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Vis de forme

C’était le tour de vis trop.
Comme mû par une vie indépendante, le pistolet est sorti de ma poche et s’est collé contre l’estomac du dentiste.
« Va falloir calmer le jeu, toubib, là c’est limite insupportable. Et vous savez que je peux encaisser… »
‘Faut lui reconnaître un professionnalisme qui confine à la perfection: ses mains n’ont pas tremblé. Le temps s’est suspendu. Nous étions tous les deux extrêmement attentifs au moindre geste de l’autre.
Un geste malheureux de sa part fendait ma gencive et vraisemblablement coupait ma lèvre sur 2 bons centimètres. Sans compte que je pouvais toujours m’accrocher pour faire tenir ma nouvelle (fausse) dent.
Un geste malheureux de ma part et il se retrouvait illico au paradis des dentistes. Si tant est qu’un truc aussi pervers existe. J’avais juste à espérer qu’en tombant raide, il ne plante pas ses instruments tranchants à des endroits délicats de mon anatomie.
Seul le tic-tac d’une ridicule pendule publicitaire troublait le silence glacé qui nous nimbait.
Pendant un moment très court, je dois admettre que j’ai joui de la supériorité que peut conférer une arme à feu. Mais une arme à feu n’est rien face à une fraise. Quiconque a vu « Marathon man » le sait.
J’ai attendu.
La solution ne pouvait décemment pas venir de moi.
« pas la peine de pleurer, toubib »
Mais les gouttes salées qui se répandaient sur mes lunettes étaient de sueur. Sa main droite toujours trop près de ma bouche, il essayait vainement d’éponger le flot qui ruisselait sur son front de la gauche. Il n’avait pas l’air en état, il fallait que je décide pour lui.
J’ai rengainé l’arme d’un geste souple et fermé les yeux. « Je vous laisse finir, mais vous êtes prévenu »
Ce que je n’ai pas dit, c’est que j’avais tellement mal qu’il pouvait bien faire tout ce qu’il voulait, j’aurais pas fait la différence. Je voulais juste que ça cesse. J’étais obligée de lui faire confiance. Ca m’a fait au moins aussi mal de l’admettre.

Pendant 2 jours, je me suis trimballé un mal de clebs et mon estomac était devenu une usine à paracétamol. Le pire, c’est qu’il n’avait pas pu finir le job et que je devais y retourner.
J’y pensais en tirant méthodiquement sur des canettes et des bouteilles de verre. Je préfère le verre, je trouve plus joli le bruit qu’elles font en se brisant. Même si ça m’oblige à nettoyer scrupuleusement après, je préfère quand même. De toute façon, le travail manuel ne me dérange pas, ça me détend.
Quand j’avais quitté le cabinet, le dentiste m’avait serré la main, il avait même eu un pauvre rictus qui voulait mimer le sourire. « A la semaine prochaine, alors ».
La semaine prochaine… Elle me paraissait dans un siècle, la semaine prochaine. Rien que d’y penser, j’avais les jambes qui se dérobaient.

*

La France vient de marquer, 2-0. Incroyable

*

Il était grand, il était gros, je peux vous garantir qu’il ne sentait pas bon le sable chaud.
Sa main étreignait ma gorge depuis trop longtemps et je sentais mes amygdales proches du contact (ce qui est très loin de la normale); les larmes me montaient aux yeux, ma respiration devenait difficile. Dans 10 secondes, j’allais voir ma vie défiler devant moi. Peut-être l’occasion de repérer 2 ou 3 truc que j’aurais pu corriger et espérer avoir un peu de temps pour rectifier le tir. Je ne savais pas quoi faire. Le géant avait posé ses gros pieds sales sur mes mains et mes petites jambes battaient l’air mollement, dans un dernier sursaut. La fin me semblait inexorable.
Sans aucune raison, ma langue s’est promenée sur mes dents et c’est là que je l’ai sentie. La vis. Assez incroyablement, au bord de l’asphyxie, j’ai eu une pensée assez peu civile pour le toubib qui avait été négligent au point de la laisser branler sur ma gencive. Si même sous la menace, on ne peut plus s’assurer un service de qualité, l’humanité va décidemment à sa perte.
Il a suffit que je pousse un peu et la vis s’est retrouvée sur le bout de ma langue. Le reste a été assez rapide. J’ai rassemblé ce qui me restait d’énergie et tout balancé dans ma dernière expiration.
Le gros puant a hurlé et ma gorge a retrouvé la forme que lui avait choisie dame nature. Le regard cyclopéen du gros, stupéfait, a laissé entrevoir le vide abyssal de son cerveau. Le sang giclant de son œil gauche, ses mains s’étaient tout naturellement desserrées pour aller tripoter le liquide rouge et chaud. Il a couiné (comme le dentiste) et j’ai pu m’extraire de son oppressante présence.

