Archives Mensuelles: juin 2019

Chaud de l’ange

Les anges sont ici et

J’ai du bol: Le petit cul moulé dan son tutu bleu d’Ivresse vient juste de disparaître en direction des vestiaires. Le gros n’aurait pas aimé que je boive l’apéro avec son pote sans lui, même si ce n’ont été que deux petites tournées. Je fais comme si je me réveillait d’une sieste, histoire d’éviter la confrontation. Et j’attaque direct avec mon souci du jour.

– P’tain, Oubli, t’es là? Tu voudrais m’aider un peu s’il te plait?

L’ange grassouillet me regarde de travers. Il vient de prendre place sous le ventilateur qui agite ses plumes noircies par la pollution. Sa peau luisante porte les traces de nuits sans sommeil et son justaucorps rouge a été découpé de la base du col au nombril, sans doute histoire de laisser passer un peu de frais. Le problème, c’est que ça laisse aussi passer du bide. Devant nous, l’eau turquoise du bassin olympique s’est parée de petits reflets agressifs. L’eau est si chaude qu’on pourrait distinguer les bactéries en train d’y pulluler. Des yeux jaunâtres d’huile solaire dansent sous un air saturé de mouches à l’agonie. Fascinées, je fixe les petits cadavres ailés qui barbotent en colonie huileuse à la surface du grand bassin.

– Je viens de m’installer, t’es pénible…
– Oui, il parait que ça fait partie de mon charme obscur et vénéneux

Il ricane. Bon, il a raison. La chaleur m’a rendue aussi sexy qu’une épave de barque abandonnée dans le désert. Ma silhouette est vermoulue par les attaques impitoyables de Râ, mes cheveux sont autant de planches blanchies ployant vers le sable brûlant ma peau tannée menace de craquer à tout moment, mes yeux rougis par la pollution pleurent des larmes de poussière et mon souffle rauque alimente à grand peine mes poumons à moitié carbonisés. Je vais crever si la météo ne change pas et je n’ai pas la force de faire une danse de la pluie.

– Ivresse serait plus approprié, c’est de liquide dont tu as besoin.

Impossible d’admettre que j’ai déjà essayé et que l’alcool est en train de former autour de mon cerveau un manteau cotonneux opaque même pas rafraîchissant.

– Tu veux te débarrasser de moi? une goutte d’alcool et je me consume de l’intérieur, je me rétracte et je disparaît… Tu retrouveras un petit tas de cheveux filasse à la place que j’occupe et c’est tout…
– Tu sais, tout ça doit avoir une fin, hein…
– Oui, mais je n’ai pas envie de crever de canicule, je voudrais un truc plus noble. Fais ton job, aide-moi à oublier cette chape de plomb qui m’empêche de réfléchir…

Le khôl ruisselle de ses yeux troublés par la fatigue. Oubli n’a pas l’air très patient, c’est plutôt rare, il a tendance à être bon camarade d’habitude. Il doit y avoir des problèmes entre l’enfer et le paradis. Ou entre le paradis et l’enfer.

– T’es con ou quoi? Tu n’as plus besoin de réfléchir, c’est trop tard. Vous n’êtes pas programmés pour tenir par 45°, c’est tout. Vous allez morfler quoi qu’il arrive. C’est pas la peine de faire comme si rien n’avait changé…
– Hého, moi je trie et je consomme local, j’ai le droit à un nuage…

J’ai l’impression qu’il va s’évaporer de rire. Ma crédibilité de bobo écolo est proche du niveau de la mer (qui monte, mais quand même). Je préfère m’abstenir de poursuivre les revendications. Le souffle coupant du ventilo agite mollement le duvet de ses ailes et fait scintiller ses paillettes. Il serait presque touchant, avec sa rondeur poilue et son maquillage de drag-queen. Je remarque ses pieds nus aux ongles cassés, abîmés par de longues heures de marche.

