Archives Mensuelles: juin 2014

Dans ton salon…

desamour

Il y a des moments dans la vie ou on se dit qu’un petit dessin vaut mieux qu’un long discours. Mais  considérons tranquillement l’idée qu’un changement de référentiel (bien trouvé) peut être aussi une bonne illustration.
Aujourd’hui, lecteur-assidu-mon-amour, nous allons faire un parallèle entre la route et ton salon.
En fait, je me trompe.
Toi qui me lis, tu es forcément subtil, fin et délicat. Plein d’humour, d’un haut sens de la dérision et de la causticité. Tu te baignes dans des pétales de roses et tu manges des chips de rayons de soleil (hé oui : vous êtes tellement nombreux à me lire que le soleil commence à faire la tête… d’où la météo impensable de ce WE estival. Tout est corrélé, fabuleux !).
Toi qui me lis, tu ne te comportes pas comme décrit ci-après. Mais tant pis, je vais quand même m’adresser à ceux-qui-ne-me-lisent-pas-et-se-comportent-comme-des-#@$£#.

Donc, pour illustrer (une fois de plus) le quotidien du motard, osons un parallèle. Toi, tu es le crétin débile moyen qui roule en liberté. Moi, je suis le motard et je viens chez toi, dans ton salon, me comporter comme toi  tu te comportes avec moi sur la route.

Je suis grosse et encombrante, parée de trucs inutiles qui font de la lumière. Je porte de larges lunettes noires qui ne laissent rien deviner de mon identité. Mais ne filtrent pas mon agressivité, dont la source remonte à une quelconque frustration liée à la taille ridicule de mon sexe.

J’arrive en portant une radio branchée sur une station inaudible, le son est à fond. Tu habites au 10e étage, mais tu m’entends depuis le rez-de-chaussée. Je monte dans l’ascenseur en chantant dans un yaourt crétin des bribes de mots que je ne comprends pas. Je choisis de bousculer tout le monde, de me précipiter sur le bouton « 10 » en empêchant les autres passagers de l’ascenseur de choisir leur étage. Ceux qui voudraient sortir se font bousculer par moi, sans raison bien sûr, juste pour le plaisir. Quand je descends, je prends bien soin de pousser tout le monde pour passer en premier en jetant des regards furieux et en marquant le rythme de la musique de la tête.

Je rentre chez toi en défonçant la porte, la sonnette ne servant à rien. Je néglige le paillasson. Cette question!!

Je t’ignore et commence à arpenter ton salon en jetant mes papiers gras partout, papiers roulés en boules dans lesquelles restent des fonds de bouffe grasse dégueulasse.

Tout le temps que dure ma visite, je mets mes doigts dans mon nez, jusqu’au coude et très régulièrement.

Si tu regardes la télé, je choisis le siège le plus proche, le pose juste devant toi et m’installe dessus. De la façon la plus dérangeante pour toi, tu l’as deviné.

Je ne t’ai bien sûr pas dit bonjour.

Si tu discutais tranquillement avec ta femme ou tes gosses, je vous interromps pour vous raconter une blague débile très grossière et je ris bruyamment en tapant sur le dossier de ma chaise. Je vous toise d’un air supérieur. Vous ne voyez toujours rien de la télé. Mon gros cul est bien plus intéressant.

Je passe mon temps scotchée à regarder mon téléphone pour m’orienter dans ton appartement. Peu importe que tu m’aies obligeamment donné des indications. Je t’ignore comme le sombre lombric que tu es et je sms tous mes amis sans regarder une seule fois devant moi. Je percute ton chien, tes enfants, cabosse quelques meubles, empêche tout le monde de se rendre dans le couloir, mais je m’en fou. Tu n’existes pas à mes yeux.

Tu veux sortir du salon ? Pas question, je bloque la porte et te toise de nouveau. Pourquoi sortirais-tu si je ne l’ai pas décidé ?

Mais quand je veux sortir, je te pousse, je renverse ton café, je jette par terre ton assiette de dessert, que je piétine et je sors à grand bruit en laissant derrière moi des traces de pas grasses. Je ris. C’est gras aussi.