*

Quand je suis retournée chez le dentiste, je me suis fait engueuler parce que je n’avais pensé à récupérer la vis. Je n’ai pas eu le cœur d’expliquer au toubib que fouiller un œil encore chaud ne fait pas partie de la façon dont mes parents m’ont élevée. Et j’aime accroire que je suis bien élevée.

*

Bon, la France à gagné. C’est assez dingue.

 

 

 

 

Le petit prince a un rêve

Lecteur-Chéri-Ma-Théière, aujourd’hui nous allons continuer une histoire.
Pour rappel, le début de cette épopée est par là https://geckobleu007.com/2016/05/01/le-petit-prince-a-pas-dit
Si tu n’as pas 5mn pour la lire, je ne t’en tiendrai pas rigueur. Tout ce que tu as besoin de savoir est que le personnage principal est un enfant, petit prince mutique. Il se tient régulièrement au bord d’un bassin habité par deux carpes koï, Roger et Stanislas, qui présentent la particularité de parler (et de ne jamais rater l’apéro). Voilà, tu sais l’essentiel.

En ce moment, Lecteur-Mon-Ami, le petit prince est assis au bord de l’eau, les jambes pendantes, ses petits pieds battant l’air mollement. Il a l’air de réfléchir intensément. Depuis le bassin, les deux carpes observent l’enfant. Stanislas (le plus gros poisson) le fixe de son œil turquoise et dur.
– Tu vois Roger, je ne serai pas étonné qu’il mijote un sale coup, le gamin ! Je l’ai à l’œil depuis plusieurs jours, son air calme me laisse imaginer le pire…
Roger s’éloigne pour faire un tour de bassin, sa façon à lui de s’accorder un temps de médiation. A son retour, il prend le temps de laisser son regard lentement aller de l’enfant à Stanislas avant de parler.
– Tu sais, on pourrait s’en assurer facilement…
– Oui, je sais. Mais j’hésite à te demander ce service.
– C’est bien toi, ça, d’hésiter… Comme si tu ne savais pas à quel point j’adore lire dans les pensées !
– Te trompe pas, j’hésite juste par ce que c’est bientôt l’heure de l’apéro et que je ne voudrais pas me sentir obligé de t’inviter pour te remercier…
Roger glousse et s’approche doucement du gamin, toujours perché au bord de l’eau.
– Allez, j’y vais. Essaye de ne pas bouger, les vaguelettes me déconcentrent…
Une fois Stanislas installé à l’autre bout du bassin et les remous calmés, Roger tourne sa tête corail et blanche vers le petit garçon. Il remue lentement ses branchies pour se concentrer. Pendant plusieurs minute, le poisson reste totalement immobile, comme s’il ne faisait qu’un avec le bambin dont il perçoit les pensées. Roger contrôle le temps, il le suspend et l’étire comme un frêle élastique argenté entre leurs deux esprits. La manœuvre est toujours un peu risquée : il lui est arrivé de se faire happer par des pensées humaines au point de s’oublier et de manquer se noyer.
La ligne argentée oscille au-dessus de l’eau, son extrémité effleurant la tête bouclée du petit prince. Un court moment magique, Roger lit les pensées de l’enfant, il se sent transcendé par la communion qui s’opère. Ses écailles se resserrent et sa respiration ralenti. Il flotte le long du fil argenté qui le relie au gamin
– Alors ?
La ligne se brise brusquement et Roger est propulsé hors de l’eau avec force. Il se cambre et plonge, furieux.
– Mais c’est pas vrai ! Tu peux pas t’en empêcher, hein ?
– Excuse-moi, c’est plus fort que moi. Tu sais bien que je n’aime pas manquer l’apéro… Vas-y, recommence…