– Ben tu marches, maintenant?
– Avec cette chaleur, difficile de flotter, mes ailes ont besoin d’une révision et j’ai pris du poids… A force de vous fréquenter, je prends les travers humains, tu devrais t’éloigner un peu, s’il te plait, je préfèrerais rester un concept rassurant…
– Tu es paresseux, c’est tout, tu es le mieux placé pour oublier de manger… Et c’est petit, de rejeter la faute sur l’humanité qui déteint sur ses propres concepts…

La remarque provient d’un type ascétique tout de blanc vêtu, en haut de forme virginal et jogging brillant. Ses cheveux longs sont plaqués en queue de cheval et tient une canne dont le pommeau s’orne d’un crâne de corbeau. Sa voix aigüe vient de me vriller le cerveau, cramant au passage les quelques neurones vaguement actifs qui me restaient. Ses yeux d’albinos semblent lire en moi, le rendant encore plus détestable et surnuméraire.

– Je ne te présente pas Sarcasme…

Le ton est las. Oubli va me péter dans les doigts si je ne le ménage pas un peu. Je décide d’ignorer l’individu blanc.

– Le Vieux, il en pense quoi, de cette chaleur? Il peut agir, non?
– Le Vieux, il s’en fout, si tu veux tout savoir. Il a d’autres problèmes à régler. Il doute, figure-toi. C’est pour ça qu’Ivresse s’est barré, il est parti essayer de Lui redonner un peu d’allant…

La voix de crécelle s’élève à nouveau.

– Soit honnête, Oubli , dis la vérité, Le Vieux ne doute pas, c’est pire… Le Vieux ne croit plus en Lui.

Une mise en abyme comme je les aime, le concept suprême qui s’auto-nie… Il  faudrait que je note pour une idée d’histoire, mais la perspective de mes avant-bras collés au clavier ou au papier me rebute. Tant pis pour la bonne idée. De toute façon, les gens ne lisent plus. Je ne vais pas laisser Oubli s’en tirer comme ça.

– Ah bon? Mais… comment vous allez faire, si même Lui, Il ne croit plus en Lui? Je croyais que ça nous était réservé…
– Oui, vous avez tous les privilèges, nous on ne fait que tenter de vous protéger. Si vous nous niez, c’est normal qu’Il finisse par se nier aussi. Et nous, on va crever, je pense. D’indifférence. Alors que vous… C’est de bêtise, que vous allez disparaître. Et je ne serai plus là pour que vous oubliiez.

J’observe une goutte de sueur couler de la base de mon cou vers mon nombril, je ne vais pas tarder à tomber dans les pommes. Je n’aurais pas dû trinquer avec Ivresse, qui s’est tiré lâchement après la deuxième tournée. La tête me tourne. Il doit faire 38° et pas un souffle d’air, à part le courant chaud généré par ce ventilateur qui fait trop de bruit pour être honnête. Je me fais l’impression d’être un poisson rouge hors de son bocal.

– Bon, super, on va tous crever et le Vieux devient sénile. C’est pour ça que tu as cessé de bosser? Tu abdiques?
– Je suis en train de faire des heures supp’, figure-toi. Bienvenue en enfer, darling.

J’aurais dû m’en douter. Mon dernier souvenir remonte au footing en forêt que j’ai fait ce matin. En revenant, je me sentais mal, Je n’ai rien à faire au bord de cette piscine. J’ai dû avoir un malaise et être transférée directement ici. Il faudra que je pense à poser une réclamation, je me voyais plutôt passer l’infinité à léviter dans l’ouateuse blancheur des cieux. Sarcasme va ouvrir la bouche, mais je suis plus rapide que lui.

– C’est quoi, ces heures supp’?
– L’idée, c’est de vous donner un avant-goût… Avoue que c’est bien fait, on s’y croirait… On a recours à des simulateurs pour que vous ayez une petite idée de ce qui vous attend.

Il a l’air fier de lui. En arrière plan, Sarcasme chantonne Hells Bells en m’observant de ses yeux mesquins.

