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Dangereuse promiscuité
Le voyage n’avait pas très bien commencé.
D’abord, la gamine qui racontait sa vie a haute voix, imaginant sans doute intéressants les propos puérils qu’elle ressassait à qui voulait l’entendre. D’habitude, j’aime plutôt les enfants. Mais pas ceux qui se prennent pour le nombril du monde. Ceux là me donnent envie de leur coller toutes les tartes qu’ils se prendront dans leur vie d’adulte. Une sorte d’avance sur recette.
Après, les parents qui mettaient leurs pieds déchaussés sur la table. Tranquilles. Genre « on est ici chez nous ». Bien assortis à la petite blonde dont les sourires satisfaits me glaçaient.
Mais il me fallait rester calme. Ca n’allait pas durer longtemps et je ne souhaitais pas me faire remarquer.
Le problème, dans ces cas là, c’est qu’il me faut un exutoire. Quelque chose pour détourner la tension qui monte et fini par atteindre le cerveau. Parce que quand le cerveau est atteint, je ne réponds plus de rien. Le cerveau atteint par la tension, moi, ça me fait comme un voile dans la tête. Un voile opaque, lourd. Qui m’empêche de me souvenir. Qui m’empêche de voir ce que je fais. Qui me protège, disent les médecins. Le problème, c’est que pendant que ça me protège, le voile lourd, je peux commettre des actes que le commun des mortels est appelé à regretter. Si il s’en souvient. Vous voyez ce que je veux dire.
J’étais là et je sentais la tension monter et le voile se former, malgré moi. J’ai appris une chose, avec toutes mes consultations: Quand le voile approche, qu’il étend doucement ses ailes sombres sur ma capacité à réfléchir et à me contenir, il faut l’éloigner. On dit aussi « détourner l’attention ».
La gamine s’était mise à chanter et elle avait manifestement appris qu’il est très mignon de chanter pour les gens. Je sentais l’odeur de son bonbon tandis qu’elle entonnait pour la troisième fois une comptine en Allemand. Par ce que la famille était allemande. Mais si elle avait chanté en français, ça m’aurait fait pareil. Le voile n’est pas sélectif. J’étais là, à contempler la veine bleue battre sur sa tempe à la peau diaphane, à humer les effluves de ses bonbons et à me demander si ça lui ferait mal, de lui tirer une poignée de cheveux blonds, quand j’ai nettement perçu que le voile commençait à emballer mon cerveau.
Il me fallait une diversion. Vite.
Alors je me suis levée, pour me mettre en retrait à une place isolée et j’ai commis mon premier sacrifice de la journée.
La fillette m’avait suivi sans difficulté et me fixait intensément, rendue muette par la mise en scène qui se déroulait devant elle.
J’ai extrait de mon sac le premier et posé son corps devant moi, bien à plat. Ses yeux sans expressions semblaient voilés, eux aussi.
Lentement, je lui ai coupé les bras, que j’ai posés harmonieusement à gauche et à droite de son torse: le bras gauche à gauche et le bras droit à droite. En toute bonne logique. Cette opération terminée, j’ai délicatement coupé les oreilles, d’un coup de dent rapide et sans concession: un claquement par oreille. En déposant les deux oreilles au dessus du crâne orphelin, j’ai jeté un œil à l’enfant. Au moins, elle avait cessé de chanter. Elle semblait fascinée et horrifiée, ce mélange qui vous empêche de partir en hurlant.
J’ai détaché les jambes avec un couteau, celui que je prends soin d’affuter avant chaque utilisation. Je n’aurais pas aimé que les secousses du train me fassent faire un sale boulot. Comme pour les autres organes, je les ai joliment disposés autour du corps. C’était efficace, absorbée par la concentration que me demandait ce travail, je sentais le voile se desserrer lentement. En regardant la petite fille dans les yeux, sans ciller, je me suis mise à chantonner sur le même air que celui dont elle m’avait rebattu les oreilles. Assez étrangement, ça ne l’a pas fait rire. Moi, si. J’ai même gloussé de façon hystérique en décapitant ce qu’il restait du corps diminué.
La tête méritait une place de choix: je l’ai bien posée à la verticale, le cou calé par les brase et j’ai un peu poussé le buste. L’effet était réussi. Tant pis pour son côté surnaturel.
