Archives de Catégorie: Roger et Stanislas

Sont deux carpes koï, qui présentent la particularité de parler (et de ne jamais rater l’apéro). Roger est par ailleurs capable de lire les pensées humaines.
Leurs larmes sont sucrées et quiconque les boit voit sa vie prolongée de l’exacte durée de son honnêteté.

Poisson vole

– Les pirates, ça dort zamais!!!
Le gamin éclate de rire et fonce sur son vélo bleu clair, les petites roues au vent, laissant derrière lui un nuages de feuilles d’automne aux couleurs de dos de poisson. Quelques feuilles volètent et viennent se poser avec délicatesse à la surface du bassin aux reflets métalliques, attirant les carpes qui l’habitent.
– Dis donc, Roger, il m’a l’air bien en forme, le p’tit aujourd’hui…
– Oui, je sais pas trop où il va chercher son énergie, moi j’en peux plus et il n’est que 15h… ce passage à l’heure d’hiver me flingue à chaque fois…
Les deux koi, leurs grosses têtes affleurant l’eau, fixent quatre yeux globuleux sur l’enfant qui virevolte autour du bassin. Descendu de son vélo, il a choisi un bout de bois pour s’en faire une épée, avec laquelle il cingle l’air en poussant des petits cris de joie.
– Ze suis le sef des pirates, ze vais pésser les poissons!!! et après, quand il y en aura un gros tas, ze vais les griller et les manzer!
– Il a bien changé, voilà qu’il veut nous faire griller…
– Tu crois qu’il est sérieux? je pensais qu’on était ses amis…
– Oh tu sais, j’ai appris que les notions d’amitié pouvaient varier d’une espèce à l’autre…
– Oui, mais nous? On est amis, non? Tu n’as jamais eu envie de me faire griller? C’est à ça qu’on reconnait ses amis? Ceux qui grillent et les autres?
Roger éclate de rire devant la mine déconfite de Stanislas, dont l’expression atterrée déforme les traits, amenant au contact les tâches turquoise de sa tête et lui donnant l’air de porter un masque de Zorro triste.
Le petit garçon s’est approché au dessus de la surface lisse de l’eau et agite son bâton. Il se penche vers les formes colorées qui se sont réfugiées dans la boue.
– Eh, les poissons, hé! Ze vous pèsse!
– Tu vois? Il joue avec nous… rien de méchant, il n’a pas mis de ligne ou d’hameçon… il se contente d’imiter le grands, c’est un gamin.
Roger se tourne vers son gros amis pour le trouver blotti dans un bouquet d’algues, la mine déconfite et le regard apeuré.
– Oh, calme-toi, on connait ce gosse depuis tout petit, tu ne crois pas qu’il va nous faire griller quand même…
– Pourquoi il est pas resté petit?
– Ca c’est pas possible, tout le monde grandit, vieillit, change…
– Mais je veux pas changer, moi, et je veux pas qu’il change, j’aime ce petit .. petit…
– Mais regarde, il est mignon, là, il est drôle avec sa bouille ronde, ses petites dents et son bonnet…
– Ses petites dents, ses petites dents… il va nous entamer, oui… on peut pas faire ça à ses amis… je les mange, moi, mes amis? Si les gamins ont les dents qui poussent pour mieux dévorer leurs amis, je préfère rester poisson…
Le gamin ayant changé de position, son ombre surplombe les corps des deux poissons, les plongeant dans une inquiétante obscurité. Au bout de sa petit main, il tient toujours le bâton avec lequel il fait mine de pêcher.
– J’aime pas son nouveau jeu, je préférais quand il apprenait à nager et que ses petits pieds nous frôlaient et que les chatouilles le faisaient rire et que ses petits bras tapaient l’eau et que…
– Bon ça va, tu vas pas arrêter de te plaindre. Le petit grandit et c’est très bien, tu devrais être content. D’ailleurs, on avait dit qu’on l’aiderait avec ses petites roues
– Comment ça?
– Qu’on l’aiderait à s’en passer, pour qu’il se sente encore plus fier sur son vélo…
Stanislas se mit à sourire.
– Ah oui, bonne idée, tu crois que si on fait ça, il va nous aimer et ne plus avoir envie de nous griller?
Roger hausse la nageoire en signe d’ignorance et s’approche de la surface en miroir de l’eau. L’enfant s’est lassé de son jeu de pêche et a repris son vélo. Il tourne autour du bassin en chantant une comptine où il est question d’escargot et de maisonnette  ()
– J’y crois pas, il préfère les escargots, maintenant… ça se mange, les escargots? ils devraient se méfier, ils vont finir grillés eux aussi… Et on fait comment, pour les roues?
– On fait l’oiseau…
– Oh non, j’en étais sûr… pas l’oiseau, ça fatigue…
– On fait l’oiseau et je te donne mon apéro de ce soir
– Là, d’accord… Bon, pas de temps à perdre.

