Rébellion quantique – Part 11

Roxane participe à des opérations menées par une organisation illégale dirigée par Franck, l’Asso. Ils empêche le gouvernement d’obliger les populations les moins aisées à quitter les villes pour le 3e cercle de banlieue. Roxane pose des bombes dans des immeubles en construction, tout en étant sûre de ne pas se faire prendre: elle est un individu quantique, dont la vie se déroule à cheval sur plusieurs réalités. Sa nouvelle mission la conduit à organiser l’enlèvement du ministre de la vie en ville, pour faire plier le gouvernement.  Lors de son dernier saut dans l’espace-temps, elle a emmené avec elle un petit garçon qui se révèle être le petit-fils de l’otage. Pire, elle découvre qu’elle est un agenda double-double: son « moi local » se sert de ses relations avec le ministre pour lui voler des informations utiles à l’Asso et son « moi quantique » exécute les instructions des rebelles. Alors qu’elle découvre que la mère de l’enfant la connaît dans un autre monde, elle doit préparer son prochain saut dans le temps et l’espace. Elle désobéit à l’Asso en avertissant, pour la protéger, son double dont elle craint qu’elle ne fasse l’objet de répression. Résultat: deux Roxane se retrouvent dans un monde antérieur: l’une, recherchée pour ses actes terroristes, œuvre parmi les rebelles, et l’autre fait face à un Franck déconfit qui lui apprend qu’une troisième Roxane existait déjà dans ce monde. Par ailleurs, Inès, la mère de l’enfant, s’avère être la voix. 

Le début (ça devient compliqué j’en conviens) se trouve par ici

*

Donc, je suis trois. Manuel n’est qu’un et Inès est sa mère, plus jeune qu’elle n’aurait dû mais le petit ne s’en rendra pas compte. Elle ne profitera jamais des premières années de son fils, qui vient de lui arriver à cinq ans. Inès est bien « la voix » et, détail croustillant, la compagne de Franck (je suis gênée d’imaginer qu’ils ont bien dû rigoler de mes émois) qui se trouve donc être … le père du petit.

Inès m’a tout raconté avec douceur et en prenant le temps de m’exposer les différents (et nombreux) évènements perturbateurs que j’ai déclenchés dans ce monde et par ricochet dans tous les autres mondes, avec ce qu’elle appelle gentiment « mon comportement spontané » (et que je traduis par « mon irresponsabilité enfantine, « mon égoïsme crasse », « mon incapacité à anticiper les ennuis »)

En résumé, dans ce monde antérieur à ceux d’où je viens (mais je n’ai pas rajeuni, à mon grand dam) , se baladent trois facettes de moi.

  • La rebelle recherchée, la plus dangereuse.
  • Celle d’origine, amie d’Inès, maintenue au secret chez elle, mon moi confiné à cause moi, qui flippe de ne pouvoir sortir et mener une vie normale.
  • Moi, qui vous parle, la cause de tout ce merdier, la seule à connaitre ma trinité, et manifestement la seule à pouvoir réparer les dégât

Il faut trouver une idée pour me sortir de là. Par « me sortir de là », j’entends au sens strict, le moi qui est moi. Les autres sont trop difficiles à gérer, autant qu’ils prennent leur autonomie. Je sais, c’est moche de ma part, mais l’humain n’a pas été conçu pour réfléchir de façon quantique, ça se saurait.

– Puisque tu es la voix, tu dois pouvoir me renvoyer dans un ailleurs où je ne suis pas… (c’est tout ce que j’ai  trouvé…)
– C’est plus compliqué que ça. Tu dois en effet partir où tu n’es pas encore, ce qui signifie dans le futur, mais dans un futur où ton second toi ne risque pas d’arriver, ni d’avoir une descendance qui pourrait s’avérer perturbante.
– Et comment on s’assure de ça ?
– Roxane, je suis désolée…
– Hein, pourquoi ?
– …
– Vous allez me tuer ?
– Nous n’avons pas le choix. Nous allons devoir dénoncer la rebelle et la faire abattre par le gouvernement.
– Et qui va avoir l’honneur de me dénoncer ? Franck ? il s’en fout, lui, maintenant qu’il a son fils. (je suis bêtement méchante, mais ça me soulage)
– Tu vas devoir t’en charger…
– Hein ? Si vous croyez que je vais accepter…
– C’est elle ou toi.

