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transports estivaux
Vous pouvez respirer: pas question de transports lyriques, spirituels ou de photos de bébés chats sur fond bleu pâle, ni d’éphèbes glabres affichant des moues boudeuses.
Transports estivaux au sens strict : prendre les transports (en commun) pendant l’été. L’avion étant ici considéré comme tel. Pour des facilités de titre (c’est moche, je sais).
Alooooors… je perçois l’agitation de vos cerveaux embrouillés en cette rentrée ensoleillée (ça aussi, c’est moche, vu qu’au dessus de la Loire on a passé 3 mois sous la pluie entre Mai et Juillet…)… et NON, je ne veux pas « cliquer sur la bannière pour obtenir deezer premium », ni rien du tout de premium d’ailleurs. Mais je vous mets tout de même ça : http://www.youtube.com/watch?v=5oxZ3bei6to.
Donc parlons transports estivaux, ces transports que l’on prend pour circuler d’un endroit à l’autre de la planète. Tout ce qui suit est, comme d’habitude, rigoureusement vrai et vécu. Si des gens se reconnaissent, bienvenue à vous. N’hésitez pas à me faire un petit signe…
Le bus, d’abord.
1 – Mon favori : la prise d’otage.
Une dame monte à bord, la soixantaine, genre bourgeoisie de banlieue. Mais pas avec les cheveux violets. Au bout de 30 secondes, elle réalise qu’elle s’est trompée de bus (c’est fatal, il en passe un toutes les 30 minutes… on est pressé de monter dans n’importe lequel). Elle demande au chauffeur de stopper le bus pour pouvoir descendre. La réponse a été la suivante :
« Non madame, vous aviez qu’à me dire bonjour, je vous ai repérée »
Le dialogue qui a suivi a donné, à quelques interjections près :
Dame – mais ouvrez la porte, on est à l’arrêt…
Chauffeur – fallait être polie, ça vous apprendra
Dame – mais enfin, ce n’est pas possible…
Chauffeur – il faut dire bonjour, et je fais ce que je veux dans mon bus!
Dame – mais, réagissez les gens, prenez mon parti
Tout le monde en choeur: Gros silence consterné; personne n’ose respirer… on veut tous descendre à un moment donné…
Dame – mais ce n’est pas vrai ça!
Etc…
2 – Il faut connaître le parcours
Une dame demande un arrêt, le bus est à 2 mètres, coincé dans un embouteillage. Elle va voir le chauffeur pour qu’il ouvre la porte.
Chauffeur – Non, nous ne sommes pas à l’arrêt
Dame – mais il est à 2 mètres
Chauffeur – Non, cet arrêt n’est plus desservi
– il y a des travaux qui en empêchent l’accès simple-
Dame – Ha… je ne savais pas…
Chauffeur – cet arrêt n’est plus desservi depuis 3 mois, vous devez le savoir… c’est pas vrai ça…
Ben oui, tous les passagers d’un bus sont des habitués et maîtrisent parfaitement tous les arrêts, c’est bien connu… on devrait nous obliger à en réciter par coeur la série pour avoir le droit d’emprunter le bus…
3 – Orlybus
Je monte dans le bus avec un billet de 20€ ; pas de chance, le chauffeur n’a pas la monnaie. Il m’informe donc de façon assez peu aimable que j’ai deux possibilités : redescendre et me débrouiller pour faire de la monnaie ou rester sans payer mais risquer une amende exorbitante. Il ne prend pas la carte bleue et se fout totalement de ne pas avoir de change, considérant que c’est mon problème.
Et il refuse catégoriquement d’attendre que je fasse la monnaie. Bienvenue à Paris…
L’avion
Déjà, il faut prendre en considération le fait qu’arriver à l’aéroport demande, pour la moyenne des voyageurs, un ou deux bus, un métro, un RER voir le train et potentiellement quelques aventures décrites ci-dessus…
Après avoir enregistré son bagage, on peut se rendre au contrôle qui précède les salles d’embarquement :
– Bien penser à boire toute l’eau de sa petite bouteille, qui ne passera pas le contrôle.
