Archives Mensuelles: août 2015

L’agonie hystérique de mes amours estivales

…. puisse leurs cris silencieux hanter les cauchemars des protagonistes…

Lecteur-Chéri-Mon-Amour (LCMA pour les intimes), tu n’es pas sans savoir qu’haïr, c’est presque aimer. Comme il est sans conteste plus porteur de parler d’amour que de haine, je vais biaiser un tantinet la droite déontologie de ce blog et me risquer à parler amour pour parler haine. Il est question ici de tous les fâcheux qui ont hanté mon été, y distillant la parfum entêtant de la farce de mauvais aloi.

La palme revient clairement à mon dentiste, mais avant, je voudrais lister les inconvenants qui ont la capacité innée à pourrir la vie des autres, voire en ont fait leur métier. Je suis sûre que, toi aussi, sur ton île déserte, dans ton coin de plage paradisiaque, ton roof-top bar ou ton dance-floor à paillettes, pris dans le dernier tourbillon festif de l’agonie estivale (mais rassure-toi car l’été, tel le phénix, renaît forcément un jour ou l’autre, en un coin de la planète), tu as eu à faire à l’un des sus-nommé. Je t’encourage vivement à lever ton cocktail au champaaaaagne en mon nom. Et à chanter pour oublier. Je te propose ça, comme étendard de ma grande capacité à l’abnégation. https://www.youtube.com/watch?v=9muzyOd4Lh8

Le premier est une première, c’est la femme au sourire derrière la tête et la poitrine aux genoux, moulée dans son pantalon de polyester, les yeux barbouillés de vert pâle et la moustache naissante qui a poussé un gloussement de joie quand, le pantalon en bas des fesses (j’avais enlevé ma ceinture), les pieds collés au sol sale (j’avais enlevé mes converses), les bras en croix dans une dernière expiration christique (je bippais), elle a localisé que mon soutien-gorge à baleines faisait couiner la machine. Il faisait 45° dans l’aéroport, elle venait de vider ma trousse de toilette devant  tout le monde (c’est mortifiant, même si on sait que ça va se passer comme ça) et se réjouissait de me priver d’un flacon de 125ml de shampooing et de montrer à l’assistance que sans wonderbra, je ne suis rien.
Dans le même registre, il y a celui qui a confisqué son pistolet à eau à un petit garçon. Evidemment le gamin s’est mis à hurler. Ce n’est pas bien de priver un gamin de son jouet. Surtout quand le dit-gamin occupe le siège devant moi, que manifestement son pistolet à eau était son jouet fétiche et que son moyen de communication préféré est le hurlement.

Le second est mon téléphone, mais j’ai déjà développé tout ça par ici https://geckobleu007.com/2015/06/29/pas-de-ca-avec-moi/

Le troisième prend la forme tentaculaire de SFR. Une équipe de gens tout à fait charmants et dont l’incompétence est à la mesure de leur exquise politesse. Il y a celui qui me  fait me rouler sous mon bureau à la recherche de câbles inexistants, celui qui ne rappelle jamais, celui qui ne prend pas de rendez-vous, celle qui veut bien prendre rendez-vous mais seulement une fois que tout  le processus aura été réitéré (j’avais anticipé et passé l’aspirateur), celui qui comprend (enfin) que des travaux ont été faits dans le coin et que le problème vient sûrement de là, mais ça je l’avais dit 10 jours avant, celui qui s’étonne de ne pas trouver de gardien pour la clé (mais j’avais dit pas de gardien, pas de clé), celle qui veut m’aider mais son ordi est planté et elle n’a pas pensé à me le dire quand j’ai appelé avant de passer, etc… Finissant par me faire croire que je suis aphone et transparente. Mais surtout aphone. Ou alors que je m’exprime dans un dialecte sauvage pour lequel même Google n’a pas de traducteur. Et à mon grand dam, force est de constater que sans internet je ne suis plus grand chose. C’est triste, de réaliser que l’humanité virtuelle  prend le pas sur moi, et c’est cruel de constater que je ne peux rien y faire.

Je passe les désagréments ordinaires que sont l’imprimante obsolète qui néanmoins doit copuler avec Windows 8 (64 bits je précise) pour accoucher d’indispensables feuilles, le beep de parking qui refuse d’ouvrir la porte,  l’éclairage défectueux du local poubelle (qui oblige à viser dans le tremblotant rais de lumière de l’ascenseur, à courir vers le container choisi et à smatcher le sac poubelle en priant pour que la mémé du deuxième ne soit pas  devant) et autres menus désordres aoutiens. Tous ces trucs qui ne marchent plus seront réparés quand le monsieur qui bosse de 14h à 18h, 4 jours par semaine, dans un petit bureau poussiéreux du syndic reviendra de vacances. Qu’il a passées au camping des flots bleus, vêtu de son slip de bain à lacet et de sa casquette. Je le sais rien qu’à sa tête. Et je suis sûre que sa cousine bosse à l’aéroport et qu’elle se badigeonne les yeux en vert pâle. Elle occupait sans doute la caravane d’à côté.

Mais je les aime quand même.