– Pas la peine, je sais à quoi il pense.
Le silence s’installe sur le bassin. L’enfant a cessé de remuer les pieds, il a plongé sa petite main dans l’eau et y dessine des ronds de son index potelé. Stanislas n’ose plus poser de questions. Il scrute le dos de Roger, qui s’est retourné comme il le fait chaque fois qu’il se vexe. Un bruit d’eau dans l’eau lui parvient, accompagné d’un son guttural et sombre.
– Tu pleures ?
Roger se retourne, l’échine basse et l’œil torve. Ce sont bien des larmes qui coulent le long de ses joues. Des larmes sucrées de carpes Koï, qui prolongent la vie de celui qui les boit du temps exact de son honnêteté.
– Roger, parle-moi, qu’est-ce qu’il y a? C’est grave ?
Stanislas est tout retourné : il n’a jamais vu Roger pleurer avec tant de désespoir. Il se rapproche de son vieux compagnon pour le réconforter de quelques coups de nageoires. Le poisson hoquette encore un moment avant de laisser échapper, dans un souffle :
– Il veut voler !
La stupeur se peint sur le visage brun de Stanislas. Voler ! Mais c’est bien la dernière des catastrophes ! Ils ne pourront jamais lui apprendre à voler et l’enfant n’aura plus confiance en eux, il va s’éloigner d’eux et ils l’auront perdu à jamais ! Stanislas sent sa gorge se serrer, quand l’éclat mordoré d’une caresse bleue agite l’air au-dessus de leurs têtes. Il éclate de rire.
– On pourrait peut-être demander à Alfred ?
– Alfred ? Oui, c’est une idée… Mais depuis qu’il est sorti de sa chrysalide, on essaie de le choper pour l’apéro, je n’imagine pas qu’il accepte de nous aider…
– Boah… C’est une chasse amicale, sans nous, ce bon Alfred serait gras comme un cochon ! Il devrait nous remercier, au contraire !
La grosse carpe sort la tête de l’eau
– Alfred ! Alfred ! Viens par-là s’il-te-plaît, fais-moi confiance, on ne te veut pas de mal…
Le papillon-dandy, approche, méfiant, et se suspend élégamment à une distance raisonnable de ses deux prédateurs.
-Alfred, on a besoin de toi. Le petit veut voler…
– Quelle délicieuse nouvelle ! Mais je serai raaaaavi de l’aider !
En deux battements d’ailes, Alfred se rend auprès du petit prince, dont le rire cristallin se met immédiatement à résonner. Guidé par le papillon et encouragé par les cris des carpes, l’enfant se met à courir et à sauter. Tendant les bras de chaque côté, il bat l’air de ses menottes, mais il a beau se démener, il ne décolle pas. Après quelques tentatives, il s’assied, tout en sueur, sous un arbre majestueux aux très grandes feuilles en forme de cœur, et pleure en silence. Les carpes essaient de le réconforter, mais leurs paroles amicales restent sans effet.
– Bougez-pas, je reviens tout de suite !
– Il est idiot ou quoi ? Comment on pourrait bouger ? Bon, tu veux quoi pour l’apéro ?
Roger, outré, jette un regard glacial à son ami.
– Comment peux-tu encore penser à te remplir le ventre alors que l’enfant pleure et qu’Alfred, notre seul espoir, a foutu le camp ?
– Chuis comme ça, moi, quand je suis triste, il faut que je mange…
Roger s’apprête à répondre vertement quand deux petits pieds accompagnés de piaillements de joie passent au-dessus du bassin. Les deux carpes, stupéfaites, sortent la tête de l’eau pour découvrir le gamin, équipé de grandes feuilles en forme de cœur, virevolter dans l’air limpide avec le papillon bleu.