– Oter sa ceinture, la placer dans une bassine en plastique,
– Oter ses chaussures,
– Vider ses poches, tout placer dans une bassine en plastique,
– Beeper sous l’arcade
– Oter son écharpe
– Oter sa montre, tous mettre dans une bassine en plastique,
– Beeper
– Oter ses bijoux de pacotille (et vérifier ainsi qu’on s’est fait avoir sur le marché artisanal…), les poser dans une bassine,
– Beeper
– Là, il ne peut que s’agir des baleines du soutien-gorge ou on est un dangereux terroriste,
– Se placer les bras en croix et se faire palper par un agent ganté et suant, sous le regard réprobateur de tous les gens en chaussettes et pantalon sur les hanches qui attendent à côté de leurs bassines en plastique, pendant que vos propres bassines s’accumulent sur le tapis et que n’importe quel individu mal intentionné peut se servir à loisir…
– Le pantalon glisse dangereusement et les chaussettes s’imprègnent de poussière, regagner les bassines, les pousser n’importe où pour que les bassines suivantes puissent avancer et remettre toutes ses affaires en place. Une fois, n’ayant pas eu le temps, j’ai traversé un aéroport au pas de course, ceinture à la main, pantalon pendouillant misérablement et chaussures dans l’autre main, un grand moment de solitude. Surtout quand je suis montée dans l’avion… sous le regard chargé de reproches de ceux qui n’ont rien à se reprocher…
– On peut souffler, mais…
– On a soif et on est privé de bouteille ; il faut en acheter une autre, qui coûte le triple de celle qu’on a laissé à 5 mètres de là…
Une fois dans l’avion :
– Plus de journaux (normal, avec tout ça on embarque en dernier, les autres passagers se sont servis, plusieurs titres chacun, qu’ils ne liront pas, mais ça fait sérieux)
– Il fait super-chaud,
– L’avion a du retard, on étouffe,
– L’eau coûte 2€, pas moyen d’obtenir un verre gratuit ; même si on est à l’article de la mort (j’ai essayé d’agiter un tube d’aspirine sous le nez de l’hôtesse, ça l’a laissé aussi inflexible que le chauffeur de l’OrlyBus ; ils doivent faire partie de la même famille)
– Rien de mangeable, sauf pour des aliens croisés avec des autruches irradiées par le nuage de Tchernobyl,
– De toute façon, dans l’espace, personne ne t’entend crier, alors…
Estivale promiscuité 3
Le début du débat débité des buts des bas ici
Ah… l’été… En ville, l’été a un air de piscine, de parcs et de cinéma (ces derniers pour échapper aux -rares il est vrai- accès de chaleur). Autant de lieux privilégiés pour découvrir les moeurs étranges de nos congénères…
La piscine tout d’abord.
Anxieux de donner à leurs corps le maximum de couleurs, la plupart des gens arrivent aux heures les pires. A partir de 13h, ils déboulent munis de glacières, d’enfants hurleurs et de préférence en groupes compacts. En général, je pars avant mais les aléas des emplois du temps obligent parfois à des sacrifices… Ma dernière expérience m’a permis d’étudier les comportements de deux types de groupes très répandus : les familles avec enfants en bas âge et les djeuns. Pas question d’essayer d’évaluer lesquels sont les pires, ils rivalisent avec trop de sérieux…
Commençons par les familles avec enfants en bas-âge : par chance, j’ai été mise en contact avec une famille qui cumule toutes les tares :
– La mère qui ne sait pas parler autrement qu’en claironnant à la ronde
– L’enfant qui coure, saute et crie absolument partout, sur toutes les serviettes, dans toutes les oreilles
– Le père qui parle aussi en hurlant, mais avec le bonus des grossièretés…
Une bien belle expérience, dont voici des dialogues choisis. Par égard pour eux, les prénoms sont changés…
La mère MAIS OU IL EST MON TITOU ? HEIN ? MAIS OU IL EST ? HAHAHAHAHA…. IL EST LAAAAA !!!! (l’enfant est à 50cm de mes oreilles). Répété 4 ou 5 fois, ça use.
Le Titou HAHAHAHAHAHAHA (mais c’est normal pour un gamin de 3 ans)
Le jeu a duré environ 10 longues minutes, puis la mère a regagné sa place, mais à continué de s’adresser à son Titou. Qui se trouve donc approximativement à 10 m d’elle. Mais toujours à 50 cm de mes oreilles.