Si toi aussi, tu t’es frotté à tous eux qui ne raisonnent que via des listes de questions, des horaires et des consignes inadaptées, n’hésite pas, fait-nous part de ton ire. Tu verras, ça soulage.

BettiePirate

 

Dangereuse promiscuité

 

Le voyage n’avait pas très bien commencé.
D’abord, la gamine qui racontait sa vie a haute voix, imaginant sans doute intéressants les propos puérils qu’elle ressassait à qui voulait l’entendre. D’habitude, j’aime plutôt les enfants. Mais pas ceux qui se prennent pour le nombril du monde. Ceux là me donnent envie de leur coller toutes les tartes qu’ils se prendront dans leur vie d’adulte. Une sorte d’avance sur recette.
Après, les parents qui mettaient leurs pieds déchaussés sur la table. Tranquilles. Genre « on est ici chez nous ». Bien assortis à la petite blonde dont les sourires satisfaits me glaçaient.

Mais il me fallait rester calme. Ca n’allait pas durer longtemps et je ne souhaitais pas me faire remarquer.

Le problème, dans ces cas là, c’est qu’il me faut un exutoire. Quelque chose pour détourner la tension qui monte et fini par atteindre le cerveau. Parce que quand le cerveau est atteint, je ne réponds plus de rien. Le cerveau atteint par la tension, moi, ça me fait comme un voile dans la tête. Un voile opaque, lourd. Qui m’empêche de me souvenir. Qui m’empêche de voir ce que je fais. Qui me protège, disent les médecins. Le problème, c’est que pendant que ça me protège, le voile lourd, je peux commettre des actes que le commun des mortels est appelé à regretter. Si il s’en souvient. Vous voyez ce que je veux dire.

J’étais là et je sentais la tension monter et le voile se former, malgré moi. J’ai appris une chose, avec toutes mes consultations: Quand le voile approche, qu’il étend doucement ses ailes sombres sur ma capacité à réfléchir et à me contenir, il faut l’éloigner. On dit aussi « détourner l’attention ».

La gamine s’était mise à chanter et elle avait manifestement appris qu’il est très mignon de chanter pour les gens. Je sentais l’odeur de son bonbon tandis qu’elle entonnait pour la troisième fois une comptine en Allemand. Par ce que la famille était allemande. Mais si elle avait chanté en français, ça m’aurait fait pareil. Le voile n’est pas sélectif. J’étais là, à contempler la veine bleue battre sur sa tempe à la peau diaphane, à humer les effluves de ses bonbons et à me demander si ça lui ferait mal, de lui tirer une poignée de cheveux blonds, quand j’ai nettement perçu que le voile commençait à emballer mon cerveau.
Il me fallait une diversion. Vite.
Alors je me suis levée, pour me mettre en retrait à une place isolée et j’ai commis mon premier sacrifice de la journée.

La fillette m’avait suivi sans difficulté et  me fixait intensément, rendue muette par la mise en scène qui se déroulait devant elle.

J’ai extrait de mon sac le premier et posé son corps devant moi, bien à plat. Ses yeux sans expressions semblaient voilés, eux aussi.
Lentement, je lui ai coupé les bras, que j’ai posés harmonieusement à gauche et à droite de son torse: le bras gauche à gauche et le bras droit à droite. En toute bonne logique. Cette opération terminée, j’ai délicatement coupé les oreilles, d’un coup de dent rapide et sans concession: un claquement par oreille. En déposant les deux oreilles au dessus du crâne orphelin, j’ai jeté un œil à l’enfant. Au moins, elle avait cessé de chanter. Elle semblait fascinée et horrifiée, ce mélange qui vous empêche de partir en hurlant.

J’ai détaché les jambes avec un couteau, celui que je prends soin d’affuter avant chaque utilisation. Je n’aurais pas aimé que les secousses du train me fassent faire un sale boulot. Comme pour les autres organes, je les ai joliment disposés autour du corps. C’était efficace, absorbée par la concentration que me demandait ce travail, je sentais le voile se desserrer lentement. En regardant la petite fille dans les yeux, sans ciller, je me suis mise à chantonner sur le même air que celui dont elle m’avait rebattu les oreilles. Assez étrangement, ça ne l’a pas fait rire. Moi, si. J’ai même gloussé de façon hystérique en décapitant ce qu’il restait du corps diminué.
La tête méritait une place de choix: je l’ai bien posée à la verticale, le cou calé par les brase et j’ai un peu poussé le buste. L’effet était réussi. Tant pis pour son côté surnaturel.

Je n’ai pas proposé à la gamine de porter un morceau du corps à sa bouche. C’eut été trop pour elle.

Tout en soutenant son regard angoissé, j’ai précautionneusement prélevé chacun des organes, que j’ai portés à ma bouche et dégustés, mastiquant lentement. En voyant une larme couler le long de son visage poupin, j’ai eu un nouveau gloussement de joie. Elle ne pouvait en supporter plus. Elle est partie brusquement en courant. Je ne l’ai plus entendue du voyage.

Ca m’avait ouvert l’appétit. J’ai choisi le vert pour continuer.

ours-big