Ménage à trois – Part 6 – 666 –

Un trio d’arnaqueurs composé d’une femme de ménage diabolique (Delphine), d’une bimbo qui n’a pas froid aux yeux (Rachel) et d’un consultant en on-ne-sait-pas-quoi-mais-on-s’en-fout (Léo) piège des hommes presque innocents. Dans l’aube naissante qui suit sa nuit avec sa dernière victime, qu’elle a abandonnée nue, Rachel se précipite au domicile de son amant d’une nuit, pour le dépouiller de ses biens précieux. Sur place, elle se fait griffer par le chat du propriétaire. En partageant le butin, elle se sent coupable d’avoir dérobé une montre à forte valeur sentimentale, mais réalise qu’elle ne connait pas le nom de famille de l’homme et ne peut pas restituer le bijou. Plus tard, un médecin lui conseille d’emmener le chat, dont la griffure s’est infectée, se faire examiner par un vétérinaire. Les trois complices organisent le kidnapping du chat pour faire tester l’animal. La mission est menée à bien, mais en direct par visio-conférence… Après avoir retourné la montre et le chat à leur propriétaire, le trio reprend son arnaque. Mais Rachel s’est fait repérer et se retrouve prise au piège dans un bar, face à sa dernière victime. 

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Partie 5

 

*

– Félicitation, vous atteignez les 35.000 vues avec mon chat…
– Qu’est-ce que vous voulez?
– Boire un verre en bonne compagnie, si ça vous convient. Pour moi ce sera champagne, vous me suivez?
– …
– Elle est bien, votre arnaque, je dois dire que j’apprécie le côté sans danger… Et j’aimerais que nous retrouvions le tutoiement délicieux de notre permière nuit… s’il te plait…

C’est là que le constat « je suis dans la merde » prend tout son sens… il faut absolument que je trouve le moyen de prévenir les autres… J’espère qu’il ne va pas se montrer violent. Mais il m’a trouvée comment, au fait. Il m’aurait suivie? Merde.. ça se trouve, il sait où j’habite… Ca y est, je flippe, Léo a raison, je ne suis pas taillée pour l’arnaque… Je vais me sentir mal…

– ça va? je te trouve un peu pâle, Justine… ou Marie. Ou Ludivine. Mais pas Hélène, tu n’as pas la tête d’une Hélène.
– Tu m’as retrouvée comment?
– Peu importe, l’essentiel, c’est qu’on soit de nouveau ensemble, non? Je n’oublie pas que tu m’as promis des croissants…

Il est malade. Il faut que je me barre d’ici. Je vais boire et prétexter avoir besoin d’aller aux toilettes. Je trouverais bien quelque chose à faire, quelqu’un à alerter…

– Alors? Champagne? 
– Heu… oui, pourquoi pas…
– Ne bois pas trop, si tu crois que je vais te laisser t’absenter pour te soulager, tu te trompes.

Il lit dans mes pensées, ce con.

L’homme fait signe au serveur et passe commande, puis s’enfonce dans le dossier de son fauteuil et se met à observer Rachel.

Me regarde pas en souriant, c’est encore plus flippant. Bon, qu’est-ce que je fais? Delphine n’attend pas de signal avant minuit, elle ne va pas s’inquiéter. Léo est au ciné, il ne prendra pas de messages. A part manger un truc, je ne vois pas. Tu parles d’une tactique…

– J’ai un peu faim… ça te dirait de grignoter?
– Bonne idée, je prendrai un croque-madame

C’est malin. Mais j’ai gagné un peu de temps. Je vais faire durer mon plat au maximum. Qu’est-ce que je prends? J’ai plutôt envie de gerber que de me nourrir, là. 

– Et moi une salade du chef…
– tu ne lâche rien, hein? C’est bien, j’aime ça…

J’aurais bien essayé de partir en courant, mais pas avec ces talons stupides. Et je ne peux pas les ôter sans m’aider de mes mains. Je vais quand même essayer.

