Archives Mensuelles: janvier 2011
Histoires de banques
Banques avec un « s » ; parce qu’il n’y a pas de raisons que ça change d’une banque à l’autre…
Où l’on apprend que les mouvements bancaires, non contents d’être gérés par des automates, vivent leur vie seuls.
Que par exemple, si une erreur se glisse dans votre numéro de compte, qu’à cela ne tienne, l’automate va s’arranger pour trouver un numéro de compte approchant ; peu importe la clé RIB (c’est vrai, une clé de contrôle, à quoi ça peut servir ? à part à faire travailler des geeks au fond d’obscurs bureaux poussiéreux sur des algorithmes complexes, à rien…) ; peu importe le nom du titulaire du compte (aux dires du banquier, ça ferait une base de données tellement énooorme – mais vous ne vous rendez pas compte…- que c’est peine perdue) ; et puis un nom ça humanise sans doute un peu trop, ça peut donner au banquier l’idée que derrière ces chiffres négatifs et ces relevés insultants se cache un être vivant et en perdition. Non, vraiment, le mieux est de trouver un numéro de compte existant, vaguement ressemblant, et de tout mouvementer dessus. C’est plus simple. Règle d’or : surtout n’avertir personne, ça compliquerait inutilement.
Donc, l’automate 1 attribue vos sous (virtuels) à un quidam qui n’est pas vous ; c’est déjà énervant, mais ce n’est pas le pire.
Parce que l’automate 1 est un grand pervers, il aurait quasiment pût être publicitaire. Il transmet ses divagations à l’automate 2, qui va tout seul comme un grand prévenir l’humain que la mise à jour est à faire. Entendez par là : modifier à la source de vos finances votre numéro de compte en banque par celui d’un quidam. Et l’humain, considérant l’automate comme une divinité omnisciente et jamais en tort, obtempère forcément ; c’est vrai, pourquoi mettre en doute la parole d’un ordinateur ? Et pourquoi pas croire tout ce qui est écrit dans meetic, si on va par là?
Vos sous continuent donc d’alimenter le compte d’un être non identifié par vous.
Et voilà ! Ni vu ni connu ; si on ne surveille pas un minimum, on est … comment dire… très ennuyé me paraît poli et loin du compte… On attend, on râle et pendant ce temps là un inconnu (qui ne vous offre pas de fleurs) fait Macumba night à vos frais… et l’automate 1, tout rigolard, vous prélève sans pitié des frais pour impayés. Ubuesque.
Mais les arcanes de la banque sont nombreuses et obscures … par exemple, il vous est obligatoire d’avoir une décharge signée pour alimenter le compte d’un tiers qui n’est pas vous (et n’a pas été choisi arbitrairement par un automate pervers) Même si la personne en question est un bébé de 18 mois.
C’est quand même magique : impossible de virer de l’argent sur le compte de son enfant trop jeune pour signer, mais parfaitement possible de voir ses fonds alimenter le bas de laine d’un inconnu… on nage en plein paradoxe bancaire… bientôt les DAB vont cracher des yens sous prétexte qu’on porte un jean « made in China », les chèques vont mélanger leurs propres chiffres en ricanant et en psalmodiant des rites démoniaques, les guichets vont s’embraser à l’approche des blondes qui chantent du Patrick Juvet (mais ça, on ne pourra pas leur reprocher) et employées vont entamer des chorés de pole-dance entre leurs sièges, le corps couvert de talons de carnets de remise de chèques… Mais comment combattre des automates ? Autant forcer Nicolas Cage à jouer dans un bon film…
Donc grâce à tous les automatismes mis en place dans le merveilleux monde de la finance, on se trouve sans fonds pendant quelques longues semaines ; et si on a l’outrecuidance de téléphoner pour s’enquérir de son dossier, on tombe sur un répondeur qui susurre d’une voix mielleuse « vous avez envie de faire les soldes ? … parlons-en… » Ouais, parlons-en. Si ce n’est pas de la provocation. La banque ou comment relancer la consommation. Vous voulez vous couvrir d’oripeaux de provenance douteuse, fabriqués par des enfants sous-alimentés et acheminés par camions super-polluants ? Votre banque préférée va vous arranger cela.
