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monde virtuel

A l’époque bénie du tout-oueb, certaines fautes de goût font hélas partie de notre quotidien sur-réseauté.

La boîte vocale est mon premier sujet de grande détestation; tout d’abord, cette voix suave et mielleuse qui propose des alternatives dont on ne sait jamais pour laquelle opter. Et quand on a (mal) choisi, quoi qu’il arrive, le choix suivant est encore plus lié à une forme de hasard délirant. Les schémas interactifs de boîtes vocales sont pour moi comme des pyramides de randoms. On répond « 2 », puis « * », puis « 1 » et c’est comme au loto: le pourcentage de chances d’obtenir ce que l’on veut est infinitésimal. On paie aussi, comme au loto. Mais si on gagne, on ne partage pas les gains. C’est la seule différence notable.

Les services internet, pareils. Surtout ceux des certaines compagnies mal intentionnées. J’ai nommé « les banques ». AaaaAAaahhhh…. communiquer avec sa banque sans se déplacer… le rêve de toute personne normalement constituée. Non pas que les banquiers soient désagréables, le mien est même étrangement plutôt sympa, mais le passage au guichet assorti de différents échanges de formulaires chiffrés et signatures n’a rien de très exaltant. Sauf si on gagne au loto, j’imagine. Autant utiliser une boîte vocale.

Ma banque propose dans ses services un accès illimité à son site internet. Comme si on pouvait bloguer dessus, échanger des recettes de cuisine ou se faire des amis. Nan, rien de tout ça. Juste la « gestion de tous vos comptes et opérations en toute sécurité ».

Par exemple: faire un virement. Simple. Sans doute trop simple. Parce que si on souhaite faire un virement « hors norme » (c’est à dire: de plus de 10€ et sur un compte autre que l’un des siens – les normes bancaires ne sont pas à l’identique des normes humaines, il existe un système de valeurs parallèle, dans une dimension autre, dédiée aux banques. Personne n’a envie de s’y égarer, déjà que « dans l’espace, personne ne vous entend crier », « dans l’espace bancaire, les risques de périr desséché et intellectuellement vidé sont énormes; inversement proportionnels aux probabilités de gain au loto ou de réussite à la boîte vocale-), donc faire un virement relève du parcours du combattant.

Dans un premier temps, il faut remettre la main sur une carte à code reçue à l’ouverture du compte (autant dire, dans des temps tellement reculés que même le plus téméraire des comptables n’oserait pas descendre aux archives concernées). Une fois retrouvé la carte, il faut se remémorer son fonctionnement. Ca se présente comme une carte à gratter, avec un labyrinthe de signes cabalistiques dessus. Elle est fournie avec un code papier qui indique le point de départ à prendre en compte. Seul un esprit dangereusement malade a pu imaginer ça. Un ancien joueur de dongeons & dragons, par exemple. Je me vois bien me munir de mon dé à 20 faces pour utiliser ce truc.

Bref. On a la carte, le mode d’emploi et … 3 chances… C’est d’un fonctionnement tellement obscur que 3 chances ne sont pas de trop. Bien évidemment, ces « chances » sont présentées comme autant d’essais. Il semble antinomique de parler de chance dans l’univers bancaire.
Premier essai : comme il y a 3 risques sur 4 de tenir la carte dans le mauvais sens… perdu… second essai, si on confond sa droite et sa gauche (là  je suis sérieuse, même si on ne dirait pas)… perdu… il y a de quoi se mettre à suer à grosses gouttes, parce qu’au 3ème et dernier essai, si on échoue, on verrouille l’accès à son compte. On se retrouve mis au ban de l’univers bancaire. Si on reste hyper-concentré, on peut y arriver. Grâce au code magique délivré par la carte cabalistique, on peut valider sa demande de virement. Yesss !

Autre intéressant challenge : éditer un RIB. Malgré des recherches poussées, je n’ai pas encore trouvé comment faire. A part me déplacer physiquement dans mon agence. Ce qui n’est pas le but du oueb.

Enfin, dernier en date : demander l’annulation d un chèque. Si on reprend l’analogie avec les jeux de rôles, annuler un chèque revient à amadouer un grand sorcier très puissant, 3 jets de dés, une incantation et un combat contre 2 orques gonflés de testostérone. Le tout à base de parchemin codé et de parcours dans des grottes sombres et glissantes. Ahurissant. J’ai vaincu, mais ça m’a pris 3 jours… et j’ai dû faire appel aux services d’une … boîte vocale…

Si je gagne au loto, j’aurai entre autres projets :

          Créer un espace bancaire convivial sur le oueb, fleuri, musical et disco, mais sans Patrick Juvet (faut pas déconner quand même)

          Détruire définitivement toutes les boîtes vocales, les atomiser et les envoyer graviter dans l’ancien univers bancaire. Et mettre à la place des hôtesses sympathiques et humaines.