Les deux poissons s’enfoncent dans la boue et en sortent quelques algues, des plumes récupérées à la surface de l’eau et deux petits colliers fabriqués dans des feuilles de nénuphars. Après s’être faufilés dans les colliers, ils plantent adroitement plumes et algues autour de leurs deux grosses têtes ainsi coiffées.
– Je me sens ridicule… je ne suis pas un oiseau…
– Et les hommes? avec leurs avions, leurs parachutes, leurs parapentes, tu ne les trouves pas ridicules?
– Ben eux au moins, ils ont de belles tenues et ils postent leurs photos sur instagram…
– Et c’est ça qui te fait envie chez les hommes?
Stanislas ronchonne et accroche ses dernières plumes, puis dans un même élan, les deux amis battent de la queue et se propulsent à la surface.
– N’oublie pas, on n’a pas trop de temps, n’en perds pas à des conneries, s’il te plait…
– Même pas une petite photo en vol?
– Même pas… et qui irait regarder des poissons voler?
– Ben y a bien des chatons… on n’est pas moins mignons…
– Sache que la mignonnerie est question de point de vue, c’est un concept qui ne se discute pas…

Les plumes prennent l’air et hissent les poissons hors de l’eau.
– Vise bien la roue gauche, je prend la droite, hurle Stanislas avant que l’arc de son corps ne forme un demi-cercle parfait, qui vient se finir pile à la petite roue de droite.
Devant le spectacle des deux poissons couverts des plumes qui volent vers lui, l’enfant rit et bat des mains. Il observe Roger et Stanislas se poser avec toute la délicatesse de leurs corps corail  sur les deux côtés de sa roue arrière et quand il les voit en dévisser les roulettes, il ne songe pas à s’affoler.
– Vas-y petit, fonce
C’est Roger qui a parlé dans un souffle et l’enfant fasciné a appuyé ses pieds sur les pédales. L’équilibre assuré par les deux carpes, le vélo fonce dans l’herbe rouille et les feuilles d’automne. Le petit pousse des cris de joie ou se mêlent rires et un rien de peur fascinée. les poissons s’épuisent à battre l’air pour donner l’élan nécessaire et d’un coup, sentent que le vélo part tout seul en ligne droite.
– Roger, je crois que le gamin a compris! On rentre!
Dans un éclat de rire ravi, le bambin salue ses deux amis qui opèrent un demi-tour vers le bassin et en réintègrent avec délice la boue tiède. Le vélo est stabilisé et les roulettes, qui prennent froid dans l’herbe humide, ne sont plus qu’un souvenir.
Avant de rentrer pour le goûter, l’enfant fier et ému s’approche de l’eau et gazouille à l’intention des carpes.
– Il a dit quoi?
– J’ai compris « ze vous aime les amis », mais je ne suis pas sûr…
– Oui, moi aussi, j’ai compris ça
Et Stanislas, soulagé, finit de ranger ses plumes avant de ses servir double ration d’apéro.
– Pour fêter ça, tu veux une mouche?

 