Le petit prince a réalisé son rêve.

Roger et Stanislas

Roger et Stanislas

Vision d’extra-terrestre

Lecteur-Chéri-Mon-Œuf-En-Gelée, aujourd’hui, tu es un extra-terrestre. Tu navigues dans ton aspirateur volant (pourquoi toujours une soucoupe ?) à la recherhce d’une planète amie pour conversations philosophiques et plus si affinité.
Comme tu es à la pointe de la technologie sur ta planète (et donc très-très-très en avance par rapport à la nôtre), c’est tout naturellement que tu te plonges dans internet pour te renseigner sur nous. Pourquoi nous ? Parce que tu trouves jolie cette planète bleue. Elle a un air frais et pimpant, vu du ciel. Tu te dis tout naturellement que les habitants d’une boule qui offre de si belles couleurs ne peuvent qu’être de bons candidats à tes aspirations.

Internet ne fait que te conforter dans cette bonne impression :
Tu accèdes aux fiches des habitants de la jolie planète. Elles sont stockées dans ce qu’ils appellent des «réseaux sociaux ». Ca te paraît du meilleur augure. Tout réjoui, tu parcours des milliers de fiches dans lesquelles tu découvres que les « Bleus » (c’est ainsi que tu as décidé de nommer les habitants de la planète de même couleur) sont des gens formidables ! Tous parés des qualités les plus importantes (ils sont beaux, ils sont solidaires, ils mangent bien, ils s’amusent beaucoup entre eux, ils se félicitent de tout sans jalousie ni frustration, ils sont joyeux et dégainent des LOL à tout va)
Leurs codes sont simples : Le pouce levé t’apparaît comme une caresse qu’ils échangent avec enthousiasme. Tu frémis à l’idée de lever ton pouce sur eux et de provoquer ainsi l’amour de ces gens charmants.
Ils sont attentifs aux autres : le nombre de pétitions que tu as vu circuler le prouve. Ces êtres dévoués sont sûrement prêts à t’accueillir bras ouverts,
Ils savent se distraire simplement: une simple sphère blanche et noire les occupe un mois de leur temps durant ! Ils vont sûrement adorer partager avec toi les règles de ce jeu et disputer dans l’allégresse des matches amicaux avec une équipe que tu auras montée.

Te voilà donc, dans ton plus beau costume (des plumes et des paillettes), sur le point de sortir de ton aspirateur. Tu as peint sur ton visage des carrés de couleurs et glissé à tes pieds des cuissardes à plateforme. Ton cœur bat la chamade. Tu poses l’aspirateur sur un de ces beaux tapis verts, (ceux qu’utilisent les amateurs de sphères blanches et noires pour leurs joutes amicales) et tu descends majestueusement au son d’un hymne méticuleusement sélectionné sur internet
https://www.youtube.com/watch?v=6FOUqQt3Kg0

Tu es tellement sûr de ton effet que, les yeux fermés, tu écartes les bras pour accueillir tout l’amour des habitants de la planète bleue. Des larmes d’émotion coulent de tes yeux, ton torse brille de joie et les plumes dont tu as orné ton buste s’agitent doucement dans un vent tiède.

Lecteur-Chéri-Ma-Pêche-Melba, je te laisse une minute de recueillement pour visualiser la scène. Prend une autre minute pour te préparer à la suite…