 

Je suis promoteur: la violence ne me fait pas peur

J’aurais aimé que cette phrase fut de moi. Elle est tout droit issue du dernier film de Dupontel, "le vilain".
Haaa… pouvoir caser dans la conversation "il est banquier: les oignons ne le font pas pleurer", "il est médecin: il ‘a pas les yeux porcins", "il est géologue: il a le look en vogue", "il est développeur: il ne fait jamais d’erreurs" ou encore "il est pédégé: il faut le protéger", "il est patron: il n’a pas toujours raison" … pire: "il est comptable: il ne se mettra jamais à table", "il est ministre: il ne sera jamais sinistre", "il est président: il ne pense pas en se rasant"… des sortes de vérités toutes trouvées, à méditer dans la journée, lorsque l’on est studieusement consigné derrière son bureau…
Des mini-paradoxes, oxymores non poétiques et indiscutables de part les subtils sarcasmes qu’ils sous-tendent….
 
 

Dans un tunnel…

Là je vais ressortir ma citation préférée:
 
Quand tu es dans un tunnel, si tu vois de la lumière méfie-toi: c’est peut être un train qui t’arrive dessus…
 
 

Le prix de la culture

Samedi 14h. Je décide de me rendre à l’exposition Renoir, au grand palais.

Renoir est un peintre que j’ai toujours aimé, la douceur des couleurs, les touches délicates du pinceau, les visages sereins, scènes familiales tranquilles, la paisible campagne. A l’opposé de mon goût prononcé pour les expressionnistes et les fauves. Une forme d’attirance pour les extrêmes peut être. Ambivalence, quand tu nous tien…

Le temps étant médiocre, je fais le pari que les parisiens n’iront pas exposer leur brushing aux désordres climatiques dans une longue et extérieure attente. Et comme je n’ai pas trop de créneaux pour m’y rendre, c’est maintenant ou jamais. Donc je me prépare, tenue chaude et imperméable, enfourche mon fidèle destrier en m’y trouve en 30mn. La classe. Enfin… la classe sans parapluie… j’ai oublié l’accessoire phare du moment…

Quand j’arrive, on annonce 45mn d’attente et le crachin n’est pas trop gênant. Je décide donc d’attendre. Sauf que sans parapluie, c’est un peu dur de rester objectif. 45 mn peuvent se transformer en 45 heures. D’un autre côté, j’y suis. J’y suis, j’y reste.

Le monsieur qui essaye de nous faire prendre patience en jouant de la clarinette est là, fidèle au poste. Il a pensé à ses parapluies, lui. En même temps, il est là tous les jours. Idem pour les gardiens.

 

Ce qui est stupéfiant avec ces grandes expositions, c’est l’engouement qu’elles suscitent. Un tel public est attendu que pas moins de 3 files d’attente sont nécessaires pour en canaliser l’ardeur.

La première indique « coupe-file », ce qui signifie: on arrive et on est prioritaire sur tout le monde. La longue observation à laquelle je suis astreinte me permet d’affirmer que c’est la meilleure file. La file « coupe-file », par essence n’existe pas: on ne forme pas de file puisqu’on est sûr d’entrer toute suite. La no-file par excellence.

La seconde file est pour ceux qui ont réservé. On peut faire une réservation pour une entrée à heure fixe ou à la demie. Dans cette file, on doit attendre son heure. Des groupes de gens s’y tassent; ils ont tous leur billet. Temps d’attente moyen: 15mn. Sauf si on arrive très en avance, mais quel serait l’intérêt d’une réservation à heure fixe si on doit se pointer 20mn avant. Aucun. J’ai cru déceler des maniaques capables d’arriver pour l’heure de la séance d’avant, mais je ne le jurerais pas.

La troisième file (la mienne) est pour ceux qui ne prévoient rien et arrivent le sourire aux lèvres, persuadés d’être seuls au monde à avoir envie d’une petite piqûre culturelle. Grossière erreur: nombreux sont les autochtones assoiffés d’art qui viennent s’entasser là. Mais eux, ils ont un parapluie. J’ai hésité qques minutes. Puis j’ai décidé que j’étais waterproof ce jour là.

J’ai espéré qu’une âme charitable me propose un coin de parapluie, en vain. Heureusement, j’avais une écharpe dans laquelle protéger mon brushing.

