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2017, prenons de la hauteur

#hippopotame #2017

S’adapter pour survivre ou « appelez un informaticien »….

Merci SFR…

Tu le sais, Lecteur-Chéri-Mon-Beau-Sapin, la nature est formidablement bien faite. Elle permet aux espèces d’évoluer pour assurer leur survie, comme ces papillons qui se déguisent en yeux, ces grenouilles si jolies mais dont la peau est un poison mortel (utilisé par les indiens d’Amazonie pour enduire la pointe des flèches dont ils se servent pour décimer le ridicule homme blanc qui détruit leur forêt). Comme le singe dont nous descendons et qui maintenant se coiffe et porte un costume bleu marine.

S’adapter pour survivre, donc.

Le problème, c’est que s’adapter pour survivre demande du temps. Des générations et des générations avant d’arriver à un résultat satisfaisant. Or, par les temps qui courent, tu n’as que quelques mois, voire semaines, voire heures pour t’adapter.
Je ne vais pas ici jouer à Ken Loach et me prétendre « Moi, Daniel Blake ». Mais l’idée est la même. Celle d’un individu normalement constitué, intelligent et tout mais qui se laisse avaler par la technologie, la procédure et une forme perverse d’obéissance.
Prenons nos amis de SFR. Qui, déjà, confondent 2 minutes et 3 fois 27 minutes. Qui vous répètent au moins trois fois votre nom et votre numéro de téléphone, pour s’assurer que vous êtes à jeun à dix heures le matin. SFR manipule votre box à distance (super, on gagne du temps) mais après, quand plus rien chez vous ne peut se connecter à internet, clame haut et fort qu’ils n’ont rien fait. Qu’ils ne peuvent rien faire. Que c’est pas leur faute si vous utilisez encore Internet Explorer comme un vieux truc idiot que vous êtes.

Oui, mademoiselle SFR, malgré les deux téléphones et les kilomètres de réseau qui nous séparent, j’ai lu clairement dans ton cerveau. J’y ai vu l’image que tu te fais de moi. Et je te prie de croire que ce n’était pas une belle image. J’y ai vu la ménagère larmoyante, impuissante devant feu son navigateur, sans tablette pour compenser, sans wifi, le cerveau vide, ne comprenant pas la différence entre un paramètre externe et une ouverture de port. Evidemment, je me suis légèrement emportée, et c’est là que c’est devenu intéressant : tu t’es mise en boucle. Un truc récursif (éh oui, moi aussi, je connais des mots qui fâchent) tout petit et qui anone « j’ai rien fait », incapable de reprendre une conversation normale.
Tu as conclu avec brio par «c’est pas mon problème ». Bel exemple de support clientèle.  Et « c’est pas mon problème » renvoie à mon idée de base : s’adapter pour survivre. Ou, dit moins joliment, « démerde toi ». Esprit de Noël, quand tu nous tiens.

Ah si, je suis injuste, tu avais une solution à me proposer. Elle tenait en 3 petits mots « Appelez un informaticien ».

J’avoue, j’ai eu la vision de moi, désespérée, ouvrant la fenêtre pour lancer un guttural « Infooormaaaaticien, au secours ». ça m’a fait rire (intérieurement), mais de façon très égoïste, je n’ai pas partagé mon allégresse. On pourrait aussi passer des signaux lumineux comme pour appeler Batman, au risque de saturer nos cieux pollué.
Sans doute que dans ton monde de QCM et procédures, « L’Informaticien » est un être de lumière, tout puissant et omniprésent, qui par apposition de son index magique et doré résout tous les problèmes, mais laisse-moi te dire que, dans mon monde de pauvre ménagère affolée par la technologie, l’informaticien n’est pas un être de joie. C’est un type au langage bizarre, injoignable comme toi, et qui me prend des sous avant même que je lui ai ouvert la porte.
Notre futur verra sans doute des services d’informaticiens remplacer les pompiers, vu que sans internet on sera condamnés à crever, mais on n’y est pas encore. Pas tout à fait. Alors pense à développer un argumentaire, Melle SFR, l’adaptation, c’est pas comme le cochon.

