Lost in translation, mais que susurre Bill à l’oreille de Scarlett…

 

Dans « Lost in translation », deux personnages en quête de sens confondent leurs errances. L’espace de quelques jours, comme en apesanteur dans le grand Hyatt de Tokyo, ils cessent de se consumer d’ennui chacun dans sa bulle et partagent leurs interrogations, leur ennui, leurs doutes.
Lui, la cinquantaine bonhomme, semble traverser la vie sur la pointe des pieds, en smoking et les yeux dans le vague.
Elle, moitié plus jeune, s’interroge et se cherche sans déraper.
Ils se trouvent, s’apprivoisent, s’observent et construisent un de ces mondes éphémères rendus possibles parce que lointains, isolés et limités dans le temps. Leur amitié croît, flirtant parfois avec un amour platonique, et la séparation approchante souligne douloureusement l’impossibilité d’un « après ».
Bill Murray part pour l’aéroport laissant Scarlett Johanson les larmes aux yeux regagner l’ascenseur dans lequel ils se sont vus pour la première fois.
Un peu plus tard, sur la route, il aperçoit une dernière fois la silhouette de la jeune femme, noyée dans la foule; il fait arrêter son taxi, la rattrape, la serre contre lui et lui murmure à l’oreille, dans une ultime étreinte, quelques mots, inaudibles pour le spectateur (pour la spectatrice aussi, même si elle est blonde) ; Scarlett sourit, les larmes cessent de couler, elle part le pas plus léger. Bill se réinstalle dans le taxi, il sourit, il semble en lévitation.
Fin du film.
 
La question est donc simple, confinant à la trivialité: Qu’a pu dire Bill à Scarlett pour ainsi modifier radicalement leurs perceptions d’une relation naissante et condamnée à disparaître? C’est ici qu’il faut faire preuve de subtilité et d’imagination.
Evidemment, les possibilités sont multiples :

          Version à l’eau de rose : il l’aime, le lui dit, lui promet qu’ils se reverront dans un avenir proche. Dans le futur, ça  se passe ainsi. C‘est donc une œuvre de pure fiction. Toute ressemblance blablabla… 

          Version nulle : il l’aime, le lui dit, lui promet qu’ils se reverront dans un avenir proche. Dans le futur, il retrouve sa vie de famille, oublie Scarlett ; d’ailleurs, il lui a donné un faux numéro de téléphone et une adresse mail « poubelle ». Il refuse d’être son ami sur FaceBook. C’est une œuvre réaliste. 

          Version rock’n roll : il lui a dit de préparer sa valise pour le soir ; le soir il revient la chercher vêtu d’un perfecto noir et de boots pointues ; ils partent en moto traverser le Japon ; ils écrivent un livre sur la philosophie du chanteur de karaoké, font un album de chants traditionnels japonais remixés new-âge et ses droguent tous les soirs dans les clubs de strip-tease.  

          Version trash : il lui propose de les rejoindre, sa femme et lui et de faire ménage à trois. Dans le futur, elle s’occupe des enfants et du ménage pendant que lui continue de racoler à travers le monde. Elle est réduite en esclavage par la femme et se suicide dans la salle de bain, en avalant tout le harpic-gel. 

          Version science-fiction : Bill est un extra-terrestre, il doit repartir faire son rapport sur la vie terrienne, mais la prévient que son vaisseau spatial viendra la chercher dans la nuit, qu’elle soit prête, vêtue de blanc, à embarquer pour une nouvelle galaxie. Ils partent vers les cieux, au sons de chants grégoriens interprétés par des angelots blonds à la peau verte, qui se baignent dans une piscine de flammes gelées. 

          Version gourmet : il lui propose de lui laisser des sous pour s’offrir un festin au Mac’Do. Vu que ça fait 10 jours qu’elle se nourrit de sushis, elle accepte volontiers. Il se sent heureux de lui faire plaisir. 

          Version people : il lui propose de lui faire rencontrer son agent, qui saura faire d’elle une superstar ; ainsi ils enregistreront de concert les pubs japonaises pour le whisky. 

          Version disco : il lui donne rendez-vous dans une boîte à la mode, le soir même. Là, il la fait danser sur les rythmes endiablés des Bee-Gees, lui vêtu d’un costume à paillettes, chaussé de mocassins à talons hauts, elle en body fluo et bottes de vinyle rose à talons aiguilles. Ils se déchaînent jusqu’au bout de la nuit et finissent, nus, dans une piscine d’eau rose sous les boules à facette. Ils deviennent la coqueluche des japonais branchés et ont leur propre talk-show, dont le générique est écrit par Patrick Juvet. 

Dans tous les cas, dans 2 ans, le film « lost in transsubstantiation  » sortira, il racontera comment ce couple heureux a acquis la maîtrise de la transformation du sushi en T-bone et du saké en coca-cola. 

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Publié le 12 janvier 2010, dans Extrapolations, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. +1 Version science-fiction ! mdrr

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