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Finale 2018/ Conversation avec la minceur

Lecteur-chéri-mon-ballon-rond,
Ce matin, j’ai vu un marcassin assis sur un nénuphar et ça m’a donné l’idée d’une performance… (si-si)
Je vais donc, sous tes yeux ébahis, rédiger mon post-bimensuel en écoutant la finale* (et donc tu t’en doutes en y insérant des commentaires subtils liés à l’évènement). Le dommage de la chose , c’est que tu ne pourras pas me lire en direct, mais je fais confiance en ta capacité à gérer des bonds dans le temps pour te resituer.
En préambule, sache que je reviens de la capitale et que les hordes de supporters en BBR, ivres de soleil et le visage rougi par la bière ne provoquent pas chez moi d’élan de tendresse spontané. Il semblerait qu’être fan de foot rend invincible en cas de choc avec de la tôle ou des roues. A moins que ce soit le fait d’être non-fan qui rend invisible (je pencherais pour cette explication). Bref.

Donc, h-10mn.

J’étais récemment sur la plage, avec une géniale température de 28°c, un ciel bleu profond, du sable blanc et une myriade de petits coquillages coupants qui restituent à ce paradis onirique un petit côté réaliste non négligeable. Ca et la crème solaire gluante qui te fait te masser avec du sable.

… moment de recueillement… la Marseillaise résonne en Russie.

La débandade des corps qui se vengent d’avoir été plongés dans l’oubli les 11 mois précédents, blafarde offense au sable fin (qui se manifeste quand même avec ses petits coquillages) et à la beauté des eaux bleues, et dont seules les mouettes ont le courage de rire, me plongeait dans la perplexité.

Coup d’envoi

Je déambulais entre les parasols multicolores, jaugeant du coin de l’œil l’ampleur des dégâts, essayant de me rassurer quand à ma propre débâcle, quand j’aperçus au loin une silhouette mince et allongée, qui avait l’air de voguer sur la plage, les pieds à quelques centimètres du sable. Imparable pour les coquillages. Il me semblait la connaître.
Une fois dans l’eau, après un saut de sirène dans les vagues, je continuais mes observations, bien convaincue qu’à ce stade, une bonne glace rhum-raisins/mangue ne me ferait pas de mal. Après tout, j’étais en train de faire du sport.

Les français ont l’air en difficulté…

Quelques minutes plus tard, j’étais artistiquement disposée sur mon transat, mon petit pot de carton rose sur le nombril, quand j’ai revu la fille. Elle se dirigeait vers moi, son regard émeraude

P’tain! But pour la France!!! Hurlements autour de moi! Ah… un croate a marqué contre son camp… c’est con comme but…

Bon, je reprends… son regard émeraude braqué sur ma petite cuiller. Je précise ici que la dite cuiller était en bois et que je n’avais pas l’outrecuidance de boire avec une paille. Donc, aucune offense, je ne voyais pas ce que me voulais cette pétasse trop parfaitement mince. Je décidais de me dresser dans une indifférence étudiée, aidée en cela par mes lunettes de soleil XXL. Stratégie remarquablement inefficace, vu que la fille s’est installée sur le sable à côté de moi, son postérieur galbé planté dans le sable, ses cuisses fuselées étalées avec un manque absolu de pudeur sous mes yeux, mon bide et ma glace.
– je

P’tain, but des Croates… 1 – 1 , j’en ai coupé la fille…

– peux en avoir?
Un grain de raisin gorgé de délicieux rhum glissa de travers dans mon gosier
– bonjour et vous êtes qui, pour que je vous donne de mon goûter?
– je croyais que tu m’avais reconnue..
– oui, j’ai la légère impression de vous avoir vue dans une vie antérieure, mais je ne vous remets pas bien…
– tu m’étonnes… je suis le genre de fille dont on cherche la compagnie, mais dès que je m’approche, les gens me snobent… ils ne m’aiment pas, malgré tous leurs efforts pour m’apprivoiser…
– Ben j’vois toujours pas…
Je n’aime pas trop le mystère et ma glace fondait, il fallait que je me débarrasse au plus vite de cette fille au ventre plat.

Penalty ou pas penalty? … penalty… je retiens mon souffle…

– Allez, soit sympa, donne-m’en une bouchée…

Griezmann vient de marquer!