Au bout de 25 bonnes minutes, après avoir vu défiler des tas et des tas de gens autorisés à rentrer, qques heureux élus de la 3ème file ont  pût accéder à l’entrée. Les durées d’attente ainsi que le nombre de personnes élues sont soumis à des lois étranges et indécryptables. Impossible d’anticiper un « lâcher » de gens. Au bout de 45mn, j’avais avancé d’un peu plus de la moitié du chemin, je m’étais mise en mode « veille prolongée », mon écharpe était imbibée d’eau, mes bottes aussi. Impossible de voir tout cela d’un oeil amusé. Les conversations de mes voisins « les parapluies » m’exaspéraient et j’avais des envies gardiennicides. Mais j’ai considéré  comme un challenge de prendre mon mal en patience sans broncher. Après tout, rien ne m’obligeait à être là.

J’ai attendu 1h15. Pris au moins 14 baleines dans l’oeil et vu se déverser au moins 15l d’eau des gouttières des parapluies sur différents endroits de ma personne (le cou, les yeux, les pieds, le casque, …). Au moins trois fois, la boule d’énervement qui en général me fait partir en courant s’est formée dans ma gorge et mon ventre s’est noué de façon terrifiante. Mais je n’ai pas cédé. A la fin, je me sentais tout à la fois  héroïque et stupide, mais comme j’étais juste devant la barrière… je suis restée…

Enfin, joie suprême, j’ai pu à mon tour gravir l’escalier merveilleux, celui qui allait me permettre de m’élever vers des sommets ou l’art et le beau prennent le pas sur le reste. Tout le reste.

Enfin dans le hall, je présente mon sac mouillé et vide de tout risque d’attentat ; la douce lumière et la chaleur me font immédiatement oublier l’attente. Heureusement, parce qu’il faut encore attendre pour le vestiaire. Puis pour le billet. Ca n’en fini pas. Un vrai parcours du combattant.

Enfin débarrassée de ma tenue de Goldorak, légère et … presque enrhubée… je file vers le sanctuaire culturel du jour.

 

Hum.

Evidemment.

Si des centaines de personnes attendent dehors, elles se retrouvent forcément dedans.

Je ne sais pas si les pires sont les groupes coiffés d’écouteurs eux-mêmes coiffés de protections blanches, 30 personnes arrêtées en même temps devant une toile, avec des airs de conspirateurs reliés par un étrange chapeau, ou bien les spectateurs munis d’audio-guides. Ces derniers sont plus disséminés, mais les écouteurs sont très bruyants, forcément non synchronisés et pas toujours dans la même langue. On se retrouve à baigner malgré soi dans une sorte de cacophonie culturelle…

Donc il faut:

          se frayer un chemin vers une toile

          ignorer les nuisances sonores diverses

          éviter les groupes, qui ont au moins l’avantage de se déplacer, comme un ban de poissons, de façon compacte et uniforme. Donc faciles à anticiper. Mais pas à contourner.

Difficile d’apprécier les oeuvres.

D’autant qu’un cheminement à travers l’exposition est prévu, et qu’un panneau stipule bien, à mi-parcours, « qu’il est interdit de prendre l’escalier pour remonter ». Il faut suivre le flot. Soit en se fondant dans un ban, soit en électron libre. Jusqu’au bout, profiter d’une grande exposition relève de la gageure. Il faut suivre le rythme imposé par les visiteurs, sous peine de réactions diverses et variées, allant du coup d’oeil courroucé au pied subtilement posé sur votre innocent parcours… S’arrêter avec le flot, reprendre, insiprer, prendre son élan pour plonger admirer un détail puis se redresser sans heurter les autres plongeurs intrépides.

 

J’ai trouvé en moi suffisamment de ressources pour passer 4 fois devant ma toile préférée, un, paysage estival qui vous aspire dans le cadre… mais j’y ai perdu 2 orteils, le tympan gauche et m’y suis fait qqes ennemis de différentes nationalités. J’ai attrapé un rhume aussi.