Je n’ai pas proposé à la gamine de porter un morceau du corps à sa bouche. C’eut été trop pour elle.
Tout en soutenant son regard angoissé, j’ai précautionneusement prélevé chacun des organes, que j’ai portés à ma bouche et dégustés, mastiquant lentement. En voyant une larme couler le long de son visage poupin, j’ai eu un nouveau gloussement de joie. Elle ne pouvait en supporter plus. Elle est partie brusquement en courant. Je ne l’ai plus entendue du voyage.
Ca m’avait ouvert l’appétit. J’ai choisi le vert pour continuer.
Le petit bonhomme dans la tête
C’est l’été, personne ne me lit (donc ça peut faire une sacrée brochette de barrés, cf https://geckobleu007.com/2015/06/14/mon-nom-est-personne/), il fait lourd et gris, c’est le moment idéal pour aborder le petit bonhomme dans la tête.
« Le petit bonhomme dans la tête? » T’entends-je t’insurger, Lecteur-Chéri-My-Pudding, « mais elle a eu trop chaud ces derniers jours… »
Nan-nan, rassure-toi, tout va bien au pays des lézards bi-polaires. Je veux parler ici présentement de la petite voix intérieure qui te pourri la vie. Celle qui t’empêche d’être qui tu es (oui, Nietzche n’est jamais loin de moi). Ce truc incontrôlable qui te freine en pleine vitesse ou te pousse (là où tu ne veux pas aller), qui te dicte une conduite erratique, te force à dire blanc quand tu penses très fort gris et te fait rire de façon hystérique quand tu ne rêves que de te disparaître sur le champ. Tu vois, tu le connais aussi bien que moi.
Donc l’analyse du jour consistera en une stratégie super-étudiée pour le ligoter et le bâillonner ou mieux, s’en débarrasser. En un mot, l’empêcher de nuire.
Les techniques éprouvées d’absorption massive d’alcool ou de drogue n’étant pas pérennes, je propose tout simplement de rendre leur liberté aux petits bonshommes dans les têtes. Par ce que oui, même si l’idée te choque, ton petit bonhomme, c’est toi qui l’a mis là, toi qui lui fourni le gîte et le couvert, toi qui lui donne du boulot. En un mot, toi qui le maintient en place. En toute bonne logique, tu devrais pouvoir t’en débarrasser.
Et que va faire ton petit bonhomme libéré? Tel le bernard l’hermite de base (autrement connu sous le nom de Paguroidea), il va s’empresser de squatter une autre tête. Or, comme tu le sais, toi qui me lis assidument depuis de longues années, il y a sur cette terre un maximum de têtes vides ou en passe de le devenir. Quoi de plus normal que d’utiliser de l’espace libre pour stocker? Quelle belle solution!
Donc objectif numéro 1, détecter une lacune de matière grise. Une fois la cible trouvée, s’en approcher prudemment, tel le chasseur dans la jungle, en mode « panthère », lente et silencieuse (tout moi, quoi). Quand la distance est suffisamment réduite, effectuer une manœuvre subtile d’abordage (un clin d’œil envoutant ou un éternuement bruyant, au choix) et larguer la bombe (en l’occurrence, le bonhomme). Il est bien connu que l’on est naturellement attiré par le vide (ça explique certaines émissions de télé à succès). Pas de raison que ça ne marche pas aussi pour le bonhomme dans la tête. Propulsé par ton éternuement (ou ton battement de cils, si tu portes assez de mascara), le bonhomme devrait s’éjecter assez facilement. Et s’installer dans l’espace vide disponible de la cible. N’aie aucune inquiétude, la cible ne se rendra compte de rien. Tout au plus percevra-t-elle un léger courant d’air parcourir l’espace vide de son crâne et croira que son portable vient de signaler un sms.
Objectif numéro 2: s’éloigner de la cible le plus rapidement possible. Pour cela, un minimum d’habileté est requis. Le plus simple est de tourner le dos et de partir en courant et en hurlant « au feu ». On peut aussi user du subterfuge efficace qui consiste à pousser la cible dans le dos au milieu d’une foule hostile (le magasin H&M de Montparnasse le jour de l’ouverture des soldes est parfait. En plus il regorge de cibles).