Avant de te demander de me servir l’apéro, je balance mon vieux mégot, non pas dans le cendrier prévu à cet effet, mais directement sur toi. Si tu portes des lunettes, je m’arrange pour que le mégot se coince entre les verres et tes yeux. Ne dis rien, sinon je te tue. Minable.

Si tu ne réagit pas assez vite à ma demande d’apéro, je t’insulte copieusement.

Je te poursuis à la cuisine en te collant au train et en te traitant de tous les noms.

Si tu as l’impudence de protester, je baisse mes lunettes de soleil et te jette un regard noir lourd de sens. J’insulte ta femme.

Je prend la bouteille entière, pas de verre (pas la peine de s’encombrer), et je sors en te pétant au visage. Ca laisse une traînée immonde dans laquelle tu vas errer longtemps, le souffle court et la larme à l’œil.

Je quitte ton appartement en hurlant des chants paillards et en passant si près de toi que tu sens mon parfum fétide. Tu as peur et longtemps tu entends résonner mes chants, d’étage en étage, tout le long de ma descente au rez-de-chaussée. Ils accompagnent ton écoeurement, comme la signature virtuelle de ma grande incivilité.

Voilà. Si tu t’es reconnu en moi dans ce trop bref descriptif, sache que tu es méprisable. Mais pas moi.

Les 15 minutes qui vont changer ta vie

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Je ne sais pas pourquoi, c’est toujours associé à des crétins en fringues molles qui se noient dans le soleil de fin de journée, sans réaliser qu’ils loupent l’apéro.

Eh oui, public-chéri-mon amour, on va rentrer dans du lourd en cette footballistique fin de WE. On aborde le « développement personnel », ce nouvel opium du peuple qui n’a plus les moyens de s’en acheter, de l’opium. Du bon, je veux dire.
C’est un vrai virus, ce truc : impossible de déambuler tranquillement dans une librairie sans être assailli par la mode de la « bonne pensée ». Donc, constat fait de l’omniprésence des livres de « développement personnel » (DP) sur les rayons des librairies (librairie : n.f. lieu où on trouve ces drôles d’objets de papier et d’encre, à couverture cartonnée), je me dis qu’après tout, moi aussi, je peux t’offrir tout le DP que tu veux. En plus, ce sera gratos, sans douleur et rapide. Parce que moi aussi, je veux participer au grand renouveau de l’humanité !
C’est gratos , mais si tu y tiens, tu peux entrer en contact avec moi via le formulaire du même nom (« contact », pas « moi ») c’est trop bien fait, ce blog, et je t’enverrai aussi sec mon IBAN pour que tu puisses me gratifier de tout l’argent que je vais te faire économiser en psy, en alcool et en souliers à hauts talons hors de prix.

Ce préambule (nécessaire) achevé, allons-y.

Le DP, cette nouvelle icône de la branchitude pour tous ceux qui éprouvent le besoin de se faire des nœuds au cerveau, mais pas dans le bon sens. Ce truc immonde qui surfe sur la vague de la crise (parce qu’honnêtement, si tout allait bien, personne ne penserait même à améliorer quoi que ce soit).
Dans une liste glanée sur le oueb, prenons quelques exemples et extrapolons ensemble les idées sous-jacentes. Demain, tu verras, tu souriras au soleil et tu danseras sur le chemin du boulot.

– « vivre en pleine conscience ». OK, comprend qui tu es, regarde toi, assume tes actes, tes qualités, tes défauts. Sois honnête, en gros.

– « n’oublie pas d’être heureux ». Et cela bien sûr totalement indépendamment de ta condition sociale, de ton job (voir de ton absence de job), de tes revenus. Le bonheur est dans ta tête, tout est si beau avec un sourire ! Allez, souri un peu, tu vas voir ! Ben moi, j’ai essayé de sourire ou de parler gentiment aux gens (de ma propre initiative) et n’ai récolté que des regards suspicieux, des remarques débiles ou carrément des gens qui fuient… En gros, ça fait peur. Et le bonheur ne se trouve pas dans le dernier i-phone, même si, il y a quelques années, le bonheur était « simple comme un coup de fil » https://www.youtube.com/watch?v=ki4TLe2EGAo. Aujourd’hui, les téléphones n’ont plus de fil. Faut chercher ailleurs. Reste bien le pied de l’arc-en-ciel, mais c’est un tuyau hasardeux.

