Rébellion quantique – Part 8

Roxanne participe à des opérations menées par une organisation illégale dirigée par Franck, l’Asso. Ils empêche le gouvernement d’obliger les populations les moins aisées à quitter les villes pour le 3e cercle de banlieue. Roxanne pose des bombes dans des immeubles en construction, tout en étant sûre de ne pas se faire prendre: elle est un individu quantique, dont la vie se déroule à cheval sur plusieurs réalités. Sa nouvelle mission la conduit à organiser l’enlèvement du ministre de la vie en ville, pour faire plier le gouvernement. Le kidnapping réussi, elle effectue un bond dans le temps pour échapper à ses poursuivants. Dans sa nouvelle réalité, elle n’existe pas encore et doit profiter de son statut de fantôme pour aider l’Asso à diffuser des vidéos du ministre kidnappé. Mais lors de son dernier saut dans l’espace-temps, elle a emmené avec elle un petit garçon qui se révèle être le petit-fils de l’otage.

Le début se trouve par ici

*

– Franck ? Heu… on pourrait se voir ?

C’est la première fois que je sollicite une entrevue et j’ose imaginer que Franck va réagir assez vite. J’ai fini par reconstituer des faits dont j’estime qu’ils tiennent la route. Le petit garçon, Manuel, a peu connu son grand-père, avec lequel sa mère semble être fâchée. Il sait néanmoins que le ministre est son papi et il le voit de loin en loin dans les médias. Depuis quelques temps, sa maman a été emmenée et il a été confié à une famille qui ne lui donne pas assez à manger (j’imagine que c’est surtout par manque de moyens, mais le gamin ne peut pas comprendre qu’on le laisse avoir faim). C’est un gentil gamin fasciné par les engins de chantier et il m’a demandé à plusieurs reprises que je lui fasse visiter des sites en construction. J’envisage donc de solliciter de Franck une destruction d’immeuble et de profiter du saut dans le temps qui suivra pour emmener Manuel loin de la vie qui se profile pour lui dans ce monde-ci. Je n’ai bien sûr aucun argument pour échapper à mes responsabilité dans cette nouvelle réalité, et compte vaguement sur une idée miracle qui me traversera l’esprit en lui parlant.

– Certainement pas.
– Mais, Franck, on ne peut pas rester ici… je n’existe pas dans cette réalité, alors avec un gamin, c’est compliqué… on ne va pas tarder à attirer l’attention… et… euh… euh… (un flash me traverse : la contamination). C’est quoi, au fait, cette histoire de contamination ?

J’ai marqué un point, il a l’air gêné.

– On ne sait pas si c’est du flan ou si le danger est réel. Il y aurait des centaines de gens qui meurent d’arrêt cardiaque à cause d’une bactérie, les hôpitaux seraient pleins de patients en danger de mort , mais nous sommes incapables d’entrer en contact avec quelqu’un qui soit réellement proche d’une de ces soi-disant victimes. Le gouvernement se sert du principe de précaution et de la peur pour confiner les gens chez eux, les rationner encore plus, empêcher les rassemblements de plus de cinq personnes…. Le couvre-feu qui permet un contrôle des allées et venues, les tickets de transport distillés au compte-goutte, les tickets de rationnement… tout ça permet de tracer les activités des gens, sans compter le flicage permanent rendu possible grâce aux téléphones portables et aux ordinateurs. C’est pour ça que ta non-existence est un atout précieux ici.
– Et ça va durer longtemps ?
– Jusqu’à ce que la voix se manifeste, ta mission est de filmer et de protéger la caméra.
– Et si tout ça est vrai et qu’il y a un risque pour ma santé ? Je fais quoi, moi ? Je te rappelle que ma non-existence providentielle m’empêchera de me faire soigner, ou de faire soigner le gamin…
– Je ne sais pas quoi te dire à part reste chez toi, ne sors que pour faire les films ou si la voix te contacte
– Normalement, c’est là que tu raccroches.
– Je sais, mais là je suis devant toi.
– J’ai réussi à te faire sourire
– Bien joué

Nous sommes sur la même terrasse, face aux mêmes consommations insipides. Je me trémousse, incapable de savoir quoi dire ou quoi faire.

– Ca va aller ?
– J’ai pas le choix, si ?
– Non

*

Le ministre est éveillé, cette fois-ci. Il se tient raide sur sa chaise de bois, le visage tendu. Je suis assez mal à l’aise à l’idée de m’en approcher. Je ne sais pas si les membres de l’Asso ont eu connaissance de ma relation avec lui dans un autre monde.

