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Je suis promoteur: la violence ne me fait pas peur

J’aurais aimé que cette phrase fut de moi. Elle est tout droit issue du dernier film de Dupontel, "le vilain".
Haaa… pouvoir caser dans la conversation "il est banquier: les oignons ne le font pas pleurer", "il est médecin: il ‘a pas les yeux porcins", "il est géologue: il a le look en vogue", "il est développeur: il ne fait jamais d’erreurs" ou encore "il est pédégé: il faut le protéger", "il est patron: il n’a pas toujours raison" … pire: "il est comptable: il ne se mettra jamais à table", "il est ministre: il ne sera jamais sinistre", "il est président: il ne pense pas en se rasant"… des sortes de vérités toutes trouvées, à méditer dans la journée, lorsque l’on est studieusement consigné derrière son bureau…
Des mini-paradoxes, oxymores non poétiques et indiscutables de part les subtils sarcasmes qu’ils sous-tendent….
 
 

Dans un tunnel…

Là je vais ressortir ma citation préférée:
 
Quand tu es dans un tunnel, si tu vois de la lumière méfie-toi: c’est peut être un train qui t’arrive dessus…
 
 

Le prix de la culture

Samedi 14h. Je décide de me rendre à l’exposition Renoir, au grand palais.

Renoir est un peintre que j’ai toujours aimé, la douceur des couleurs, les touches délicates du pinceau, les visages sereins, scènes familiales tranquilles, la paisible campagne. A l’opposé de mon goût prononcé pour les expressionnistes et les fauves. Une forme d’attirance pour les extrêmes peut être. Ambivalence, quand tu nous tien…

Le temps étant médiocre, je fais le pari que les parisiens n’iront pas exposer leur brushing aux désordres climatiques dans une longue et extérieure attente. Et comme je n’ai pas trop de créneaux pour m’y rendre, c’est maintenant ou jamais. Donc je me prépare, tenue chaude et imperméable, enfourche mon fidèle destrier en m’y trouve en 30mn. La classe. Enfin… la classe sans parapluie… j’ai oublié l’accessoire phare du moment…

Quand j’arrive, on annonce 45mn d’attente et le crachin n’est pas trop gênant. Je décide donc d’attendre. Sauf que sans parapluie, c’est un peu dur de rester objectif. 45 mn peuvent se transformer en 45 heures. D’un autre côté, j’y suis. J’y suis, j’y reste.

Le monsieur qui essaye de nous faire prendre patience en jouant de la clarinette est là, fidèle au poste. Il a pensé à ses parapluies, lui. En même temps, il est là tous les jours. Idem pour les gardiens.

 

Ce qui est stupéfiant avec ces grandes expositions, c’est l’engouement qu’elles suscitent. Un tel public est attendu que pas moins de 3 files d’attente sont nécessaires pour en canaliser l’ardeur.

La première indique « coupe-file », ce qui signifie: on arrive et on est prioritaire sur tout le monde. La longue observation à laquelle je suis astreinte me permet d’affirmer que c’est la meilleure file. La file « coupe-file », par essence n’existe pas: on ne forme pas de file puisqu’on est sûr d’entrer toute suite. La no-file par excellence.

La seconde file est pour ceux qui ont réservé. On peut faire une réservation pour une entrée à heure fixe ou à la demie. Dans cette file, on doit attendre son heure. Des groupes de gens s’y tassent; ils ont tous leur billet. Temps d’attente moyen: 15mn. Sauf si on arrive très en avance, mais quel serait l’intérêt d’une réservation à heure fixe si on doit se pointer 20mn avant. Aucun. J’ai cru déceler des maniaques capables d’arriver pour l’heure de la séance d’avant, mais je ne le jurerais pas.

La troisième file (la mienne) est pour ceux qui ne prévoient rien et arrivent le sourire aux lèvres, persuadés d’être seuls au monde à avoir envie d’une petite piqûre culturelle. Grossière erreur: nombreux sont les autochtones assoiffés d’art qui viennent s’entasser là. Mais eux, ils ont un parapluie. J’ai hésité qques minutes. Puis j’ai décidé que j’étais waterproof ce jour là.

J’ai espéré qu’une âme charitable me propose un coin de parapluie, en vain. Heureusement, j’avais une écharpe dans laquelle protéger mon brushing.

Au bout de 25 bonnes minutes, après avoir vu défiler des tas et des tas de gens autorisés à rentrer, qques heureux élus de la 3ème file ont  pût accéder à l’entrée. Les durées d’attente ainsi que le nombre de personnes élues sont soumis à des lois étranges et indécryptables. Impossible d’anticiper un « lâcher » de gens. Au bout de 45mn, j’avais avancé d’un peu plus de la moitié du chemin, je m’étais mise en mode « veille prolongée », mon écharpe était imbibée d’eau, mes bottes aussi. Impossible de voir tout cela d’un oeil amusé. Les conversations de mes voisins « les parapluies » m’exaspéraient et j’avais des envies gardiennicides. Mais j’ai considéré  comme un challenge de prendre mon mal en patience sans broncher. Après tout, rien ne m’obligeait à être là.