Publicités

Le petit prince aventurier

Roger se glissait avec volupté dans la boue du fond du bassin, orientant sa grosse tête corail vers le soleil, quand une ombre passa au dessus de la surface lisse de l’eau. La grosse carpe sursauta et scruta vers le haut. Son œil noir eut à peine le temps de s’adapter à la clarté du miroir leur servant de plafond que l’ombre repassa, rapide, accompagnée cette fois d’un rire sonore.
– Il est revenu!
Tout joyeux, le poisson se dégagea de la boue et donna de vifs coups de queue pour rejoindre la surface, aussitôt suivi par son comparse turquoise et orange, qui ne put s’empêcher de râler.
– Ben quand même! Je croyais qu’il nous avait oubliés. C’est pas concentré à c’t’âge-là, il suffit d’un camion rouge avec un gros klaxon et exit les carpes!
Roger et Stanislas sortirent leurs têtes chauves de l’eau juste à temps pour voir passer,dans un grand éclat de rire, un petit pied chaussé de basket blanche. Le petit pied, suivi d’un second petit pied, repassa dans l’autre sens, puis revint, puis repassa, les obligeant à hocher la tête en rythme.
– Bon, il arrête? Je vais choper un torticolis…
Comme s’il avait entendu Stanislas, le gamin ralentit sa balançoire, en descendit d’un petit saut et s’approcha du bassin. Il sortit de sa poche des miettes de pain sec et commença à les lancer dans l’eau en gazouillant aimablement à l’intention des poissons.
– Ah merci gamin! tu tombes à pic, c’est l’heure de l’apéro et on commençait à avoir un petit creux du côté de l’estomac!
Une fois que le petit eu vidé sa poche, il sorti de son sac à doc bleu un gros pistolet de plastique qu’il plongea dans l’eau, passant à quelques centimètres des gloutons.
– Eh? ça va pas la tête? Il va nous blesser avec ce gros truc jaune et vert! C’est quoi d’abord cet engin?
Des bulles d’air sortirent du jouet, chatouillant le ventre des carpes
– C’est pas mal ce p’tit massage, tu crois que c’est un genre de spa pour poissons?
Roger n’eut pas le temps de donner son avis, une gerbe d’eau sorti du pistolet et vint remplir sa bouche ouverte pour parler. Il recula brusquement et se mit à tousser, à la grande joie de Stanislas.
– Ahahahahaha! J’ai enfin un allié! Il est bien ce gamin, il a trouvé un moyen de te faire taire!
Mais il n’avait pas fini sa phrase qu’une autre gerbe d’eau lui remplit la bouche à son tour,  transformant son rire moqueur en hoquet.
Les deux poissons se réfugièrent dans la boue, poursuivis par les jets d’eau qui les chatouillaient et les empêchaient de se voir distinctement.
– C’est quoi ce truc?
– Je crois que j’ai entendu un gosse appeler ça un « pistolet à eau », ils s’arrosent avec…
– Ah… comme si on avait une lance à air?
– Oui, c’est ça
– Ça serait chouette d’avoir des jouets, nous aussi… Si on avait des mains…
Au dessus d’eux, le petit prince lançait des cris de joie en tirant dans tous les sens avec son pistolet, inondant les alentours du bassin.
– Tchaa-Tchaa-Tchaa!  Ze suis le sérif du bassin!
Il pointait le canon de l’arme en plastique vers les carpes amusées mais prudentes et faisait mine de leur tirer dessus. Roger quitta la boue et rejoint la surface.
– Ce qui serait bien, p’tit, c’est que tu aies une étoile de shérif accrochée à ta veste! Tu serais magnifique!
Le gamin arrêta un moment son jeu et considéra la carpe, puis leva les yeux. Le jour tombait et on commençait à distinguer dans la limpidité prune du ciel l’étoile du berger et un croissant de lune, qui rivalisaient de brillance. Il se hissa sur la margelle et tendit sa main potelée vers le haut.
Stanislas, inquiet de voir tomber le gamin, s’était approché pour amortir une éventuelle chute.
– Attention, gamin, va pas plonger…
Mais le petit prince, ignorant le danger, décrocha tranquillement l’étoile et la posa sur sa veste à l’endroit du cœur. Sous les yeux sidérés des poissons, l’étoile se fixa et se mit à luire doucement.
– Dis donc, ce gamin est magicien, ça me donne une idée…
Roger s’approcha de l’enfant qui admirait sa décoration et lui glissa
– Petit, si tu décroches la lune et me la fait boire, je vais grossir tellement que je pourrai te servir de cheval…
Après avoir fixé la carpe un moment pour peser la valeur de sa proposition,  le gamin tendit de nouveau le bras. Il décrocha la lune avec délicatesse, l’approcha de ses yeux noirs, en apprécia la douceur et brillance, puis la tendit au gros poisson corail, inclinant un bout du croissant vers sa bouche.
Un liquide doré coula dans la gorge de Roger, dont le volume se mit à augmenter. Le gamin poussa un cri ravi et admira l’animal, devenu énorme et iridescent.
Stanislas souffla de surprise.
– Comment tu fais ça?
– J’ai connu une seiche il y a longtemps, rigola Roger, on s’est bien entendus, elle m’a appris quelques trucs!
Le poisson transformé en monture féerique sorti sa nageoire de l’eau, invitant le petit à le chevaucher. Sans hésiter, le gamin s’installa sur le dos brillant et s’accrocha à la nageoire.
Roger commença par un prudent tour de bassin puis, assuré que l’enfant était en confiance, se mit à accélérer. Les éclats de rire du gamin le poussèrent à aller de plus en plus vite. Il s’enhardit, fit de petit bonds, des demi-tours, donna de grands coups de queue pour créer des gerbes d’eau auxquelles ses belles couleurs nacrées donnaient des reflets d’or et d’argent.
Stanislas se mit à leurs côtés pour une course que le petit prince remporta dans un « Z’ai gagné! » sonore. Avant que l’enfant n’aie l’idée d’inventer un nouveau jeu, Roger, pantelant, décida qu’il était temps de reprendre son aspect normal et le déposa sur la margelle. Le gamin flatta les deux poissons du plat de sa petite main et s’allongea sur la pierre restée tiède, laissant le bout de ses doigts faire clapoter la surface, comme pour prolonger le contact avec ses deux amis.
– Il est mignon, c’gamin, il a pas eu peur, rien et regarde… il nous remercie… mais je suis inquiet qu’il tombe, quand même…
Sur ces mots Stanislas, heureux de pouvoir participer à l’aventure, prit son élan et effectua un bond majestueux qui le mena au bord des premières branches des arbres qui jouxtaient le bassin.
Alertés par le bruit, quelques oiseaux sortirent des feuillages pour entendre ce qu’il avait à leur demander.

