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Ménage à trois – Part 2-

Un trio d’arnaqueurs composé d’une femme de ménage diabolique (Delphine), d’une bimbo qui n’a pas froid aux yeux (Rachel) et d’un consultant en on-ne-sait-pas-quoi-mais-on-s’en-fout (Léo) piège des hommes presque innocents, les abandonne nus et seuls dans des appartements inconnus et profite de la situation pour les cambrioler.
Dans l’aube naissante qui suit sa nuit avec sa dernière victime, Rachel file sous le prétexte fallacieux d’aller chercher des croissants. En vrai, elle se précipite au domicile de son amant d’une nuit, laissé nu et endormi dans l’appartement d’un inconnu, pour le dépouiller de ses biens précieux.

Début

*

La découverte d’un lieu de vie revêt toujours aux yeux de Rachel un petit côté « exploration », avec son lot d’imaginaire, de spéculations, de surprises et, souvent, de déceptions. Aussi loin qu’elle se souvienne, elle n’a que de rares fois été agréablement surprise en visitant l’appartement ou la maison de ses amants. Elle a pourtant essayé de varier les personnalités, mais la plupart ne se sont révélés que des vitrines trompeuses. Parfois, elle se dit qu’elle devrait réviser son standing, regarder vers des hommes qui s’affichent moins, que peut-être, ayant de moins hautes expectatives, elle serait moins déçue.

– Tu as l’intention d’y passer la matinée?

La remise à l’ordre de Léo interrompt ses réflexions. Oui, ils ne doivent pas s’éterniser sur le palier de ce second étage, on pourrait les remarquer… Elle trouve la bonne clef, fait jouer la serrure et ouvre la porte sur un gros chat de gouttière gris qui la fixe d’un regard de jade furieux.

– Heu… je préfère que tu passes en premier…
– Tu as peur des grands fauves?

Léo rigole et passe devant l’animal dont la tête pivote avec majesté tandis qu’il observe l’envahisseur mâle fouler son territoire.

– Je suis allergique, il ne faut pas qu’il me griffe et en plus il va me faire éternuer…
– OK, prévoir dans le protocole de vérifier la présence d’une bête sauvage dans les lieux.
– Tu te moques, mais imagine que ce gars ait eu un chien? le genre agressif et bien bruyant?
– Ma chérie, un chien a besoin de sortir, le gars aurait proposé de te ramener chez lui et tu aurais dû chercher un autre pigeon. Bon, on ne va pas tergiverser trois heures sur le monde animal, je prends le salon, va visiter la chambre, ça doit être par là… on se donne quinze minutes maximum.

La chambre est petite et plutôt bien rangée. Le placard présente une belle collection de costumes et Rachel a un geste pour en choisir un afin de l’offrir à Léo, mais s’interrompt à l’idée qu’il pourrait se méprendre sur ses intentions. Léo est un gentil garçon, mais pas question qu’il ne soit autre chose qu’un complice. Elle fouille rapidement les étagères sans rien trouver d’intéressant puis se rabat sur la table de chevet. Le tiroir contient quelques bijoux qu’elle transfère dans son sac à dos sans prendre le temps de les trier. Une montre au bracelet bleu attire son regard et elle ne peut se retenir de la passer. C’est trop grand pour son poignet, mais elle décide de la garder. Sur le mur opposé au lit, un commode déborde de sous-vêtements en plus ou moins bon état, mais rien de précieux ne fait surface. C’est alors qu’elle remarque les tiroirs sous le lit. Au moment où elle fait glisser le premier, une sensation de brûlure lui fait étouffer un juron. Un réflexe de répulsion envoie valdinguer le gros chat qui venait défendre son espace vital.

– Saleté de bestiole… je vais avoir une marque…

L’animal la fixe avec une intensité qui la dérange et émet un chuintement. Mal à l’aise, Rachel sort de la chambre et va retrouver Léo, dont le sac à dos plein laisse entendre qu’il a fait d’heureuses découvertes. Il est occupé à découvrir le contenu des tiroirs d’un meuble de bois foncé et sifflote en extrayant une pile de disques vinyle.