J’ai attendu 1h15. Pris au moins 14 baleines dans l’oeil et vu se déverser au moins 15l d’eau des gouttières des parapluies sur différents endroits de ma personne (le cou, les yeux, les pieds, le casque, …). Au moins trois fois, la boule d’énervement qui en général me fait partir en courant s’est formée dans ma gorge et mon ventre s’est noué de façon terrifiante. Mais je n’ai pas cédé. A la fin, je me sentais tout à la fois  héroïque et stupide, mais comme j’étais juste devant la barrière… je suis restée…

Enfin, joie suprême, j’ai pu à mon tour gravir l’escalier merveilleux, celui qui allait me permettre de m’élever vers des sommets ou l’art et le beau prennent le pas sur le reste. Tout le reste.

Enfin dans le hall, je présente mon sac mouillé et vide de tout risque d’attentat ; la douce lumière et la chaleur me font immédiatement oublier l’attente. Heureusement, parce qu’il faut encore attendre pour le vestiaire. Puis pour le billet. Ca n’en fini pas. Un vrai parcours du combattant.

Enfin débarrassée de ma tenue de Goldorak, légère et … presque enrhubée… je file vers le sanctuaire culturel du jour.

 

Hum.

Evidemment.

Si des centaines de personnes attendent dehors, elles se retrouvent forcément dedans.

Je ne sais pas si les pires sont les groupes coiffés d’écouteurs eux-mêmes coiffés de protections blanches, 30 personnes arrêtées en même temps devant une toile, avec des airs de conspirateurs reliés par un étrange chapeau, ou bien les spectateurs munis d’audio-guides. Ces derniers sont plus disséminés, mais les écouteurs sont très bruyants, forcément non synchronisés et pas toujours dans la même langue. On se retrouve à baigner malgré soi dans une sorte de cacophonie culturelle…

Donc il faut:

–          se frayer un chemin vers une toile

–          ignorer les nuisances sonores diverses

–          éviter les groupes, qui ont au moins l’avantage de se déplacer, comme un ban de poissons, de façon compacte et uniforme. Donc faciles à anticiper. Mais pas à contourner.

Difficile d’apprécier les oeuvres.

D’autant qu’un cheminement à travers l’exposition est prévu, et qu’un panneau stipule bien, à mi-parcours, « qu’il est interdit de prendre l’escalier pour remonter ». Il faut suivre le flot. Soit en se fondant dans un ban, soit en électron libre. Jusqu’au bout, profiter d’une grande exposition relève de la gageure. Il faut suivre le rythme imposé par les visiteurs, sous peine de réactions diverses et variées, allant du coup d’oeil courroucé au pied subtilement posé sur votre innocent parcours… S’arrêter avec le flot, reprendre, insiprer, prendre son élan pour plonger admirer un détail puis se redresser sans heurter les autres plongeurs intrépides.

 

J’ai trouvé en moi suffisamment de ressources pour passer 4 fois devant ma toile préférée, un, paysage estival qui vous aspire dans le cadre… mais j’y ai perdu 2 orteils, le tympan gauche et m’y suis fait qqes ennemis de différentes nationalités. J’ai attrapé un rhume aussi.

 

 

 

 
 
 

« Génial cette fuite! on va pouvoir rencontrer les voisins »

