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L’internaute-roi

Je ne sais pas si tu as remarqué, Lecteur-Chéri-Mon-Amour, à quel point les journalistes TV, radio, parfois presse font référence aux « internautes »? Sans arrêt « et, qu’en pensent les internautes », « qu’en disent les internautes ?, « selon les internautes »…
Et l’internaute, Lecteur-Darling-My-Stony, c’est toi, c’est moi, c’est surtout l’autre, celui qui, tapi dans l’ombre de son infâme virtualité, se sent libre de laisser cours aux remugles de son esprit malsain bourré de charcuterie qui rend fou.
Nous sommes peu de choses et le web fait loi.
Débordés, envahis, gavés jusqu’à l’explosion, nous sommes soumis à la loi de la toile gluante. Les araignées velues et vénéneuses qui la tissent ont colonisé nos âmes numériques et transformé nos rêves d’enfants en fantasmes technicolors aux dents pourries découvrant des sourires hystériques et noirs d’encre (de Chine, redonnons à César ce qui appartient à Lao Tseu).
Mais, t’entends-je t’offusquer, elle perd les sens, en ce dimanche, sous les derniers rayons mordorés du soleil vieillissant, face à des cieux dont la couleur ensanglantée n’est pas sans rappeler celle d’un bon steak désormais banni de nos auges ?
Non, je te rassure illico-presto-subito, j’ai conservé toute mon intégrité intellectuelle. Je me borne à faire des constats. La suprématie du net, le bras armé de l’internaute, la loi du planqué qui a des sous pour matraquer ta conscience fragile et avinée.
Tout ce qui suit a été, bien sûr, vérifié par huissier. Ce ne sont que de menues preuves de la déviance automatique, big-datesque et monayable ambiante.

Constat numéro 1 :
Tu es une fille, d’un âge plus élevé que celui de ta petite nièce de CM2, tu habites une grande ville et tu établis un réseau professionnel, tu es donc…. A la recherche d’un chirurgien esthétique

Constat numéro 2 :
Tu es une fille d’un âge plus élevé que celui de ta petite nièce de CM2, tu habites une grande ville et tu établis un réseau professionnel, tu es donc…. A la recherche d’un coach sportif au corps oint d’huile de coco, aux abdos en xylophone et au sourire empreint de la stupidité lubrique la plus inconvenante qui soit.

Constat numéro 3 :
L’internaute-roi est celui qui s’exprime haut et fort. Il a le droit de dire tout et n’importe quoi (j’en suis la preuve, mais en ce qui me concerne, la qualificatif « Roi » ou « Reine » ne s’applique pas vraiment : Je continue de voter à gauche). Si sa plume est reconnue par un nombre suffisant d’internautes plébéiens, il sera amené à obtenir droit de vie et de mort. Sur des vivants. En effet, nos amis les bloggeurs constituent actuellement un vecteur de la critique culturelle incontournable. Sollicités, invités, suppliés de publier leurs opinions. Sauf que de critique, ils n’ont que l’étiquette autocollante qu’ils ont eux-mêmes fait imprimer via vistaprint (en plus c’est gratuit).

Constat numéro 4 :
Depuis Astérix, le peuple veut du pain et des jeux. Depuis le net, l’internaute a des jeux à foison. Et l’internaute, Lecteur-Darling-Mon-P’tit-Loup-Garou, il a fini par faire comprendre qu’il ne veut que des jeux qui le font rire, mais de préférence sans trop réfléchir. Alors les vivants, après être resté longtemps raides comme la justice, se sont mis à ployer. Et nourrissent l’internaute à coups de rires gras et facile.

Et ça marche ! Pour preuve, cette vidéo destinée à faire comprendre les raisons de la grève des audiences depuis le lundi 19 octobre 2015 pour dénoncer le projet de réforme de l’aide juridictionnelle (prend 1mn pour cliquer de ton doigt gourd, chéri, ça vaut le coup d’œil)
http://www.normandie-actu.fr/video-des-avocates-de-rouen-en-colere-rejouent-%C2%AB-catherine-et-liliane-%C2%BB_163988/

J’aurai tendance à saluer l’initiative et la réalisation, mais dans le même temps à pleurer de dépit, parce que oui, aujourd’hui, on est presque obligés de biaiser par le rire pour se faire entendre. Certes, Lecteur-Darling-My-Sweet-Cupcake, il est salutaire de rire de tout.
Mais à ce rythme, bientôt, on ne rira plus de rien…
Galvaudé, rabaissé, le rire ne sera même plus le propre de l’homme (avec un peu de bol, il restera le propre de la femme). Et nous commencerons alors le retour aux source. L’homme descendais du singe, il a commencé à y remonter…

chimp2

 

 