C’est un enfant endormi profondément, rêvant au pays merveilleux des astres magiques, que les rouge-gorges et les mésanges, aidés par quelques moineaux, protégèrent en le maintenant par ses vêtements, formant au dessus du dormeur un arc de plumes chatoyantes.

                                                                                                                 

Un moment d’hésitation

Ce sont ces moments souvent clé, qui semblent vivre leur vie pour mieux nous plonger dans un monde auquel nous aurions préféré ne pas avoir part…

Cette semaine, il ne t’aura pas échappé, Lecteur-Chéri-Mon-Flocon, que nous avons été envahis par une substance blanche, poudreuse, légère et pour le moins inhabituelle en ces temps de réchauffement climatique. Mais cette semaine aura surtout vu le premier lancement dans l’espace d’une… voiture….
Pour une fois que c’est un sujet féminin qui fait la une, ce sera donc une automobile. D’où l’intérêt d’avoir les moyens: On peut balancer dans l’espace ce qu’on veut. Perso, j’aurais bien balancé des carpes Koï, connues sous le nom de Roger et Stanislas, mais il se trouve que je n’ai pas trop les moyens en ce moment.
Bref, revenons à la neige.
Contrainte de m’acheminer en autonomie, j’ai rechaussé mes pompes de 7 lieues et entrepris de traverser la capitale figée dans l’incompétence généralisée face à un climat somme toute de saison. Eeeeh oui, c’est l’hiver et l’hiver, il neige. Mais c’est comme si RATP, SNCF et autres joyeux urbanistes oubliaient cet état de fait. Donc Paris se tétanise aux premiers flocons exactement comme moi face à ma déclaration d’impôts. Même si, je le concède, il y a quelque chose d’éminemment sympathique dans l’exotisme de la situation: marcher tard le soir, traverser des quartiers entiers livrés aux congères, glisser en chœur sur des trottoirs transformés en patinoire et …. rencontrer des barjots, ceux qui sont perdus dans leurs moments d’hésitation au point de les confondre avec une réalité qui leur appartient. Des mondes parallèles, mais seulement tangents au nôtre.
Ça commence doucement, par une hallucination. Je vois passer des prix dépressifs. Ces prix tristes à mourir, qui baissent le nez et essayent de disparaître, honteux de ce qu’il représentent comme travail de petits enfants dans des pays pas si lointains (à l’heure de l’hyperloop et de la voiture dans l’espace). Ces prix me hantent encore quand j’entre dans une salle de cinéma remplie de vieux (ce sont les seules personnes encore capables de s’acheminer dans des conditions climatiques inconnues des jeunes générations. Et les seules personnes qui possèdent encore l’équipement idoine. J’ai vu des pompes de folie, cette semaine, des trucs que même les prix dépressifs ne voudraient pas représenter). Une vieille dame s’assied à côté de moi. Nous sommes seules dans un îlot de sièges vides, loin des autres vieux en après-ski. Et que fait cette dame? Pour se sentir raccord avec la météo apocalyptique de la semaine, la vieille lâche des vents. Je jure que même Gene Tierney a réagit, elle a fait ça:

#Genetierney #heavencanwait

Sous l’emprise de l’odeur, je fuis la salle obscure, la vieille et le diable qui a l’air trop sympa pour être honnête (c’était « Heaven can wait », mais pas avec Clyde Barrow, ami cinéphile, je fais appel à ta science) et me retrouve dans la rue, les pieds mouillés, le brushing en berne, totalement seule et soudain… cernée de corneilles. La nuit. Une dizaine d’oiseaux au gros bec noir, à l’œil furieux et à l’accent Hitchockien.

Là, c’est moi:

Je flippe, évidement, qui n’aurait pas flippé sa race? Entourée d’oiseaux dont le croassement agressif commence à me faire tourner la tête, je cherche un abri. Une ruelle se profile, je m’y glisse (au sens littéral de « glisser ») et entends un susurrement étrange en provenance du fond de la ruelle.
Les oiseaux semblent apprivoisés par un être petit et rond qui se tient en retrait dans un coin sans lumière et leur parle un langage barbare. Il ricane et grâce à un providentiel rayon de lune, je vois briller des dents qui me semblent de glace dans sa bouche tordue par la haine. Mais je refuse de me laisser impressionner. Je m’approche de l’individu (il faut dire que son tour de taille me laisse entendre que je cours plus vite et que si je dois fuir devant lui, il a plus de risques que moi de s’étaler comme la grosse merde adipeuse qu’il est et de finir la soirée sur le dos, ses jambes courtaudes s’agitant de façon ridicule et sa veste trempée collée par le givre, la fausse fourrure de sa capuche lui remplissant la bouche de poils synthétiques allergisants et l’urticaire polluant lui couvrant le corps. L’idée m’enchante).
Je m’approche donc… et me trouve face à ce qui a l’air, l’odeur, la couleur d’une carotte.
Le nabot rit de façon démoniaque faisant tressauter son estomac vulgaire au dessus de ses pieds tordus. Il est sale, gris, ses yeux de charbons brillent de méchanceté, mais je reconnais un bonhomme de neige.

