Un conte (cruel) de Noël

Lecteur-chéri-mon-marron-glacé, je te prie d’éloigner les enfants et toutes les âmes sensibles de ton écran pendant que tu me lis. L’histoire suivante n’est pas à laisser traîner devant tous les yeux…

24 Décembre, 19h30
– Julia –
Je ne veux pas aller dans ma chambre, ils vont encore m’enfermer. Je vais rester devant la télé, bien sage, ils vont sûrement m’oublier. Ou je vais jouer avec ma poupée, ils ne pourront rien me reprocher.

– la mère –
Ma chérie, il est temps d’aller se coucher, demain le père Noël sera passé, il faut le laisser travailler tranquillement!

– le père –
Oui, et il faut dormir tout de suite, être bien sage et laisser les grands seuls

– Julia –
ça recommence, je le savais… je vais me cacher, je ne veux pas être enfermée, ça me fait peur…

24 Décembre, 20h
– La mère –
Elle est de plus en plus difficile, je ne comprends pas… avant elle jouait gentiment et se couchait quand on le lui demandait, sans broncher. Depuis quelques temps, elle est devenue impossible…

– Dieu –
Peut être aussi qu’il faut comprendre que déménager, changer d’école et perdre ses repères, ça l’angoisse?

– le père –
Laisse, elle va finir par comprendre. Occupe toi plutôt des invités, je vais ouvrir une bouteille

– Julia –
Je déteste ma chambre, elle est toute noire depuis l’hiver, j’ai peur. Il y a plein d’ombres, je ne reconnais même plus mes jouets… Et je suis toujours trop petite pour allumer toute seule. Je vais pleurer et ils vont venir, mais ils seront pas contents… ils vont encore dire que je fais des histoires pour rien…

24 Décembre, 21h
– le diable –
Continue de pleurer, petite, tu vas bien énerver tout le monde… plus fort… allez, plus fort ou je donne des dents menaçantes à ton ours préféré, qui va te mordre si tu t’endors..

– Julia –
Mamaaaaan! Papaaaaaaa! J’ai peur, je veux pas rester lààààààààààààààààààààààààààààà!!!!

– Le père-
Non, ne vous inquiétez pas, elle fait ça depuis l’annonce du déménagement, ça va lui passer… quoi? oui-oui, elle est enfermée à clef, ça lui apprend la patience… hein? non, non, elle dort parfaitement bien dès qu’elle a compris qu’on ne rentre pas dans son numéro. Et elle sait qu’on l’aime: on lui a offert la poupée qu’elle voulait!

24 Décembre, 22h
– Dieu –
Pauvre gamine, je ne sais pas comment la consoler… je vais essayer de lui parler…
Il prend la forme d’un oiseau bleu et apparaît sur la commode de Julia Calme-toi, petite, ça va aller!

La gamine contemple l’oiseau avec effarement et se met à hurler de plus belle

– Julia –
Mamaaaaan! Papaaaaaaa! il y a un oiseau dans ma chambre! il va me crever les yeux, j’ai peur! veneeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeez….

Terrifiée, elle saisit son ours en peluche et s’effondre dans un coin de sa chambre, sert ses bras autour de ses genoux et pleure à gros sanglots, l’ours posé à ses pieds.

– La mère – (elle crie depuis la porte laissée fermée)
Ah ça suffit maintenant! tu ne sais plus quoi inventer pour te rendre intéressante! Si c’est comme ça, le père Noël ne viendra pas et tu n’auras pas de nouvelle poupée!

– le diable – (il s’adresse à l’oiseau bleu)
C’est malin, toujours aussi naïf, toi… tu crois quoi? Les gamins n’ont jamais vu d’oiseaux, ça n’existe plus en ville, tu le fait flipper, là… Rhahahahaha!! quel con…

– Dieu –
Peut-être, mais moi je ne me planque pas dans un ours en peluche… c’est pervers, ce que tu fais…

– le diable –
Quoi, père vert? Père rouge, non? Le gros bonhomme va bientôt venir, lui aussi, on va pouvoir se marrer, la gamine va encore plus crever de trouille, regarde la, elle peut à peine respirer…

En effet, Julia hoquette et bave, son petit poing serré dans sa bouche. Elle ose à peine relever les yeux, de peur que l’oiseau bleu ne vienne les lui crever. Elle n’a pas la force d’appeler ses parents et tape des pieds pour les alerter.

– le père – (derrière la porte)
Je te préviens, Julia, le père Noël est à la porte, et il menace de partir si tu ne te calme pas immédiatement!