La mère NON TITOU ! REVIENS !! REVIENS !! VIENS LA !!! (on pourrais croire qu’elle s’adresse à son chien, je vous l’accorde) 2mn se passent… IL EST OU LE PAPA DU TITOU ? IL EST LAAAAAAAA !!! (le père fait donc une remarquée entrée en scène…)
Le père (classe) ELLE EST OU LA GUEULE DU TITOU (véridique..) ELLE EST LA, LA GUEUELE DU TITOU !!! TA GUEULE, C’EST TON VISAGE !!! (si-si, ce sont les termes exacts, cette histoire est vécue…)
La mère OH ! ELLE EST OU LA xxxx DU TITOU ? (j’ai mis du temps à réaliser, mais xxxx désignait le zizi du gamin) ELLE EST LAAAAAA !
Là-dessus, le môme part en hurlant et saute partout.
La mère OH ! IL NE FAUT PAS MONTRER COMME CA TA xxx AUX FILLES ! CA VA LEUR FAIRE PEUR !!! (véridique toujours, j’avais l’impression d’être dans un monde parallèle…)
Quand cette délicieuse famille a eu fini par se taire, se sont installées à mes côtés (en vrai, elles se sont installées quasiment sur ma serviette, après l’avoir poussée et éloigné mes affaires) deux gamines de 14/15 ans, qui ont commencé par expulser leur fumée de cigarette consciencieusement vers moi. Je ne retranscrirai pas leur édifiante conversation sur les garçons qu’elles étaient supposées retrouver. C’est trop pitoyable.
A bout de 15mn, les garçons arrivent. Le plus stupéfiant n’est pas qu’ils se soient installées à moins de 10 cm de toutes les autres personnes présentes, ou qu’ils aient posé leurs serviettes sur mes pieds, voir leurs pieds sur le livre que je lisais. Non, le plus stupéfiant, c’est que ça leur a semblé normal. Ils ont agi exactement comme s’ils étaient seuls au monde. Ensuite, ils se sont mis à parler. Enfin, « parler » est un grand mot… en 10 mn, l’expression « j’m’en bas les couilles » est revenue 10 fois.
Au cinéma
Le téléphone n’est pas l’ami des salles de cinéma. Soit les gens oublient de l’éteindre (et là on a la sonnerie initiale puis la sonnerie du répondeur, souvent des musiques qu’on super-envie d’entendre, là, mainteannt), soit ils estiment qu’il y a peu de monde dans la salle et donc que le film n’est pas bien, et donc qu’ils peuvent répondre, soit ils continuent leurs échanges toujours passionnants sur facebook (« j’suis au ciné », « le film commence », « c’est trop nul », « l’acteur est trop mignon », …), soit ils utilisent la lumière de l’écran pour fouiller dans leur sac… Ce jour là, j’ai tout eu. Mais le pire a été une dame très en colère qui avait choisi de se mettre juste derrière la porte pour vociférer dans son téléphone.
Après quoi, 30 mn avant le fin du film, deux dames ont ouvert la porte et se sont plantées là, dans l’embrasure (avec le flot de lumière inhérent) pour se lancer dans la discussion suivante, à haut et très intelligible voix :
– Oh ! le film n’est pas fini (ben non, quand les gens sont installés dans le noir et que d’autres gens parlent sur l’écran, ça veut dire que le film est en cours…)
– Ah… ben oui, tu as raison
– Zut… bon, qu’est ce qu’on fait ? (cassez vous les deux bourges)
– Ben je sais pas… (c’est pas compliqué, ON SE CASSE ET ON REFERME LA PORTE)
– … (ON SE CASSE je vous dis –en pensée-)
– On attend là ? (NON NON… OSCOUR)
– Ben non, on va connaître la fin du film…. (MAIS T’ES CON OU QUOI ? CASSE TOI !)