Voilà donc où nous conduit le réchauffement climatique: à des êtres dont l’existence même n’est que pollution et méchanceté. Des êtres dont l’évocation devrait faire sourire les enfants et qui ne sont plus que l’ombre démoniaque d’une fureur sans objet.
Je pourrais le faire fondre en me jetant sur lui et en l’entourant de mes bras, mais il me fait pitié. De toute façon, il est condamné par l’air qu’il respire et qui nimbe son corps rond de veinules goudronnées. Je shoote dans les corneilles et leur laisse en pâture quelques prix dépressifs qui m’avaient suivie. Le vent de la vieille envahi la ruelle, le bonhomme ne semble pas s’en émouvoir. Puissent ces émanations boucher ses artères.

Plus tard, en remontant le long de la voie de tram glacée, l’idée me vint que le futur s’annonce bizarre.

Sinon, notre ami Elon Musk a toujours en tête de nous faire voyager plus vite que notre ombre, mais il semblerait qu’il rencontre quelques problèmes techniques.

#hyperloop

Hyperloop

Si tu as envie de voyager dans ce qui s’apparente à un tube digestif géant dont la vitesse va te faire vomir (et donc normalement, tu vas te prendre ton vomi dans la figure), ça reste ton choix.

Les divinités sont tombées sur la tête

Lecteur-chéri-mon-sashimi, il me semble important que tu saches qu’à défaut d’être rigoureusement vraie, l’histoire qui suit est inspirée de faits plus ou moins réels. Quand à Stanislas et Roger, je les ai rencontrés et ils te passent le bonjour
(petit rappel :  Stanislas et Roger sont deux carpes Koï qui présentent la particularité de parler (et de ne jamais rater l’apéro). Roger est par ailleurs capable de lire les pensées humaines. Ces carpes sont sentimentales (bien que fort viriles) et si elles pleurent, celui qui boit leurs larmes sucrées voit sa vie se prolonger de l’exacte durée de son honnêteté. ) (si tu veux en savoir plus à leur sujet, je t’engage à te rendre dans la catégorie de ce blog qui leur est attribuée)

#carpeskoi

De nouveau ce souffle chaud dans mon cou. Je me retourne une fois de plus. Rien. Sans doute la chaleur pesante de ce début de printemps. La touffeur ambiante a découragé les visiteurs : je me retrouve seul à poursuivre l’ascension entre les torii vermillons. (Torii : portails traditionnels japonais, considérés comme étant la frontière entre notre monde réel et le monde spirituel, j’ai mis une photo en dessous)

Le silence autour de moi, impressionnant, renforce ma sensation de solitude. Je profite du calme pour faire une pause et lire un peu mon guide de voyage. J’aimerais comprendre qui sont ces petits personnages de pierre que l’on peut voir un peu partout au Japon (voir photos en dessous). La plupart sont munis de serviettes ou de petits bonnets rouges qui ont l’air d’être faits au crochet. Je m’assieds et commence à feuilleter le livre, mais un bruit ressemblant à un battement d’ailes amplifié me fait sursauter. Je lève le nez et cherche quel oiseau a put produire un bruit aussi fort, mais ne parviens pas distinguer autre chose que des alignements de piliers rouges. Ces torii sont si rapprochés qu’ils m’oppressent. J’aimerais savoir combien de temps il me reste avant d’avoir fait le tour complet de la colline pour en atteindre le sommet, mais personne ne passe. Il me faut continuer en espérant arriver rapidement. Je reprends ma progression.