– Ne perd pas de temps, Roxanne, il nous faut ce film dans moins de trente minutes

Je prends le parti de rester l’œil collé sur le viseur. Le ministre vieilli me fixe d’un œil éteint.

– Si tu crois que tes efforts pour dissimuler l’infâme traitresse que tu es portent leurs fruits, tu te trompes.

Je relève la tête, interdite.

– Je ne sais pas par quel miracle tu es restée si jeune, mais je te reconnais. Je te reconnaîtrai où que tu ailles, Roxanne…

Son ton n’est pas agressif, mais je n’aime pas la situation. Autour de moi, les gens ont interrompu leurs activité et la chappe de silence épais qui me dégouline dessus englue mes pensées.

– Tu le connais, Roxanne ? C’est le jeune geek, qui pour une fois, ne porte pas son casque audio, qui a parlé.
– Elle me connait…. Mais j’imagine que ça ne change rien à votre affaire. Allez, fais ton œuvre et finissons-en…

En silence, je fais la mise au point et commence la séquence. Malgré les liens qui le maintiennent captif, je me sens vulnérable face à lui.

– Puis-je parler ?
– Non, ça ira…
– Si, je veux dire quelque chose… même si je sais que vous couperez…
– Allez-y

Il respire un petit moment avant de regarder la caméra bien en face et de lâcher

– J’accepte d’être sacrifié.

Puis il tourne son regard sur moi et conclut :

– Tu crois tout savoir, mais tu n’es qu’une idiote. Je t’avais pourtant prévenue. Je ne veux plus te voir.

*

Je n’ai pas du tout aimé être traitée d’idiote devant des gens qui comptent sur moi. D’autant moins que je n’ai aucune idée de ce qu’il voulait dire par « je t’avais prévenue ». J’y ai bien réfléchi et suis arrivée à la conclusion que dans cette réalité ou une autre, il a eu vent de mes activités illégales.

– Franck ? Tu peux me dire quels sont mes liens avec ce foutu ministre, s’il te plait ? Je veux dire… quand je ne suis pas un fantôme…
– Vous étiez ensemble à un moment
– Oui, ça j’avais compris, merci, mais de façon plus détaillée ?
– Disons que vous formiez un couple de complaisance. Il a essayé de se servir de toi comme journaliste pour faire la propagande de ses idées et toi, tu profitais de ses accès aux données sensibles pour l’Asso.

Je ne comprends pas tout de suite que j’étais un agent double.

– Tu veux dire que c’est moi qui te donne les infos pour faire sauter les immeubles ?
– C’est ça.
– Tu veux dire que c’est moi « Moi en vrai » qui choppe les infos et moi « Moi fantôme » qui m’en sert…
– Pourquoi crois-tu que nous t’ayons choisie ? c’est mieux en circuit fermé, ces opérations.
– …
– Roxanne ?
– Je vais pleurer, là, laisse-moi…
–   Roxanne, sois sérieuse, il faut en finir avec cette opération
– Laquelle ? Celle où je suis une traitresse, ou celle où je suis un fantôme filmeur ? Quand je pense que l’idée m’avait effleurée que c’est toi qui accédais aux infos… Et s’il m’a reconnue, ça veut dire que d’autres le peuvent aussi. Et donc que je suis en danger. Enfin, que le « Moi vrai » est en danger.
– On sait ça, Roxanne. Pourquoi crois-tu qu’on t’oblige à te calfeutrer en permanence ?
– Pour que je ne risque pas de me croiser ?
– Exact
– Et quelle est ma porte de sortie ?
– Je te l’ai déjà dit : la voix.
– Mais la voix me ramène dans un monde où je suis déjà…
– Tu n’y reste jamais assez longtemps pour être en danger.
– Je suis qui, Franck ? Je suis quoi ?

J’ai du mal à croire qu’il ait raccroché.

– Roxanne ? Il est où, le chocolat ?
– Chez papi.

Ca m’est venu sans que j’y réfléchisse. Et maintenant, le petit dans une main, mon trousseau de clés dans l’autre,  je suis face à la porte de l’appartement du ministre.

*

La suite (sur une timeline traditionnelle) est

Publié le 29 mars 2020, dans Extrapolations, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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