 

batman

Sur ces fortes paroles empreintes de philosophie charcutière,je te laisse avec un gros barbu qui fait des trucs cools. Pas forcément habillé en rouge et blanc.
https://www.ragnbonemanmusic.com/video/human-mahogany/
Vas-y, appuie sur le mulot, ça fait pas mal…

Tchao l’ami

gotlib2

Le petit prince s’amuse

Lecteur-chéri-mon-choux-vert, le début de cette épopée est par là:
https://geckobleu007.com/2016/05/01/le-petit-prince-a-pas-dit
La suite est là https://geckobleu007.com/2016/06/19/le-petit-prince-a-un-reve/,
puis si tu aimes vraiment, tu peux aussi lire ça: https://geckobleu007.com/2016/07/31/le-petit-prince-veut-voyager/
Si tu n’as pas exactement le temps de le remonter (le temps), tout ce que tu as besoin de savoir est que le personnage principal est un enfant, petit prince mutique. Il se tient régulièrement au bord d’un bassin habité par deux carpes koï, Roger et Stanislas, qui présentent la particularité de parler (et de ne jamais rater l’apéro). Roger est par ailleurs capable de lire les pensées humaines. Ces carpes sont sentimentales (bien que fort viriles) et si elles pleurent, celui qui boit leurs larmes sucrées voit sa vie se prolonger de l’exacte durée de son honnêteté. Voilà, tu sais l’essentiel