Après quelques minutes, outre les vagues de chaleur persistantes dans mon cou, j’ai l’angoissante sensation d’être suivi. Je m’arrête, mais personne ne s’avance à ma hauteur. Je guette entre les piliers, aucun signe d’un autre visiteur. C’est peut-être un animal. Je progresse de quelques mètres, mais de nouveau le bruit très fort de battement d’ailes résonne et je me retrouve projeté au sol par une violente poussée. Toujours rien autour de moi. Assis sur la terre humide, décidé à ne pas me laisser impressionner, je lance une phrase bravache idiote et attends, prêt à en découdre. Personne ne vient. Je me relève, mais au lieu de repartir en direction du haut, rebrousse chemin. Tant pis pour le sommet et son amoncellement de statues, ce lieu est trop bizarre. Je fais quelques pas, pour me heurter violemment à un mur invisible. Malgré mes efforts pour passer, je me trouve coincé. Une peur diffuse sourde en moi. Je m’entête en vain, la sueur coule entre mes omoplates, mes gestes saccadés sont inutiles et je ne peux empêcher mes mains de trembler. Affolé, j’essaie de combattre cette force invisible, quand résonne un bruit de cavalcade issu du bas de la colline. Un martellement de milliers de pas lourds qui se rapprochent, me forçant à détaler vers le haut. Essayant de ne pas freiner ma progression, je jette un œil par-dessus mon épaule et découvre une foule de petits renards de plâtre peint, vêtus de kimonos, qui se ruent sur moi. Ils franchissent sans effort le mur qui m’empêchait de redescendre, et à ma vue se mettent à pousser de petits cris aigus, montrant leur dents et brandissant leurs poings. Un gémissement étouffé sort de ma poitrine quand j’accélère. Dans la panique, je me prends les pieds, manque de tomber, sens une main rigide se poser sur mon épaule. Je hurle de terreur et me jette dans un interstice entre deux portails, espérant perdre mes poursuivants dans la forêt. Je plonge vers un buisson, mais suis retenu. Un être énorme aux yeux menaçants et à la gueule remplie de petites dents acérées serre sa mâchoire sur le tissu à carreaux du col de ma chemise. Il est gris et sa tête est décorée d’une fleur rose. C’est un rat de pierre! Je me débats, me tortillant dans tous les sens jusqu’à faire lâcher l’étreinte du monstre. Je me réceptionne lourdement, sur quelque chose de mou et de vivant, qui se révèle être un serpent gigantesque, gris lui aussi, et qui semble modérément apprécier ma présence sur son dos. Tétanisé, je le vois porter lentement sa tête triangulaire à hauteur de mes yeux et sortir tout aussi lentement une langue fourchue en direction de mon nez. Je sens les fourches rouges s’insérer dans mes narines et pousse un nouveau hurlement. La peur m’a redonné de la force. Je retourne sous les torii, poursuivi cette fois par un animal mi-chien mi-lion surgit du néant, la gueule béante, accompagné d’un singe portant un plat de pommes. Les deux semblent faits de la même pierre grise que le rat et le serpent. Le chien s’accroche à mon pantalon en grognant et en bavant, m’immobilisant pour permettre au singe de lancer ses fruits dans mon dos. L’impact de chaque pomme provoque une douleur vive.  Sous les yeux injectés de sang du chien, mon corps s’affaisse, le souffle court, les membres ramollis de peur, incapable de bouger.
Du coin de l’œil, je vois le serpent se rapprocher en sifflant et des dizaines de petits renards commencent à grimper le long de mes jambes. Mon cœur bat à tout rompre. Cerné de créatures hostiles, je m’apprête à vivre mon propre sacrifice quand un nouveau bruit de battement d’ailes détourne l’attention de mes agresseurs. Je suis presque heureux de voir apparaître un énorme dragon noir crachant un feu si vif qu’il m’éblouit, me brûlant les cheveux et les poils des avant-bras. L’arrivée du dragon a calmé le chien-lion, qui me lâche.
Dans un sursaut de survie, je pour bondir à l’assaut de la colline. Je n’ai jamais couru si vite, mes pieds semblent voler. Derrière moi, l’armée d’êtres de pierre en furie s’est mise en mouvement, chacun avide de faire plus de bruit que tous les autres. Un panneau annonce que je me trouve au second niveau. Je sais qu’il y en a cinq. Jamais je ne rejoindrai le haut à ce rythme. Mon cœur va exploser. Mes cuisses brûlent, la sueur pique mes yeux et m’empêche de me diriger dans le tunnel de piliers rouges. Il faut trouver une échappatoire. A ma gauche, un être rond et rouge, dépourvu de bras et de jambes, fixe ses yeux blancs sur moi. Il n’a pas l’air hostile, mais bien décidé à ne pas me laisser passer. A droite, j’aperçois un reflet brillant entre deux piliers : un plan d’eau ! Si je m’y jette, toutes ces créatures de pierre vont couler à pic en me suivant ! Sans réfléchir, porté par l’énergie du désespoir, je sors du chemin, effectue un roulé-boulé sur le sol de terre et plonge.

– Dis donc Roger, on attendait des invités ?
– Non, mais ils ont toujours bienvenus, j’ai de quoi faire un apéro pour dix personnes !
Des poissons. Des carpes Koï, pour être précis. Des carpes Koï qui parlent et me proposent un verre de saké.
Je suis assis sous l’eau, face à une table chargée d’amuse-gueules verts et filamenteux, un verre de saké à la main.
– Enchanté, me dit poliment le plus gros des poissons, celui qui s’appelle Roger et dont le dos est orné de grosses tâches bleu foncé, buvez cul sec, ça vous fera du bien.
Au-dessus de ma tête, dans le miroir formé par la surface de l’eau, je distingue le dragon dont le regard vert fluorescent m’observe et une multitude de petites têtes de pierre, tout aussi attentives. Je tourne mon regard vers Roger, pour lui demander des explications, mais mon corps ne réagit pas. Je suis figé et aucun son ne sort de ma bouche. Je parviens à distinguer Stanislas qui s’approche, muni d’un petit béret rouge réalisé au crochet.