Voilà, c’est à ajouter à « manger 5 fruits et légumes par jour », « marchez 30 mn par jour », « lavez-vous les mains après avoir été aux toilettes », « ne vous précipitez pas dans les escaliers ». « Faites les soldes avec la bénédiction de votre banquier ».
UGC duo: la carte pour se faire des amis…
Le concept est simple et très attractif : on paie un abonnement forfaitaire mensuel et on peut aller au ciné autant qu’on le souhaite dans les salles acceptant la carte. Cerise sur le gâteau : on peut inviter à chaque séance une personne différente.
J’ai personnellement un peu développé le concept : les amis qui profitent d’une séance gratuite m’offrent en général un verre après le ciné, histoire de debriefer le film. L’occasion d’une vraie soirée culturelle, quoi. Enfin, ça dépend du film. Par exemple « un balcon sur la mer » était plutôt prétexte à une sieste qu’à un long débat d’idées… et j’ose à peine mentionner « date limite » dont le seul avantage, objectivement, est de faire apparaître Robert Downey Jr dans toutes les scènes (c’est déjà pas mal).
Mais voilà, il arrive parfois qu’aucun ami ne se manifeste… soit le film est vraiment trop obscur, il faut traverser Paris à des heures indues (j’entends par là avant 10h le matin) pour y assister, soit le film est décidemment trop typé (dessin animé pour moins de 10 ans, film de filles, film des années 50 en noir et blanc, …) soit l’horaire ne convient à personne, soit je décide d’y aller seule (ça simplifie souvent le choix), soit je n’ai soudain plus d’amis, ou encore ils sont tous occupés à des activités fondamentales et ne souffrant pas perturbation. Comme regarder le foot, chatter sur Facebook ou prendre un bain.
Donc, il m’arrive d’aller seule au ciné ; mais comme j’ai de lointains résidus d’éducation judéo-chrétienne, il y a deux choses que je déteste : gâcher et ne pas faire profiter autrui de ce que je peux lui apporter. En l’occurrence une place de ciné gratuite.
L’idée est donc d’aborder un quidam et de lui proposer une place. Un quidam qui présente 2 caractéristiques incontournables (en plus du fait -évident- qu’il ait l’air sain d’esprit) :
– il va voir le même film que moi
– il n’a pas de carte d’abonnement
Pour repérer ce type de personne, il faut:
Etape 1 : jeter un œil sur ce qu’il (ou elle) extrait de son portefeuille ; si ce n’est pas une carte de fidélité, passer à l’étape 2. Sinon, revenir au début (sans passer par la case « départ », on ne touche pas 20000)
Etape 2 : poser la question, en apparence anodine « allez-vous voir blablabla » ou « blablabla » est le titre du film que l’on va soi-même voir; éviter cette étape pour des films au titre ambigu, comme « je vous trouve très beau », « une exécution ordinaire » (puis-je vous offrir une exécution ordinaire?), « un long dimanche de fiançailles » (m’accompagnerez-vous pour un long dimanche de fiançailles?). Si la réponse est « oui », passer à l’étape 3 ; sinon, revenir au début.
Etape 3 (c’est là que les choses se corsent) : Proposer d’inviter la personne.
Petite digression : afin d’éviter les malencontreux malentendus, jeter son dévolu sur une personne qui ne peut pas , même l’espace d’une milli-seconde, imaginer que vous lui voulez autre chose que lui offrir sa place. Donc si l’on est une fille, opter pour les jeunes, les vieux ou les femmes de tranche d’âge équivalente. Si l’on est un garçon, je ne sais pas trop. Ne comprennant pas bien le fonctionnement de ces individus changeants, je me garderai de leur donner un conseil…
Evidement, il est hautement recommandé de bien sélectionner le quidam, histoire de ne pas s’embarquer dans des mésaventures désagréables, courantes dans les salles UGC.