 

 

 

 
 
 

« Génial cette fuite! on va pouvoir rencontrer les voisins »

Une des pubs les plus débiles du moment. A mon avis, bien sûr. Mais aussi très représentative d’une époque, sans doute.Il s’agit d’un assureur, tellement efficace que grâce à lui les soucis les plus ennuyeux de notre quotidien se transforment en fête. A notre époque, la vie urbaine est si anonyme qu’il faut un prétexte pour rencontrer ceux qui vivent à proximité. De préférence une raison incontournable. Une fuite d’eau, c’est incontournable.Imaginez: vous rentrez chez vous un soir, après une journée de boulot et 2h de transports en commun. Vous avez pris 30 mn pour faire quelques courses, vous avez en main des sacs fragiles et chargés à la hâte, votre courrier fraîchement récolté glisse de sous votre bras et la baguette du dîner est humide de la pluie de fin de journée. Vous êtes fatigué (e), vous avez envie de vous débarrasser de vos atours de working-man (girl), rêvez d’un bain, d’un verre de vin, d’un peu de bonne musique choisie par vous (ça inclue Patrick Juvet, pourquoi pas). Vous ôtez vos chaussures, ce qui vous procure un bref moment d’extase.Quand vous entrez dans votre cuisine, vous voyez des OFNI (objets flottants non identifiés) éparpillés dans un mélange de textures et couleurs étranges et peu ragoutant. Il vous faut quelques minutes pour réaliser que vos pieds nus dans vos chaussettes trempent dans l’eau froide de la vaisselle lancée avant de partir. Ou de la lessive, au choix. Si vous êtes comme moi, à ce moment précis vous ne voulez pas y croire ; vous envisagez que c’est un mauvais rêve, que ce n’est pas possible, que vous avez des hallucinations ou que vous êtes décidemment trop fatigué(e). Vous fermez les yeux, plein(e) d’espoir; les ré-ouvrez doucement tout en sachant au fond de vous que la probabilité d’une disparition du lac temporaire  abrité par votre cuisine est proche de zéro.Las, il faut vous rendre à l’évidence, il va falloir éponger, nettoyer et … et espérer que les dégâts se limiteront à une soirée un peu humide. Mais là, un éclair vous traverse le cerveau. Oui! Mais quelle aubaine! Si vous avez un dégât des eaux devant vous, vous tenez enfin une occasion de descendre congratuler vos voisins d’avoir votre remarquable personne au dessus de chez eux! Génial! Vous cherchiez comment manifester votre joie d’être arrivé(e) dans l’immeuble depuis plus de 2 ans et vous ne saviez comment vous y prendre… là, vos voisins, non seulement vous ouvriront sans problème leur porte, mais de plus ils ne tenteront pas de fuir le dialogue! Que d’la balle… avec un peu de chance, ils monteront d’eux-mêmes, tout à leur joie de vous rencontrer. Le temps de remettre de l’ordre dans votre cuisine puis dans votre tenue, vous vous armez de votre plus beau sourire et vous descendez d’un étage, le cœur battant, tout plein de la savoureuse envie de vous faire de nouveaux amis. Vous sonnez, la porte s’ouvre tout grand… avant même de regarder le visage de votre futur meilleur complice, vos yeux se portent sur le coin gauche du plafond, là ou l’eau a stagné toute la journée dans votre appartement. Quel soulagement de constater qu’une énorme auréole marron aux contours noirs orne le blanc pur de la peinture! Vous pouvez tourner votre regard vers le visage de votre hôte, tranquillement, sûr(e) de vous et de votre succès: vous êtes sur le point de débuter une réelle amitié…. évidemment, vous êtes reçu(e) comme un pape (heu… pas d’équivalent féminin, je crois), tambours et trompettes célestes résonnent toute la soirée et vous dînez tous ensembles dans un grand élan fraternel. Ils vous préparent même votre plat préféré, que vous dégustez sous les marques marronnasses et humides du plafond. Voilà.La vie selon les publicitaires. Les mêmes qui nous vantent les mérites de manger 5 fruits et légumes par jour, de s’habiller en pouffe ou de rouler en smart. Ceux qui veulent nous faire croire qu’il existe des crèmes rajeunissantes, du maquillage qui tient toute la journée et que grâce au hamburger notre vie sera meilleure. Bien sûr, ça part d’un bon sentiment: la rencontre dans son lieu de vie. Autrement que par l’échange de courriers anonymes (là, je suppose que vous m’ayez lue chronologiquement, c’est un piège).Imaginez la scène: vous aménagez dans un immeuble de 5 étages et souhaitez organiser une petite fête « d’arrivée dans l’immeuble ». Comment lancer les invitations? Mais c’est très simple: en faisant déborder la baignoire, en abattant un pan de mur de soutient ou en faisant un feu dans une cheminée non ramonée. Ainsi tout l’immeuble rappliquera et vous passerez tous une mémorable soirée de rencontres saines et chaleureuses…  Ce qui m’attriste, c’est que ce genre d’idée est forcément basée sur certaines formes de réalités. En l’occurrence, qu’il est de nos jours difficile d’entrer en contact avec d’autres représentants de notre belle humanité. Il faut un prétexte. Et de préférence, un prétexte béton.