Tout ça c’est du gâteau. Le plus compliqué est l’objectif numéro 3, à savoir: empêcher le bonhomme de revenir, voir s’empêcher d’en recréer un. Pour ça, il faut un peu de volonté, beaucoup de footing et du chocolat à + de 75% de cacao. On peut aussi méditer sur sa vie, son œuvre et se ramener à une échelle galactique. Tout de suite, on comprend à quel point il est inutile de s’en faire…
Et que deviennent les bonshommes transférés, t’inquiéteras-tu, mon pudding? C’est bien simple: ils prendront possession de l’espace qui leur aura été alloué, tels des poissons rouges de base, ils grossiront jusqu’à occuper toute la place disponible et les cibles deviendront fans de Marc Levy.
Si tu suis mes conseils avisés, tu t’épargneras la lecture de Paulo Coelho, des heures de méditation en tenue molle sur des bouts de bois pas confortables au milieu de bobos en pantalon de yoga Chin-Mudra, des milliers d’euros de psy, des régimes et des boîtes de kleenex.
Si tu veux me faire un don, n’hésite surtout pas.
Revival Norman Bates
3 Juillet
C’est un hôtel perdu, à l’extérieur du village. On y arrive par une route escarpée, tellement en dehors de la circulation locale que le chauffeur de taxi s’est perdu et a dû s’y reprendre à deux fois avant de me déposer devant l’entrée.
Au début, tout a l’air normal: l’accueil, la remise du passeport, la récupération de la clé… Mais alors que je visite, de menus détails s’accumulent dans mon inconscient. La terrasse déserte, la piscine vide de baigneurs, un parasol ouvert sous lequel semble oubliée une serviette roulée par le vent, comme si les vacanciers avaient fui en catastrophe, laissant derrière eux le souvenir de leur farniente troublé… Je suis étonnée et légèrement inquiète que l’endroit soit vide, mais la chaleur est écrasante et je me dis que je vais faire une sieste, que ça ira mieux après.
Je monte, le pas alourdi par l’air brûlant, traverse le couloir silencieux, à la recherche d’un signe de vie. Rien. Devant la porte de ma chambre, je réalise que l’homme de l’accueil se tient juste derrière moi, avec cet étrange sourire figé qui m’a surprise à l’arrivée. Il a dû se coller à mes pas dans l’escalier. Il voulait simplement m’expliquer la moustiquaire, le ventilateur, la télé… toutes ces choses assez basiques qui se passent de commentaires mais ont une importance manifeste à ses yeux. Soit. Stratégiquement placée de l’autre côté de la pièce, côté porte et le lit nous séparant, j’écoute religieusement ses indications et en profite pour lui demander le code du Wifi.
Le réseau passe mal et il faut déambuler dans le hall et les salles de restaurant (ou aucun couvert n’est dressé) pour espérer le capter. Mais je me sens un peu seule et j’ai envie d’échanger avec quelqu’un. Qui que ce soit de connecté. Chaque fois que je fais demi-tour, ils sont là. Lui et son sourire figé. Son drôle d’accent légèrement guttural. Et ses souliers à semelles-crêpe. Je me souviens avoir lu quelque part que ces semelles font le bonheur des tueurs à gages. Il veut me montrer les meilleurs endroits pour avoir du réseau, mais ça calme mon envie de communiquer. C’est subtil: ainsi privée de possibilité d’exister sur internet, le monde ne saura pas où je me trouve et ne pourra pas envoyer les secours quand j’aurai disparu. Retour à la chambre.
J’hésite entre sieste et plongeon. La piscine bleu turquoise gagne. Mais il faut repasser devant le sourire figé. Tant pis, je m’emballe précautionneusement dans mon paréo, m’ancre des lunettes de soleil très sombres sur le nez et passe devant lui comme si son regard ne me suivait pas.
Ca ne loupe pas : il me suit, pour m’ouvrir un parasol. Le parasol est déjà ouvert, mais il reste, pour m’expliquer je ne sais quoi sur la région. Ah si… je me souviens. Il explique que sans voiture, je suis coincée, là. Avec lui et son sourire figé. Je décide de louer un vélo. Dès demain. Tout faire pour m’éloigner de ce type bizarre et silencieux, à priori le seul être vivant du coin. Il me dit mielleusement que les vélos ne sont pas légion dans une région surchauffée et montagneuse. J’ignore superbement la remarque. Je ne vais pas me laisser abattre si facilement.