– le père Noël – (il est passé par la connexion wifi et se tient à côté de Julia)
J’aimerais assez rester en dehors de vos histoires, si ça ne vous ennuie pas… j’ai déjà assez à faire avec tous ces bobos qui ne veulent plus que leurs enfants croient en moi, sous prétexte de je ne sais quelle principe d’éducation… je vais finir par disparaître et tout le monde va me regretter… Coca-cola en premier…

La gamine, étonnée d’entendre la voix du gros bonhomme, relève un peu la tête. La vision de ce barbu énorme, vêtu de rouge et suant sous une hotte de bois pleine de bestioles grimaçantes la terrifie tant qu’elle peut encore moins respirer

– Dieu – (au diable)
Mais arrête avec ces visions de cauchemar, tu vas finir par la rendre folle!

Mais le diable ricane et se laisse pousser des dents acérées. La petite fille, hypnotisée, voit son ours se transformer en monstre. Elle hurle et le jette loin d’elle, puis se cache sous la couette de son lit en gémissant. Le père Noël, ennuyé, s’assied au pied du lit et tente  de se faire tout petit, mais sa sueur dégage une odeur pestilentielle qui commence à envahir toute la pièce. Dieu, qui n’a pas osé quitter sa forme d’oiseau bleu, se cache parmi les décorations de la chambre de l’enfant. Quand au diable, il glousse toujours, bien à l’abri dans la peau de l’ours en peluche.

 24 Décembre, 23h
– La mère –
Vous voyez? Elle a fini par devenir raisonnable… Elle doit bien dormir et demain elle sera debout la première pour se jeter sur ses cadeaux. D’ailleurs, j’aurais dû lui dire de ne pas trop faire de bruit, pour une fois qu’on peut faire la grasse matinée…

– Le père-
T’inquiète, elle est enfermée à clef, on lui ouvrira quand on aura envie… elle peut s’occuper avec tout ce qu’elle a déjà… quel gâchis d’ailleurs…

– le diable –
Parfait… toutes les conditions sont réunies.

Il sort de l’ours en peluche et se dirige vers Dieu, qui n’a pas trouvé d’idée pour sauver l’enfant et a fini par s’endormir. En deux incantations, il condamne Dieu à vivre sous la forme d’un playmobil pompier pour l’éternité (comme il n’est pas mauvais joueur, il a décidé que le sort pourrait être rompu si un enfant a l’idée de déguiser le pompier en danseuse du ventre). Une fois réglé le sort de son principal adversaire, il touche le nez du père Noël qui aussitôt se transforme en boîte à musique, sous la forme d’une petite ballerine en tutu rose pâle à paillettes. Il règle la boîte pour qu’elle joue « Hells Bells« , puis s’approche de la petite fille épuisée qui a fini par sombrer dans le sommeil. Penché sur le visage enfantin barbouillé de larmes, il lui chante au creux de l’oreille un chant satanique. Après quoi, content de sa soirée, il repart hanter les cheminées et les fours restés allumés.

 25 Décembre, 03h
– La mère –
Tu as raison, je vais laisser la porte fermée à clef, j’ai besoin de dormir

 25 Décembre, 08h
– Dieu –
Ah merde, je me suis encore fait avoir. Coincé une fois de plus dans un corps que je n’ai pas choisi… bon, au moins celui-là il est utile. Et les anges vont avoir du boulot, après tout, moi aussi je peux me reposer, je l’ai mérité. De toute façon, dans le ciel ou dans le plastique, je ne sers plus à grand chose…

– le père Noël –
Hell’s bells
Yeah, hell’s bells
You got me ringing hell’s bells
My temperature’s high, hell’s bells

– Dieu –
Qu’est-ce qu’il nous fait comme délire, le gros? Il porte une jupe, maintenant… ben où va le monde… Ah… la gamine a bougé, elle va se réveiller, la pauvre, j’ai encore moins d’idées qu’hier, qu’est ce que je vais faire?

Il tente de sautiller de la table sur laquelle il est posé, en direction de l’enfant, mais la petite se lève et le fixe méchamment avant de le prendre et de le jeter contre le mur. Dieu-le-pompier-playmobil s’écrase entre une fleur et un papillon puis glisse le long du mur et fini sa course dans une boîte de Lego. Les Lego, mécontents d’être éveillés par un jouet d’une autre caste, s’en emparent et le ligotent avant de le condamner au fond de la boîte, d’où ils savent que les enfants ne les sortent jamais.

– Julia –
Mamaaaaan! Papa, je vous prévient, je vais faire brûler ma chambre et vous avec!
… j’vous aurai prévenus….

Elle tend son doigt enflammé vers les rideaux en synthétique (ikea, 25€) et s’évapore en chantant « Highway to No-Hell »


 

Et là, Lecteur-chéri-mon-mon-buisson-de-Noël, tu te demandes quelle est la morale de cette histoire? Elle est simple. Je crois qu’il faut laisser les enfants grandir en paix…

 

 

 

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Publié le 29 décembre 2018, dans Extrapolations, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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