– « estime de soi ». C’est tellement simple : tu es grande, belle, mince, tes cheveux flottent légèrement au vent en renvoyant des reflets d’or, ton regard est limpide, tes vêtements tombent parfaitement, ta démarche est altière, quand tu ouvres la bouche tes paroles enchantent, ton entourage est céleste…

– « pleine conscience », bon, on en a déjà parlé. A ce stade, tu dois au moins avoir une petite idée de qui tu es. Et fuck les autres.

– « comment se faire des amis ». Epineuse question. Sur Facebook, c’est stupéfiant de simplicité, mais ne te laisse pas enduire d’erreur. Dans la vraie vie, ça demande un petit effort. (Effort : regarde dans le dictionnaire, ça devrait t’aiguiller pour ce qui va suivre…)

– « transformez votre vie ». Sous- entendu: tu sais ce que tu veux, donne toi les moyens, accroche-toi. Revoir la notion « d’effort ». Affronte l’échec, tombe et relève-toi sans accuser les autres. « Yes, we can ! », dans une autre langue. Mais déjà, pour reprendre deux concepts évoqués plus haut, apprends à lire et à faire un effort. Oui, même se laver les mains en sortant des toilettes peut être considéré comme un effort…

– « éloignez-vous des personnes toxiques ». En gros, fuck les cons.

– « respect et harmonie ». Soit : politesse, civilité, gentillesse non feinte. C’est tout bête, mais dire « bonjour » et merci », c’est un bon début. Et lâcher son téléphone quand on te parle aussi. Et se laver les mains en… bon OK, tu as compris l’idée.

– « vous valez mieux que ce que vous pensez ». Alors ça, ça voudrait dire que tu penses. Si c’est le cas, bravo !

– « la pensée positive » : voir le verre à moitié plein, même s’il est sale. Aimer ton banquier. Trouver drôle Frank Dubosc. Rêver en lisant Marc Levy. A ce stade, si tu te sens con, c’est normal.

– Le coloriage anti-stress : lâche ton i-phone, ton i-pad, ton i-vresse, prend tes crayons de couleur (au pire, commande sur amazon) et éclate-toi ! mets du bleu, du rose, du jaune partout ! Après, tu peux aller sur les marchés artisanaux des villes proches, vends-les en proclamant que tu as vu la lumière grâce à un lézard. Tu mangeras du tofu, des racines et tu t’habilleras de coton recyclé. Quand tu trouveras ça beau, tu sauras que tu as accompli une révolution personnelle.

Pour finir, une petite analyse. Mais pourquoi les gens ont-ils besoin de ces livres ? Avançons une théorie, une logique en 10 étapes.

1 – je regarde la télé
2 – je communique via mon ordi
3 – J’ai plus d’amis virtuels que réels
4 – je me mets à penser que les gens sont intéressés par ce que je mange, alors je mets des photos de mes frites sur les réseaux sociaux. Et je me sens bien.
5 – je ne sors plus de chez moi, à quoi bon, j’ai tout sur internet
6 – les vrais gens commencent à me faire peur, ils sont palpables et incontrôlables, je ne peux pas les éteindre quand ils me gênent.
7 – je me sens un peu seul
8 – je me sens très seul
9 – je déprime, il faut trouver une solution
10 – je commence à lire des livres de DP

J’admets: J’ai envie de taper sur les gens qui achètent des livres de « développement personnel ». Fort. Taper fort, je veux dire.

