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Le merveilleux monde de l’emploi sur le net

Comme beaucoup de gens, je cherche du travail. Ce n’est pas une situation très drôle, j’en conviens aisément, mais là n’est pas le sujet… Quand on est à la recherche d’un emploi, on procède beaucoup par internet. Et on se retrouve assez rapidement dans des situations ubuesques.

Déjà, on doit faire rentrer son CV et son expérience professionnelle dans des cases. Souvent les choix mis à notre disposition pour remplir les cases ne reflètent pas la réalité et il faut faire des approximations. Si en plus on a une expérience variée, comme de façon générale on ne peut faire qu’un choix, il faut faire choisir l’expérience à mettre en avant. Ca limite déjà pas mal..
Parfois les cases n’existent pas. L’expérience est donc ignorée…
Parfois les cases ne peuvent pas être remplies. Pas par mauvaise volonté, simplement parce que l’on ne fait pas partie des cas de figure imaginés par les concepteurs du site. Si ça arrive, le système refuse simplement votre candidature. La solution consiste alors à inventer un contenu qui pourra être crédible, sans quoi l’humain qui finira un jour par lire les cases ne vous prendra pas au sérieux.

Les sites qui collectent vos documents au format Word sont encore pires, par ce que les documents sont traités par des humains qui doivent les décomposer et les mettre dans des cases. Dans 90% des cas, les humains sont incompétents et ne savent pas alimenter les cases. Surtout si on a des expériences techniques pleines de mots qui ne font pas partie du vocabulaire du téléspectateur moyen.

Si par un miracle incroyable on a tout de même réussi à attirer l’attention d’un « agent de liaison » (je ne peux me résoudre à appeler ça un « commercial », encore moins un « recruteur »), dans 70% des cas les propositions qu’ils nous font ne correspondent absolument pas à une bonne  interprétation du contenu des cases…  dans les 30% restants des cas, ils ne comprennent pas la demande de l’employeur et sont incapables de savoir si le profil sélectionné convient. J’ai acquis la certitude qu’ils appellent au hasard, pour justifier leur salaire.

Il y aussi les cas d’annonces « impasse ». Par exemple, un jeune « recruteur » a inondé le net d’annonces très intéressantes et (malheureusement) correspondant à mon profil. Alléchée, j‘appelle. Pour m’entendre dire que le monsieur a quitté la société et que ces annonces ne sont plus suivies. Mais BANDE D’ABRUTIS, retirez les annonces non viables… tout le monde gagnera du temps…

 Cependant, la palme revient à la société « progressive » qui se vente de placer une personne toute les 17mn et dont les annonces enjoignent à poser sa candidature dans la joie, la bonne humeur et l’espoir de sortir de la grisaille plombante qui nimbe la vie des demandeurs d’emploi.
Cette entreprise propose un poste qui correspond à ma recherche.  Après 2 appels, je tombe sur une personne avec laquelle je conviens d’un rendez-vous téléphonique le lendemain. Correspondant parfaitement au profil recherché, je pensais que la communication pouvait être fructueuse. Bref moment d’ivresse et chants grégoriens se mirent à s’entrechoquer allègrement dans mon cerveau…

Le lendemain le temps passe inexorablement et aucun appel…
Anne ma sœur Anne ne voit que le téléphone qui sommeilloit et la boîte mail qui s’éteindoit…
Donc je prends l’initiative d’appeler. Normal, non ? un RDV, même téléphonique, reste un RDV…

Premier appel : on me dit que mon interlocuteur est en ligne. OK.

Second appel, 45 mn plus tard : on me dit « ah non, elle ne doit pas être là aujourd’hui ».

Internaute, mon amie,  l’un de tes interlocuteurs ment. A toi de deviner lequel…

Troisième appel, 30mn après : Bruits festifs, rires… une fête est en cours chez Progressive. Au moins certains s’amusent…

Mon nouvel interlocuteur me reconnaît (évidemment, je ne cesse pas d’appeler depuis hier… je VEUX travailler…), il fait donc un effort et me trouve la personne avec qui j’avais RDV. Donc c’est mon second interlocuteur qui mentait (celui du seconde appel du second jour; oui, je sais, il faut suivre). Ou qui n’en avait rien à faire. Ou qui est un joyeux plaisantin. Au choix… 
Comme tous ces gens travaillent en open-space, la conversation à suivre se fera sur fond de bruits festifs. C’est aussi approprié que si on allait au confessionnal dans un bar à putes…
Néanmoins, mon RDV se dit tout ouïe et attentive. Elle m’interroge sur mes compétences et assez rapidement la remarque fuse : « Ah… mais… avec toutes ces compétences, comment se fait-il que vous ne parveniez pas à trouver de mission… ? » mais PETASSE, parce que les gens comme toi sont INCOMPETENTS et préfèrent fêter l’anniversaire de leur chef plutôt que de faire leur boulot !!
J’explique le contexte un peu tendu du monde du travail actuellement et l' »entetien » se poursuit. Apparemment je corresponds au poste, mais c’est ennuyeux parce que « le client n’est pas encore sûr du budget, le projet n’est pas encore décidé » ! Mais POURQUOI TU NE RETIRES PAS L’ANNONCE ? Tu crois qu’on s’amuse à cherche du travail ?
Enfin, pour finir en apothéose, elle m’annonce que mon CV sera soumis quand même mais que sans nouvelles d’elle sous une semaine, je peux considérer que ma candidature ne sera pas retenue. Et crois bon d’ajouter que « ça ne met pas mes compétences en doute ». Mais CONNASSE, tu crois que je t’ai attendue pour évaluer mes compétences?