Je m’appelais Louis. J’avais 28 ans. Si vous visitez ce temple, vous me trouverez à la base du torri 8596, à proximité d’un petit autel. Je dois maintenant mesurer une quarantaine de centimètres et les enfants aiment particulièrement déposer des fleurs devant moi, sans doute attirés par mon allure occidentale. Vous me reconnaitrez à la déchirure du col de ma chemise de pierre.

 

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Le petit chien rouge – un conte Pascal –

Lecteur-chéri-mon-lapin-en-chocolat (ça s’appelle « contextualiser »), revenons à l’essentiel : le bassin des carpes Koï, Roger et Stanislas.

Petit rappel : Si tu ne connais pas encore Roger et Stanislas, sache que ce sont deux carpes Koï qui présentent la particularité de parler (et de ne jamais rater l’apéro). Roger est par ailleurs capablre de lire les pensées humaines. Ces carpes sont sentimentales (bien que fort viriles) et si elles pleurent, celui qui boit leurs larmes sucrées voit sa vie se prolonger de l’exacte durée de son honnêteté. Leur bassin est situé dans une clairière, à proximité d’un palais où vit un petit prince.
Voilà, tu sais l’essentiel.

– Dis donc Roger, j’aurais bien croqué dans un œuf en chocolat, moi aussi…
Stanislas, sa grosse tête corail sortie de l’eau, agite les nageoires en direction des reflets multicolores qui viennent d’un pied de fleurs roses.
– Ce sera comme chaque année, personne n’a l’idée de donner du chocolat à des poissons, arrête de rêver.
Roger s’approche et jette un œil curieux aux alentours.
– Mais je reconnais que c’est joli, tous ces papiers brillants dans l’herbe. En revanche, je trouve vexant qu’on mêle de vulgaires poules et d’idiots lapins à des êtres aussi raffinés que des poissons… Et la friture ! Quel nom stupide ! je t’en collerai, moi, des crevettes en chocolat frit… Dis-donc, on dirait que le nénuphar bouge, là-bas !
Les deux poissons abandonnent leurs réflexions chocolatières pour se diriger vers un gros nénuphar blanc, délicatement posé sur une feuille ronde et vernissée. La fleur, agitée de soubresauts, oscille de gauche à droite de façon étrange. Suspicieux, Roger tente une approche en profondeur. Rien de spécial, le dessous de la plante est parfaitement normal. Sur un signe de Stanislas, il sort lentement la tête de l’eau, son gros œil noir affleurant la surface. Les pétales bougent toujours, comme si la fleur contenait quelque chose de vivant. Voyant apparaître l’œil rond de Stanislas à quelques centimètres de lui, il décide de s’approcher  un peu plus. Un jappement le fige. Cette fleur fait du bruit ! Oubliant toute prudence, Roger donne un grand coup de queue et va coller son œil sur un espace entre deux pétales, immédiatement imité par Stanislas.
C’est une boule de poils rouge vermillon qui s’offre aux yeux des deux carpes hébétées. Un petit bruit s’en échappe, puis la boule donne un coup vif, secouant les pétales blancs.
– Réunion de crise !
L’ordre de Roger est immédiatement suivi par Stanislas et les poissons se rejoignent dans la boue douce qui couvre le fond du bassin, 80 cm plus bas.
– Il faut agir vite ! Tu sais ce que c’est ?
Stanislas ne sait pas, mais il trouve le rouge joli.
– On parlera chiffon plus tard… c’est un petit chien ! Il arrive parfois, les nuits de pleine lune, que des petits chiens naissent dans des nénuphars. Ce sont des chiens magiques… les bleus prédisent l’avenir, les jaunes apportent l’amour…
– Et les rouges ?
– Les rouges exhaussent tous les vœux ! Ce sont les plus recherchés, mais aussi les plus fragiles. Celui-ci n’a que quelques heures avant de devenir invisible et de disparaître…
Stanislas remonte rapidement observer leur découverte. C’est en effet un très petit chien aux longs poils soyeux rouge vif, aux grands yeux violets et aux oreilles pendantes. Il jappe joyeusement en se tortillant dans la fleur, laissant apparaître une boucle d’or qui orne son oreille gauche.
– C’est en touchant cette boucle d’or qu’il faut faire un vœu, explique Roger.
– Oh mais c’est génial cette histoire de chiens magiques !
Stanislas est tout excité.
– Tu crois qu’on peut l’inviter à l’apéro ? ça boit quoi, un petit chien comme ça ?
– C’est bien le moment de penser à prendre l’apéro ! Je te dis qu’il n’a que quelques heures devant lui. Il faut que quelqu’un l’adopte, sinon il va disparaître…
– Mais je veux bien l’adopter, moi !
– Ne sois pas ridicule, les poissons ne peuvent pas adopter les chiens…