– Bon, on attend dehors… (BRAVOOOOO)
Le pire, c’est que les mêmes vont hante les salles en hiver, pour se mettre à l’abri du froid…
Si les designers le disent…
… c’est sans doute vrai…
Les faits: le design d’aujourd’hui (c’est à dire « eux », les designers, ceux qui sont les explorateurs de tendances, les chantres du boboïsme, les rois de l’avenir) s’intéresse aux moyens de rendre l’individu (c’est à dire vous et moi, mais surtout vous) plus efficace, plus capable de se concentrer, en un mot: plus ren-ta-ble.

Magnifique illustration du concept, cette chaise (si-si, nous sommes en 2012) qui permet à celui qui y prend place de se focaliser sur une seule tâche. Vous notez au passage que le personnage présenté est un homme. Les femmes étant réputées pour être multi-tâches (d’ailleurs à l’heure ou je vous écris, je suis en train d’écouter Ali Rebeihi en différé (quelle chouette émission, j’adoooore son style), de préparer un dîner (de la cuisine finement étudiée), de vernir mes ongles de pieds, de faire mes assouplissements post-vélo et je répète une chanson que je suis en train d’apprendre). La routine, quoi.
La chaise, qui a l’air bien rigide, permet d’éviter toute rotation de la tête et possède des plaques qui masquent la vision latérale. Il doit bien y avoir un verrou qui maintient le malheureux en place (comme les bébés dans leur chaise haute).
Donc, l’homme a besoin qu’on l’aide à ne pas être distrait. J’ai même découvert qu’il existe des lampes qui n’éclairent qu’un format A4 (pour toi, amateur de consoles vidéos et écrans en tout genre, le format A4 est celui d’une feuille de papier standard ; celles que tu peux mettre dans ton imprimante. Celle sur laquelle tu peux aussi écrire. Avec un stylo.) ; la lampe éclaire donc uniquement la zone importante du bureau : celle où figure le texte.
Plusieurs remarques dévastent mon cerveau surchauffé :
1 Qu’est ce qui perturbe l’homme à ce point, que l’on soit obligé de lui mettre des œillères ?
2 Pourquoi l’homme est-il maintenant incapable de se concentrer ? des milliers d’années ont passé pendant lesquelles seuls les ânes et les chevaux avaient besoin d’œillères… l’homme serait-il en train de devenir équidé ?
3 Va-t-on bientôt inventer une ceinture de sécurité pour attacher l’homme à son siège ?
4 Quand est-ce qu’on mange ?
Vu l’urgence de la situation et le besoin pressant de prendre une douche, après tout ce vélo, je vais essayer de faire bref.
1 L’homme qui travaille dans un bureau a de multiples raisons d’être perturbé ; surtout celui qui travaille dans un bureau occupé par d’autres hommes (ou femmes) ; encore plus s’il travaille dans ce que des sauvages décérébrés ont appelé « open-space ». Par exemple, les réunions improvisées sur le bureau d’en face. Ou le coup de fil qui dégénère en pugilat vocal passé à 1m50. Ou le collègue qui apporte des croissants, celui qui montre sa dernière raquette de tennis, celui qui parle des résultats sportifs, celui qui veut un café, la nouvelle secrétaire très mignonne qui passe lentement pour aire admirer ses talons aiguilles, les mails qui ne cessent d’arriver, dont la moitié sont totalement hors-sujet mais font de bons parapluies, etc etc etc…
2 L’homme ne peut donc plus se concentrer sur une seule tâche. Son esprit sautille allègrement d’activité en activité, démarrant mille choses sans jamais en finir une seule. Ca me rappelle … environ 150 personnes ; constat personnel : plus la personne est haute dans la hiérarchie, plus le constat s’impose. Mais vraisemblablement, moins la chaise à œillères sera utilisée…
Pourquoi cette impossibilité à se focaliser ? L’habitude de la réponse immédiate ? (en cas d’interrogation, on ne fait plus travailler ses neurones, on écrit à 10 personnes et l’une d’entre elles aura bien la solution, alors en attendant la réponse –qui est supposée arriver dans la minute- on peut passer à autre chose). La flemme ? L’obstacle à franchir ? (je vois un obstacle, il me semble infranchissable, je change de chemin. Sur le nouveau chemin, je vois un autre obstacle, qui me semble tout aussi infranchissable. Je change de nouveau de chemin, etc etc. Au bout d’un moment il est tard ; je fais des tas de mails pour expliquer que je suis débordée de tâches insurmontables et je rentre chez moi. Me plaindre de ce boulot si compliqué.)