– Ce type est plutôt sympa, il écoute la même chose que moi, je suis presque embêté de devoir le défaire de cette belle collection, mais je ne les ai qu’en CD, ce serait bête de se priver… Alors?
– Pas grand chose, il y a des tiroirs sous le lit mais le chat m’empêche de les ouvrir…

Le sourire de Léo retombe.

– OK, on parlera de ça plus tard. Continue le salon, je vais dans la jungle… Méfie-toi, il y a peut être un poisson rouge…

Il a raison, je ne suis pas à la hauteur. C’était une mauvaise idée, ce deal. Delphine a mille fois plus de courage que moi. De quoi j’ai l’air? De la bimbo tout juste capable d’allumer un pauvre type. C’est vrai qu’il était plutôt sympa. Même son appartement est bien… Et qu’est-ce que je fais? Je le trahi et je le vole. Pourquoi les autres n’ont pas l’air de se poser de questions? Je me pose trop de questions. Bon…. maintenant que je suis là, autant aller au bout.

*

Dix minutes plus tard, les sacs à dos pleins et une valise remplie de disques et de matériel hi-fi, ils rejoignent la moto. Léo fait passer son sac à dos sur le ventre.

– Tu vas tenir la valise entre nous deux. Si tu serres bien les jambes, pas besoin de t’accrocher à moi. Ca va aller?

La question est pure formalité. Pas moyen de répondre que non, ça ne va pas et que l’idée de tenir la valise alors qu’elle est équipée d’un sac à dos lourd et qui la rend instable lui fait peur. Elle sourit et s’installe derrière lui, le cœur battant.

J’arrête. Il faut lui dire que j’arrête.

*

– Alors? Ce réveil?

La question émane de Léo, vautré sur le canapé. La table basse devant lui croule sous les objets dérobés, qu’il manipule avec négligence. Ayant prétexté une assommante fatigue, Rachel se tait, enfoncée dans un fauteuil. Delphine pouffe et se ressert un café.

– Il porte bien le peignoir à fleurs… Il n’a pas aimé découvrir que c’est moi, qui habite son nid d’amour. Le pauvre était mortifié de s’être fait avoir. Il a essayé de me convaincre qu’il n’a pas l’habitude de suivre des femmes, qu’il avait bu… Il s’est excusé au moins dix fois! Si ça pouvait le faire réfléchir… Je n’ai pas eu de mal à le convaincre de l’accompagner, à la vue du pistolet, j’ai cru qu’il allait s’évanouir!
– Pour avoir vécu la situation, j’avoue que te découvrir derrière un flingue au moment où on se réveille, ça fait un choc. Surtout quand on s’attend à une tendre jeune femme…

Léo ne s’est jamais tout à fait remis d’avoir été l’un de pigeons du plan mis au point par Delphine.

– Oui, je sais que tu m’en veux encore pour t’avoir fait traverser Paris en tongs dans le métro, mais avoue que tu t’es rattrapé…

Delphine et Léo ont fait un pacte de non agression, mais chacun se méfie encore de l’autre à cause de la façon dont l’arnaque a tourné, quelques mois plus tôt, quand Léo était dans le rôle de la victime. Rachel, qui a aidé Léo à confondre Delphine, se dit que la confiance totale entre les trois ne sera jamais qu’une illusion.

– Tu n’as pas eu de mal à le convaincre de te laisser l’accompagner?
– Non. Je crois que j’aurai pu lui demander n’importe quoi. J’ai même eu l’impression que ça le rassurait de m’avoir avec lui

Delphine éclate de rire.

– Il avait laissé un trousseau à sa mère, qui habite  dans le voisinage. Tu aurais vu sa tête devant son fils tout penaud. J’étais restée en retrait, mais malgré la distance, je le voyais rougir!
– Et sur place? – Rachel n’a pu s’empêcher de poser la question –
– Sur place… il a vite vu ce qui pouvait manquer. Je ne me suis pas éternisée. Quand j’ai été sûre que vous étiez passés et partis, je me suis contentée de lui laisser mon numéro de téléphone…  Dis-donc, c’est quoi, cette montre?
– Heu… je l’avais oubliée… je l’ai trouvée ce matin, dans la chambre
– Tu veux dire, avant la découverte du molosse?
– C’est ça…

Elle détache le bracelet pour leur montrer sa prise, puis contemple un moment le cadran bleu élégant, avant de retourner le boîter.

