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Amour et coups de fouet
Lecteur-Chéri-Ma-Boule-De-Glace-Caramel,
Il ne t’a pas échappé que cette semaine, c’était la St Valentin. L’écœurante débauche de cœurs, cartes, sucreries et autres gadgets variés allant du rose bébé au rouge pétasse m’a amenée à une profonde réflexion sur les aspects historiques de cette fête (jusque-là considérée par mes services comme bêtement mercantile).
Stupéfaction.
A en croire internet, ce Dieu du savoir universel, la St Valentin plonge ses racines dans le pire de la dépravation humaine. Sans déconner. Voilà le topo :
D’abord, j’apprends que dans la Rome ancienne, la St Valentin consistait à pourchasser les jeunes femmes dans les rues pour les fouetter avec des lanières de peau de chèvre. Non, rien ne justifie un comportement violent, idiot, sexiste et méprisant, n’en déplaise à l’homme orange récemment installé à la maison blanche. On dit que le chemin le plus court pour aller d’un point A à un point B est la ligne droite et j’en conviens aisément. Mais je ne vois pas quel chemin ivre a pu, même à travers les siècles, mener d’une flagellation publique avec un matériau puant à un innocent envoi de cœurs par la poste. L’homme est-il oublieux à ce point ? On dirait bien.
Dans la foulée, je découvre avec horreur que les mêmes romains, le 14 février, composaient au hasard des couples de jeunes gens (innocents) pour des jeux érotiques qui étaient célébrés partout dans Rome. De la partouze légale, pratiquée au vu et au su de tout le monde. Loana et sa scène de la piscine peut aller se rhabiller, quelle bande de petits joueurs le loft… Si la téléréalité avait existé à l’époque, l’homme orange qui squatte la maison blanche aurait pu prétendre à l’Olympe…
A côté, la déclaration fébrile d’amour, le restaurant chic ou le bouquet de roses rouges sont ri-di-cules et affreusement hors sujet. D’autant plus stupides que seulement poussés par l’agenda. Saint Valentin mon fondement, donc. Orgies, partouzes et perversion, plutôt. Homme du 21è siècle, petite chose totalement ignorante des origines de ce qui fait ton essence et ton quotidien, tu devrais avoir honte…
Notons au passage que Cupidon, ce doux dodu angelot décocheur des flèches de la passion est à l’origine un gros pervers qui ne pensait qu’à faire souffrir ses cibles, se gaussant de plonger d’innocentes victimes dans les affres de la douleur amoureuse.
Je prends peur rien qu’à l’idée de découvrir qui est vraiment le père Noël…
Help
Je m’appelle Mathilde et je suis prisonnière. Je ne sais pas depuis combien de temps, j’ai perdu le compte des nuits. Je ne sais même plus en quelle saison nous sommes. J’aurais dû me méfier de cette femme, mais elle avait l’air équilibrée, drôle, elle avait une vie sociale, des centres d’intérêt… tout pour me séduire. Quand je l’ai choisie, je sortais d’une relation assez simple avec un enfant de douze ans qui ne rêvait que foot, mangas et vacances à la mer. C’était reposant, mais sans grand intérêt. Je ne suis ni passionnée de foot, ni spécialement versée dans la BD. Avide de me renouveler, je l’ai quitté sans regrets, au cours d’une nuit agitée qui m’a amenée à percuter les rêves de Sandra.
Sandra… belle, soucieuse de son apparence, des bottes à hauts talons, des dessous en dentelle, de bons vins, des soirées arrosées,… Ça semble futile, mais je me sentais irrésistiblement attirée par ce piment. J’ai cédé à un moment de sa nuit où elle oscillait entre rêve éveillé, semi-conscience boostée au champagne et désespoir à l’idée du réveil matinal. Quand, dans l’obscurité confortable, on sait que la journée à suivre sera longue, parsemée de micro-siestes et où il faudra à tout prix éviter le contact avec une surface réfléchissante quelle qu’elle soit. La voir se débattre dans ce moment de fragilité m’a séduite.
J’ai donc intégré la vie nocturne de Sandra, jonglé avec quelques bulles de champagne, profité des délirants rêves éveillés qu’elle se faisait. Ça aussi, ça m’a séduite. Qu’une femme de sa classe se rêve en princesse redresseuse de torts, en walkyrie du bureau, en déesse de la salle de sport, ça m’amusait. Elle m’a eue par le rire, Sandra. Ce premier contact a été fou et j’étais tellement soulagée de quitter le foot et les maillots en matière synthétique…
Il ne m’a pas fallu longtemps pour découvrir que cette nuit était un leurre. Une erreur dans mon existence, une parenthèse dans la vie de Sandra.