*

– Tu sais que ta complice est en train de devenir célèbre? Elle a réussi à créer le buzz, avec son concept de retour d’animaux soignés. J’aimerais bien la recevoir pour la féliciter.
– Ca doit pouvoir s’arranger, elle serait ravie de revoir Kiki
– Kiki?
– Le chat…
– Kiki… en plus, vous vous moquez de la pauvre bête… Très bien. Je te propose de retourner auprès de Kiki. Tu vas enfiler ton manteau et me suivre bien gentiment. Je t’offre le dîner.

Et merde. Et ces chaussures qui ne veulent pas se défaire.

– Arrête de te tortiller pour enlever tes sandales. Ca ne sert à rien. Pieds nus tu n’iras pas loin dans les rues de Paris. Et je suis sûr d’être plus rapide, plus endurant et plus agile que toi à ce petit jeu. Donne-moi ton téléphone, s’il te plait.

En silence, Rachel pousse le téléphone vers Thomas, qui s’en saisit et l’éteint, avant de le glisser dans une poche de  sa veste.

– Allez, on y va. 

Il se lève, s’approche de Rachel et se penche pour prendre son manteau, qu’il lui tend galamment.

– Rassure-toi, je reste poli et civilisé.

Il la pousse avec délicatesse devant lui et la guide jusqu’à la caisse où il règle leur note, puis en direction de la sortie. Dans la rue, quand il lui prend le bras, Rachel n’offre aucune résistance. Elle prie pour apercevoir la silhouette de Léo, mais personne alentours ne se soucie du couple qu’ils forment. Il la conduit jusqu’à une voiture garée à proximité du bar et l’aide à s’installer à la place passager. Contrite, Rachel se laisse faire. 

Je vais essayer de ne pas l’énerver. Peut-être qu’on pourra négocier? Il était plutôt sympa, ce garçon… Je me déteste d’avoir accepté ce plan pourri. J’aurais dû écouter Léo. Accepter d’ajouter une étape à son putain de protocole, genre « surveiller Rachel au bar »

La voiture démarre et assez vite, elle comprend qu’ils prennent la direction du périphérique.

– On va faire un tour de périph’, ça te laissera le temps de bien réfléchir à la situation et aux questions que tu as envie de me poser. Mais avant que tu ne commences, je vais t’apporter une première réponse. Je t’ai retrouvée parce que, sur le vélo que tu m’as laissé, il y a plusieurs autocollants de ce bar. J’ y suis tous les soirs depuis que j’ai compris que cette histoire de vélo n’était qu’un prétexte pour laisser ta complice prendre mon chat. J’étais presque sûr que tu finirai par y venir. les autocollants et le kidnapping en visio, je dois dire que vous me feriez presque rire, si je n’avais pas été pris pour cible. Vous manquez cruellement d’organisation…

Léo… Comment as-tu pu négliger ça? … humpfff… c’est vrai que je n’étais pas sensée laisser le vélo là-bas. Je fais vraiment tout de travers… Si on s’en sort, je promet de te racheter un vélo magnifique. Et un chat pour Delphine et…

– Maintenant, s’il y a des choses que tu veux savoir, ma parole t’appartient.

Mais Rachel se rencogne et ferme les yeux.

– Ah oui, c’est vrai. Tu sais où on va. Tu n’as pas besoin de garder les yeux ouverts. Tu peux dormir, même, si tu veux. Prends des forces…

*

Dormir, ce serait pas mal, mais c’est plutôt mal barré. Un tour de périph’… une éternité, oui. Ca me scie les nerfs, ce trajet. Qu’est-ce qui vase passer, maintenant? Et il vaut mieux que je me taise, vu la façon dont chacune de mes initiatives tourne… je vais tenter de me concentrer sur ma respiration pour ne pas devenir dingue.

Quand elle rouvre les yeux, ils se garent non loin de l’appartement de Thomas. Elle n’attend même pas qu’il l’invite à sortir pour déboucler sa ceinture de sécurité et ouvrir la porte. Elle le laisse la précéder dans l’immeuble, puis dans l’ascenseur. Quand ils arrivent devant la porte de l’appartement, elle a un léger frisson; elle a vu et revu cette porte sur les fameuses vidéos de sauvetage du chat, mais n’avait pas imaginé la repasser un jour.