Les heures passent, lentes et brûlantes. Chaque tentative de connexion au réseau est suivie de près par Mr semelles-crêpe, qui semble se matérialiser par magie partout où je vais. Je commence à m’énerver, mais comment repousser quelqu’un de serviable, même si, dans ce cas, serviabilité confine à servilité ? Heureusement, j’attends des amis. ça me donne de la force. Il pose mille questions, cherchant à savoir où et comment je les retrouve, où nous dînons, ce que nous faisons. Certes, dans le but de nous coller des remises chez des partenaires, mais cette insistance est déroutante. Derrière mes verres sombres, je peux le détailler à loisir. Sa peau blanche et rouge est tendue sur son crâne comme s’il n’avait pas dormi depuis 10 jours. Ses cheveux oscillant entre blanc et blond empêchent de lui donner un âge. Sa chemise à manches longues est boutonnée jusqu’au col, malgré les 42 degrés. Je glisse un œil vers ses mains, cherchant l’anneau symbole d’une hypothétique vie à deux. Rien, pas même une trace. Ce type doit passer ses journées et ses nuits à errer dans l’hôtel, fantôme rougeaud d’un Norman Bates vengeur. Je décide qu’il est flippant.
Fort heureusement, mes amis déboulent et m’embarquent, créant une diversion opportune dans ce qui commence à ressembler à une mauvaise série B. J’oublie.
Le soir, minuit passé, de retour dans ma chambre, je tends une oreille attentive, guettant les bruits d’autres vies éventuellement échouées là. Peine perdue. Le parking est vide et personne (sauf une touriste mal organisée) ne peut avoir l’idée de loger ici sans auto. Il me semble être seule. Je tourne la clé dans la serrure et commence à ranger quelques affaires avant de me coucher. Je tends la main vers l’interrupteur, saisi le bouton et appuie. Les plombs sautent. Ca me paraît si improbablement tiré d’un film d’horreur que je refuse d’y croire. Je teste tous les commutateurs que j’ai repérés, sans succès. Je suis dans un noir d’encre. Seule la mince ligne lumineuse qui filtre sous la porte m’éclaire. Si le reste du bâtiment est éclairé, c’est que je suis la seule dans le noir. Mais POURQUOI?
C’est trop cliché. Je décrète que je ne crains rien et que je ne vais pas dormir dans le noir, à trembler en attendant ma dernière heure. Armée de mon téléphone en mode « torche », je descends retrouver Norman. Un moment de délire me fait croire qu’il scrute des caméras de surveillance sur son écran d’ordinateur, mais non, ce n’est que la photo d’un chat (pas mignon). Je prends l’air outré et me compose une attitude hautaine pour indiquer que le noir total n’est pas une bonne option à ce prix et à cette heure. Il sourit figé et me précède dans l’escalier. Ma dernière heure est peut-être arrivée, mais je décide de ne pas flancher. Il n’a pas l’air armé et je suis sûre de courir plus vite que lui. Au pire, je hurle. Mais dans cet hôtel, c’est comme dans l’espace : personne ne m’entendra crier…
Il ouvre la porte et m’indique un disjoncteur. Ah. Si je l’avais repéré avant, je n’aurais pas vu ma vie défiler dans le couloir. Tant pis, pour ce soir, je prends pas de douche. Ca me paraît plus prudent…
4 Juillet
Norman surgit au petit-déjeuner, à la piscine, dans le hall… il semble doué d’ubiquité. Ou ils sont plusieurs. Je commence à envisager d’écourter mon séjour. Je dois me rendre en ville et me renseigne pour avoir un taxi. Il me propose de réserver.
20 minutes après, il me fait revenir à son bureau, pour admirer la vidéo pixelisée d’une biche au fond du parc, qu’il a prise ce matin (la vidéo, pas la biche. Quoi que, l’idée m’a traversée, mais je délire). Le menu du soir sera sans doute agrémenté de viande de gibier. La prise de vue est pourrie et l’animal à peine reconnaissable, mais Norman est extatique et je préfère le laisser baigner dans la félicité.
Pendant que j’admire comme si c’était la première fois que je voyais une biche, les pensées les plus folles traversent mon esprit : Pour quelle raison tordue me montre-t-il ce film ? Dois-je faire un parallèle entre la pauvre biche fragile et sans défense et moi?