La seule période de sa vie ou l’homme avait besoin de ce type de meuble, c’était dans sa première enfance, quand il était incapable de se nourrir seul. Et je ne pense pas que la race humaine tende vers le cheval. Vers la mule, à la limite.
3 On peut imaginer 1000 autres ruses pour forcer l’homme à se concentrer : une ceinture de sécurité, une alarme qui hurle dès que l’on cesse de faire pression sur sa souris, une main articulée qui tend le sandwich et le café, un détecteur de mouvements non autorisés, un système de sécurité qui repend de la peinture bleue sur toute personne dont les bras ou les jambes sortent d’un périmètre autorisé, une diffusion sauvage de « Où sont les feeeeemmes » (ça faisait longtemps…) en cas d’yeux qui se ferment, etc etc… « Brazil », film visionnaire…
4 Maintenant. La chaise vient de se déverrouiller, je suis liiiiiiiibre !
Estivale promiscuité 2
Le début par là
Les périodes de vacances présentent de multiples occasions de se rapprocher de la gent humaine. Dans les transports, par exemple. Prenons le métro (ceci est une allégorie, bien sûr ; il n’est pas question que vous et moi prenions ensemble le métro… ce serait par trop indélicat de ma part de vous infliger une telle expérience pendant la période sacrée de votre repos annuel…). Donc, le métro. Il ne vous aura pas échappé qu’en période estivale les tenues citadines se donnent des allures de tenues de plage. On croise des filles en micro-shorts, en micro-débardeurs, en micro-jupes, en micro-sandales. Et paradoxalement, des garçons en méga-shorts, en méga-débardeurs, pas de micro-jupes, mais des …tongs… la vraie tong, celle en plastique qui s’encrasse et offre une surface glissante dès que la température ambiante dépasse 25°, ce qui est fréquent dans le métro en Juillet… donc si on se trouve dans la totale obligation de prendre le métro en fin de journée, on assiste malgré soi à un festival de mollets poilus, aisselles dégagées et tongs crado sous pieds sales. La classe. Pour les filles, c’est mieux : ça donne mollets bronzés, pieds sales mais aux ongles vernis de fluo (très tendance cet été) sur tongs crado. La palme du pire pour le RER B aux sièges en plastique détendu et dont les rames passent la moitié de la journée au soleil. On est inévitablement collés dessus… pour peu que l’on porte une jupe ou un short un peu courts, on pose ses cuisses sur un plastique mou et chaud au contact duquel des dizaines de cuisses ont transpiré avant nous…
L’été, les gens partent en vacances ; il est donc fréquent de croiser dans les interminables couloirs du métro des personnes chargées de valises, sacs, emballages Disney, paquets divers et … sacs à chien … Vous savez, ces sacs en molleton moche, aux imprimés souvent inspirés des redoutables années 80, que les mémés serrent fort contre elles et qui laissent entrevoir une tête moitié aimable de petit clebs hirsute et souvent aux yeux globuleux, les canines acérées et la salive gluantes affleurant les babines… le genre qui mord sans raison et aboie à tout bout de champs et de préférence pour rien.
Mais quand même…
L’autre jour j’ai vu une de ces mémés, qui trimballait une valise, un gros sac à main et un sac à chien, dans les couloirs de l’infinie station Montparnasse (oui, c’est bien celle où les couloirs interminables semblent mener tout droit en enfer et où on se trompe systématiquement d’entrée, s’obligeant par-là à affronter des kilomètres d’embouteillages piétonnier…), contrainte de se débrouiller seule dans les escaliers alors qu’elle était entourée d’au moins 10 personnes jeunes et vigoureuses qui auraient pu lui donner un coup de main. J’estime faire partie des personnes « jeunes et vigoureuses », mais étant de mon côté considérablement encombrée, je n’ai pas pu faire la BA du jour. J’ai essayé tout de même en attirant l’attention d’un jeune auquel j’ai fait remarquer que « la dame semblait un peu faible pour son chargement », mais n’ai récolté qu’un sourire charmant et chargé de « ah ouais, je vois, la pôôôvre… pas cool, la vieillitude ! ». Crétin.
