Archives Mensuelles: octobre 2017

Je suis un avatar

Lecteur-chéri-mon-pandi-panda,

Ne t’émeus pas de la jeune femme si confortablement installée  qu’on a immédiatement l’envie folle d’être à sa place, tu sauras.

Ca y est, j’en suis sûre: je ne suis pas du même monde que toi. Nous n’avons strictement rien en commun. Déjà, et ce depuis des années, je m’adresse à toi via le oueb, ce qui aurait dû attirer ton attention…
L’explication est simple: Figure-toi que je suis dans la matrice. Mon univers, c’est la toile, mes amis, ce sont les émojis, je me nourris de clics et je me réchauffe aux LOL. Je vis littéralement dans les fils gluants de la toile mondiale. Ça en jette, non?
L’avantage à se trouver de mon côté du net, c’est que tout ce qui se lit, voit, entend est accessible. L’inconvénient, c’est que tout ce qui se goutte, sent, touche ne l’est pas. Regarder des photos de tes brunchs dominicaux ou de ta chasse aux champignons, c’est sympa, mais frustrant. Admirer ton corps d’éphèbe tatoué, c’est agréable, mais le toucher, ce serait mieux. Et aussi, il faut avoir une sacrée capacité à filtrer la connerie, qui comme chacun le sait est la chose la mieux partagée au monde.
Je me suis rendue compte que je suis un avatar quand j’ai réalisé que mes sens sont limités au visuel et à l’auditif. Les autres sens ne sont que de vagues souvenirs. Le grandes émotions me sont impulsées par le visuel associé aux souvenirs, c’est comme ça que l’illusion est préservée.
Là où ça craint, c’est que je ne dois ma survie qu’à un nombre de clics: en gros, si je veux continuer à naviguer tranquillou et diffuser des images caustiques ou des textes à l’humour ravageur au cœur de la toile, il faut qu’on m’aime. Quand je dis qu’il faut qu’on m’aime, c’est une allégorie, bien sûr. On ne m’aime pas vraiment, ce qu’on aime, c’est l’image que je procure quand on me like. Une mise en abyme.
En revanche, pas de clics et je disparais. De façon assez perverse: ce qui se passe, c’est que si les gens ne s’intéressent pas à moi, je suis moins visible. Si je suis moins visible, les gens qui potentiellement pourraient s’intéresser à moi ne me voient pas et je disparais un peu plus. Encore une fois, la notion est biaisée, les gens ne s’intéressent pas à moi, mais à l’image qu’ils ont d’eux en me cliquant dessus. Je précise ici que ça chatouille. Chaque clic que je reçois me chatouille. Si je devais recevoir l’honneur de milliers de clics, je mourrais de rire nerveux. L’avatar meurt d’oubli et aussi de mauvais rire. De là à envisager que mauvais rire et oubli sont des armes de désinformation massive, il n’y a qu’un pas que je me garderai bien de franchir. Parce que sur la toile, un pas, c’est comme au bord du fossé: ça entraîne une chute.Et une chute dans les profondeurs du oueb, c’est le risque de croiser C Jérôme. On  évite. Si tu ne me crois pas, clique ici:https://www.youtube.com/watch?v=UWZgMXGqA5Y

Certes, je m’épanouis sous tes Like répétés et  je m’illumine de tes partages, mais je dépends de toi. Et ça, ça craint velu. Pour faire une analogie entre le clic et la culture, c’est comme si se balader dans la rue avec le dernier Goncourt sous le bras, titre bien visible de tous, était la preuve ultime d’un esprit affuté.
Ce système pervers est géré par une entité surpuissante qui s’appelle le Grand Algorithme. Si le GrandAlgo ne te propulse pas en avant, tu es condamné à t’éteindre. et je refuse de pervertir mon sens aigu de la transgression avec des chatons mignons.

Résultat, chaque jour qui passe, je me sens m’enfoncer lentement dans les bas fonds du oueb.