           Dégage, tapette !
          C’est quoi, ce guignol ?
          Casse-toi, pauv’ con !
Le premier projectile à t’atteindre est une cannette de ce liquide doré et prometteur qu’ils appellent « bière ». Tu trouves leur méthode d’approche un peu cavalière, mais accepte bien volontiers le présent. Tu goûtes le nectar.
C’est dégueulasse et tiède.
Les invectives continuent.
          Dehors !!!
          Fous le camp, dégénéré !
Tu ouvres les yeux et te trouves face à une foule qui a l’air hostile. Ca ne te paraît pas possible, tu dois te tromper, ces cris et ces bâtons ne peuvent qu’être amicaux : tu as pris soin d’atterrir sur un terrain de jeu…
Tu ouvres la bouche pour parler, mais l’émotion t’as fait oublier ton discours de présentation. Tu commences donc autrement
          Amis bleus, mes futurs frères…
Après cela, tu ne te souviens plus de rien.
Tu te réveilles sur un tas d’ordures puantes, ton costume a été déchiqueté, tes plumes cassées. Tout ton corps te fait souffrir. Tu te redresses et aperçois ton aspirateur en pièces. Les bleus se sont hissés dessus et scandent des slogans haineux auxquels tu ne comprends rien.
Autour de toi, des monceaux de détritus, des objets cassés, des gens qui dorment au sol. Ta vision universelle te montres des enfants malheureux, affamés, des pays en guerre…
Tu penses d’abord que ton ordinateur de bord est en train de bugger.
Tu te remémores les photos, les qualités annoncées par ces gens. Ta mémoire cabossée te renvoie des parties de leurs discours de tolérance. Tu doutes, tu ne comprends plus. Tu t’assied pour réfléchir, et là, posé sur des sacs pleins de choses malodorantes, sur des aliments gâchés et des morceaux de verre brisés, la vérité t’apparait.

 Ces gens sont de redoutables ennemis. Leur ruse a atteint des sommets. Toi-même, qui parcours la galaxie depuis des millénaires, t’es laissé abuser.
Le mensonge.
Cette arme est redoutable, il faut les en priver.

Lecteur-Chéri-Mon-Hirondelle, tu te relèves, tu titubes quelques secondes, puis te redresses de toute ta taille. Tu es gigantesque. Tu déploies tes ailes noires et rouges.
Un vent de silence se lève sur la planète bleue.
Tu n’as que deux battements à faire pour raser ce leurre malsain de l’univers.
Je te laisse le choix…

#GustaveDoré #Ange

Gustave Doré, Ange

Une hirondelle a fait le printemps

#hirondelle #tattoo #oldschool #tatouage

– Tiens c’est marrant, j’aurais juré qu’elle était à gauche…
Louison louchait sur l’épaule de Marie, qui venait de se retourner pour essayer une robe
– Ouaip t’as raison, moi aussi ça me fait ça. Ca me fait ça avec plein de gens d’ailleurs…
– Méééé non ! Je te parle de ton hirondelle!
– Mon hirondelle ? oui, elle est à gauche…
Machinalement, Marie jeta un œil dans le miroir. Elle portait ce petit tatouage depuis si longtemps qu’elle ne le voyait plus… Mais là, dans la cabine d’essayage, le jeu des deux miroirs lui renvoyait une image parfaitement uniforme de son dos. Elle toucha son épaule, repoussa la masse sombre de ses cheveux. Non, l’hirondelle n’y était plus…
– Attends, c’est pas possible…
Marie avait beau scruter son reflet, il ne lui offrait pas l’ombre d’une aile. Louison, qui n’avait pas renoncé, faisait se retourner son amie.
– Ahhhh… la voilà ! je ne sais pas comment tu as fait, mais c’est très réussi, aucune trace de l’ancienne…
L’oiseau bleu sortait sa petite tête du jean de Marie tout pile entre un grain de beauté et le nombril. Marie regarda son ventre, stupéfaite. Non, elle n’avait rien fait. Ce n’était simplement pas possible. Pas possible, mais néanmoins incontestable : l’hirondelle s’était déplacée…

Deux jours après, Marie avait cessé de s’interroger. L’hirondelle se déplaçait sur son corps en toute liberté. Elle avait orné le bas de son dos, était remontée sur son cou, avait caressé un sein et semblait s’être stabilisée sur l’avant-bras droit. Tant qu’elle ne s’installait pas sur son visage, Marie avait décidé de laisser faire.