Tout le challenge repose donc dans le choix ; un vaste panel a été testé par mes services et les conclusions sont troublantes. Innocemment, je croyais que la gentillesse et le désintérêt seraient appréciés à leur juste valeur (en l’occurrence pas grand-chose, un simple geste). Personnellement, je me contente d’un remerciement avant de vaquer à mes occupations et de laisser mon « invité » vaquer aux siennes.
Mais les rapports humains ont changé. A croire que la notion de « désintéressement » n’est plus que le vague remugle d’un souvenir lointain dans le cerveau reptilien de mes congénères.
Petit florilèges de mes aventures cinématographiques :
– Le cas le plus banal : la personne veut me donner des sous. J’ai beau, en entrée en matière lui expliquer que ça ne me coûte rien, c’est comme s’il y avait blocage. Incompréhension. Il FAUT payer.
J’ai déjà pensé à me faire des sous comme ça, en dealant la place, mais pour que ce soit intéressant, il faudrait aller au moins 3 fois par jour au ciné. Et je ne me sens définitivement pas l’âme d’un dealer. Ni l’envie d’élire domicile chez UGC, aussi confortable soient les sièges…
– Ensuite viennent ceux qui me croient folle. Ils ne comprennent pas trop ce qui se passe, ne cherchent pas à comprendre (on ne sait jamais, je vais peut être les mordre, les pousser violement sous les roues d’un bus, leur voler leur i-phone ou les délester de leur sandwich, le tout en poussant des cris de harpie, en éructant les pires insanités à l’égard des banques et du gouvernement, en bavant et leur coupant les cheveux à l’iroquoise . C’est vrai, j’ai l’air super-dangereux et limite inquiétant; presque à chanter du Patrick Juvet) ; ils s’emparent du billet et partent vite s’installer dans la salle, très loin de moi. Histoire d’éviter de finir dans les faits divers, coincés entre le plus grand mangeur de hamburgers de l’année et les frasques de miss France. Ceux là ne remercient pas ; ils émettent un gloussement suivi d’un rictus qu’ils veulent aimable, roulent des yeux terrifiés et disparaissent à tout jamais dans la noirceur de la salle obscure.
J’imagine aisément que le soir ils racontent à leur famille ou à leurs amis cette aventure aberrante qui leur a procuré des frissons pour la semaine (je rappelle que c’est grâce à moi)
– Ceux qui ne conçoivent pas. Il faut leur expliquer dans le détail le fonctionnement de l’abonnement, les rassurer quand à mon sérieux et les gratifier d’un sourire engageant. Une fois que tout leur est monté au cerveau, en général ils remercient et s’en vont tranquillement.
– Les djeuns ; ceux-là comprennent vite, trouvent ça cool et partent exhiber leur ticket à leur potes. Les plus sympas partagent le coût des autres places entre eux ou offrent des bonbons au groupe. A ce jour, aucun ne m’a encore remerciée par un bonbon. Pourtant j’adoooooooooooooore les fraises tagada et les chockobons. Mais je ne veux pas avoir l’air de profiter. Ni passer pour une perverse qui drague les jeunes.
– Les timides. Ils n’osent pas. Ils croient qu’il faut impérativement passer la séance à côté de moi et ensuite commenter intelligemment le film. Méééééééé non, va t’asseoir où tu veux my friend, je ne te demande pas de me tenir compagnie… et encore moins de me faire part de tes impressions… allez, file…
– Les avides d’aventure : ceux qui n’avaient pas spécialement envie de voir le film, mais traînaient là et on décidé de courir le risque. J’ai ainsi fait découvrir Basquiat (dans le super documentaire « Jean-Michel Basquiat : the radiant child ») à une jeune marocaine fraîchement arrivée à Paris et qui était ravie de l’occasion ; en plus elle a apprécié le film. (Ouah, tous ces trucs grâce à moi)
Quelques personnes se réagissent normalement, mais ce ne sont pas les cas les plus nombreux… à croire que la vie parisienne engendre des comportements asociaux… à suivre… Je sens en moi l’âme du super-héro de l’urbanisme. Va falloir trouver une tenue. Mais j’hésite pour les bottes à plateforme en vinyle orange.
