Archives de Catégorie: Extrapolations
indications
… il y a des jours… ou les signes, clins d’œil, impressions inexpliquées, manifestations diverses d’outre-espace ont une prégnance indéniable.
Comme ce soir de balade solitaire dans les salles obscures, théâtres d’une vie imaginaire et images innées, où au détour d’un escalier à l’étroitesse digne d’un esprit radiophonique public, on se trouve nez à plaque avec l’inscription suivante :
« Toilettes dames sans issues »
L’orthographe est ici rigoureusement retranscrite, il est important de le noter.
Le choc.
Encore, il y aurait écrit « Toilettes dames »
« Sans issue »
Je dis pas.
Mais là.
Il s’agit donc d’un lieu réservé aux ablutions de dames sans issues. Comment définir une « dame sans issues » ; disons, une dame qui a déjà tout essayé et qui n’arrive plus à rien. Ou alors une dame désespérée. Une dame qui ne se voit pas de porte de sortie. Une dame d’âme perdue. D’âme en roue libre. D’âme sans espoir.
Rien de très fun.
Et « dame », le terme donne une connotation « très comme il faut » ; une dame est par essence bien mise, un rien désuète, permanentée avec un rien de violet, le rouge à lèvres corail qui brille trop et l’œil surligné de bleu. Solitude de la jupe sous le genou, des collants chair et du jupon en synthétique qui crisse quand on l’ôte. Escarpins 4cm de talon et foulard aux couleurs criardes. Un petit ciné avant de rentrer et on se retrouve face à soi : « dame sans issue »
Il faudrait les envoyer sous la Défense, à la rencontre des hommes en orange.
LSD 2010
« LSD » comme les premières initiales de « Le Songe D » « ‘…une nuit d’été »; je ne suis pas inquiète, les aficionados auront compris. Amis Shakespeariens, je vous souhaite le bonsoir…
Amis acteurs, encore tout fébriles de vos performances du week-end,
Amis spectateurs présents qui en redemandez
Amis spectateurs absents qui bouilliez d’impatience de voir le résultat de 6 mois de travail acharné,
Afin de vous titiller les neurones encore plus si c’est possible, afin de vous donner soif d’assouvir un besoin intarissable de culture, afin de galvaniser votre intellect et de nourrir votre foi théâtrale, voici en exclusivité le teaser LSD 2010…
Les hommes en orange
« Les hommes en orange: respectez leur vie »
Ca tombe bien, le orange est ma couleur favorite. En même temps… je ne suis pas un homme et je ne sais pas si la recommandation vaut pour la gent féminine…
Et quid des hommes vêtus d’autres couleurs? Et des femmes en général….
Le plus perturbant est sans conteste que l’on doive écrire ce type de recommandation, aperçue dans le tunnel sous la Défense. Elle s’applique bien évidemment aux ouvriers circulant dans le tunnel à pieds. Encore que… il y a peut être une race spécifique d’aliens qui erre dans cet endroit en quête de lieu de pondaison… ou des évadés de prison qui ont fait d’une enclave sous la Défense un territoire de repli. Ou des élus du modem qui préparent un coup en prévision des élections. Ou de pauvres hères qui tournent dans ces tunnels depuis des années, toujours incapables de faire la différence entre « Défense 4 », « Défense 6 », « Défense 3 » ; c’est un maniaque qui a créé ce site. Un fou dangereux sans scrupules. Bref.