– Et alors ? il y a bien des cloches vivantes qui jettent des œufs de poule en chocolat dans des lapins ! ça ne choque personne…
– Ce n’est pas le moment de jouer au plus malin, essayons plutôt de trouver une idée pour aider ce chiot à trouver sa place…
Stanislas écarte les pétales avec la bouche pour regarder le chiot. Le petit animal a entreprit de lécher le cœur de sa fleur, maculant sa truffe de jaune. Il aperçoit le poisson et vient gentiment lui lécher l’œil, couvrant la grosse tête corail de jaune. Stanislas, ému, essaie maladroitement de rendre la caresse au petit chien.
– T’as raison, il faut l’aider…
Les poissons regardent autour d’eux, à la recherche de quelque chose à faire, quand un rire cristallin interrompt leurs réflexions. C’est le petit prince, tout guilleret, qui vient pour la chasse aux œufs et furète dans les herbes.
– Le gamin ! Bien sûr, c’est lui qui doit adopter le chiot !
Roger se dresse le plus possible au-dessus de l’eau, pour voir l’enfant sautiller dans l’herbe en poussant de petits cris de joie à la découverte des œufs multicolores. Il rit et admire chaque prise avant de la ranger son petit panier. Tout occupé à ramasser un lapin bleu et des petites poulettes roses, il ne fait pas attention aux poissons qui se sont mis à effectuer de grands bonds dans son dos, espérant attirer son attention.
– J’en peux plus !
Roger est essoufflé par les sauts qu’il n’a cessé de faire. Hors d’haleine, il fixe désespérément l’enfant qui déguste des poulettes et se lèche les doigts.
– Il faudra que tu penses à faire de l’exercice mon gros, y a pas que l’apéro dans la vie !
Stanislas redouble d’effort, encourage son compagnon. Roger change de stratégie et donne de grands coups de queue dans l’eau, affolant le petit chien rouge qui se met à japper. Le bruit et l’agitation inhabituelle de l’eau finissent par intriguer le bambin. Il pose son panier et approche doucement. En découvrant la danse des poissons, il se met à rire et à sauter.
– Mais non ! Danse pas avec nous ! Approche plutôt !
Roger et Stanislas sautent encore plus haut et plus près du nénuphar qui abrite le chiot, éveillant la curiosité de l’enfant qui s’approche et se penche vers les fleurs.
– Pas trop quand même, il ne faudrait pas que le gamin tombe à l’eau…
Les poissons cessent leurs sauts et se mettent de part et d’autre de la fleur abritant le petit chien. Ils agitent les nageoires et fixent l’enfant. Le petit prince tend un doigt potelé, mais il est trop petit pour atteindre la fleur. Roger a l’idée de pousser la tige du nénuphar, et les carpes s’escriment un moment pour rapprocher la fleur du bord. Le petit chien ne fait plus de bruit. Roger jette un œil et perçoit le changement de couleur de son poil.
– Vite ! Vite ou il va disparaître !
Dans un dernier effort, ils avancent encore la tige près de l’enfant qui, soudain devenu sérieux, les aide en tirant sur les feuilles. Il ne lui faut que quelques instants pour découvrir le pompon rouge lové dans le cœur de la fleur. Concentré, il l’attrape avec douceur et le pose dans le creux de sa main. Immédiatement, le pelage du petit animal reprend de l’intensité et un jappement timide se fait entendre. L’enfant sourit, caresse du doigt sa trouvaille en babillant, puis se retourne d’un mouvement vif et court reprendre son panier.
Les poissons le voient en extraire une écharpe avec laquelle il fabrique un nid avant d’y déposer le chiot, puis il déballe un œuf et le découpe en petits morceaux dont il régale son nouvel ami, sans cesser de le flatter de la main, effleurant au passage l’anneau d’or.
– Héhé ! je crois que ce petit chien a trouvé preneur…
Roger n’a pas le temps de finir sa phrase qu’une niche toute en verre décoré de dessins aquatiques se matérialise devant le bassin, sa porte dirigée vers eux. A l’intérieur, un coussin vert brodé de nénuphars et une écuelle bleue pleine d’eau.
– Stanislas, je crois que l’enfant veut que nous soyons amis avec son chien ! Son premier vœu est pour cette jolie maisonnette… on a un voisin!
Content de son organisation, l’enfant délicat déballe des friandises et les jette en direction des deux gros poissons.
– Roger ! Du chocolat ! On va avoir du chocolat pour l’apéro ! Je l’aime cet enfant…

 

 

Lecteur-Chéro-Mon-Amour, si ces messieurs carpes t’ont plu, tu trouveras quelques-une de leurs aventures dans la catégorie « Roger et Stanislas » de ce bel endroit dédié à la culture littéraire.