Le cerveau, cet inconnu

COCHONS-PHOSPHORESCENTS

A l’intérieur de nous, l’inconnu réside et dirige. Les concepts de « subconscient », « inconscient », « moi », « sur-moi », ont jusqu’à présent été utilisés pour expliquer certains de nos comportements parfois étranges ou incompréhensibles. Mais la science ne cesse de progresser et nous offre de nouveaux moyens d’influer sur cet «inconnu », la matière grise et molle qui réside sous le crâne d’une partie de l’humanité. Et qui a été remplacée par la télé pour le reste.
Il est donc possible d’apprendre plus vite (comme dans « Matrix ») et d’oublier plus facilement (comme dans « Eternal sunshine of the spotless mind »). Comme d’hab’, mes sources sont hyper-fiables :
http://www.huffingtonpost.fr/2014/03/25/decouverte-sur-le-cerveau-chocs-electriques_n_5021876.html?utm_hp_ref=fr-science
http://www.huffingtonpost.fr/2013/12/26/oublier-mauvais-souvenirs-etude-electrochocs_n_4502879.html?utm_hp_ref=fr-science

Fascinant, non ?

On va pouvoir ouvrir des « mind-bars » où les clients pourront s’injecter de quoi briller en société, et juste à côté des « oversight bars » qui permettront d’oublier aussi sec tout le superflu, y compris les mauvais souvenirs. Une forme de renaissance à la carte. Si on combine astucieusement les deux possibilités, on peut se reconstruire totalement une personnalité. Chouette concept.
Oui, mais.
Mais, le nerf de la guerre, me direz-vous (fort justement). L’argent, quoi.
Comme d’habitude : les riches pourront oublier les trucs les plus dérangeants et apprendre les trucs les plus passionnants ou compliqués. Oublier qu’ils sont mariés et apprendre la mécanique quantique, par exemple.
Les pauvres ? ils oublieront la défaite de leur équipe de foot et apprendront à ne plus jeter de mégots sur le périph’ (ce qui serait déjà pas mal, pour tous les motards qui roulent casque ouvert).
On aurait à faire face à de la contrefaçon : gommages partiels des souvenirs (je suis mariée, mais à qui ? j’ai dansé nue sur une table de restaurant, mais lequel ? j’ai un tatouage de tigre, mais où ?) assez proche des suites d’une mauvaise ivresse. Et des nouvelles compétences incomplètes (j’ai le permis mais je ne sais pas à quoi sert le clignotant, je sais lire mais me borne à « 20 minutes », j’ai appris le respect mais ne l’applique qu’à mon auto, j’ai appris la politesse mais ne m’en sert que face aux plus grands et forts,…).

A bien y réfléchir, je me demande si des expériences sur le cerveau n’ont pas déjà eu lieu sur quantité de gens…

Ajoutons une nouvelle découverte pour faire de l’être humain cette perfection absolue, fantasme des générations passées et à venir :
http://www.huffingtonpost.fr/2013/12/26/cochons-transgeniques-phosphorescents-chine_n_4503574.html?utm_hp_ref=fr-science
Des cochons phosphorescents! Trop glam’!
Le principe de mon idée est simple: attribuer à chaque défaut une couleur et une zone du visage.
Par exemple, le mensonge sera attribué au né (comme dans Pinocchio) et jaune, l’envie sera rose et au front, l’orgueil vert et aux oreilles , etc. Chaque humain coupable d’un mauvais comportement  se verra injecter de quoi le rendre repérable. A vie. Trop bien, non ? Plus besoin de dépenses inutiles en électricité, un feu d’artifice au quotidien, une vie honnête par défaut… Et une infinité de nouveaux métiers: injecteur de vérité, juge de zone appropriée, chercheur en âme…

Afin d’en finir avec notre réflexion scientifique bi-mensuelle, faisons un parallèle: admettons que notre pays est un corps, présidé par notre cerveau.
Cela reviendrait à imaginer que notre président a des capacités d’apprentissage stimulables (bonne nouvelle, reste à stimuler) et des capacités à la résilience avancées (il a des sous). Soit, pas trop besoin de les stimuler. Personnellement je ne vois que ça pour expliquer sa très grande résistance aux catastrophes qui s’enchaînent avec une régularité déprimante. A ce stade, je ne vois que le vaudou pour nous aider.
Quant aux phosphorescences qui pareront notre élu, le choix est intéressant.

Pour ne pas finir sur une note trop sombre, exhumons ensemble un petit morceau de fun (sorry pour la pub)