Il profite de mon silence perturbé pour glisser qu’il a des emplettes à faire et propose de m’emmener en ville. Comment refuser ?
Au bord e la nausée, je fais un sms rapide aux amis pour les prévenir, monte prendre mon sac.
Je pars.
…
Pas de ça avec moi…
Au début, tu étais parfait: beau, calme, tu me donnais tout ce dont j’avais besoin et que l’autre n’étais jamais parvenu à me donner. Le pied.
Je ne me lassais pas de toi, tu pourvoyais au moindre de mes besoins, allant jusqu’à les devancer parfois. Aux anges, j’étais. De temps en temps, j’ai eu l’impression subtile d’être moins bête quand je t’avais à mes côtés. Tu étais si discret.
Tu m’as appris mille choses, dont la moindre n’est pas de circuler sans me perdre. Depuis que je t’ai, je ne suis plus jamais en retard, c’est dire si tu m’as éduquée (bon, il m’arrive d’être en retard encore, nobody’s perfect, mais c’est choisi, dira-t-on).
Les premiers mois, c’était l’euphorie, j’étais tellement heureuse de te savoir près de moi que je me réveillais la nuit pour te regarder, délicatement profilé sous la lumière bleutée.
Et puis, insidieusement, tu t’es mis à changer.
Tu t’es arrangé pour créer une dépendance, tu m’as amenée à m’en remettre à toi pour tout. Petit à petit, je ne me suis plus occupée des autres, ceux qui m’aidaient dans le temps. Je les ai laissés tomber. J’ai oublié jusqu’à leurs noms, leur façon de fonctionner, le besoin que j’avais d’eux, avant. Avant toi.
A la même période, tu as commencé par déconner avec mes messages. C’est pas bien, ça. Je ne sais plus qui m’écrit, qui m’appelle… Les gens pensent que je les snobe, ou que je m’en fout, d’eux… Parfois les infos m’arrivent à moitié, on dirait du code et après j’ai l’air bête de celle qui ne comprends rien à rien. Tu te sens bien, en te comportant de la sorte? Mesquin, va!
Tu as ensuite mis le bazar dans mes photos. Tu en as détruit certaines, caché d’autres, imaginant sans doute que je ne m’en rendrai pas compte, tu me prends vraiment pour une truffe. Si tu crois que ça m’aide à me réconcilier avec toi…
Ca a été le début de la fin. Maintenant, tu fais exactement ce que tu veux, tu vas jusqu’à couper mes conversations téléphoniques! Tyran! Et tu décides d’arrêter de bosser en plus! Rien, je ne peux plus rien obtenir de toi, autrement que par la ruse, les manigances, les coups de bluff. J’ai même été jusqu’à t’astiquer plusieurs fois dans la même journée, sur mon lieu de travail, en plus! Tu imagines? Si quelqu’un m’avais surprise? J’aurais eu l’air de quoi? « si-si, je bosse, là… » Tu parles…
Et ta tenue? La blanche que tu portes tout le temps… dégueulasse… impossible à ravoir, une loque. Tu n’as plus aucune allure, tu crains. Sans compter qu’il faut t’alimenter en permanence, maintenant. Non seulement tu n’en fous pas une, mais tu réclames! Et si ça ne vient pas assez vite à ton goût, tu fais le mort. Ca ne m’inquiète plus, tu sais, j’ai passé ce cap depuis longtemps…
Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Là je te ménage, mais c’est que j’ai besoin de toi. Ca ne va plus durer. Tu ne crois tout de même pas que je suis de celles qu’on réduit à l’esclavage, non?
Arrête de couiner, tu ne m’impressionne plus. A vrai dire, tu m’emmerde. Je peux très bien me passer de toi.
Tant pis. Fallait pas commencer. Tu en as tellement fait que je commence à envisager de m’en prendre un autre, mais mieux choisi cette fois. J’envisage l’iphone, c’est dire à quel point tu m’as gavée…
Mon nom est Personne
Imaginez dix secondes que vous vous appeliez « Personne ». Après tout, il y a bien des gens qui appellent leurs enfants « Jason » ou « Clitorine » (si-si je vous jure je l’ai entendu…).
