, j’ai cru que quelqu’un m’avait jeté un sort. J’ai donc fouillé dans ma boîte aux lettres pour en extraire la carte de visite de M. Dan, marabout aux dons « naturels prodigieux », qui travaille à distance. En temps de confinement et de couvre-feu, ça m’a semblé prometteur, mais avant d’appeler Dan, j’ai fait une petite introspection, à la recherche de la source. La source des emmerdes. J’ai donc remonté le temps, grâce aux photos prise sur mon téléphone portable. Remonté le temps jusqu’au jour où…

Au jour où j’ai oublié mon code PIN.

C’était assez saisissant. Pendant les vacances d’été, mon téléphone s’est éteint et rallumé de son propre chef alors que je gambadais non loin du pont du diable (je jure que c’est vrai). Et quand j’ai voulu photographier, avec mon téléphone, ledit pont, ben il fallait au préalable saisir mon code PIN, qui par un de ces miracles qui surviennent souvent en périodes de vacances, avait totalement, inexorablement et définitivement disparu de ma mémoire.

Pas de code PIN, pas de téléphone. Pas de téléphone… alors d’un côté, un sentiment de grande liberté, d’un autre côté, l’impression d’avoir été insidieusement piégée par des années d’assistanat.

Alors, oui, j’ai fini par retrouver mon code PIN, mais rien n’a plus jamais été pareil « qu’avant ». Ma vie avait basculé dans un autre espace-temps.

Un espace-temps dans lequel mon propre logement, que pourtant je chéris, est devenu l’ennemi. Un ennemi super-organisé, qui recèle une foultitude de pièges potentiels, d’adversaires surentraînés, de failles vers des univers pour lesquels je n’ai aucune appétence. Portes qui claquent sur des clés (du mauvais côté), ascenseur qui couine et se bloque (entre deux étages), lumières de la cave qui s’éteignent alors que je suis en équilibre précaire sur une pile de magasines d’art dont je n’arrive pas à me débarrasser. Vision apocalyptique de mort-aux-rats à tous les coins de couloirs, comme un shining de la dératisation dans mon sous-sol, révélant que l’agresseur potentiel, ce rongeur au regard chafouin et au poil non entretenu par des shampooings adoucissants peut se jeter sur moi à tout instant.

Et aujourd’hui, le climax de ce changement de paradigme, disruption dans un monde décadent en pleine crise de démence, c’est l’annonce d’une période de (au moins) 4 semaines pendant lesquelles je resterai prisonnière d’un monde parallèle dont le code PIN retrouvé ne m’a pas sortie. Alors j’hésite. Entre piétiner mon téléphone pour contrer le sort, me dissoudre dans les réseaux sociaux, faisant de chacun de mes atomes un booléen potentiel apte à modifier les bits qui régissent le monde ou juste hurler à la mort. Demain étant jour de pleine lune, ça peut être une bonne alternative.

Lecteur-chéri-mon-enfermé, je souhaite de résister à la Grande Tentation de la Plongée dans BFMTV et te laisse là, coi, ivre de rien et libre de tout dans ta tête (oui, comme Diego)

Et surtout… surtout… en ces temps incertains, note ton code PIN sur un morceau de papier…

 

Publié le 25 octobre 2020, dans Extrapolations, et tagué . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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