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L’attaque de la boue géante, (« Mudding-day »)

Lecteur-chéri-mon-tiamisu-café,

Il ne t’aura pas échappé, cette semaine, qu’une coulée de boue a bloqué le RER A pendant plusieurs jours. Evidemment, ça donne des idées. La première qui me saute au cerveau, c’est que cette boue n’est pas innocente. Cette boue est même intelligente. C’est une boue vivante.
Voilà ce que ça donne

7h52, je rentre dans la rame. Elle est déjà presque pleine, plus de place assise. Je me tasse dans un coin à proximité d’une fenêtre, espérant pouvoir aspirer une goulée d’air frais de temps à autre. Comme chaque matin, je suis au bord de la nausée de m’être réveillée tôt, mes yeux brûlent de sommeil  et j’ai la sensation d’étouffer. Le trajet dure  vingt-cinq minutes, une éternité claustrophobique. Je me concentre sur la musique qui peine à couvrir le bruit de la rame. Tenir vingt-cinq minutes, mon mantra quotidien.

8h. Le RER stoppe d’un coup, formant de nous un magma vivant. Les gens, blasés et fatigués des galères à venir, se relèvent et s’excusent à peine. Tout le monde semble appeler de ses vœux un redémarrage immédiat. Tout le monde perd son temps. « Mesdames-messieurs, un incident sur la voie nous contraint à stopper le trafic, merci de votre patience ». Hum. Pas de précision quant à la durée de l’arrêt, mauvais présage. Je tente de me concentrer encore plus sur la musique, me force à respirer avec calme. La sueur s’infiltre entre mes omoplates. Il me faut de l’air. Autour de moi, les gens sont imperturbables. Je ne sais pas comment ils font. J’ai envie de pleurer et de hurler, de bousculer tout le monde et de sortir après avoir défoncé la porte. Je ne pourrai pas tenir plus de 5mn, c’est sûr. J’ai l’impression que la température monte. la sueur perle sur mon front. Le monsieur le plus proche de moi doit sentir que quelque chose ne va pas, son regard réprobateur m’intime de me reprendre. Il a raison. Si je m’affole et tire sur le système d’alarme, ce sera pire. On sera coincés pour de bon.
Je me concentre.
Mon cœur bat mille fois plus vite que d’habitude, je vais crever.
« de la boue! »
Le cri vient de la tête de la rame et remonte vers nous comme une vague. De la boue? Le gens hurlent, s’agglutinent vers le fond. Je me sens écrasée, je vais tomber dans les pommes quand le cri revient, tel un boomerang infernal: « De la boue, on va se noyer! ». Tout le monde s’affole, un ballet hystérique se forme, la masse trouve le moyen de s’écraser sur les parois pour laisser passer une coulée brune et puante. De la boue.
« Ca entre par le bas des portes! »
Reflux de la foule
Je refuse de mourir noyée dans la boue de Paris. Tout le monde crie et pousse. Pourquoi personne de tente de s’échapper par les fenêtres? On peut courir sur le toit, prendre la coulée de vitesse, mais il faut faire vite.
Je me mets à frapper la fenêtre avec l’énergie du désespoir. Le regard sur monsieur est passé de réprobateur à approbateur. Il joint ses efforts aux miens. Nous tapons comme des fous et la fenêtre fini par céder. Je me tourne pour crier victoire et inviter les passagers à fuir.
La moitié des gens a disparu.
Pourtant, aucune ouverture ne leur a permis de sortir. Ceux qui restent sont tous juchés sur les sièges et fixent, tétanisés, la coulée qui leur arrive dessus. Je crie à l’intention d’un gamin resté au sol et qui va se faire renverser par le liquide épais, mais il ne réagit pas. Lâchant la fenêtre pour aller le tirer de là, je me jette dans la travée. Un bras impérieux stoppe ma course. J’ouvre la bouche pour protester, mais les mots sont broyés dans un spasme de ma gorge quand je vois l’enfant fondre et se mêler au flux qui ne cesse de monter. Dans un denier cri résigné, les quatre personnes les plus proches disparaissent à leur tour sous mes yeux médusés et viennent grossir la masse liquide.
Je comprends pourquoi il y a moins de monde dans la rame: les gens touchés par la boue se fondent dedans.
Un bruit de pas vient du plafond: certains s’enfuient par le toit. D’un bond, je retourne à la fenêtre, dont le bas commence à baigner dans la masse sombre. Je m’accroche à la barre et me contorsionne pour sortir de là.

Une file de passagers affolés a trouvé refuge sur l’ilot formé par la rame, qui émerge du liquide. Le flux s’alimente du corps des malheureux qui n’ont pu rejoindre la fenêtre à temps. Nous n’avons que peu de temps avant de disparaître à notre tour. A moins de voler jusqu’au prochain quai puis dans l’escalier qui remonte à la surface, nous sommes perdus. Prise d’une inspiration subite, je m’accroche au caténaire qui parcourt le plafond au dessus de nos têtes et commence une lente progression vers la tête du RER. Le quai n’est pas loin et nous sommes une cinquantaine à l’atteindre par le plafond. Un panneau d’orientation sur lequel nous sautons nous permet de quitter le caténaire et de nous glisser jusqu’à un escalier.
Les corps des moins rapides continuent d’alimenter le flot infernal. Depuis les marches, nous voyons la boue poursuivre sa lente progression. Nous courrons vers la sortie la plus proche et finissons par retrouver l’air libre.

Quelques heures plus tard, Paris est transformé en ce qui ressemble à une immense termitière. La boue, ne trouvant plus à se nourrir, a cessé sa progression. Les quelques survivants, dont je fais partie, se sont réfugiés aux étages les plus hauts des immeubles. Au loin, une horloge sonne 13h. Nous attendons les secours. Bientôt, l’eau va manquer, remplacée dans les canalisations par le flux épais qui finira par nous engloutir.