A la minute où je t’écris (grâce à un stock de vieux LOL périmés donnés à un émoji véreux qui m’a laissé accéder à quelques espaces Whatsapp en contrepartie), je suis cernée de vidéos des 2Be3 et de développement personnel. Je ne vais pas supporter ça longtemps et à ce niveau de profondeur, les like ne me parviennent déjà plus. En dessous, il y a les films d’Aldo Maccione et les disques d’Herbert Léonard. Je vais crever entre les seins de Sabrina dans le clip « Boys boys boys ». JE NE VEUX PAS!!!

Ces quelques lignes sont donc un cri que je pousse sur la toile. Un cri écrit, un cri virtuel, un cri composé de lettres et de mots. Donc, assez logiquement, pas un cri. En même temps, comment pousse-t-on un cri? Un cri roule-t-il, pour qu’on puisse le pousser? Admettons que dans un univers aussi virtuel que le net, on puisse crier. Le net, c’est comme l’espace dans Alien. Tu peux crier tant que veux, on ne t’entend pas. C’est pour ça qu’on a créé des codes. Par exemple, pour crier sur le net, il FAUT ECRIRE GROS. Dans la vraie vie, si tu écris gros sur ton cahier, on pense que tu es bigleux. Mais ici, quand tu écris gros, on voit que tu es énervé.

Bon, ‘faut que j’accélère, par ce que les photos de David Hamilton me cernent, ma fin est proche. J’entends déjà les voix de Peter et Sloane.

Récemment, j’ai tenté une expérience: j’ai mis un bellâtre au corps huilé et en slip léopard sur mon article. Bingo! J’ai eu au moins 10 fois plus de lecteurs. Enfin, ça c’est que dit le net. En vrai, 10 fois plus de gens se sont connectés. Je pense que seules 2 personnes ont vraiment lu, les autres ne voulaient que mater le bellâtre. On est peu de choses. Mon génie est suspendu à un slip léopard. Ça ne me fait pas de bien.

En conclusion, si je veux survivre dans cet univers impitoyable, il faut continuer sur cette voie…Voilà, tu sais pour la fille lascivement étalée sur un véhicule pollueur.

Pour toi que j’aime d’amour ❤ ❤ <3, une petit vidéo qui fait plaisir

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De l’intérêt d’avoir des puces

Lecteur-chéri-ma-girole,

En cette semaine de sortie de « Blade Runner 2049 », parlons un peu d’avenir. Le tien, le mien, le nôtre… celui des puces sous-cutanées.
Ce n’est même plus de l’anticipation, nous sommes en plein dedans. Ou plutôt, elles sont en plein dedans nous. On fait même des « implants party », sortes de soirées mousse, mais où on t’injecte une puce RFID dans le corps. Youpi…

Et pourquoi ? me diras-tu, naïvement occupé à arroser tes fleurs dans le doux soir automnal…
Mais pour mieux te contrôler, mon enfant, répondrai-je…

L’ambition de ces puces est de remplacer ton sac à main, lectrice et de vider ta poche de jean, lecteur (je n’ose imaginer que les gens de qualité qui me lisent portent des bananes ou des baise-en-ville –tiens, petite digression, comment orthographier « baise-en-ville » au pluriel ? soit « baises-en-ville » et ça fait chaud-lapin, soit « baise-en-villes » et ça fait quantique. Partons sur le quantique- )
Donc, avec une puce dans la main, tu ouvres la porte blindée de ton appartement, tu circules en métro, tu paies son pain, tu rentres tranquilou sur ton lieu de travail.

Laisse-moi te prédire l’avenir, mon-lecteur-à-moi : l’avenir sera fait de gens munis de toutes petites lames de rasoir qui viendront faire de toutes petites incisions dans les mains qui traînent, pour s’accaparer des identités des gens non munis de lames de rasoir. Ça s’appellera le trafic d’identité et, après le trafic d’eau potable, sera le crime le plus lucratif de la planète. Et toi, naïf jardinier du dimanche, frêle bobo véhiculé par une trottinette électrique, tu n’auras plus aucun moyen de prouver qui tu es. Vu que tu auras joyeusement fait un autodafé de tes papiers d’identité, que tu auras recyclé tes clés en bijoux de peau et que ta carte bleue sera encadrée en hommage à une époque révolue. Mon pauvre bichon.