– Je n’ai pas pas crevé, alors?
– Non, tu es à plat sur le carrelage de ta cuisine. Tu vas te réveiller dans 5…4…3…2…1

Le contact avec le sol me fait mal. J’ouvre les yeux sur le bas de la porte du frigo. Ma main gauche épouse toujours les formes fraîches d’une canette de coca. J’ai du avoir un coup de chaud et tomber. Je regroupe mes jambes flageolantes et me redresse doucement. La tête me tourne. Je m’assied et essaie de reprendre le fil de mes pensées. Sur le mur, le thermomètre indique 42°. Dans ma tête, une seule idée fait le boomerang, entre mes deux oreilles: « ça ne va pas s’arranger ». A la radio, AC/DC parle d’avenir

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L’ours bleu

Il y a un ours au fond du bassin.
J’en suis à ma 15è longueur de 50m et il vient de me faire un clin d’œil et un petit coucou. Il est assis sur les carreaux bleu foncé, à siroter son café, un léger sourire flotte sur son visage et de fines bulles s’échappent avec langueur de son pelage bleu turquoise. La sérénité tranquille qu’il dégage, la tasse de fine porcelaine délicatement tenue au creux de sa grosse patte et le papillon qui volete au dessus de son front altier me donnent envie d’aller le saluer.
Je prends une bonne inspiration et plonge.

Sa grosse silhouette se meut avec une grâce inattendue quand il me tend une tasse de café qu’il propose d’arroser d’un nuage de lait.

– Non, merci, Ours Bleu, je prends mon café noir

La tasse décorée de fleurs et d’un liseré doré brille joliment sous l’eau. L’ours n’a pas moufté et je bois mon café en observant le passage des baigneurs au dessus de nos têtes.

– J’aime bien vous regarder évoluer au dessus de moi, vous volez avec élégance. Ces derniers jours, on voit bien que le printemps est là, vos pelages arborent de plus belles couleurs qu’en hiver. J’adore ce balcon, c’est mon ouverture sur votre monde.

– Tu sais, Ours, on nage plus qu’on ne vole et nos couleurs sont celles de nos maillots de bain…

– S’il me plaît d’imaginer que vous volez et que ces couleurs sont celles de vos poils, tu n’as rien à dire, ne crois-tu pas? Chacun son univers et le mien fluctue au gré de mes envies…

Ses yeux bruns ourlés de cils épais me fixent. Il a l’air gentil, comme ça, mais je crains qu’il ne faille pas énerver l’ours. Je voudrais bien remonter et mettre un terme à cette étrange conversation, j’amorce un geste pour poser ma tasse quand il me prend par la main.

– On est assez restés sur le balcon, laisse-moi te faire les honneurs de mon logis…

Il m’entraîne à sa suite, par une porte dans le mur du fond du bassin. Je le suis, fascinée par le monde qui s’offre à moi. Nous entrons dans un salon classique, canapé de tweed gris, table basse couverte de magasines, quelques vases décoratifs dans lesquels s’ébattent de grosses chenilles, des pots remplis de guitares d’où s’échappent des doubles croches gémissantes et une étagère couverte de livres sur les pirates. A côté de la cheminée où crépite une petite vague, d’étranges personnages dardent sur moi leurs yeux roses.

– Tu aimes? me demande mon hôte avec un grognement de satisfaction, j’ai eu du mal à convaincre le taxidermiste de leur faire ce regard rose, mais je trouve ça plus intense.

Ce que j’avais pris pour des gens assis autour d’une table est en fait une série de têtes humaines remarquablement bien naturalisées, posées sur une large étagère en éponge rouge. Il y a deux hommes assez jeunes, une femme, deux petits enfants et un vieux monsieur. Je crois reconnaître en l’un des hommes le maître nageur du vendredi.

– Tu le reconnais, à ce que je vois, c’est donc que le travail est bien fait…

Son intonation est satisfaite et tranquille. Malgré la douce température de l’eau , je sens les poils se hérisser sur mes avant-bras.

– Je ne suis pas violent, mais les gens qui me cherchent le regrettent vite… Tu veux de la soupe d’étoiles?

J’oublie un instant de me demander ce que ces gens ont pu faire pour énerver l’ours bleu et me concentre sur ce qu’il me tend.

Dans un saladier rempli d’une sombre eau couleur d’obsidienne, flottent de petites étoiles dont l’éclat anime le bord du récipient de flashes lumineux aux couleurs de l’arc-en-ciel.

