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Rébellion quantique – Part 1

Lecteur chéri ma galette des rois, j’avais envie d’écrire ce petit prologue. Quant à la suite… ben je ne sais pas… on verra où ça nous mène.

 

*

Le moment se rapproche. Insidieusement, mais je le sens. Leurs messages doivent saturer ma boîte mail. Comme autant de charognards, ils doivent tournoyer avec une élégante lenteur loin au-dessus de moi, attendant l’agonie pour fondre sur mon corps épuisé et le dépecer de leurs serres. Ils annoncent le changement.

D’un geste à la lassitude résignée, je clique sur l’icône en forme d’enveloppe. Pendant que se déroule la litanie des injonctions, j’avale une gorge de café avant de supprimer le premier mail, sans l’ouvrir. Puis le second, le troisième et pour finir, je me débarrasse de tous les mails non lus. Mon café toujours à la main, je regarde s’écouler la vie sept étages plus bas.
Il fait encore nuit. Les gens commencent à vider leurs domiciles pour remplir les rames des trams, dessinant dans les rues des séquences d’humanité en pointillés, entourées du halo clignotant des éclairages publics. Depuis le 1er Janvier, il faut passer à moins de cinq mètres d’un lampadaire pour que celui-ci s’allume et depuis le 1er janvier, le défilé silencieux des gens qui parcourent les rues donne au quartier des airs de guirlande de Noël devenu folle.
Le vide de ma boîte mail me fixe avec impudence. L’espace de communication redevenu vierge malgré lui m’accuse de lâcheté. Je baisse l’écran de mon portable, ramenant à sa condition matérielle cet outil délateur. Je sais que bientôt, les mêmes messages vont m’être distribués par téléphone. Activer un prétendu mode silencieux ou avion ne sert plus à rien : les grandes compagnies ont gagné le privilège d’outrepasser les choix du consommateur mauvais payeur. A 7h30, les menaces commenceront à pleuvoir. Menaces de se retrouver privée d’énergie, de chauffage, de réseau… Assorties de la classique proposition de trouver un arrangement dont l’objectif n’est autre que de resserrer encore un peu plus l’étau de la contrainte.
Mais les messages téléphoniques ne me dérangent pas. Au contraire. Je les guette. Ils sont le signal que j’attends, celui d’un nouveau saut. Et ils sont prononcés par cette voix…

A 7h20, je m’installe et pose sur mes cheveux le casque pourvoyeur du meilleur son. Je suis prête.
« Chère cliente, vous n’avez pas réglé votre dernière facture, d’un montant de 138,95 euros. Si vous ne souhaitez pas que l’électricité vous soit coupée, nous vous remercions de procéder au règlement. »
Je frissonne, appuie sur 3 pour réécouter. La voix pénètre mon cerveaux comme une drogue puissante. Le vertige me prend. 3, encore, je commence à transpirer. 3. Les méandres de mon cerveaux sont enrobés de douceur. La sueur roule de mon cou, de mes aisselles, pour suivre sa route le long de mon dos et gorger de sa chaleur grasse l’éponge de mon peignoir rouge. 3. Je perds la notion du réel. Mon index posé sur le numéro de l’extase, je vais appuyer une fois de plus, mais la sonnerie retenti. C’est Franck. De 3, mon index ripe au téléphone vert, acceptant la conversation.

– Qu’est-ce que tu fous ? On t’attend depuis un quart d’heure !!!

Merde. J’avais oublié la réunion.

– J’allais t’appeler. Je ne me sens pas bien, faites-la sans moi.
– Quoi ? Mais tu es folle ! C’est pour ce soir, il faut que tu viennes, je te rappelle que c’est à toi de faire l’inter.

Merde. J’avais oublié l’inter.

– Ça peut pas attendre demain ? J’irai mieux.
– Roxanne, tu vas bouger ton cul ou c’est moi qui vais venir te le bouger et je t’assure que tu vas le regretter. Tu t’es engagée à faire ce projet. Tu as été payée. Maintenant, tu le fais.

Sous moi, la procession des fourmis s’est densifiée. Le jour commence à dégriser les rues. Le clignotement des lampadaires s’est transformé en une blafarde lumière constante. Les rames de tram sont si pleines qu’on pourrait craindre qu’elles ne se renversent dans un virage. La sueur de mon buste a séché, celle qui imprégnait mon peignoir d’éponge a refroidi. Je resserre les pans rouges en grelottant, ajuste ma ceinture et regarde les gens. Leurs manteaux sombres, leurs parapluies, les traces de leurs pas pressés dans la boue qui macule les trottoirs après les inondations de la semaine dernière. Un tram est arrivé, ses portes se sont ouvertes pour laisser passer un peu de cette lumière crue qui dégrade les visages les plus avenants. Fatigués, écœurés par leur comportement, les passagers n’ont pas d’autre choix que de pousser encore un peu la foule pour se ménager une place dans les rames qui les mèneront à une nouvelle journée sans joie. Franck a raison, je dois aller au bout. Je ne peux pas lui expliquer que l’argent qui m’a été remis a déjà fondu. Que je suis de nouveau la proie des grandes compagnies. Que je vais bientôt partir. Il le saura assez tôt. Il le sait sans doute.

– J’arrive.