Attends, il y a mieux : c’est que ça marche avec une app (Trop cool, comme les apps sont les machins les mieux sécurisés du monde, on ne craint rien alors)

Je rajoute de ce pas une catégorie de gens : ceux qui vont pirater les puces. Encore mieux. Tu ne sauras pas qu’on a changé ton identité malgré toi, que tu as acheté des armes sur le dark-net et que tu es atteint d’une maladie grave et super-contagieuse.
Tu finiras en prison.

Et encore, là je n’ai pas trop de temps, donc je vais à l’essentiel. Je n’ose imaginer que la puce sera implantée à la naissance, par exemple. Ou qu’elle enverra des nano-ondes qui stimuleront ton cerveau pour te faire éprouver des sensations que tu ne vivras pas. Ou qu’elle sera pré-équipée de souvenirs que tu n’auras jamais vécus. Si tant est qu’on peut parler de vivre à ce stade.
Pfff… je vois défiler non pas ma vie, mais tous les films de SF les plus pessimistes…

Voilà le topo : si tes parents sont riches, ils t’équipent de super-souvenirs, te permettent de vivre des sensations folles et blindent ton compte en banque. Mais du coup, tu es la cible de tous les dealers de puces. Qu’on appellera des épouilleurs (parce que j’aime imaginer qu’on aura encore un peu d’humour)
Si tes parents sont pauvres, tu deviens une machine vide tout juste bonne à travailler dans un bureau.
Pire: Si tes parents ont fait de la prison, tu deviens contrôleur des impôts.

On commercialisera des banques de souvenirs et de sensations. Rapidement, on aura des kits dans les hypermarchés. Mais comme les producteurs auront été éreintés, ils mettront en vente des souvenirs low-cost et des sensations merdiques. Les puces se détraqueront sous la peau des implantés et se diffuseront dans tout le corps par le sang. Les malades se mettront à transpirer des souvenirs pourris et des sensations désagréables. ils deviendront fous. Ce sera contagieux.
Les gens erreront, nus, leurs souvenirs collés au corps comme autant d’hématomes douloureux. On fuira les malades, on les parquera dans des zones emmurées. Ils n’auront d’autre choix que de s’accoupler et produiront des générations de dépressifs chroniques dont le sang sera épaissi de sensations dégueulasses.

Pendant ce temps, les riches, incapables de produire des souvenirs à eux, s’ennuieront ferme : ils auront tout essayé.

A ce niveau, si tu me lis toujours, c’est que tu es un redoutable optimiste… je t’autorise un verre de rouge.

Donc, revenons aux riches. Il y en a bien un qui aura l’idée d’organiser des combats de dépressifs, histoire d’agrémenter les brunches dominicaux.
Les pauvres se battront donc dans la boue, échangeant noires pensées et souvenirs merdiques jusqu’à ce que le plus faible craque et se mette à pleurer.
Et là, les riches créeront des associations pour sauver les dépressifs, il y aura révolte.

Les mecs aux rasoirs seront payés pour extraire toutes les puces de toutes les mains. Ils deviendront riches et reconnus,  formeront une milice super-puissante. Le plus gros avec la plus grosse lame de rasoir finira par prendre le pouvoir. Il réduira les riches en esclavage et tuera les pauvre pour les manger. Le monde sera peuplé de sauvages incultes et d’esclaves aux mains mutilées, il tremblera devant un épouilleur. Là, je sens que je te fais rêver, Lecteur-Chéri-Mon-Oeuf-Frais.

Bon, j’arrête là, tu as compris le topo. Ressers-toi un coup de rouge pour te soulager.

C’est ça qu’on veut, avec ces puces ? Non, vraiment, je me demande…
Arrose donc tes plantes, lecteur-chéri-mon-omelette, c’est important la nature.

Pour ceux qui auront eu le cœur d’aller au bout de mon délire, sachez que je voulais illustrer le propos avec une image de guerrier barbare et sanguinaire. J’ai tapé dans Google « homme sauvage » et ça m’a ramené ça:

Non, sans déconner, on vit dans un monde bizarre…