Une des pubs les plus débiles du moment. A mon avis, bien sûr. Mais aussi très représentative d’une époque, sans doute.Il s’agit d’un assureur, tellement efficace que grâce à lui les soucis les plus ennuyeux de notre quotidien se transforment en fête. A notre époque, la vie urbaine est si anonyme qu’il faut un prétexte pour rencontrer ceux qui vivent à proximité. De préférence une raison incontournable. Une fuite d’eau, c’est incontournable.Imaginez: vous rentrez chez vous un soir, après une journée de boulot et 2h de transports en commun. Vous avez pris 30 mn pour faire quelques courses, vous avez en main des sacs fragiles et chargés à la hâte, votre courrier fraîchement récolté glisse de sous votre bras et la baguette du dîner est humide de la pluie de fin de journée. Vous êtes fatigué (e), vous avez envie de vous débarrasser de vos atours de working-man (girl), rêvez d’un bain, d’un verre de vin, d’un peu de bonne musique choisie par vous (ça inclue Patrick Juvet, pourquoi pas). Vous ôtez vos chaussures, ce qui vous procure un bref moment d’extase.Quand vous entrez dans votre cuisine, vous voyez des OFNI (objets flottants non identifiés) éparpillés dans un mélange de textures et couleurs étranges et peu ragoutant. Il vous faut quelques minutes pour réaliser que vos pieds nus dans vos chaussettes trempent dans l’eau froide de la vaisselle lancée avant de partir. Ou de la lessive, au choix. Si vous êtes comme moi, à ce moment précis vous ne voulez pas y croire ; vous envisagez que c’est un mauvais rêve, que ce n’est pas possible, que vous avez des hallucinations ou que vous êtes décidemment trop fatigué(e). Vous fermez les yeux, plein(e) d’espoir; les ré-ouvrez doucement tout en sachant au fond de vous que la probabilité d’une disparition du lac temporaire  abrité par votre cuisine est proche de zéro.Las, il faut vous rendre à l’évidence, il va falloir éponger, nettoyer et … et espérer que les dégâts se limiteront à une soirée un peu humide. Mais là, un éclair vous traverse le cerveau. Oui! Mais quelle aubaine! Si vous avez un dégât des eaux devant vous, vous tenez enfin une occasion de descendre congratuler vos voisins d’avoir votre remarquable personne au dessus de chez eux! Génial! Vous cherchiez comment manifester votre joie d’être arrivé(e) dans l’immeuble depuis plus de 2 ans et vous ne saviez comment vous y prendre… là, vos voisins, non seulement vous ouvriront sans problème leur porte, mais de plus ils ne tenteront pas de fuir le dialogue! Que d’la balle… avec un peu de chance, ils monteront d’eux-mêmes, tout à leur joie de vous rencontrer. Le temps de remettre de l’ordre dans votre cuisine puis dans votre tenue, vous vous armez de votre plus beau sourire et vous descendez d’un étage, le cœur battant, tout plein de la savoureuse envie de vous faire de nouveaux amis. Vous sonnez, la porte s’ouvre tout grand… avant même de regarder le visage de votre futur meilleur complice, vos yeux se portent sur le coin gauche du plafond, là ou l’eau a stagné toute la journée dans votre appartement. Quel soulagement de constater qu’une énorme auréole marron aux contours noirs orne le blanc pur de la peinture! Vous pouvez tourner votre regard vers le visage de votre hôte, tranquillement, sûr(e) de vous et de votre succès: vous êtes sur le point de débuter une réelle amitié…. évidemment, vous êtes reçu(e) comme un pape (heu… pas d’équivalent féminin, je crois), tambours et trompettes célestes résonnent toute la soirée et vous dînez tous ensembles dans un grand élan fraternel. Ils vous préparent même votre plat préféré, que vous dégustez sous les marques marronnasses et humides du plafond. Voilà.La vie selon les publicitaires. Les mêmes qui nous vantent les mérites de manger 5 fruits et légumes par jour, de s’habiller en pouffe ou de rouler en smart. Ceux qui veulent nous faire croire qu’il existe des crèmes rajeunissantes, du maquillage qui tient toute la journée et que grâce au hamburger notre vie sera meilleure. Bien sûr, ça part d’un bon sentiment: la rencontre dans son lieu de vie. Autrement que par l’échange de courriers anonymes (là, je suppose que vous m’ayez lue chronologiquement, c’est un piège).Imaginez la scène: vous aménagez dans un immeuble de 5 étages et souhaitez organiser une petite fête « d’arrivée dans l’immeuble ». Comment lancer les invitations? Mais c’est très simple: en faisant déborder la baignoire, en abattant un pan de mur de soutient ou en faisant un feu dans une cheminée non ramonée. Ainsi tout l’immeuble rappliquera et vous passerez tous une mémorable soirée de rencontres saines et chaleureuses…  Ce qui m’attriste, c’est que ce genre d’idée est forcément basée sur certaines formes de réalités. En l’occurrence, qu’il est de nos jours difficile d’entrer en contact avec d’autres représentants de notre belle humanité. Il faut un prétexte. Et de préférence, un prétexte béton. 

Tout à coup, un inconnu vous offre des fleurs…

… ceux d’entre vous qui ont plus de 35 ans se souviennent sans doute de cette pub dans laquelle une jeune femme marche allègrement vers un avenir souriant, fleuri et de gauche, le pas léger et le corps libre. Soudain, surgi d’on ne sait où, un homme s’approche d’elle et lui tend un bouquet de fleurs. C’est l’effet magique de … beep … pas de pub ici.

Je ne sais pas si mon modeste lectorat compte des personnes qui se sont vues offrir des fleurs comme ça dans la rue; moi, jamais. Pourtant, j’ai imaginé maintes fois qu’un inconnu succombe à mon charme exotique et me couvre de cadeaux divers (suivant l’optimisme de la journée, des fleurs, des livres rares, un bijou, un voyage à Bali…) comme ça, librement et sans attendre quoi que ce soit en retour. Le truc dingue, digne d’un roman de science fiction. Jamais. Tout au plus un vague compliment. Et encore.