Au regard que me lance Inès, je comprends qu’elle ne plaisante pas.

– Roxane, tu dois aider à remettre le continuum espace-temps dans ses rails, sinon l’humanité risque de disparaitre
– Rhahahah ! Bien tenté ! Tu veux rire, comment moi, toute seule et à moitié fantôme, j’aurais le pouvoir de dézinguer l’humanité ?
– Tu as déj entendu parler du battement d’ailes du papillon ?
– Oui, comme tout le monde…
– Hé bien, à l’heure ou je te parle, il y a de gros risques pour dans certains mondes, les occurrences de toi soient si nombreuses et aient des modes opératoires rebelles si variés et des buts si divers, que les gens se soient groupés en sectes qui s’entre-tuent sans raison.
– …
– Je préfère ne pas trop entrer dans les détails, on perd du temps et dans ce cas précis, le temps est d’une préciosité abyssale…
– OK, dis-moi auprès de qui je dois me dénoncer

*

Se regarder captive et huée à la télé est la dernière chose que j’aurai imaginé faire, mais je passe ma première soirée dans ce monde cloitrée dans une chambre d’hôtel à m’observer, encadrée par la police, sur des vidéos qui tournent en boucle. Les assertions les plus fantaisistes circulent à mon sujet, et je suis incapable d’en démêler le vrai du faux. Condamnée avant même d’avoir été jugée par des journalistes haineux et des chroniqueurs belliqueux qui m’érigent en danger universel pour l’avenir de l’homme (et de la femme). Pas une de ces personnes ne m’est familière, mais ils sont tous l’air de me connaître personnellement, à minima de m’avoir croisée un jour. Selon eux, j’aurais participé au sabotage de milliers ce chantiers de construction, obligé des populations entières à migrer dans des endroits insalubres, généré des comportement liberticides de la part des gouvernements en place depuis plusieurs années. Au bout de quelques heures de lavage de cerveau par les flashes d’information, je me trouve flippante et suis presque satisfaite de m’être dénoncée.

Fort heureusement, sur les canaux cryptés, un autre son de cloche provient de la rébellion que je dirige. Ils pleurent la perte d’une âme guerrière dévouée à sa cause, d’une sauveuse de vies, d’une combattante pour la liberté. Des gens défilent pour me crier leur amour, des familles me remercient de leur avoir permis de conserver leurs maisons.

Je suis paumée.

Vers 3h du matin, j’éteins la télé. Dans la pièce d’à côté, Manuel dort dans les bras de sa maman. J’aurai au moins contribué à ça.
Impossible d’imaginer dormir. Je suis dévorée par le besoin de  disparaître au plus vite, de laisser l’autre moi sortir de sa maison et reprendre une vie normale. Une vie normale après s’être coupé et teint les cheveux, avoir mis des lentilles et changé de nom, mais une vie normale. C’est tout ce que je peux lui offrir.

*

 

– Franck, fais-moi quitter ce monde, je t’en prie
– On y travaille. Mais la situation, même si elle s’est améliorée depuis ta dénonciation, n’est pas facile. Dans un énorme pourcentage de mondes, tu existes et tu mènes la révolte. A vue de nez, si veux atterrir dans un monde sans toi, tu vas faire un saut dans le futur tellement énorme que je ne peux pas te garantir une arrivée en sécurité.
– Comment ça ?
– C’est un futur auquel je n’ai pas accès, Roxane
– Comment ça ?
– Je n’y suis pas…
– J’ai compris, merci, mais pourquoi ?
– Je n’en suis pas encore sûr, mais il semble que je finisse par me faire exécuter par le gouvernement. Quelqu’un me trahira.
– Tu sais qui ?
– Non, comment le pourrais-je ?
– Tu as l’air de tout savoir.
– C’est gentil, mais là, non, je ne sais pas. Moi aussi, j’en ai marre, Roxane. Arrête de me poser des questions. Si tout ceci arrive, c’est en grande partie ta faute.
– Fais comme tu peux, Franck, mais il ne faut pas qu’on se fâche, je ne voudrais pas être la personne qui te trahi…

Je ne sais pas pourquoi j’ai dit ça, ni comment l’idée m’est venue, mais elle me semble cruellement réaliste et probable. C’est la première fois que je raccroche au nez de Franck.

*

Suite et fin par là

Publié le 29 avril 2020, dans histoire courte, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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