– Nous y sommes Ludivine. Je ne te fais pas l’honneur des lieux..

L’intérieur est sombre, comme si toutes les fenêtres étaient occultées. 

– Tu ne m’en voudras pas de ne pas allumer? j’ai prévu quelque chose d’un peu spécial, en ton honneur.

Thomas fourrage un moment dans l’entrée et saisit la main de Rachel, puis la fait passer devant lui.

Ca y est, je panique. Je vais hurler. Qu’est-ce qu’il va faire, ce fou? Et le chat… je n’aime pas ce chat qui m’agresse et me griffe…

Elle n’a pas le temps de crier qu’il lui passe un bâillon, noue le tissu assez serré derrière sa tête et lui pose un bandeau sur les yeux.

– Excuse-moi Justine, mais tu comprends que je cherche à limiter les risques, d’ailleurs..

Il fait glisser son manteau sur ses épaules, le lui enlève et elle sent que ses poignets sont pris dans ce qu’elle croit être des menottes. Son cœur s’emballe et elle commence à transpirer.

Le cauchemar absolu. Je suis aux mains de ce malade… je ne sais pas ce qu’il a prévu, mais sans doute rien de très cordial… je ne vais pas m’en tirer, cette fois-ci… et s’il pouvait arrêter de me parler avec cette voix douce, c’est encore pire…

– Vas-y, avance, fais comme chez toi… J’allume un peu pour ne pas risquer de tomber et je suis à toi.

Il la lâche et elle entend une série de bruits, comme s’il disposait des objets dans une pièce. Aux chuchotements qu’elle perçoit, elle devine qu’ils ne sont pas seuls. Rachel panique et, ses jambes devenant molles, tombe à genoux dans un souffle.

– Déjà? mais on n’a pas commencé…

Elle se sent partir et souhaite s’évanouir pour laisser le temps vivre à sa place les moments à suivre.

– Tu ne vas pas te trouver mal, rassure-moi? Ne t’inquiète pas, Marie, j’ai de quoi te redonner de l’énergie.

Il l’aide à se relever et la guide encore un peu. Malgré l’affolement, Rachel se situe à peu près dans le salon. Elle sait que, face à elle, trône une grande table de bois et se souvient des fauteuils et du canapé qui sont disposés le long des murs latéraux. Si une autre personne est là, elle est sans doute assise et lui fait face. Personne ne doit se trouver dans son dos.

– Bon, je crois que le moment est venu de te débarrasser de ce qui te gène…

Joignant le geste à la parole, Thomas dégrafe les lanières de ses sandales et l’aide à les enlever. Elle commence à envisager le pire et regrette son décolleté plongeant, mais il ne touche pas sa robe et finit pas dénouer son bâillon, puis la débarrasse du bandeau qui lui obstrue la vue.

– J’ai fait tout ça pour toi…

Rachel titube.
Le salon est plongé dans le noir, à l’exception de quelques bougies qui diffusent une lueur sombre et rouge. Assis sur la table, elle reconnait le chat qui semble se délecter de l’horreur qu’elle vit. Le mobilier a été recouvert de tissu noir. Quand ses yeux se sont accoutumés à l’obscurité, elle décèle une silhouette qui lui fait face. Malgré elle, elle se sent gémir.

– Ah… tu viens de réaliser que nous ne sommes pas seuls. Sois tranquille, je te présenterai en temps voulu…

Une capuche noir recouvre un visage penché en avant. Le silence est soudain bousculé par ce que Rachel identifie immédiatement comme le requiem de Mozart.

– La colère de Dieu… Je suis sûr que tu reconnais. Bien trouvé, tu ne crois pas? On va attendre la fin de ce passage, que j’apprécie beaucoup.

Rachel, accablée et terrifiée, laisse la musique envahir son cerveau.

*

Publié le 30 août 2020, dans histoire courte, roman de l'été, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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