Sandra est insomniaque. Je me suis vite engluée dans le décompte de ses nuits sans repos. Comme elle, je suis ivre de la fatigue de la veille obligée. Des heures passées à guetter les quelques minutes de sommeil qui me permettraient de changer d’hôte. Parfois, je sombre dans une inconscience lourde pour me reprendre hébétée, percluse des courbatures de la vie de Sandra. Mes yeux piquent du sable de ses doutes, mes jambes tremblent de ses angoisses et mon ventre est tordu par son stress.
Je titube sous le poids de sa vie consciente, alors que je n’ai pas vocation la connaître. Ses problèmes de cœur, de boulot, de famille, ses frustrations, m’asphyxient lentement. Moi, mon credo, c’est de profiter des moments de relâche où vos cerveaux s’affranchissent de la raison, de surfer sur vos inconsciences. Je suis faite pour explorer les méandres inaccessibles de vos esprits, je m’alimente de vos subconscients. Mais il me faut votre sommeil.
D’où je vous écris, je me trouve condamnée à visualiser sans fin le cinéma nocturne de mon hôtesse. Coincée dans les replis de la couette, ivre du parfum de son impuissance à trouver le repos.
Je m’appelle Mathilde, je vis dans les rêves. Je suis prisonnière. Si vous me lisez, c’est que j’existe encore. Aidez-moi.
Le chat, la carpe et l’hiver
Lecteur-Chéri-Ma-Crevette, il ne t’aura pas échappé que cette semaine, nous avons eu l’ouverture des soldes, la pleine lune, un vendredi 13 et le premier débat des primaires de la gauche.
D’ici à ce qu’un loup-garou vêtu d’une cape bleu marine rehaussée d’un col en fausse fourrure imprimé léopard et portant un bouquet de trèfles à 4 feuilles se présente aux élections…. Sans compter la vague de froid qui semblerait s’installer sur nos contrées. En même temps, on est en Janvier. C’est la canicule qui serait étonnante.Bref, en ce début d’année fraîchouille, rien de bien exaltant.
Raison pour laquelle je te propose une petite digression. Tentons la poésie, que diable.
Le chat, la carpe et l’hiver
C’est l’hiver et gros maître chat n’en peut mais
Le roux à longues moustaches, par la glace surpris
Se trouve à marcher droit sur la mare d’où, désormais
La carpe turquoise aux reflets d’or, pleine de mépris
Le toise, le moque, se gausse et, provocation suprême,
Nage au rythme de son pas, suivant, dans un rire canaille,
L’animal poilu qui ne rêve que d’avaler son rival d’écailles.
Le fourré se sent, pour cela, prêt à tout, capable d’extrêmes.
« Tu verras, hurle-t-il, écumant, à travers la glace bleue,
Ton rire se tarira de lui-même quand j’aurai saisi ta queue,
Ouvert et vidé tes entrailles, puis grillé ton corps froid »
Le poisson, pour répondre, se colle au plafond d’eau solide
« Essaie donc, pauvre animal au sort lié à la température!
Ici, crois moi, malgré ton air, tu es loin d’être le roi »
Furieux, le rouquin fait rouler une pierre, telle un bolide,
Depuis la rive blanche et douce jusque sur l’eau dure,
Brise la glace, y enfonce patte et griffes, fouille l’eau glacée,
Sa bêtise obstinée fini par agacer le gros poisson mordoré,
Qui titille et excite sa convoitise. Tout à son acte prédateur,
Le chat têtu ne sent passer l’heure
Et bientôt se trouve coincé,
La patte prise par l’eau gelée
Jusqu’à la nuit des temps, le poisson n’en finira pas de rire,
« Gros idiot confit d’ignorance, n’oublie pas
Que la nature est plus forte que toi,
Sur ce, je te laisse réfléchir à ton misérable avenir »
C’est le cris de désespoir du chat pris, miaulant son infortune,
Qui résonne encore aujourd’hui, par les nuits de pleine lune.
L’appel de l’albâtre
Dès que je l’ai vu, j’ai su.
Dès que j’ai vu son visage pâle, ses yeux de lapis-lazuli, sa barbe soigneusement bouclée, son sourire apaisant. Et ses mains délicatement posées sur son torse… Il m’attendait, j’en étais convaincue. Il était assis, serein comme si le temps n’avait jamais eu de prise sur lui.
Dès que je l’ai vu, j’ai su que je n’aurai de répit tant que je ne l’aurai pas vu.
En vrai.
L’objet de mes désirs était à une heure de TGV. Un homme comme ça, ça se gagne.