– La nuit dernière était claire, j’ai pu les cueillir à la surface, tu vois, c’est simple, il suffit de donner un coup de patte rapide et on capture des éclats de jour…

Il joint le geste à la parole, lance son énorme poing vers la surface, effleure au passage la palme d’une mamie en bonnet de bain orné de grosses fleurs de plastique jaune, et en effet, au creux de sa patte bleu foncé, quelques petites particules brillantes se trémoussent en gloussant. Il les pose avec délicatesse dans le saladier, remplit une louche du liquide chatoyant et me la tend. Avec un mélange fasciné d’appréhension et de curiosité, je porte le liquide à mes lèvres pour en boire un peu. Ca a un goût doré, frais. Je descends la louche d’une lampée.

– Je vois que tu aimes… ça fait plaisir, d’habitude, les humains tremblent et gémissent. Toi tu as l’air détendue…

– Ce doit être que je n’ai pas grand chose à perdre, là haut… et goûter une soupe d’étoiles, ça ne peut pas faire de mal…

L’œil du maitre nageur du vendredi semble me suivre tandis que je contourne la table basse pour m’assoir sur le canapé moelleux

– Si ça ne vous dérange pas, Ours Bleu, je vais profiter du calme ambiant pour me faire une petite sieste.

Il me tend un plaid à carreaux et un coussin, avant de sortir en éteignant le lustre, ce que je préfère, car les yeux roses des têtes empaillées me gênent un peu. J’enlève mes palmes pour ne abîmer le tissu du canapé et me prépare au sommeil.

Je sombre immédiatement dans un rêve étrange où les poissons volent en bans autour d’ours aux teintes pastel et où les étoiles chantent des chants traditionnels vikings.

Au petit matin, ma peau fripee par son immersion prolongée émet des démangeaisons impossibles à ignorer. L’ours n’est pas visible et je commence à manquer d’air A contre cœur, je remonte à surface. Le froid me fait tousser et le souffle de ma toux éjecte une quirielle de petites étoiles, dont le goût scintillant nappe ma gorge.

Les bords de la piscine se noient dans la fin de la nuit, il me faut un café.

Une journée ordinaire dans un monde au bord du gouffre

Lecteur-chéri-ma-température-qui-monte, je te sais observateur et te devine atterré par le traitement infligé à la jolie bleue qui nous permet d’essuyer nos pieds sur son tapis de trésors. Mais le genre humain est oublieux et le seul avenir qui préoccupe les masses reste concentré sur le foot, les nouvelles lignes de maillot de bain et la prochaine recette d’ambroisie. Je te le demande, du haut de mes 5 étages avec vue sur des ruches où je devine les abeilles écrasées de chaleur établir des stratégies pour échapper aux bourdons asiatiques, à quoi ça va servir de vivre jusqu’à 120 ans avec la peau lisse comme un cul de bébé si on n’a plus rien à manger, plus d’eau et plus d’air pur? Dans mes pires cauchemars, des cyniques vont mettre en canettes l’air et l’eau, louer à prix d’or les parcelles ombragées et utiliser des déchets humains pour fertiliser le sol (bon, ce dernier point est déjà une réalité, mais ça reste bizarre à imaginer).

Laisse-moi te prédire un avenir pas si lointain.

8h15. Entassés dans des wagons aux allures de pipettes géantes, les salariés décrochent les masques à oxygène et se préparent à un voyage souterrain à grande vitesse de 30mn pour rejoindre leurs cellules de travail. Ils ferment leurs yeux rougis par la pollution derrière leurs casques de réalité virtuelle qui diffusent des images rassurante de forêt, des trilles joyeuses d’oiseaux disparus et en images subliminales, des odes au président-roi.