*

ça rigole…

Aujourd’hui il fait un temps pourri et j’ai pris la pluie suffisamment pour me laver pendant les 20 prochaines années, trois fois par jour et sans arrêter l’eau pendant le savonnage; c’est dire… mais j’ai décidé que c’est rigolo. Alors je vais reprendre cette journée et en faire un truc tellement stupéfiant de drôlerie que dès demain je serai harcelée par toutes les chaînes de TV du monde qui voudrons me faire scénariste…  ma plume sera l’instrument de précision qui régulera l’humour des jeunes de 16 à 47 ans, je croulerai sous les messages de fans, on m’enverra des fleurs et du chocolat par Fedex, je serai riche et je pourrai changer mon pantalon de pluie…

Après 15 jours de plage et de soleil (si ça existe), je viens de faire une plongée (c’est terme approprié) brutale dans la vie parisienne. Mais c’est pas grave.
Pour fêter mon retour à la vie citadine, j’ai décidé de remplir mon frigo. Avec uniquement des aliments sains et fat-free. Comme les Dieux nous tombent en ce moment sur la tête (curieusement, les Dieux sont plus virulents par chez nous qu’en terre Hellène, ou la météo est remarquable et les gens particulièrement charmants, comme quoi…), j’ai revêtu mon adorable manteau de pluie noir et pesant, long et large, dans lequel on se sent aussi à l’aise et sexy que dans une tenue complète de scaphandrier. J’ai subi la tempête, les flaques, les jets intempestifs produits par les automobilistes qui se trouvent subtils, les coups de klaxon appuyés de ceux qui trouvent intolérable qu’on ne prenne pas le risque de surfer dans le caniveau pour leur permettre de voir « le juste prix » à l’heure (voir pire, le téléachat) ; tout ça très stoïquement ; j’ai senti les gouttes se transformer en rigoles et inonder les moindres recoins de ma tenue de ville, perçu le flétrissement de la peau de mes orteils dans mes baskets (blanches) et senti mon maquillage couler sur mes joues sans même le moindre sursaut d’agacement. C’est ce qui me fait penser que les vacances font grandir…

Toute à la liesse de ma sérénité retrouvée, je suis entrée au Simply Market le sourire affleurant et l’envie de rire chevillée à mon ourle détrempé (oui, j’ai arrêté le Carrefour Market, je boycotte ;voir par là ).
La brume rafraîchissante pulvérisée sur les fruits et légumes est venue titiller mes orteils mouillés, les néons ont donné à mon récent bronzage un air de papier mâché et j’ai failli me faire percuter par la voiturette de nettoyage, pilotée manifestement pour sa plus grande joie par un jeune en tenue rouge. Mais je m’en fichais. Je m’en fichais parce que j’avais découvert l’ARTICLE. L’article incontournable et fiable, le meilleur ami de la cuisinière parisienne qui n’a pas de micro-ondes .
Tadaaaaaaaaaaaaaa!! trompettes et séraphins à demi-nus chantent en choeurs « la danse des canards » en dansant sur la dépouille toute fraîche de mon banquier…
J’ai trouvé la mozzarella « spéciale cuisine ».
Oui, ça fait rêver. Parce que la question que l’on se pose immédiatement c’est « mais, mon Dieu, s’il existe une mozzarella spéciale pour la cuisine et que c’est suffisamment important de le savoir pour que les fabricants se sentent obligés de le mentionner sur l’étiquette, mais A QUOI servent donc les autres mozzarellas ? » à quoi servent les mozzarella que j’ai mangé depuis que j’ai l’âge de manger des pizzas ? La question qui suit immédiatement c’est « mais quels sont les effets de bord des AUTRES mozzarellas ? » ; vais-je, à l’instar de David B.Banner, me transformer sous le coup de la colère (ou pire, sous le coup de l’envie de rire, si j’ai faim ou si je suis fatiguée ? Maille God… et en quoi vais-je me transformer ?

Peut être les autres mozzarellas sont-elles uniquement décoratives, ou permettent-elles de fixer définitivement l’énervant truc à savon qui glisse dans la baignoire. Ou sont utiles pour tenir les portes ouvertes. Ou peuvent se sculpter. Ou, bien manipulées, se révèlent être une arme redoutable. On peut s’en servir pour assommer son supérieur hiérarchique et partir plus tôt en week-end. Sans que ça laisse de traces.
En tout cas, je vais surveille de près les transformations de mon organisme.

A la caisse, faisant fit de mes pieds dont la peau commençait à ressembler à des éponges (naturelles et bio), j’ai laissé  passer 2 consommateurs qui n’avaient qu’un article chacun. Un sentiment de grandeur a fait monter les larmes à mes yeux de panda mascaratés.
Le troisième consommateur avait 3 articles, j’ai préféré ignorer son existence. Faut pas abuser.

Après ce début de soirée assez extatique, j’ai repris mon fidèle destrier pour rentrer à la maison. Ce n’est qu’en arrivant que j’ai réalisé que les vestes imperméables ne le sont vraiment que si on ferme les rabats des poches. Mon beep surnageait dans une petite flaque au fond de la poche. Il a fallu attendre qu’un voisin se décide à entrer pour le suivre… mais dans cet immeuble, c’est toujours un acte de bravoure insensée que de défier les voisins à la porte du parking…  il faut prouver que l’on fait partie des élus qui jouissent du droit divin de l’ouverture de la porte. Bref.
Je me gare, vide le scoot ‘ de tout ce que je dois monter chez moi, y compris au moins 30 BD qui trainent sur mon emplacement de parking (je refuse de courir plus longtemps le risque de me faire voler ma collection d‘Iznogoud), je conserve le casque (mouillé) sur la tête (c’est plus pratique quand on a les 2 mains occupées) et m’apprête à entrer dans l’ascenseur. Cool. Mais si on est chargée, la porte se referme toujours un peu vite. Alors je décide de la bloquer avec le sac de courses. Ca aurait pu marcher si la cellule qui gère l’ouverture était située un peu plus bas. Dans le cas décrit ici et à ma grande consternation, la porte s’est cruellement refermée sur mon cabas. Qui contenait (entre autres) une bouteille de vin et des tomates. No comment.
Le seul point positif, c’est que mon voisin sexy est en vacances ; je ne risquais pas de le croiser…