Le respect de la vie d’autrui fait donc maintenant partie de la liste des conseils officiels; au même titre que « manger 5 fruits et légumes par jour », « mangez-bougez » et « le tabac tue »… les 10 commandements modernes, quoi… prenons le citoyen par la main et guidons-le sur le chemin alambiqué de la vie en société, ouvrons ses petits yeux rouges de télé sur les vraies réalités, lobotomisons-le, puis rédigeons lui un manuel du bien savoir vivre en monde urbain…
D’un autre côté, pour avoir vu un jour à proximité de chez moi la tête d’un malheureux dépassant d’une bouche d’égout, au beau milieu de la chaussée contournant un rond-point, tête à peine signalée par 3 triangles sales et un casque de chantier grisâtre… le regard exprimant très clairement une panique intense et le sentiment d’extrême vulnérabilité de l’ouvrier dont le reste du corps devait (logiquement) se trouver sous la bouche d’égout… je peux comprendre que dans une tentative de sauvegarde du monde ouvrier, quelqu’un décide un jour de faire des panneaux. A défaut d’investir dans de vraies barrières. C’est pratique et moins cher : avertir, mais scrupuleusement se garder de faire dans la vraie prévention. On vous aura prévenus.
N’empêche que des hommes qui bossent, il y en a habillés de toutes les couleurs.
Par exemple, les chirurgiens : en bleu. Leur vie doit-elle pour autant être moins respectée ? Les informaticiens : en costume gris brillant. Doivent-ils craindre pour leurs jours en se rendant en salle machines ? (je répondrais bien « oui », mais ce ne serait pas charitable pour cette race déjà si peu aidée par la nature). Les chanteurs des années 70, en vestes à paillettes, sont-ils menacés d’un danger ? et les cuisiniers, les dentistes, les hôtesses de l’air ?
Par les temps qui courent ou l’omniprésente Chine menace même les bleus dans leur domaine de (soit disant) compétence, l’importance des panneaux prend toute son ampleur. Mais leur champ d’action ne doit pas se limiter au territoire de la Défense. « Hommes en bleu : respectez leurs chances» devrait se trouver placardé dans toute la France. Le monde. La galaxie.
forêt magique
Trafic d’âmes
Here comes the rain again, falling on me head like a tragedy….
Ouais, c’est un peu revisité, mais plus proche de la réalité.
« Âmes en stock », donc, un film dont le sujet « se débarrasser de son âme, trop encombrante, pour temporairement en adopter une autre, plus en adéquation avec ses aspirations du moment » est une idée que j’aurais adoré avoir.
Mais personne n’étant parfait (même pas moi), je ne peux, hélas, qu’extrapoler à partir du concept. C’est déjà pas mal.
Dans un premier temps, comment définir l’âme? Après quelques réflexions rendues compliquées par l’inhalation intempestive de vapeurs toxiques de fin de semaine, il m’a semblé que l’âme peut être considérée comme la partie réfléchie, en perpétuelle évolution, à la mémoire surprenante et aux effets de bord inattendus de notre être. Lequel être, sans âme, serait purement mécanique. Avec réflexes pavloviens, animalité, attitude vide et dénué de toute sensibilité.
Que ceux qui connaissent des individus sans âmes se lèvent… bon, tout le monde est debout, je m’y attendais….
Un petit détour chez mon ami wikipédia apporte quelques éclaircissements sur la définition de l’âme suivant l’époque, la région, le courant religieux. En gros et sans faire appel à trop de termes savants, l’âme selon Jung paraît le concept le plus simple et compréhensible, à savoir:
« le terme d’âme est élevé au rang de concept. Il concerne à la fois l’homme ou la femme mature, dans leurs aspects conscient et/ou inconscient et dessine la totalité de la psyché, formée de l’inconscient collectif, de l’inconscient personnel, des complexes, du Moi, et des Archétypes ». J’aime me souvenir que Jung est un compatriote.
Imaginons un instant pouvoir se démettre de son âme (facilement et sans douleur) quand celle-ci devient trop pesante. Plus de tourments, d’angoisse ou d’interrogations infinies; « être ou ne pas être » au panier et les errances affligeantes dans les limbes de la bonne conscience inculquée à coup de marteau se terminent en fêtes ou le paganisme frénétique et la débauche ne sont même pas répréhensibles. Pour peu qu’il y ait du Bourgogne aligoté au frais, c’est quasi le paradis.