– Il y a une inscription… un nom et une date…
– Passe voir

Delphine arrache la montre des mains de Rachel avec avidité, la griffant presque au passage.

– Victor, 15 Juillet 1948. il avait l’air plus jeune que ça.

Elle rit grassement et Rachel a envie de la gifler. Il lui semble que jamais elle ne pourra s’habituer à la vulgarité et aux manières rustres de sa complice.

– Ce doit être son père… il m’en a parlé. Il a évoqué une collection de montres dont il a hérité il y quelques années.
– Je confirme, elle est dans mon sac.

Léo tapote la poche avant de son sac à dos et Rachel sent son estomac se serrer. L’homme avait expliqué avoir été très attaché à son père et admit qu’il n’arrivait pas à se défaire des quelques objets dont il avait hérité. Elle aurait dû en parler à Léo, lui demander de ne pas tout prendre. Mais il aurait sans doute rit.

J’arrête. Il faut leur dire que j’arrête. Je ne serai jamais comme eux. Je ne peux pas. Je ne veux pas.

– Ca va Rachel? Excuse-moi pour ce matin, j’ai été un peu brusque mais je ne voulais pas courir de risques. Je sais que tu dois être stressée et que les dernières 12h ont été les plus dures pour toi…

Il lui sourit et Rachel sent sa volonté vaciller.

Il sait y faire, ce con. Mais j’ai appris à lire ses pensées, il essaye de m’amadouer. Il sait que sans moi, son plan ne peut pas fonctionner. Tant pis, Léo, Delphine, c’est décidé, j’arrête. Laissez-moi le temps de trouver la force de vous l’annoncer. Là j’ai juste envie d’être loin de vous.

– On te la laisse, tu mérites bien ça.
– « on te la laisse », tu me fais l’aumône maintenant? Pas la peine de prendre ce ton méprisant. Quoi que tu en penses, je ne suis pas une pauvre fille. Et je t’emmerde.

*

J’aurais dû me maîtriser. C’est malin, je ne pourrai pas contrôler le partage.

Assise dans la salle pleine des consommateurs du matin qui prennent leur café et parcourent les journaux avant d’aller travailler, Rachel contemple la montre bleue. Son téléphone émet un bip et le sms de Léo s’affiche « rdv au lieu habituel. Il faut qu’on parle. J’ai ta part ». Elle glisse dans son sac les clefs du 14 rue des filles du calvaire.

– Va te faire foutre, Léo, pendant ce temps là, moi, je vais rendre cette montre.

*

La suite est par ici

 

 

Ménage à trois – Part 1-

Et voici le tant attendu « roman de l’été » cru 2020. Si, je vais faire ça. 2020, l’année du vain, à défaut d’être l’année du vin, l’année où rien ne se passe comme prévu, comme voulu, comme imaginé, aura son roman de l’été. Et le-dit roman commence aujourd’hui.  Comme l’an dernier, je prends des risques inconsidérés dans cet univers impitoyable qu’est le oueb: je commence l’histoire sans idée précise. De ce qui va se passer, du nombre d’épisodes, des personnages. Rien. Ce qui va à l’encontre absolue de ce que je prône dans une autre vie (mystérieuse et terrrriblement secrète). C’est ça qui est fun. Mais pas tout à fait vrai. Ce sera la suite du roman de l’été 2019, à savoir: un trio d’arnaqueurs composé d’une femme de ménage diabolique (Delphine), d’une bimbo qui n’a pas froid aux yeux (Rachel) et d’un consultant en on-ne-sait-pas-quoi-mais-on-s’en-fout (Léo) piège des hommes presque innocents, les abandonne nus et seuls dans des appartements inconnus et profite de la situation pour les cambrioler.