 

Ce soir, au hasard de la circulation parisienne, mon cheval de feu se trouve au même niveau qu’une auto verte, grand format, au volant de laquelle un homme me souri. Plutôt sympathique personnage, la bonne quarantaine, le genre à écouter France Culture dans les embouteillages. Pas Fun ou Skyrock.

Je suis toujours surprise quand on me sourit alors que je roule; en effet, le port du casque qui écrase le visage et transforme les cheveux dépassant en col de fausse fourrure de mauvaise qualité, sans compter le vent qui fait couler le mascara, offrent plutôt un spectacle pittoresque que séducteur. D’ailleurs, la dernière fois que des gens m’ont sourit alors que je roulais, j’avais oublié mon casque. Ils ont dû être épatés par mon esprit libre et frondeur. J’étais simplement tellement absorbée par des pensées quotidiennes et fatiguée par les mêmes que j’avais omis l’essentiel. Comme quoi, tout est question d’appréciation.

 

Donc, l’individu me sourit. Je lui retourne son sourire (ça démarre fort). Là, il se met à farfouiller dans ses affaires. Manifestement, il veut me montrer quelque chose, un plan (il est perdu), une pétition (il milite), un journal (gros titre : « la gauche est unie »); ou peut être me faire écouter son air préféré à la radio (« Où sont les femmes? »)… bref, il cherche à communiquer, sans portable, sans oueb, sans msn, sans sms. C’est très louable.

Tout en continuant à me sourire (il a l’air extrêmement réjoui), il extirpe de ce qui semble être un fameux bric à brac un petit sac en papier de pharmacie. Ah.

Que veut-il? Que je lui fasse une piqûre, là, au feu rouge? Il veut me montrer sa marque de préservatifs habituelle ? Il est malade? La grippe? C’est un sauvage, il cherche à me contaminer? Pourtant, il a l’air plutôt pacifique…

Le temps que toutes ces questions se bousculent intensément sous mon casque, il fini par extraire de son sac un … un… alors là, je sèche… un scalp? Un jouet en peluche? Une pelote de laine? Je lève un sourcil interrogateur… il perçoit mon manque de compréhension et ouvre la fenêtre, sans cesser d’agiter le « truc ».

 

Avant qu’il ne se mette à parler, j’ai identifié le trophée: il s’agit de cheveux. C’est Jason sans les Argonautes. Il a récupéré la toison d’or brune au péril de sa vie.

 

Comme je l’ai déjà évoqué dans un billet récent, le cerveau tourne rapidement parfois. Surtout le mien. Enfin, je ne sais pas pour le cerveau des autres, mais le mien, il carbure.

Avant que l’homme n’ai articulé la première syllabe, j’ai déjà supposé:

– qu’il va se déguiser pour une fête, c’est une perruque.

– qu’il est acteur, c’est sa fausse barbe.

– qu’il vient de scalper un homme politique (de préférence de droite).

– qu’il cherche un magasin de farces et attrapes.

 

Mais bon, je ne voit pas pourquoi il voudrait partager tout ça avec moi, ni pourquoi ça le mettrait tellement en joie. Il a l’air d’exulter. Ca m’amuse assez.

Et là, il me dit, en se marrant franchement « ce sont mes cheveux ! ». Dingue.

Un type se coupe les cheveux et les transporte avec lui ; je viens de tomber sur un fétichiste du cheveu. Il va peut être vouloir couper les miens, ceux qui dépassent du casque ; il est vrai que leur couleur fait des envieux. Vivement que le feu passe au vert… nan, j’rigole… Même pas peur.

Je lui conseille de les conserver précieusement, ça peut toujours servir. Il acquiesce et précise « c’est ma copine qui vient de les couper ! Avant je les avais là » (« là » accompagné d’un geste désignant le milieu de son bras et d’un très joli mouvement de tête mettant en valeur ce qu’il reste de sa gloire capillaire) ; je comprends sa liesse : moi aussi j’ai fait des expériences avec mes cheveux, et les couper a toujours représenté un moment important de ma vie. Un tournant, un changement. Normal qu’on souhaite le partager. Mais pas forcement avec des gens dans la rue.

 

Je le félicite chaleureusement, lui réitère mon conseil de les garder et le feu passe au vert, nos destinées se séparent.

 

Je dois être la seule personne au monde à qui un inconnu brandi une touffe de cheveux dans la rue. Je ne suis pas sûre que ce soit mieux ou pire que des fleurs. Mais ça a tout de même un petit effet magique.