– AAAaaaaaahhhh!!!
Roger, les yeux exorbités, se sent happé par le filet.
– Aaahhhhh ! Je déteste ce filet, il abîme mes écailles et froisse ma queue !
Stanislas, à côté de lui dans un autre filet le regarde d’un œil impavide.
– Mais lâche l’affaire, de toute façon tu n’y peux rien… Relaxe ton corps et essaye de ne pas gâcher ton oxygène.
Les deux carpes échangent un regard et avant que Roger n’ai le temps de réagir, chacun d’entre eux est projeté dans un bocal rond.
– Ah non ! Pas le bocal ! Je déteste ce truc rond qui nous donne l’air de poissons rouges débiles qui ne savent que tourner dans un sens en faisant des bulles stupides !
– Tu vas te calmer ? Là non plus, tu ne peux rien faire. Laisse tomber. Espérons que nous serons de retour pour l’apéro…
Les poissons prisonniers ne se quittent pas des yeux pendant qu’on les arrime solidement à ce qui semble être un cheval pour Stanislas et un éléphant pour Roger.
– On va encore se faire balloter, j’en ai marre, c’est pas une vie…
Quelques flocons d’une délicieuse mixture interrompent les récriminations de Roger, qui préfère suspendre ses râleries pour se gaver. Des petits doigts potelés d’enfant s’agitent au-dessus des bocaux, distribuant généreusement de quoi calmer les carpes.
– Il est sympa, le môme, quand même…
Une musique rétro couvre la fin de la phrase de Stanislas, qui ferme les yeux et cesse de bouger pour l’apprécier. La musique est tellement belle qu’il se sent littéralement transporté, comme s’il flottait. Un sourire béat se forme sur sa bouche pleine de flocons, il va se mettre à fredonner la mélodie quand un cri d’effroi le fige au fond de son bocal. Il ouvre les yeux pour voir passer Roger dans son bocal, sur l’éléphant, à la verticale devant lui. Roger s’agite et tempête, troublant son eau, vociférant, pestant, crachant des insultes. Parvenu à un ce qui semble être un point fixe en altitude, il redescend, toujours aussi agité. Le spectacle est sidérant. Les yeux écarquillés, Stanislas voit passer son ami de bas en haut puis de haut en bas.
Sans voire d’où il vient , il entend le rire cristallin du petit prince et comprend qu’ils ne sont pas en danger.
– Roger ! Tu vas te calmer, oui ? Profite, mon gros, pour une fois que tu bouges à la verticale ! Et sur un éléphant en plus !
Son rire moqueur est brutalement interrompu par le mouvement de bas en haut qui anime son propre bocal.
– Ehoh ! Qu’est ce qui se passe ? Jamais vu un cheval voler, moi ! Les éléphants, oui, mais les chevaux, non !
Les deux poissons en sont réduits à se croiser au rythme des sauts de leurs montures respectives. Profitant d’un moment d’altitude, Stanislas repère le petit prince, qui pilote très sérieusement un avion bleu. Son cheval semblant perdre de la vitesse, la grosse carpe en profite pour échafauder un plan.
– Eh, Roger, qu’est que tu dirais de rejoindre le gamin dans l’avion ? Ce serait plus tranquille, tu ne crois pas ?
– Tu veux qu’on saute, c’est ça ? mais on va crever hors de l’eau ! Et encore, il faut être sûrs de notre coup!
– Ca ralenti, on devrait s’arrêter bientôt. Un coup de queue et on s’envole pour atterrir à côté du petit. Il ne nous a jamais laissés tomber. Je suis sûr qu’il saura quoi faire.
– Tu aimes vivre dangereusement, mais j’ai trop peu de rater l’apéro. Tiens, ça s’arrête. J’y vais en premier.
Roger fixe le dos du petit prince et se concentre. Il prend son élan, amorce un cabrage et va donner un coup de queue pour voler vers l’enfant
– Nooooon, fais pas ça !
La carpe corail et turquoise arrête son geste juste à temps.
– Il n’est plus dans l’avion ! Et mon cheval repart ! Ton éléphant va sûrement se remettre en route, il faut trouver autre chose !
Roger souffle et se tourne vers le bocal de Stanislas
– Tu as voulu me tuer ! je suis sûr que tu l’a fait exprès ! Ce plan foireux était juste pour te débarrasser de moi !
– Mais non, quel intérêt ?
– Tu veux récupérer toute la bouffe des apéros, tu crois que je ne te connais pas ?
– Mais tu es idiot ou quoi ? on s’en fout de la bouffe, on… Ah ! Il est là, avec les flics, regarde !
Roger et Stanislas se tournent dans la direction indiquée par Stanislas. En effet, l’enfant est monté dans une auto de police et se tient au volant, tout fier. Il appuie sur un bouton rouge et un gyrophare se met en marche.
– Les flics ! S’il est chez les flics, c’est qu’on a un problème. Je suis sûr qu’il a trouvé ma réserve d’alcool, il va nous dénoncer, c’est pour ça qu’on est là, coincés comme deux cons, dans des bocaux séparés : il se débarrasse de nous !
Roger est tétanisé par les paroles de son ami. De grosses larmes coulent sur ses joues blanches et corail
– Je ne veux pas le quitter, le môme, je l’aime, moi, cet enfant ! c’est pas possible qu’il nous livre…
L’éléphant et le cheval se remettent à monter et descendre.
– Tu vois ? Ils nous empêchent de communiquer ! On va passer le reste de nos vies chez les flics, dans des bocaux crados, sur des bureaux poussiéreux, avec de la bouffe bas de gamme ! Au secours !
Stanislas perd son calme et se met à tourner comme un forcené dans son bocal. Ses yeux fous s’agrandissent et ses nageoires brassent désespérément l’eau. Roger commence à craindre que son ami ne fasse un malaise quand leurs montures ralentissent et s’arrêtent doucement. Devant eux, le petit prince sort de la voiture de police. Il sourit de toutes ses petites dents de lait. Il s’approche du cheval en gazouillant et plonge l’index dans l’eau du bocal de Stanislas. Aussitôt, la carpe se calme et vient se coller sur le doigt de son maître. Une déferlante de tendresse le secoue. L’enfant sait tranquilliser ses poissons. Il caresse un moment la tête corail et détache le bocal.