*

– Ca fait combien de temps que je me pèle à observer ces ringards?  à peine 45mn, comme quoi… Costard sombre, pantalon un rien trop serré, un rien trop court. Rien que d’écouter leurs discussions pompeuses m’ennuie… Impossible de me projeter buvant un verre avec l’un d’entre eux, alors aller plus loin… J’en ai marre, j’abandonne pour ce soir. Delphine sera furieuse, on n’a qu’une semaine pour se refaire et c’est le deuxième soir où je rentre bredouille. Pourtant, j’en ai marre de manger des patates et de porter cette robe verte et ces sandales qui me font mal. Ras-le-bol de faire durer mon verre de vin en souriant d’un air engageant. J’aurais dû refuser cette association. C’est quand même moi qui fait le plus dur. Tiens, il y en a un qui regarde vers moi. L’ignorer. Me passer la main dans les cheveux, en faire briller les boucles, étudier mon téléphone. Relever les yeux. Oui, c’est bien moi le centre de son attention. Allez ma fille, un sourire. Làààààààà. Regarde-le, il est gêné. Ce serait presque mignon. Et il pourrait faire partie de la cible. Oh… il se lève….

*

– Rachel? C’est pas trop tôt, qu’est-ce que tu fous?
– Désolée ma grande, j’ai encore failli abandonner, mais un de ces messieurs a l’air de vouloir s’amuser un peu. On y sera dans une heure au plus.
– OK, je préviens Léo. Tu as les clefs?
– Arrête de me poser la question, Delphine, s’il te plait…
– Ca fait partie du process de Léo, j’ai promis de m’y tenir…
– Roger-Roger, j’ai la clef!

Et Rachel raccroche en soufflant.

– Le « protocole de Léo » j’t’en foutrais moi… comme si on ne pouvais pas se débrouiller sans lui.

Machinalement, elle vérifie la présence du trousseau de clefs dans son sac à main. Elle sait bien que sans Léo, elle se sentirait moins à l’aise. Savoir qu’il l’attendra au petit matin pour lui faire traverser la ville endormie à toute vitesse lui donne du courage. De même que savoir Delphine toute proche, son flingue à la main, lui permet de tenir la bride à son imagination.

Elle range son téléphone après avoir vérifié que l’appareil est en mode silence, se repasse un peu de rouge sur les lèvres et rejoint l’homme qui a eu l’obligeance de se présenter de lui même pour être la victime du soir. Comme il lui tend son manteau léger avec gentillesse, elle a un petit pincement de cœur à l’idée de la matinée à suivre, mais se console en reluquant la montre coûteuse qu’il arbore au poignet et dont il lui a confié un peu plus tôt qu’elle était « une des pièces préférée de sa collection ». Se concentrer sur la collection sera son mantra pour les prochaines heures.

Le « protocole de Léo » inclut une visite guidée de l’appartement dès que son habitant laisse à Delphine, femme de ménage officielle de l’endroit, la possibilité de l’organiser. Léo a convaincu ses deux comparses que si Rachel est à l’aise pour circuler dans les pièces, si elle peut offrir à boire ou faire écouter de la musique à son « invité », elle sera plus à crédible dans son rôle d’hôtesse. Au début, Delphine a renâclé à l’idée de courir le risque de se retrouver nez à nez avec son employeur, chez lui, en dehors de ses heures de ménage, mais Rachel l’a facilement convaincue que moins elle risquait d’éveiller la méfiance d’une victime,  moins Delphine risquerait d’avoir à utiliser son pistolet. Quand elle fait tourner la clef dans la serrure, Rachel sait donc avec précision où se défaire de son sac et de ses sandales, comment piloter son invité vers le salon, lui proposer un verre et lui présenter le bar fourni, tout en espérant qu’il préfèrera décliner. Elle éprouve un plaisir coupable à parader dans les pièces confortables et note au passage que l’appartement est impeccable. Delphine sait y faire, elle a ce que Rachel appelle, pour faire enrager sa complice replète, « la fibre de la femme d’intérieur »…

– Merci, je n’ai plus soif… En revanche, je profiterai bien de la salle de bains…

Avec un rien de pompe, elle lui indique le lieu d’aisance

– Dans le petit couloir, seconde porte à droite.