8h45. 15mn de gymnastique obligatoire: sanglé sur des vélo, les salariés ont pour objectif de produire l’énergie qui alimentera leur poste de travail pour la journée. Ceux qui échouent donneront des heures de leur vie aux patrons. Ceux qui sont trop lourds par rapport aux standards établis par Foofle seront contraints d’y passer leur temps de déjeuner. Les silhouettes sont normées dans le but de ne gérer que 2 tailles. Petit (pour les enfants) et Grand (pour les adultes). Ainsi les usines produisent à peu de frais des standards échangeables et recyclables. Ainsi aussi, noyée dans la masse homogène, l’individualité se dissout, s’altère et fini par disparaître. Les standards ont été basés sur les mensurations du président-roi, diffusées à grand renfort de publicités cool par Foofle.

de 9h à 18h, les salariés devront inventer des mots pompeux à placer dans les power-points que personne ne lira, mais dont la perfection est obligatoire. Le wording est devenu une religion, la faute d’orthographe n’est pas grave, mais le mot inapproprié coûte des heures de vie. Toutes les deux heures, une pause de 10mn permet aux salariés de répéter en boucle les mots du moment, afin de s’en imprégner pour mieux les contextualiser dans leurs supports de communication. Supports destinés à d’autres salariés dont ils ne connaitront que la voix. Selon les bruits, ces voix sont celles d’intelligences artificielles conçues pour remplacer les salaries dont le crédit de vie sera épuisé avant l’âge de la retraite. Age gardé secret, pour éviter que les salariés ne s’y préparent. Selon d’autres bruits, l’âge de la retraite serait corrélé au degré d’épuisement des salariés: un salarié épuisé, improductif, serait immédiatement « mis en retraite », puis conduit aux entrepôts d’humus (soleil vert, quand tu nous tient…). C’est donc la peur qui permet de rester en vie.

12h-13h. Déjeuner en communauté. Les salariés doivent se mélanger entre étages, afin d’échanger sur les mots en vogue. Ceux qui préfèrent s’isoler le peuvent, des livres en libre service leur sont attribué, les 10 premiers du classement Foofle. Ils doivent en faire des fiches de lectures et inciter leurs collègues à les lire. Chaque livre lu en dehors du classement Foofle entraine des pénalités en heures de vie. Les lecteurs sont punis par un effacement de leur mémoire sur les 10 dernières années. Perdus, incapables de rentrer chez eux ou de reconnaitre leurs proches, ils finissent en général par s’éloigner des villes, à la recherche de nourriture.

18h. Détente obligatoire. Les salariés se retrouvent autour de tables de ping-pong et de bols de fraises tagada pour échanger sur les séries télé qu’on leur a attribuées. Plus en salarié est productif, plus il a utilisé les mots adéquats dans ses power-points, plus la série qu’il s’est vue attribuer  fait partie des meilleures séries, suivant un classement Foofle. Il est fréquent qu’éclatent des crises de jalousie, aussitôt prises en charge par des cellules psychologiques où œuvrent des fell-good managers, toujours disposés à offrir un massage relaxant obligatoire.

19h-20h. Les salariés ont le choix entre retourner travailler et participer à des activités libres. Par « activité libre », Foofle entend « concours de tests pour savoir quel personnage de série tu es », « cours de cuisine pour le repas du midi », « cours de yoga-virtuel avec prime d’assiduité à la clef ».

21h. A la maison, les familles se coiffent de leurs casques virtuels pour découvrir le monde tel qu’il était dans les années 2000. Ils ignorent que Foofle a revisité l’histoire, les sciences et les mathématiques. Pour eux, la terre est plate et il est dangereux de sortir des frontières représentées par leurs villes. Ils pensent que le président-roi est immortel et qu’ils sont obligés de lui faire allégeance en lui offrant des heures de vie. La notion de vote a disparu des dictionnaires, qui se bornent aux 50 pages nécessaires pour héberger les 1200 mots autorisés en dehors des power-points. La capacité à synthétiser une pensée à peu à peu disparu. Les familles sont heureuses de ne se poser aucune question et trouvent reposant l’obéissance imposée.

23h. Extinction des générateurs. Les villes sont plongées dans l’obscurité. Les dômes de verre qui les englobent et leur fournissent l’oxygène se couvrent de panneaux anti-radiation. Ceux qui auraient eu l’imprudence de rester en dehors des dômes seront carbonisés par les drones gardien de la paix qui garantissent le calme dont les salariés ont besoin pour produire. C’est ainsi que périssent ceux qui ont lu autre chose que le classement Foofle.

7h. Réveil. Ils ne le savent pas encore, mais entre 7h et 7h13, une faille dans le système permet aux salariés de réfléchir. J’attends le jour où l’un d’entre eux s’en rendra compte.