2011 en fanfare
« Pour un taxi immédiatement, appelez 1/2h avant ».
Voilà, c’aura été le dernier trait d’humour de 2010. L’ amorce d’un nouveau saut dans le temps, un clin d’œil absurde à l’entendement. Une nouvelle dérive des systèmes automatiques.
Dans la nuit du 31 Décembre au 1er Janvier, il ne faut pas être pressé de rentrer chez soi… ou alors maîtriser les retours vers le futur, la DeLorean et avoir un minimum d’humour…
Parce que « immédiatement » et « 30 mn avant », ça ne va pas ensemble; on est sur la corde raide qui sépare l’oxymore de l’irrationnel.
Au bord du gouffre de la stupidité, on a fait un pas en avant….
Enfin « ils » ont fait un pas en avant.
Pas moi.
Moi, je reste prudente dans ce que ma prose peut avoir de tordu. Vous qui me lisez avec passion, le cœur battant et l’esprit embrasé toujours plus à chaque fois, vous le savez bien.
Mais c’était avant.
Maintenant, nous avons changé d’ère, de décennie, que dis-je. Tout va mieux.
D’ailleurs, tout le monde nous le souhaite… amour, gloire et beauté, santé, argent, réussite… tout ce que vous souhaitez le plus au monde, monts et merveilles, l’inaccessible à porté de main… Sourires, serrages de pince, distribution de chocolats, on s’aime, on se congratule.
Mais à bien y réfléchir, on se congratule pourquoi? Parce qu’on revient à zéro dans le grand décompte… heure des bilans, des prises de bonnes résolutions, de l’introspection de groupe (héhé, moi aussi j’sais faire dans l’absurde), de l’empathie, de la sympathie … de la télépathie…
Télépathie : 1891, Edmond de Goncourt, Journal [1]. Emprunt à l’anglais telepathy (1882) [1], de tele- (« à distance ») et -pathy (« affection »). Littéralement « affection à distance ». (source wikipédia)
Affection à distance, dont les vecteurs privilégiés sont … le oueb, le téléphone, les sms… Sombrons de nouveau dans la virtualité, Orange nous remboursera le surplus…
http://www.lemonde.fr/technologies/article/2011/01/03/bug-sur-les-sms-d-orange-la-nuit-de-la-saint-sylvestre_1460214_651865.html
Mais le monde poursuit sa ronde et ce n’est pas la Saint Sylvestre qui va l’empêcher de tourner…Par exemple, la Hongrie dirige l’U.E pour les 6 mois à venir ; et que dire de la Hongrie qui menace la liberté de la presse et pioche sans vergogne dans les économies de sa population :
http://www.rue89.com/2011/01/01/la-hongrie-en-pleine-derive-autoritaire-a-la-tete-de-leurope-183208
… Mais au fait, notre bien-aimé président n’aurait-il pas des ascendances… hongroises?
Bon allez, on oublie tout ça 2 mn, les temps d’un bond
Un nouveau bond dans l’espace temps… ça se fête! Pour vous tous,
BONNE ET HEUREUSE ANNEE,
Qu’elle pétille, brille et frétille,
Tout cela dans une débauche de couleurs saturées et de musiques psychédéliques…
A bientôt sur les dance-floors, les planches, dans les salles obscures, au détour du oueb, autour d’un verre (plusieurs, même), d’une (bonne) table, dans l’eau, dans les bois, sur 2 roues, sur 4 roues, sur 6 roues (pour les plus riches), dans les musées, les salles de concert, à vélo (sans moi), dans Paris, à la plage, au sommet des rêves, dans un tourbillon de strass et paillettes, dans un éclat de rire, dans des moments de délire, en tenue disco, en maillot de bain ou en combinaison spatiale, en baskets, en bottes oranges en vinyle et à plateforme…