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Big Data – la femme en cases, suite

guerrière

Lecteur-Chéri-My-Love,
Il y a peu, je bramais seule  au fond des bois mon désespoir de me voir transformée en cases pour prétendre trouver du boulot.  (Pour rappel, j’ai passé un « test de personnalité » en ligne avant un entretien – c’est ici)
Je suis sortie des bois (il a commencé à pleuvoir et ma peine étant soluble, il a fallu couper court à son infiltration dans les nappes phréatiques.)
Le couperet est tombé (j’ai eu le résultat du test) et c’est une guerrière belliqueuse, avide du sang des faibles et des paresseux, prête à tout pour atteindre son but, infatigable et totalement insoumise à la hiérarchie qui t’écrit depuis son nid d’aigle, ce dimanche.
C’est comme ça que je suis perçue par l’ordinateur.
C’est donc comme ça que les gens qui croient l’ordinateur s’attendent à me trouver. Inutile ici de préciser qu’ils en onteu pour leur argent. Je n’aime pas décevoir. Niark-niark…

Si un ordinateur (bien mal élevé) est capable de percevoir la douce créature inoffensive que je suis comme un danger pour tout l’étage « comptabilité » d’une entreprise, la question à se poser est naturellement : « mais qui diable croit l’ordinateur » ? Hélas, en ces temps troublés où Facebook et Google régissent nos vies, il apparaît que plein de gens croient l’ordinateur…

D’où le grand danger du Big-Data.

Les effets immédiatement perceptibles de Big-Data (en des temps qui paraissent bien lointains, d’autres avaient imaginé Big Brother) sont par exemple : Je crée un profil Linkedin et trois malheureux jours après, l’ordi propose de me mettre en relation avec un chirurgien esthétique. Je le jure. Il a suffi à cette infernale machine 3 jours pour décider que je suis trop vieille pour continuer mon existence comme ça.

Mais « Big-Data », c’est quoi-t-est-ce, t’entends-je t’inquiéter…
Pour faire vite, j’ai interrogé mon ami Wikitruc (par ce que, hélas, moi aussi je crois l’ordi) qui dit entre autre :
« Les big data, littéralement les « grosses données » désignent des ensembles de données qui deviennent tellement volumineux qu’ils en deviennent difficiles à travailler avec des outils classiques de gestion de l’information. L’explosion quantitative de la donnée numérique contraint à de nouvelles manières de voir et analyser le monde. Les perspectives du traitement des big data sont énormes et en partie encore insoupçonnées ; on évoque souvent de nouvelles possibilités d’exploration de l’information diffusée par les médias, de connaissance et d’évaluation, d’analyse tendancielle »

Pour faire une bête analogie, imagine, Lecteur-Chéri-My-Darling, que tout (mais alors, vraiment tout) ce que as dit, pensé ou écrit un jour est conservé dans un gros-énorme container. Ajoute à ça tout ce qui te concerne (taille, âge, poids, habitudes alimentaires, adresse, téléphone, films préférés, couleur de chaussettes et j’en passe). Tout ça pour tous les gens du monde.
Imagine que ce gros container classe, trie, analyse tout ça, pour en tirer (entre autres) des stats à but lucratif (mais pas lucratif pour toi). Tu as maintenant une petite idée de ce que Big-Data représente.

Ca m’a donné une idée.

Soyons audacieux et couplons Big-Data, Google glasses et reconnaissance faciale (ça, c’est le truc qui va permettre de t’identifier sur toutes les photos qui circulent sur internet) pour générer le système de délation mondiale le plus performant du monde.

Voilà le topo :

Tu vois quelque chose qui ne te plait pas. Aujourd’hui, tu as le choix entre te taire et passer comme si de rien n’était ou réagir. Ce second choix étant fortement corrélé avec le gabarit de la personne à engueuler. Demain, Big-Data te permettra d’agir tout en restant dans l’ombre.

Par exemple :

-Tu vois des glands sur un banc qui balancent leurs sacs de chips vides et leurs canettes par terre. Tu fais une photo discrète avec tes Google-glasses et tu balances sur Facebook. En 35 secondes, les glands sont identifiés, leurs signalétiques envoyés à la maréchaussée et moins de 1mn30 après, les flics surgissent pour verbaliser.

– Une mémé te grille dans la file à la boulangerie et rafle le dernier pain au chocolat aux amandes dont tu rêves depuis 24h. Hop ! Photo et envoi direct au médecin de la vieille, qui la flanque à l’hosto pour 1 semaine. A la diète évidemment.

– Un gosse hurle dans le bus à côté de toi ? Hop ! photo et le momichon est immédiatement porté sur la liste des enfants à problèmes, direction la maison de correction à la moindre incartade.

Les bénéfices de ce système tout connecté sont sans fin…

Avoue qu’on nage en plein rêve, là, Lecteur-Chéri-Mon-Caillou ? Je te donne le monde de demain. Ne me remercie pas, ça ferait de moi une rénégate…