Mais comment vivre un tel détachement, à moins d’être un homme politique de droite? Si on en croit le film, il est difficile d’être séparé de son âme.
Sans la mémoire de l’âme, on doit se sentir comme vide et nu, machinal… Comme le poisson rouge qui ne peut se remémorer que les 3 dernières secondes de son existence et pour lequel tout est éternel recommencement, mais avec la conscience d’un manque fondamental: L’essence de ce qui fait l’homme (et la femme) (et la blonde) (quoique).
Intervient alors le concept d’interchangeabilité des âmes.
Tiens, ce matin il pleut… je vais prendre l’âme de Poséïdon (au point où nous en sommes, mélangeons allègrement réalité, fiction, mythologie et psychotropes). Ou mieux: je vais prendre l’âme de Vénus sortie des eaux…
Ce soir on sort danser: je choisis l’âme de Travolta (dans « la fièvre du samedi soir », pas dans « Broken Arrow »).
Il faut peindre: pas de soucis, louons l’âme de Picasso ou de Matisse, transcendons nos capacités créatives le temps d’un moment de gloire.
Dans les faits, comment organiser la location des âmes, leur attribution? Faire des listes d’attente? Et tout le monde est-il apte à recevoir une grande âme? Que penser de Didier Barbelivien optant pour l’âme de Jeff Buckley?
Il faudrait étalonner les receveurs. Quantifier les capacités de chacun à donner, recevoir, échanger une âme.
Qui est capable de qualifier les âmes? Va-t-on créer l’ordre des grands âmes-mateurs? Qui doivent eux-mêmes être qualifiés pour qualifier… on ne s’en sort pas….
Quand au stockage des âmes, par définition volatiles, il peut être subtil et délicat. Sous forme d’éther, incolore, inodore, au volume inabordable. Est-il raisonnable de décider d’un espace-âme en rapport avec le donneur? De plus y a-t-il un risque qu’une belle âme se pervertisse au contact d’un receveur de niveau inférieur?
Dans le film, les âmes font l’objet de trafic. Trafic d’âmes. Par définition, pas de contrôles, anarchie, intervention du paramètre « argent ».
Vendre son âme par besoin.
Se la faire dérober au profit d’un quelconque fortuné au mental de bulot.
La perdre.
Et si l’âme se trouve mieux chez son receveur, peut-elle refuser d’en sortir? Quelles sont les garanties à exiger, les protocoles à mettre au point..
Et si on injecte plusieurs âmes incompatibles à une même personne, peut-on attendre des effets de bord?
Les risques d’eugénisme de l’âme sont grands… à supposer qu’on procède au morcelage de l’âme, partant du principe qu’elle va se régénérer, on arrive au clonage d’âmes…Brrrr…
Un peu d’anticipation:
Vision d’un hypermarché, carrefour des âmes, où seront proposées à la vente toutes sortes de modèles, pour toutes les bourses et toutes les personnalités… en promo l’âme des footballeurs, en produit d’appel l’âme des scouts et en fin de rayon/déstockage l’âme des militants UMP.
Les nouveautés seront mises en avant, des modes seront de mise. « Cet été, ayez l’âme d’un surfeur » (pas trop recommandé), « à la rentré, adoptez l’âme d’un scientifique de renom », « pour le soir, sortez avec l’âme d’un mannequin-vedette »… on pourra louer les services de ceux qui, moins fortunés, se feront injecter l’âme de celui ou celle avec qui on souhaite passer un moment.
Les caddies déborderont de boîtes pleines d’âmes, il y aura des conseils de conservation (pour une meilleure utilisation de votre âme-câline, laissez tremper la boîte dans un bain d’eau rose à 38°), des jeux pour gagner des âmes, Apple créera une application i-phone pour télécharger les âmes et se les auto-injecter par oreillette…
Vertige.