Sauf que s’appeler Personne n’a rien d’anodin. Vous êtes à la fois « quelqu’un » et « Personne ». Soit, vous êtes ET vous n’êtes pas. Ca ne vous rappelle rien? « Etre ou ne pas être »? Signifiant « Vivre » ou « mourir » dans la bouche de Procrastinateur 1er. Donc, s’appeler Personne revient à vivre au quotidien et depuis le moment où, enfant, on comprend le sens du mot, le dilemme d’Hamlet. Pas cool quand on sait comment il s’en sort…
Quand Personne est en âge de comprendre son prénom, il devient fou. Il est condamné à vivre couché. Personne alité. Personnalité, il devient enfin quelqu’un. Pas mal, non?
Par transitivité, un jeune fou nommé Personne, dès qu’il se couche, devient quelqu’un de connu.
Et par symétrie? Peut-on dire de quelqu’un de connu qu’il est un fou couché? Tout au plus est-il un rat, parce qu’un rat vit au lit. Mais j’arrête, sinon je vais vous perdre et d’ici à ce que vous pensiez que je suis Personne (parce que folle), il n’y a qu’un pas. Chassé. Mais un pas chasse l’autre, à moins que ce ne soit un clou. Qui chasse l’autre. Je frise la folie à cause du bricolage.
Mais friser la folie, ça correspond à quoi, exactement? A prendre des poils sur la tête de la folie et à les tortiller autour de rouleaux. Sauf que ça lui donne l’air con, à la folie, ces rouleaux (si tu ne me crois pas, lecteur-chéri-my-love, essaie un peu, tu verras). Et quand elle est au bout des rouleaux, la folie a l’air con, ça l’énerve. Et une folie énervée, fatiguée, qui plus est avec des bigoudis, ça s’en prend à tout le monde. Ca épargne personne. Ce qui donne une belle piste d’avenir à notre pauvre Personne.
Personne a intérêt à se faire coiffeur.
Mais poursuivons.
Etre Personne est une négation de l’essence même (au sens philosophique du terme. Nier le carburant n’a rien à voir là dedans. Même si, bientôt on circulera grâce à de l’énergie verte, et que nier l’essence prendra un sens totalement différent. Ce qui viendrait à rapprocher Personne de l’or noir, et à les éloigner au profit du tri sélectif. Mais comme personne n’y comprend rien, ça mettrait Personne en situation de grande schizophrénie. Or ou Ordure. Mais l’or, ça dure… Si vous m’avez suivie, je vous apprends que vous venez de gagner un an d’exclusivité sur ce blog et donc, vous voilà heureux comme … Personne! Ouarf, on se marre)
« Je suis Personne » en guise de présentation revient à se renier et en plus à faire une faute de français. Son interlocuteur perçoit Personne comme un pauvre être dénué de considération pour lui et incapable de s’exprimer correctement. Ce qui le mènera à le dédaigner. Et à le traiter comme … personne. Finalement, ça se tient. Sauf si Personne est coiffeur. Parce qu’on ne dédaigne jamais celui qui a droit de vie ou de mort sur votre sens esthétique.
Quand aux situations…
Qui est là? Personne!
Et la porte claque irrémédiablement
Pour qui cette pizza 4 fromages? Personne!
Et hop, de la pizza 4 fromages, Personne n’aura que le fumet
Qui a gagné 1 million au loto? Personne!
Ah… ça c’est la bonne situation!
« Je t’aime comme personne »
Grosse baffe pour Personne
C’est à qui, cette chaise? A Personne!
Qui finira la soirée assis par terre, ou dans un coin, son verre vide (qui veut du punch? Personne!) à la main.
Si jamais Personne trouve l’âme sœur, ça peut donner un dialogue du genre:
Elle J’aime Personne
Lui …ah, donc tu es libre?
Elle Mais non, puisque je te dis que j’aime Personne!
Lui … ah, je vois, tu es égoïste?
Elle Mais non, j’aime Personne et Personne m’aime!
Lui … ah, tu es égoïste et con!
etc, etc…
Donc, Personne est un être brimé, qui ne peut même pas abréger son prénom (Parce que ça donnerait « Persy » et que ça évoquerait immédiatement une tête veau dans son plat. Il vaut mieux être Personne que passer pour une tête de veau (enfin, à mon humble avis) )
« Mon nom est Personne » est aussi un de mes films préférés, dont la musique me fait sautiller comme … mais vous le savez…