Quelques semaines avaient passé et trouver où l’hirondelle avait élu domicile était devenu un jeu, quand un matin, à la recherche de son oiseau, Marie avait dû se rendre à l’évidence : son corps était exempt de l’encre bleue. Attristée, elle prit l’habitude de déposer quelques graines dans son nombril pour dormir et se mit à attendre.

C’est à peu près à cette époque que les herbes folles, les arbres et les fleurs ont commencé à pousser. Par ses pieds d’abord, puis le long de ses bras et dans son dos. De très beaux dessins, tous à l’encre noire, se sont développés sur elle. Marie s’était mise à ressembler à une clairière, mais elle ne s’en inquiétait pas; quand elle marchait dans les rues, portée par la nature qui la recouvrait, elle se sentait légère et heureuse. Au début, elle cachait les motifs qui ornaient son corps, puis elle décida de les montrer fièrement, les soulignant en arborant des boucles d’oreille en forme d’oiseaux et en décorant ses cheveux de fleurs fraîches.

Un soir, elle avait repéré dans l’un des arbres de son dos qu’un nid se formait. Elle était sûre que son hirondelle allait revenir. Pour lui faire plaisir, elle s’était acheté un collier de fleurettes en pierres multicolores et avait commencé à faire de longues balades dans les bois. Elle avait hâte de retrouver son oiseau.

*

– Maman ! On va se promener ?
– Oui mon chéri, prend ton vélo, mets un chapeau et on y va. Tu veux passer par où ?
– Par le parc, comme ça on s’achète une glace avant d’arriver au bois !

*

Dans le nid, trois œufs à la coquille bleutée avaient fait leur apparition. Marie était radieuse : Elle allait avoir une famille ! L’hirondelle était passée dans son cou et lui avait fait l’honneur d’un détour par ses hanches avant de se mettre à couver. Marie s’était mise à manger sainement et forçait un peu sur les graines. Elle voulait absolument faire bonne impression aux oisillons qui ne tarderaient pas.

Un matin, pressentant l’éclosion et désireuse d’offrir aux petits une belle première image de la vie, elle avait décidé de passer sa journée dans les bois. Son joli collier autour du cou, quelques fleurs piquées dans ses cheveux, elle avait préparé des sandwiches, du citron pressé et des fruits et était partie se promener. Pour fêter l’évènement, elle avait mis ses sandales bleues, de la couleur exacte de son hirondelle.

*

– Oh regarde maman ! des petits bouts d’œufs !
– Ce sont des morceaux de coquilles, mon chéri, il doit y avoir de tout petits oiseaux pas très loin. Si tu ne bouges pas et regardes bien autour de toi, avec un peu de chance tu pourras les apercevoir.
Au pied de l’arbre, il y avait un petit panier de pique-nique et des sandales bleues. L’enfant s’assit sagement à côté, son cornet de glace à la main et commença à scruter les branches les plus proches de lui. Il entendit un léger pépiement et plissa les yeux pour mieux se concentrer.
– Là ! Je les vois !
Trois minuscules hirondelles recouvertes de duvet sortaient leurs têtes hirsutes d’un nid. Impressionné par sa découverte, le gamin retint son souffle. La fragilité des petits êtres qui réclamaient leur pitance à grands cris le fascinait. Décidant de partager sa glace avec eux, il se lèva avec mille précautions et approcha doucement du nid. Un éclair sur le tronc de l’arbre attira son attention.
– Maman ! Viens voir ! Le tronc… il porte un collier…
Le garçonnet pointait son petit doigt maculé de glace vers l’arbre. Un joli collier composé de multiples fleurettes de pierres de couleur était incrusté dans le tronc.

#arbre #tattoo #tatouage

 

 

Stabat Mater Furiosa, de JP Siméon, au Théâtre « le Magasin » à Malakoff, les 2-3-4 Juin 2016

Evidemment, lecteur-chéri-mon-gros-lapin, tu n’hésites pas une seconde: tu fonces sur billetReduc pour prendre ta place! C’est ici, juste là, que tu poses ta souris…. et que tu cliques

 

Le Magasin

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