Les deux carpes se retrouvent en sécurité sur un banc où l’enfant les a posés. Les deux bocaux ont été généreusement garnis de délicieuses plantes aquatiques. En mâchonnant, Roger fait un clin d’œil à Stanislas.
– T’a flippé, hein ? Allez, admet que t’as flippé ? Moi, j’ai toujours su que le gamin nous aime trop pour nous laisser chez les flics. Tiens, regarde, il est monté dans un sous-marin… il est mignon, c’gamin, un vrai aventurier…
Stanislas préfère ignorer les railleries de son ami. De son poste d’observation, il profite du spectacle offert par cet enfant délicat qui les aime tellement qu’il veut partager avec eux toutes ses activités. Sous son bonnet de laine vert, les yeux brillants d’excitation, le petit actionne l’hélice de son sous-marin. Le manège redémarre dans un éclat de rire.roger

 

Tintamarraboutd’ficelle

« Tintamaaaaarabouuuuut d’ficelle de ch’vaaaaaaal!!!
Ch’val de trait, trait’moipaaaas!! Ah non, traite-moi pas… Ch’te traite, moi ? »
L’homme s’arrête un instant. Son grand corps maigre oscille, comme suspendu à un fil invisible, fragile marionnette de la rue. Dans la nuit moite après la pluie, des flaques brillent de la lumière des réverbères, reflétant la chemise rouge à gros pois blancs, le pantalon absurdement grand, les pieds nus noircis par la vie dans la rue.
Il se tourne d’un mouvement brusque, les bras en hélicoptère et interpelle un chien qui baguenaude dans les poubelles.
– Eh toi, le clebs, t’en penses quoi, j’ai inventé une nouvelle version, écoute ça, du caviar pour tes oreilles de clebs !
Devant l’homme qui se déhanche en éructant, le chien se redresse, lève la truffe et cligne des yeux. Il délaisse un moment les poubelles, étonné qu’un humain s’adresse à lui sans animosité.
«Tintamarre, marre de tout, tutti frutti…
oh rutti !  Wop bop a loo bop a lop bam bom!”
Le clodo se lance dans un simulacre de rock, agitant les bras, mimant un micro :
«I got a gal, named Sue, she knows just what to do » «Tutti frutti youououou»
– Merci, public-chéri-mon-amour d’être venu si nombreux ce soir !
Il s’apprête à continuer son récital quand une fenêtre s’ouvre sur une silhouette frêle en t-shirt Babar.
– Monsieur, s’il te plait, j’arrive pas à dormir, tu cries trop fort
– «Au clair de la lunnneeeeeeeee» entonne aussitôt le clodo «J’ai pété dans l’eauuuuuuu ! »
Le gamin glousse et poursuit « Ça faisait des buuuuuuullles, c’était rigolooooooo! » à la plus grande joie de l’homme
– Gamin, t’as pas peur, j’aime ça, moi, les gamins qu’ont pas peur !
Il va pour saluer le petit quand l’attitude du chien, tapis au sol et les oreilles collées en arrière, lui fait lever les yeux. Sur le balcon à côté de la fenêtre de l’enfant, un homme se profile, les mains chargées d’un bloc sombre. Le chanteur sait que, tout droit dans la lumière, il offre une cible de choix. Il ne fait pas à l’homme le plaisir de reculer. Au contraire, bravache, il s’avance d’un pas, prêt à continuer la chanson. Il a à peine le temps de gueuler « ta grand-mère arrive » qu’un projectile l’atteint en pleine tête. Surpris, il tombe, aussitôt rejoint par le chien qui se met à gémir.
– Toi, rentre immédiatement dans ta chambre !
Le gamin est immobile, stupéfait par la violence de l’acte qui vient de se dérouler sous ses yeux. Il cherche dans le noir le regard de son père, redresse sa petite silhouette et termine:
– Avec des ciseauuuuuux!
Elle te coupe la biiiiiiteeeee
En trois mille morceaux !!!
Le clodo, assis contre le chien, lui envoie un baiser, son gros rire l’accompagnant tandis que l’enfant retourne se coucher.
Au sol, le dictionnaire qui l’a frappé s’est ouvert sur la planche des fleurs. Le clodo découpe avec précaution un œillet rouge et en glisse la tige dans une boutonnière. Il se lève, salue une dernière fois et s’enfonce dans la nuit. Le chien jette un dernier regard aux fenêtres et retourne fouiller les poubelles. Quand l’enfant, la joue chaude de la gifle qu’il a reçue, revient à la fenêtre, il voit les pages se soulever doucement avec le vent. Il colle ses petites mains sur la vitre et se met à chanter doucement « au clair de la lune, mon ami clodo… »

reverbere