Bref, c’est un peu comme les sites de rencontre : sous couvert d’anonymat (non partagé), les gens se conduisent sans aucune considération et à la limite de la politesse.

 J’ai aussi eu quelques expériences « live » : Par exemple, un récent entretien chez un grand nom de l’interim, où l’on m’a enfermée dans une salle munie d’un œilleton pour « attendre mon interlocuteur ». Je suis certes un peu parano, mais entre la porte fermée et l’œilleton (extérieur) j’avais l’impression d’être observée comme à travers un miroir sans tain… Je n’ai pas attendu longtemps avant de rouvrir grand la porte.

Je ne conclurai pas, parce qu’hélas, le chemin me semble encore long avant la fin du tunnel.

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Un monde merveilleux…

Il est un monde merveilleux où l’on se sent épanoui et aimé, un monde ou chaleur humaine et bon entente conjuguent leurs effets bénéfiques pour favoriser une créativité intense et débridée, un monde où les paroles sont des chants, les écrits des poêmes, les rencontres des fêtes. Ce monde fabuleux, s’il existe, n’est définitivement pas celui du travail.
Le monde du travail, tel que je le pratique actuellement, est une sorte de monde composé de multiples couches, monde dans lequel cohabitent des bulles étanches les unes aux autres; il est fréquement représenté par un immeuble, ou un étage d’un immeuble. Dans ces espaces,  il y a entre autres la bulle des salariés-grouillots, la bulles des salariés-chefs et la bulle des prestataires (par définition super-grouillots), à laquelle (vous l’avez deviné) j’ai la joie d’appartenir.
 
Petite précision: dans la vraie vie, les habitants des différentes bulles sont tous des humanoïdes amenés à communiquer de la façon la plus normale qui soit. Aucune différence évidente ne permet de les catégoriser et ils peuvent même interagir les uns avec les autres. C’est dans le « monde du travail » que les choses changent.
 
Les bulles des salariés-grouillots, salariés-chefs et prestas vont et viennent dans l’espace de l’immeuble qui abrite le « monde du travail », elles s’agitent au gré des vociférations des uns et des râleries des autres, glissent, se retournent, se croisent, se percutent, sans jamais générer d’interaction entre les salariés (errant dans 2 bulles) et les prestas (errant dans 1 bulle).
Explications: La bulle des prestas présente des caractéristiques particulières sur lesquelles il est intéressant de s’arrêter un moment.
 
    – la bulle rend ses habitants transparents. Le presta est par conséquent totalement invisible, ce qui explique qu’on ne lui adresse jamais la parole, qu’on ne l’invite jamais à déjeuner ou prendre un café, qu’on ne lui tienne pas la porte quand il passe, chargé de dossiers.
    – elle rend ses habitants impuissants (impuissance limitée au « monde du travail », j’entends); c’est à dire que quelle que soit leur force de persuasion, les raisons qu’ils invoquent, l’aspect stratégique de leurs remarques, ils ne seront pas écoutés, pas considérés et encore moins reconnus.
    – la bulle nourri ses habitant; par un procédé encore inconnu de mes services, mais je travaille à éclaircir ce mystère. En conséquence de quoi, lorsque les salariés des autres bulles s’organisent des agappes, ils n’ont pas besoin d’y inviter les prestas. Ceux-ci sont déjà sur-nourris par leur bulle. Et de toute façon, ils sont transparents. On est donc parfaitement habilité à manger des croissants, gâteaux et autres sucreries en leur présence sans leur accorder la moindre attention.
    – la bulle procède automatiquement aux rites habituels de début et de fin de journée. Donc pas la peine de dire « bonjour » ou « bonsoir » à un presta. Encore moins « bon week-end ». La question du « bonnes vacances » ne se pose pas, vu qu’on ignore totalement quand les prestas sont habilités à se reposer. Le sont-ils d’ailleurs?
    -la bulle offre un standard physique à ses habitants; c’est très pratique: ainsi les prestas hommes sont tous rigoureusement identiques et les prestas femmes aussi. On peut donc leur donner un nom générique et globaliser les contacts incontournables que l’on est (hélas) obligé d’avoir avec eux. On est aussi autorisé à les confondre, à confondre leurs projets et leurs attributions.
    – la bulle gère un écoulement élastique du temps. C’est une particularité très pratique: ainsi on peut faire attendre interminablement un presta avant une réunion (jusqu’à 1h d’attente, le presta peut rester dans le couloir, entre les toilettes et le placard à balais; bien pesner à faire en sorte qu’à tout moment il ait l’impression que la réunion va démarrer, de façon à le maintenir sous pression et à l’empêcher de retourner glander dans son bureau). On peut aussi sans aucun scrupule raccourcir ses délais pour un projet. L’obliger à rendre au bout de 15 jours ce qui était supposé être fait en un mois, par exemple.
 
A l’issue de la mission, le presta disparaît de la bulle et toute mémoire de son passage est aussitôt effacée; voilà pourquoi il est agréable d’avoir à faire à des prestas: on peut se comporter avec eux comme si on était poisson rouge (ou salsero), c’est à dire: oublier jusqu’à leur existence, même quand ils sont à moins d’un mètre…