L’homme en cases versus le singe peintre

barracuda

O tempora O mores!
Avant de prétendre passer un modeste entretien pour une modeste mission de 3 modestes mois, il faut maintenant passer un test de personnalité en ligne (bientôt disponible sur ifaune). Ou comment internet, à grands coups de coolitude et sous couvert de faire gagner du temps, devient non seulement encore plus intrusif (comme si c’était possible), mais aussi encore plus discriminant. Test de personnalité en ligne? Cela signifie 70 questions auxquelles il faut répondre dans un minimum de temps, pour ne pas « se départir de sa spontanéité ». Je t’en foutrai, moi, de la spontanéité, quand tu viens de passer 1h à charger ton CV sur des sites de recherche d’emploi qui essayent de te faire rentrer au marteau dans des cases carrées alors que tout le monde sait que la femme est ronde! Donc déjà, ton CV est tout déformé par les mauvaises cases. En plus, maintenant, on peut construire ton profil à partir d’un QCM dont les réponses, 1  fois sur 2 sont choisies « au moins pire ».
Déformée par les cases et le profil abîmé, je me demande à quoi va ressembler l’entretien. Il vont peut-être m’accueillir directement avec des infirmiers psychiatriques…

Nous voilà, Lecteur-Chéri-Mon-Amour, réduits en petits bouts de formes qui ne nous correspondent pas, disséqués à travers une loupe déformante et en plus, on doit rester polis, enthousiastes et avoir une envie folle de rejoindre ceux qui nous font subir ça (ce dernier point s’appelle « rédiger une lettre de motivation »).

On devrait inverser la tendance et faire des pré-sélections des employeurs potentiels. Créer des QCM pour déterminer le degré de j’m’en-foutisme des DRH, des test de rorschach pour vérifier la compatibilité avec nos futurs boss (pour mémo, ce sont les tâches d’encre qui donnent envie de vomir et de tuer tout le monde, mais il ne faut pas le dire, il faut y voir des fleurs, de jolis petits anges et de l’amour) et pourquoi pas faire passer des tests de résistance aux baffes aux commerciaux chargés de pré-sélectionner les CV? Ce serait infiniment plus juste.

Qu’ils se mettent un peu à notre place:
1 – le mail : Quand dans la boîte mail arrive un message dont l’objet dit « une offre d’emploi pour vous », on bondi. Enfin, au début. Parce que 99% des fois, on a sous les yeux l’offre la plus éloignée de son CV possible. D’où l’idée des baffes. Le crétin surpayé à l’autre bout du net recevra une bonne grosse baffe à chaque erreur de cible. Pour ça, on pourrait se faire aider par la réalité virtuelle; connecter des gants de boxe dans les bureau des recruteurs en ligne.

          2 – le RDV: on a décroché un entretien! On se fait beau, on racle le fond d’énergie qu’il nous reste, on l’affiche sur son sourire et on se rend sur place, tout plein d’espoir. Pour s’entendre dire, après 45mn de blabla, que l’on est immédiatement transformé en fiche dans le classeur de la DRH. En fait, elle avait juste envie de prendre un café avec une nouvelle tête. Re les baffes. Ou alors, autre idée, on ponctionne directement sur leur fiche de paye le montant du préjudice moral subi.

          3 – le document urgent. On a passé 1 et 2,  tous les espoirs sont permis, même le plus fou (celui de rencontrer la personne qui va vraiment décider de bosser avec nous). Mais pour ça, il faut fournir un document urgent (au choix: un CV en Russe, une lettre de motivation de 3 pages, un extrait de cervelet). On se lève la couenne, on veille pour écrire dans une langue inconnue, on s’ampute, et le document part dans les temps. Las, on n’obtiendra jamais de suivi (ben pourquoi faire?).
Je ne vois que j’arrachage de cheveux un par un, suivi du chatouilli dans les narines avec un pinceau en poils de phoques de la banquise (celle qui n’a pas encore fondu). Sur fond du dernier album d’Arielle Dombasle.

          4 – l’entretien avec le futur boss. Ca, c’est l’arlésienne. Si j’y arrive, je vous raconterai.

Mais ce qui est marrant et paradoxal, c’est que pendant qu’une partie de l’humanité « pensante » s’emploie à décortiquer son prochain, d’autres  s’esbaudissent de trouver en l’animal un artiste, créatif et intelligent.
Ce n’est pas nouveau, et on peut trouver des exemples par là:
http://www.dinosoria.com/animaux-artistes.html
http://www.tillamookcheddar.com/work/index.html
http://www.francetvinfo.fr/animaux/pockets-un-singe-capucin-peintre_36611.html

Que penser sans avoir l’air parano? Que l’homme (et par extension la femme) n’est bon qu’à être catégorisé pour être mieux exploité par ses pairs publicitaires et banquiers? Et que toute forme d’humanité sensible est en passe d’être transposée au monde animal? L’homme devient robot et l’animal, pas encore perverti par la technologie, pur et exempt de toute forme de calcul, est celui par qui le futur humain-mécanique transcendera sa sensibilité.

La planète des singes nous rattrape, mais personnellement, je préfèrerais que ce soit le muppet-show, au moins on pourrait rigoler…

https://www.youtube.com/watch?v=zCRUPWDIgYM

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Publié le 4 octobre 2015, dans Extrapolations, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Je constate que, quelle que soit la galère dans laquelle tu te trouves, tu ne perds pas le sens de l’humour. Tout ce que tu dis, nous l’avons tous plus ou moins vécu au cours d’une vie professionnelle plus ou moins réussie (plutôt moins que plus en ce qui me concerne). Je bénis le moment où j’ai pu prendre ma retraite (j’y suis depuis 2 ans) sans avoir eu à tuer un DRH ou subalterne… C’est vrai que cette société est d’une stupidité déconcertante, flattant la bêtise et l’incompétence (et ce, au plus haut niveau – l’actualité nous en fait la démonstration tous les jours). Je regrette d’être né à mon époque (1948). Ce serait à refaire (mais on ne choisit pas, s’pas ?), je naîtrais plus jeune. De mon temps, la banquise ne fondait peut-être pas encore mais on tuait déjà les bébés-phoques et on massacrait les dauphins dans la baie de Taiji et les globicéphales aux Iles Feroë… mais Internet et les ordinateurs n’existaient pas. C’est vrai que cette société dans laquelle nous vivons (particulièrement en France) donne tous les jours des envies de gerber mais il y a la possibilité de prendre l’avion pour pas cher et d’aller à l’autre bout du monde en leur criant à tous d’aller se faire foutre. Alors, ne perds pas espoir et, si tu en as le courage, quitte ce pays à la dérive et va voir ailleurs comment ça se passe. Courage et surtout ne perd pas ton humour, c’est ton bien le plus précieux.

  1. Pingback: Big Data – la femme en cases, suite | Le blog du gecko (bleu)

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