Merci Léo

Ce n’est que la seconde fois que Rachel participe à l’arnaque et elle se sent nerveuse. Elle prend le temps de passer à la cuisine pour se servir un verre d’eau. Elle a beau savoir que Delphine se trouve à quelques mètres de là, dans la cage de l’escalier de secours, elle aurait apprécié avoir elle aussi une arme dans son sac. Recevoir un pigeon déguisé en amant dans la chambre d’un inconnu n’a rien à voir avec un rendez-vous galant. Pour rien au monde elle ne l’aurait admis auprès des autres, mais elle avait imaginé que ce serait plus facile. Espérant conserver sa morgue et son ascendant sur l’homme qui l’a accompagnée, elle essaie de se concentrer sur le lendemain matin et la partie la plus excitante de l’arnaque, le cambriolage. Elle s’amuse à imaginer l’appartement de cet homme, son matériel électronique, les objets que Léo et elle pourront choisir pour les  revendre. Il y aura peut être moyen de négocier une montre de luxe avec Léo? Rachel a toujours rêvé d’une belle plongeuse…

– On y va?

L’arrivée du jeune homme encore un peu ivre, débarrassé de ses chaussures et de sa cravate, douche l’enthousiasme de Rachel. Il est temps de remplir sa part du contrat.

*

– Je vais chercher des croissants, ne bouge pas…

Elle ressent une petite excitation à prononcer la phrase, devenue culte au sein du trio d’arnaqueurs. N’entendant pas de réponse et percevant la respiration régulière de son amant fatigué, elle sort en silence et referme la porte sur elle. Elle récupère les vêtements qu’elle a pris soin d’empiler dans un même endroit du  salon avant d’entrer dans la chambre, la veille. Enfile d’abord les siens, puis roule en boule et jette, dans le sac poubelle que Delphine a pris la précaution de cacher sous le canapé, ceux de l’homme. Elle ajoute le portefeuille, les clefs, les chaussures de la malheureuse victime, puis cherche le téléphone. Elle se souvient lui avoir suggéré de la laisser sur la table basse, mais ne l’y voit pas. Son regard fait le tour de la pièce, sans débusquer l’appareil.

– Merde, j’espère que cet abruti n’a pas mis le téléphone dans la chambre…

Il n’est pas question de partir sans le téléphone. Elle refait sans succès le tour du salon, de la cuisine et finit pas se résoudre à retourner dans la chambre. Retenant son souffle, elle ouvre la porte et attend que ses yeux s’habituent à l’obscurité. Elle avance à pas légers vers le côté du lit où l’homme s’est installé, les yeux fixés sur la tête ébouriffée qui sort de la couette. Sur la table de chevet, elle aperçoit le rectangle noir sans lequel elle ne peut partir. Encore un pas… l’homme se retourne, le visage tendu vers elle. Rachel se fige, à court de répliques spirituelles pour répondre à la question qu’il ne va pas manquer de poser en la trouvant dans cette position de voleuse, mais il soupire et reprend ses légers ronflements. Elle tend la main, agrippe le téléphone et ressort de la chambre, la main crispées sur l’appareil. Une fois la porte refermée, elle peut  enfin expirer et prendre la fuite. La tête lui tourne légèrement quand elle verrouille sur elle la porte de l’appartement. Dans l’ascenseur, elle se redonne une contenance, recoiffe ses cheveux bruns et adopte un sourire victorieux. Pas question que Léo la sente flipper.

Il est là comme convenu, juste devant l’entrée de l’immeuble et lui tend un casque de moto, un pantalon et une paire de baskets.

Ce n’est qu’une fois qu’elle est changée, que le sac poubelle a trouvé sa place dans son sac à dos et que la moto a passé le feu du coin de la rue qu’il lui parle.

– Ca va?

Pour toute réponse, elle secoue devant les  yeux de son conducteur le trousseau de clefs.

– On va 14, rue des filles du calvaire…
– A vos ordre, m’âme

*

 

 

 

Pour la suite, c’est par là