Je n’ai pas regretté le train fendant l’aube glacée de ce mois de Décembre déprimant, la marche dans la brume, la sensation d’extrême solitude mélangée à du doute qui m’étreignait à son approche.
Dans sa boîte de verre, devant un mur rouge sombre, il m’attendait. Depuis son socle, les reins ceints d’une peau de bête, il s’est prêté à tous mes caprices. Si je ne lui pas fait l’offense d’un selfie, je l’ai bien accaparé quinze minutes -A peine une virgule dans le roman de ses 4400 ans (de préférence écrit par Dumas) – Nous fusionnions, je l’aurais juré. Malgré la foule, je l’ai eu rien qu’à moi. Comme si j’étais seule à le voir.
J’aurais tellement aimé le toucher… je n’ai pas osé. Il faut dire que la grosse gardienne en tenue de polyester bleu marine, son badge arrogant en équilibre précaire (et quasi horizontal) sur une poitrine surréaliste m’en a assez rapidement dissuadée. Ne pas déplacer les vitrines est une règle muséale.
Je suis restée à le contempler jusqu’à la fermeture de la salle. A force de le fixer, j’avais la sensation de pénétrer les sages pensées de cet homme d’albâtre.
Le trajet du retour a passé en contemplation des clichés et revues dédiées à cette envoutante statuette. Epuisée par le voyage, je me suis endormie à peine couchée.
La blancheur de l’albâtre a aussitôt envahi mes rêves. La tête chauve, démesurée, a empli mon champ de vision, les yeux de lapis-lazuli ont vrillé mon cerveau et une voix chaude s’est enracinée dans les méandres de mon imaginaire. Petit à petit, la fièvre est montée, une sueur salée a inondé ma peau, piquant mes lèvres, brûlant mes yeux fermés. Le rêve s’est fait prégnant, devenant cauchemar. J’ai vacillé, comme pendant cette microseconde qui nous coule avant le sommeil, mais la chute a duré des heures. L’étreinte fiévreuse s’est resserrée, se transformant en délire mystique. Toute la nuit, il m’a sourit, m’a parlé avec beaucoup de sagesse, de gentillesse. Il a eu quelques phrases étranges à propos de la passation, de la prolongation des rêves, de la nécessité du partage et des joies de la méditation. Ivre de chute et de chaleur, je ne comprenais pas grand-chose, mais ça n’avait pas d’importance.
Je me suis éveillée engluée par les sensations de la nuit. Hagarde, incapable d’articuler une idée, à moitié consciente. Assez bizarrement, je crois distinguer des visages, des corps.
Une salve d’éclairs achève de me rendre un semblant de lucidité. Il y a un orage, j’ai dû oublier de baisser le store. Je tends le bras vers mon téléphone pour regarder l’heure, mais il ne se passe rien. Je retends le bras. Toujours pas de mouvement. Je tourne la tête. Non, rien ne veut bouger en moi, et toujours cet étrange défilé de visages, de culs… tiens, un enfant me sourit ! Il est mignon, mais que fait-il dans ma chambre?
Je lui demande son nom. Aucun son ne sort de ma bouche. A vrai dire, je ne parviens pas à articuler. Mon visage est comme figé.
Je me souviens de la fièvre. J’ai dû attraper cette fameuse grippe, c’est elle qui me plombe et me fait délirer. Je vais refermer les yeux, dormir encore un peu et ça ira mieux.
Mais mes yeux ne se ferment pas. Et les éclairs reviennent. A bien y réfléchir, on dirait qu’ils proviennent d’écrans de téléphones portables.
Des écrans de portables? Je parviens à me concentrer, malgré la désagréable raideur de mon corps.
Les images s’assemblent. Ces visages… ces jambes, ces culs, ces enfants… ce mur rouge sombre au fond… Cette grosse femme au regard sévère, en tenue de polyester bleu marine… Je suis cernée de verre… On pourrait croire… Je baisse le regard et distingue un socle d’albâtre sous mes jambes couvertes d’une peau de bête.
Bingo! je comprends. A ce même instant, un barbu aux yeux bleu sombre doit se réveiller à la place que j’occupais encore hier soir. Un homme de chair, à la peau d’albâtre.
Et moi, je suis d’albâtre, tout simplement. Fixée sur un socle de la même matière, sculptée il y a 4400 ans.
Je ne suis pas triste, pas même fâchée.
Je viens d’atteindre l’éternité.
Approchez, je voudrais vous dire quelque chose. C’est moi, là, devant vous, dans cette boîte de verre! C’est moi que vous venez admirer!
Et je suis d’accord pour les selfies.