*

Il fait nuit.Nous n’avons pas entendu sonner 14h, ni 15h, ni aucune autre heure. Je sais que les secours ne viendront pas.

 

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Légendes urbaines – X-tine 10

Le début

Comme vous l’avez sans doute remarqué, observateurs que vous êtes, il fait un peu chaud. 36° claironne Google. Comme je ne recule devant rien, j’ai été vérifier sur mon thermomètre extérieur, qui est beaucoup plus raisonnable ; il proclame 34°. Pour 19h, ça paraît honnête, mais là n’est pas le propos.
Le propos du jour m’a été soufflé par une émission radio au cours de laquelle l’invité parlait des « nez ». Il a eu cette remarque stupéfiante de réalisme : « pour les « nez », prendre le métro est un agression olfactive » ; c’est tellement vrai.
Même pour les « non-nez ». Du coup, j’ai effectué quelques recherches sur le net et essayé de trouver une station de métro qui ne soit pas une agression olfactive. Sur le net, pas en vrai. Je tiens à mon nez. Même s’il est de structure pyramidale, mais c’est un autre débat. Je m ‘égare.

Au fait, en parlant d’égarement, vous connaissez ça :
http://www.youtube.com/watch?v=-lkNPnKnzIA ? ça m’a été soufflé par une voix qui est aussi une oreille. Mais pas un nez. On ne peut pas tout avoir.

Donc, revenons au métro. (C’est une image. Je n’aurai pas la cruauté de vous trainer dans le métro un soir de canicule. Autant vous obliger à lire du Marc Levy en portant des chaussettes à losange. Si, ça existe toujours….). RAS niveau odeurs (enfin, RAS de plus que « ça pue la mort, le fer chaud et la poussière, sans compter les émanations humaines »), mais j’ai fait une découverte intéressante : il y a des gares désaffectées et des portions de tunnel laissées à l’abandon. Trop de la balle, non ?
En cherchant encore un peu (comme il fait chaud et qu’il est impossible de dormir, autant s’occuper sainement), j’ai fait une autre découverte on ne peut plus intéressante : il y aurait des gens qui habitent là-dedans. Plusieurs articles sont convergents : sous Paris, dans la poussière grasse et les émanations RATPesques, un groupuscule de gens a élu domicile. Pas des clodos ou des gens perdus ou des fêtards ivres, non. Des gens qui ont choisi de tenter l’expérience suivante : créer sous Paris une bulle de vie bio, propre et fraîche.
Dans le métro.
Dingue, non ?

Il semblerait qu’ils soient menés par une femme. Cette dernière est décrite comme grande, blonde, remarquablement costaud et de caractère ombrageux. Ca vous rappelle quelqu’un ?
(non, je parle de ça : https://geckobleu007.com/2012/04/01/legendes-urbaines-x-tine-9/ …pffff….).
On dirait que X-tine a refait surface (façon de parler). Je me suis immédiatement jetée sur ma messagerie pour lui faire signe. En substance, j’écrivais « Quoi de neuf ? Tu prends des vacances ? », estimant que c’était un excellent moyen détourné de lui faire oublier que nous n’avons pas communiqué depuis plusieurs mois… Le subterfuge a remarquablement fonctionné : quelques minutes après, le temps d’invoquer les Dieux de la pluie en interprétant une danse idoine sur fond de Patrick Juvet en tenue de k-way (je suis vraiment prête à tout pour éviter d’avoir à arroser mes plantes et courir le risque de faire dépérir mes tomates), j’avais une réponse :

« Objet : mission Paris-propre
De : XT
A : GB7

Suis en pleine restructuration de mes circuits ; j’ai décidé de me lancer dans la sauvegarde de l’humanité. Je lance la construction d’une ville saine sous la ville Seine et j’espère bien pouvoir y recevoir rapidement tout ceux qui en ont marre que les abrutis jettent des trucs par la fenêtre de leurs 4X4 – entre autres- avec l’air pincé de ceux qui ne remarquent rien. »

« Restructuration » semble léger. Rien qu’au ton, employé et à l’orthographe, remarquable, on dirait que X-Tine a fait d’immenses progrès en … tout…

Quelques échanges avec elle m’ont permis de reconstituer ce qui s’est produit ces derniers temps : Après une rixe dans un cinéma au cours de laquelle elle a détruit les téléphones de tous les spectateurs qui jugeaient Facebook ou leurs boîtes mail plus intéressants que le film (pourtant, « Ice Age 4 », ça déchire …), elle a été recueillie par un spectateur qui s’est avéré être un scientifique de haut niveau. Il a dû faire quelques ajustements sur le clone et ils se sont associés pour le projet de ville souterraine. Mais il lui a laissé les seins, les jambes et le caractère d’origine. Comme quoi ça peut plaire. Il s’agit d’un certain Dr Sh. Cooper. (pour les adeptes)

Ils en sont à construire une bulle de nature autonome, qui produira sa propre réserve d’oxygène et passent acteullement leurs nuits à collecter les espèces animales qui hantent la capitale pour en démarrer le peuplement. X-tine ne semble pas avoir cessé ses activités de redresseuse de torts, puis qu’elle m’a avoué être à l’origine de plusieurs hospitalisations de personnes indélicates qui laissent traîner des restes de pique-nique dans les bois. Elle leur a fait avaler les canettes et leur a enfoncé de force les papiers gras « partout où c’est possible «  (je paraphrase à peine).

Tout ceci semble bien exaltant. A suivre…

Pour ceux qui seraient curieux au-delà de la norme, l’émission susnommée est là : http://www.franceinter.fr/emission-les-savanturiers-philippe-charlier-medecin-legiste

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