Archives Mensuelles: décembre 2017

Highway to hell

 

 

 

… Lecteur-Chéri-Mon-Bonhomme-de-neige, laisse moi t’emmener au pays de mes rêves.
Bien sûr, comme à l’accoutumée, tout ce qui suit est parfaitement vrai. Je peux le prouver.

Jour de météo pourrie, heure de sieste, je ferme les yeux et m’endors immédiatement.

Je me retrouve au bord d’une six voies. Derrière moi, le sable orangé d’une plage. Derrière la bande de sable, un océan bleu foncé tempête et roule. Au dessus de nous, le ciel impassible, limpide, écrase le paysage. La chaleur est étouffante.
Je dois traverser pour aller parler à des inspecteurs des impôts qui m’attendent, installés à un bureau métallique ringard (je jure sur mon découvert bancaire que c’est vrai) de l’autre côté de la six voies. Je suis en retard pour notre rendez-vous, ça me stresse. On ne rigole pas avec ces gens-là.

Il n’y a pas de pont pour traverser la 6 voies rapide, je dois donc m’armer de courage et affronter la circulation. J’amorce un pas, mais réalise que les voitures reculent. La circulation se fait à reculons et à grande vitesse. Ça ne me met pas en confiance, d’autant que les conducteurs portent tous des lunettes de soleil très sombres et que leurs rétroviseurs sont minuscules. Ça doit avoir un sens (au sens « une signification », pas au sens sens, mais j’arrête, je sens que je vous perds), mais il me semble abscons.
Au bruit des vagues qui se brisent dans mon dos, je devine la fureur de l’océan. Il va venir me chercher pour m’engloutir et fini la gaudriole avec le fisc.  Il me faut traverser avant que les vagues ne viennent me happer. C’est flippant. Le choix entre la fureur océane et la fureur fiscale me laisse pantoise au bord de la route. Je suis là, le cœur emballé (au sens tachycardiaque, pas au sens paquet cadeau) en lisière, à chercher le bon moment pour me jeter dans la circulation quand le miracle se produit. Soudain, mon corps est élastique, mes jambes mesurent dix mètres, je peux rejoindre les inspecteurs des impôts en deux enjambées. Je suis contente de m’être épilé les jambes, parce que si les poils sont proportionnels, ce seraient des tiges… Je fais un pas en avant.
Vue de haut, la vie est facile. Je profite que mon corps soit en altitude pour me laisser aller à quelques rafraîchissantes oscillations. Je porte un short bleu vif et des chaussettes de foot rouges. Façon à la cool, mais pas très joli. Ça aussi, ça doit avoir une signification, peut-être en rapport avec mon goût immodéré du sport viril, allez savoir. Mais quand même, rouge et bleu…
Je me sens bien, mais ça ne doit pas m’empêcher d’honorer mon rendez-vous. Je fais le second pas. Dès que mes pieds se rassemblent, de l’autre côté de la route, je reprends ma taille d’origine et me trouve face aux inspecteurs. Pas impressionnés par ma prestation, ils ne pensent qu’à m’engueuler pour le retard de paiement. Pour être gracieuse et ainsi espérer la remise de quelques amendes, je leur propose aimablement des hot-dogs.
A ma grande surprise, ils acceptent. Par chance, je ne me déplace jamais sans ma machine à hot-dogs, surtout les dog days. J’ai moutarde et ketchup, ce qui met en joie mes interlocuteurs. L’idée de se restaurer aux frais de la princesse les ravit tellement qu’ils se mettent en caleçon (mais gardent leurs cravates autour du cou) et proposent d’aller nager. J’argue qu’il va falloir retraverser, mais ils balayent ma remarque et se jettent dans la circulation en hurlant des chants barbares et en agitant leurs attaché-cases.
Leur liesse ne dure pas: en quelques secondes, ils se font tous renverser par les véhicules qui roulent à reculon et ne seront pas punis (L’avantage d’aller en arrière, c’est qu’on a des excuses pour se tromper). Les os craquent, les membres se disloquent. Les corps ensanglantés des inspecteurs des impôts sont malmenés dans un bruit de barbaque pas fraîche pendant une dizaine de minutes, puis, réduits à la bête 2D, cessent de se faire entendre.
Je me retrouve seule, du mauvais côté de la route, avec mes hot-dogs et la sensation que la vie est bizarre.

Je ne sais pas ce qu’en aurait pensé Freud, moi j’aime assez la fin.

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L’homme riche est triste

Lecteur-Chéri-Mon-Sapin, ça faisait longtemps que je ne m’étais pas essayée à la chanson à texte 🙂
Pour être raccords cette délicieuse météo qui conjugue froid et pluie avec nuit à l’heure du thé, laissons-nous aller à l’ambiance de saison…

 

Champagne affuté, son regard fixe est rond,
Il ne se souvient pas être arrivé là
Sous la tenue d’apparat, sa chair se morfond
Le fantôme de sa frustration,
Vampirise le reste du désir,
La femme s’excite, mais son corps est froid
Elle fut sienne, un jour lointain
Elle fut belle,  n’est plus rien
Il s’ennuie, c’est trahie qu’elle se croit

Homme riche, tu t’ennuies
Ta vie sous verre a passé sans toi
Homme riche, tu vas crever
Laissant tes rêves en plein effroi

Dans la nuit musicale et sombre,
Elle s’agite quand il voudrait la mort,
Ses repères ont volé, il tombe
Quand à tous, elle offre son corps
Au sol, les médecins fous se roulent
Ils en savent trop et se saoulent
Dans le bruit et la couleur des sons
Ivres et oublieux, avides d’abandon

Homme riche, tu t’ennuies
Ta vie sous verre a passé sans toi
Homme riche, tu vas crever
En laissant tes rêves en plein effroi

Lui, derrière sa blonde, perfection vulgaire,
N’arrive à apprivoiser le doute macabre
Entouré de savants ivres et d’âmes damnées
Il regrette sa joie consignée
Le temps du retour est son salaire
Je le regarde disparaître, main sur le sabre
Nimbée de blancheur diaphane,
Dans la nuit glauque, happé par le serpent maudit
Image dérisoire, apocalypse d’un futur sans crédit

Homme riche, tu t’ennuies
Ta vie sous verre a passé sans toi
Homme riche, tu vas crever
En laissant tes rêves en plein effroi