Après cela, j’ai croisé des gens forts étranges qui trouvaient que s’exprimer en hurlant dans un train de grande ligne était normal et tentaient de communiquer avec une personne restée à l’extérieur du train. Mais si tu l’aimes tant que ça, le monsieur, il faut l’emmener avec toi… ou t’installer ici, avec lui… non, en fait, casses toi loin avec lui…
Dans le même wagon sont montés des touristes belges (donc doublement excusés) qui ont joyeusement pris place en cherchant les meilleurs sièges pour ne pas « vomir sur les autres ». Ouais, choisis bien ton siège la grosse en fluo, sinon je vais trouver le moyen de te faire réingurgiter ton big-mac de force et sous les yeux pleins de larmes de gratitude des passagers normaux.
Après quoi arrivent des québécois, reconnaissables à leur accent chantant, qui se sont enquis de la possibilité de fumer dans ces trains ; je leur aurais bien suggérer de fumer à proximité des belges, mais c’eut été par trop risqué pour la santé olfactives des autres passagers… après quoi ils ont ri comme des baleines asthmatiques à l’idée de descendre aux différents arrêts pour fumer. Mais n’ont pas pris le risque.
Toujours dans le même wagon, décidemment très pittoresque, ont fini par monter une demi-douzaine d’individus vêtus de t-shirts rouges, qui revenaient manifestement d’une compétition sportive, et ont passé la fin du voyage à s’amuser avec une corne de brume. Très frais pendant 45 minutes.
Quand je suis arrivée, les boules Quiès enfoncée dans les oreilles jusqu’à ce qu’il me reste de cerveau, j’avais nerveusement rongés mes ongles pour éviter de griffer au sang les belges, d’arracher un par un les ongles des québécois et de taper avec les sportifs sur les hurleurs… j’étais à point pour le dernier bus…
Estivale promiscuité…
En été (quand la météo le permet, s’entend…) avec l’ouverture des terrasses on se retrouve facilement très (très) près de gens qui parlent très (très) fort. L’inconvénient majeur résidant dans le volume sonore et son direct comparse : l’intérêt de ce qui se trouve à la source sonore, soit ce qui est dit. Paradoxalement, l’avantage majeur réside justement dans ce qui est dit.
Exemples tirés de ma modeste expérience de la semaine :
- Les protagonistes : un trio de personnes entre 22 et 26 ans qui ont l’air de travailler ensemble dans le restaurant à la terrasse duquel ils sont installés.
Le sujet : la vie sexuelle (ou plutôt l’inexistence de vie sexuelle) de l’une des filles.
L’objet du débat : un nouveau collègue au charme qui semble bouleversant.
La conversation (dont le niveau sonore dépasse largement le nécessaire pour être audible) :
– Ouahhhhh… il est trop mignooooon… mais comment j’fais pour le brancher ?
– Ben facile : tu lui parle, tu lui dis qu’il te plaît…
– Oui, mais ça avec moi, ça marche jamais ! j’peux t’dire que j’ai essayé ! j’comprends pas…
Petite digression : moi je vais t’expliquer : tu es vulgaire, tu débordes de ton slim trop court, le bleu électrique de ton haut fait ressortir tes boutons et surtout, tu as dans le regard cette infinité de vide qui laisse augurer d’une connerie abyssale. En plus de quoi tu as une voix de canard (si les canards parlaient, ils le feraient comme Donald Duck, nous sommes tous d’accord ?)
– Ouais, mais j’te jure, je suis allée le frôler plein de fois et ça n’a rien donné
… sic… si des frôlements suffisaient, ça se saurait…
– Nan mais vas-y carrément, c’est mieux ! (Conseil de fille, décidemment la gent féminine a bizarrement évolué)
On suivit toute une liste de considération du même bord, hautement instructives. Petit florilège :
– J’ai trop les boules que je vois les vergetures sur mes seins ! (ma préférée ! à l’heure du dîner et devant un plateau de tapas, ça fait son petit effet…)
– C’est comme un petit bouton au milieu de la figure : tu as l’impression que tout le monde le voit, mais y a que toi qui le vois ! (vu le tour présumé de la poitrine susnommée, je doute que ce soit « comme un petit bouton », l’image est fleurie mais sacrément inadaptée…)
– J’fais du karaté (hahahaha !!! j’ai du mal à y croire), j’ai pas peur, j’ai l’habitude de m’battre !! (hahaha, kung-fu panda qui se prend pour Bruce Willis !)
