Rébellion quantique – Part 9

Roxanne participe à des opérations menées par une organisation illégale dirigée par Franck, l’Asso. Ils empêche le gouvernement d’obliger les populations les moins aisées à quitter les villes pour le 3e cercle de banlieue. Roxanne pose des bombes dans des immeubles en construction, tout en étant sûre de ne pas se faire prendre: elle est un individu quantique, dont la vie se déroule à cheval sur plusieurs réalités. Sa nouvelle mission la conduit à organiser l’enlèvement du ministre de la vie en ville, pour faire plier le gouvernement. Le kidnapping réussi, elle effectue un bond dans le temps pour échapper à ses poursuivants. Dans sa nouvelle réalité, elle n’existe pas encore et doit profiter de son statut de fantôme pour aider l’Asso à diffuser des vidéos du ministre kidnappé.Lors de son dernier saut dans l’espace-temps, elle a emmené avec elle un petit garçon qui se révèle être le petit-fils de l’otage. Pire, elle découvre qu’elle est un agenda double-double: son « moi local » se sert de ses relations avec le ministre pour lui voler des informations utiles à l’Asso et son « moi quantique » exécute les instructions des rebelles.

Le début se trouve par ici

*

Je suis entrain de tenter un bluff contre moi-même : si le ministre et moi avons échangé nos fluides, il y a des chances que l’une de mes clefs ouvre son appartement. Le gamin me regarde introduire la première clef dans la serrure avec le regard brillant d’espoir d’un pirate devant un coffre-fort.

– Il est là, le chocolat, t’es sûre ?

Je serre un peu plus sa petite main pour lui intimer le silence et continue à essayer dans l’ordre du trousseau toutes les clefs dont je dispose. La quatrième s’introduit dans la serrure sans difficulté et le cliquetis qui suit sa rotation est un couinement de victoire de la mécanique bien huilée. Nous entrons et je referme la porte avec un verrou. Bien que sûre que le ministre vit seul, nous guettons d’éventuels bruits et parcourons rapidement les pièces du logement spacieux qui me semble vaguement familier.

– Va dans la cuisine, tu devrais trouver de quoi te faire un goûter dans les placards

Manuel ne se le fait pas dire et fonce dans le couloir, propulsé par l’espoir de découvrir de nouvelles sucreries

– Et ne touche pas aux couteaux !
– Je sais !!!

Pendant que le petit explore son nouveau territoire, je me mets à fouiller le bureau qui trône dans une pièce garnie d’étagères surchargées de livres et de dossiers. N’ayant aucune idée de ce que je cherche, j’ouvre le premier tiroir avec un mélange de désespoir, d’appréhension et d’excitation.

Il me faut près d’une heure et quelques aller-retours vers la cuisine pour rassurer Manuel sur la comestibilité de ce qu’il exhume des placards pour mettre la main sur des photos de moi, rangées avec ce que je comprends être des articles de presse et des lettres. Alors que je parcours ces documents, un sentiment dérangeant de déjà vu m’envahit et me contraint à cesser ma lecture. Mue par une intuition, je me lève et me rends dans la chambre à coucher. Là, sans avoir besoin de me poser de questions, j’ouvre le tiroir d’une commode et pousse un petit piaulement. Ce sont mes vêtements. Ceux que j’ai eus dans toutes les réalités que j’ai traversées. Dans la garde-robe, je découvre des tailleurs et des chaussures que je me souviens avoir portées, sans pour autant pouvoir dire avec certitude pour quelle occaasion ou à quel moment. Je farfouille dans mes affaires assez longtemps pour que Manuel, rassasié, s’impatiente et vienne me chercher.

– Tu fais quoi ?
– Tu vois : je range…
– Non, tu jettes tout par terre…
– C’est le début d’un rangement…

Il me regarde, dubitatif et file s’assoir sur le lit

– Je peux faire la sieste ?
– Bien sûr mon chéri, dort, je te réveillerai quand j’aurai trouvé ce que je cherche
– Et tu cherches quoi ?
– Moi…

Il ne répond rien et s’allonge, puis garde le silence si longtemps que je le crois endormi.

– Tu devrais demander à maman, elle te connait bien, elle pourra t’aider

Je m’étrangle

– Quoi ?
– Avant de partir, elle m’a montré des photos de toi… tu étais habillée pareil et papi était jeune.
– Des photos ?
– Oui, sur son téléphone. Elle m’a dit : Un jour tu rencontreras Roxanne, il faudra lui faire confiance. Dès que tu la verras, il faudra la suivre. Alors je me suis accroché à toi…

Il me fixe des sas grands yeux noirs fatigués, son sourire est un peu triste et sans ses moustaches de chocolat, je le trouverais soudain très adulte.

– Je comprends rien, Roxanne, j’ai peur. Trouve maman, s’il te plait. Elle me manque.

*

J’ai fini par mettre la main un ordinateur dans un tiroir du bureau et je l’ai casé dans mon sac, avec une série de photos incompréhensibles de moi que je voudrais montrer à Franck. J’ai dû porter le petit qui s’était endormi sans que j’ai le courage de le réveiller et j’étais rentrée à la maison. C’est au moment où je me suis assise, en proie à mille questions, que le téléphone a sonné.

« Chère cliente, vous n’avez pas réglé votre dernière facture, d’un montant de 76, 25 euros. Si vous ne souhaitez pas que le rationnement vous soit coupé, nous vous remercions de procéder au règlement. »

C’est enfin le signe que nous allons pouvoir partir. Mais, moins réjouissant, c’est aussi le signe que le moi de ce monde a donné des informations à Franck. Donc que le moi de ce monde est passé chez le ministre… L’idée que j’ai pu me croiser dans l’appartement me fait froid dans le dos. Je n’ai jamais trop prêté attention aux problèmes de failles spatio-temporelles, mais il serait temps que je médite sur la question…

*

– Franck ? J’ai eu l‘appel que j’attendais
– Très bien, je te fais déposer un paquet. Soit particulièrement prudente, tu n’es plus seule. Et ce monde est beaucoup plus dangereux que les précédents que tu as connus.
– Mais et le ministre ? Vous n’avez plus besoin que je le filme ?
– Oublie le ministre, Roxanne
– Comment ça ? Vous avez obtenu que les gens restent chez eux ?
– Le ministre est mort, ils n’ont rien voulu savoir…
– Raccroche s’il te plait.

J’ai contribué à tuer un homme.

*

 

La suite se trouve  dans ce monde et par là 

Publié le 7 avril 2020, dans Extrapolations, histoire courte, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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