– Etc etc…
- Les protagonistes : deux jeunes femmes dont une se déplace avec une béquille et un petit chien en laisse (ce qui peut sembler périlleux).
Le sujet : la vie sexuelle (ou plutôt l’inexistence de vie sexuelle) de l’une des filles.
L’objet du débat : mais que faire ? (Notez au passage que si des solutions existaient, elles seraient diffusées par tous les médias existants ou en passe d’exister et feraient la fortune de leurs découvreurs)
La conversation:
– Viens là mon cœur, on est arrivé, tu seras bien installé ici !
…sic… elle parle au chien…
– Ah non ! pas au soleil ! je vais faire une insolation ! (oui, mais là il s’agit du premier rayon de soleil de l’été, on peut l’apprécier, peut être… on est presque fin Juillet…)
– Oh ! mais cette carte est pleine de viande (c’est souvent le cas dans les restaurants qui affichent « cuisine traditionnelle »)
– Ma vie c’est n’importe quoi : je pars une semaine en vacances, seule…
– Oui, mais ça va changer, tu vas rencontrer quelqu’un et tu pourras partir avec lui (essaye de frôler tes collègues de boulot, ça a l’air dans le vent…)
– Pfff… tu parles… l’an dernier je suis partie avec mon père ! ça fait 5 ans que ça dure !
– Oui, mais crois-moi, CA VA CHANGER, c’est pas possible autrement !
– Oui, mais ça fait 15 ANS QUE J’ATTENDS QUE CA CHANGE… c’est pas normal, je ne comprends pas… oh, mon cœur, tu as chaud ! (-toujours au chien – ben là, sans vouloir sombrer dans un délire psy, j’ai un embryon d’explication… )
– -Bon, je mangerais bien du poisson, moi, allez on s’en va, hein mon cœur ?
- Les protagonistes : une jeune femme maquillée comme un camion tout neuf et apprêtée comme si elle allait participer à une émission de téléréalité destinée à lui trouver un mari et un homme de 2 fois son âge, habillé à la cool et très accroché à ses lunettes de soleil (ils sont à l’ombre)
Le sujet : la vie artistique à venir de la fille. (Mais il s’avère assez rapidement qu’il s’agit, en fait, de sa vie sexuelle en devenir…)
L’objet du débat : comment lancer une carrière.
La conversation:
– Lui (sourire carnassier et chemise hors du pantalon) : tu va voir, la scène, c’est rapidement une habitude…
– Elle (rajuste modestement sa jupe pour masquer une portion de cuisse) : oui, c’est sûr, il va falloir que je me convainque…
– A après, avec tous les scénarios qui vont arriver, tu pourras choisir ce qui te convient le mieux (ah bon ? c’est simple comme ça ?)
– Oui ! c’est sûr !! il va falloir que je m’adapte !! (sourire ingénu)- Oui, c’est sûr !! mais je ne connais pour l’instant sans doute pas les bonnes personnes… (ta daaaaaa ! je t’annonce que tu viens de trouver !!)
– Etc etc…
Un autre petit inconvénient de la promiscuité estivale m’a été révélé hier soir : lors d’un spectacle de théâtre par ailleurs très bien (« Le bourgeois gentilhomme » mis en scène par D.Podalydes), une odeur plutôt très désagréable et plutôt très reconnaissable a envahi brusquement mon environnement culturel.
Une odeur de pieds.
Impossible que ce fut moi (mes pieds savent se tenir) alors… qui était responsable du désagrément ? Un discret coup d’œil a permis de constater qu’il s’agissait de ma voisine de gauche, qui avait ôté ses chaussures et partait manifestement du principe que dans le noir, les pieds n’ont pas d’odeur. Distinction, quand tu nous tiens…
La suite par ici