– Bon, vu que Grizemann vient de marquer, je me sens d’humeur à te donner de la glace
Et je lui concedais un peu de ce rhum succulent.
– Merci. J’en mange rarement, je ne peux pas trop me le permettre.
Je m’en fous, moi, de ton régime de fille de rêve, si tu pouvait quitter mon coin d’ombre…
– tu ne me remets toujours pas?
– …
– Ah… merci de ne pas parler la bouche pleine… je suis la minceur. Enchantée.
Elle me tendit une main délicate aux doigts fins et à la peau veloutée. La minceur? mais qu’est-ce qu’elle racontait?
– Admettons… Et pourquoi vous me visitez, moi?
– Avec ta glace posée sur le ventre, même pas du sorbet, tu es plus vulnérable, c’est dans ces moments-là que je peux aborder les gens. Je sais, c’est pas joli-joli, mais vous me traitez mal, aussi…
– Comment ça, on te traite mal?
Là, je faisais genre, mais j’accusais le coup. Quoi, ma glace? Si sous le prétexte fallacieux que je devrais me nourrir de tofu et de graines je ne peux même pas me faire plaisir de temps en temps, où va le monde?

C’est la mi-temps. Quelle émotion, je vais me remettre avec de l’alcool fort. Tant pis pour la chaleur, je serai raccord avec les fans.

– Tu ne vois pas ce qu’on me force à faire? Le coup des régimes en Juin, des jours de jeûne, du maillot en Juillet, du tofu, du sport pour galber tout ça… je n’ai rien demandé, moi. Tout le business monté autour de moi, c’est insupportable… C’est comme l’histoire, elle est écrite par les vainqueurs. Ben la minceur, elle est écrite par les gros!
– ?
– Fais pas la naïve, regarde autour de toi, la plage c’est l’endroit idéal. On ne peut plus rien faire, rien cacher, c’est trop tard… Ce sont les gros qui gagnent… Si on était au moyen-âge (et je te prie de croire que par certains côtés on y revient), je finirais brûlée et noyée et on m’enfoncerait dans la gorge des frites Mac Do pas cuites…
La fille pleurait, ma glace fondait, ornant mon haut de maillot de tâches beiges, de petits halos de chaleur montaient du sable, le soleil cognait impitoyablement et la mi-temps finissait.
– Les gens me détestent. Le pire, c’est que ceux qui me sont fidèles (et ils sont de moins en moins nombreux) sont en danger eux aussi. On les conspue, on se moque d’eux. Regarde, cet été il y a des pervers qui ont fait des pubs pour de la bouffe en partant du principe que le « summer-body » c’est déjà trop tard…

c’est reparti!

– Tu pourrais au moins faire attention à ce que je te dis!
– ?
– Je croyais que tu t’en tapais, de la finale?
– Oui, mais quand même, c’est difficile de faire sans…
– OK, mais reviens à moi STP, là il ne se passe rien!
Elle avait raison. C’est mou, ce début de seconde mi-temps.
– Donc tu déprimes, c’est ça?
– J’avais pas vu ça comme ça, mais oui. Je suis menacée d’extinction, ça finit par me taper sur le système, tu vois. Bientôt on me taxera de maladie et on gavera les gens comme des oies. Remarque, il faut bien trouver un truc pour dépeupler un peu, sinon bientôt la planète va vous gerber d’elle-même…

A la radio, ils disent que les français font n’importe quoi… d’un autre côté, le monde entier a les yeux braqués sur eux. Pas facile, comme situation.

– Eh? Tu m’oublies encore! C’est vexant, pour une fois que j’ai un droit de parole!
Ce qu’elle ne peut pas savoir, c’est qu’il m’est impossible de l’oublier. Elle est une injonction de chaque minute, une ceinture qui écrase le ventre, une couture qui pète,

Ah… des hommes envahissent le terrain. La grande classe, ce sport…

un sentiment de culpabilité rien qu’à regarder les pâtisseries en vitrine, une obligation d’aller courir pour se débarrasser du dîner trop arrosé de la veille, etc etc, tu vois ce que je veux dire, lecteur-chéri. Elle avait raison, on voudrait la célébrer mais on la hait. Et par capillarité, on hait tout ceux qui la célèbrent et lui ressemblant.
– Tu vois? Même toi qui écoute le foot au lieu d’écrire, tu es d’accord avec moi… Je vais te laisser, tu me désoles…
– Tu préfères pas écouter la fin de la finale avec moi? Au point où on en est…
– OK, mais tu me sers un peu de ce rosé frais à la délicate couleur d’été
Je lui tendit un verre, et la regardais

BUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUT!! Mon immeuble va s’écrouler sous les piétinements et je vais prendre mon voisin du dessus sur la tête!

– Tu vois, tu as bien fait de rester…
– C’est fou, ce sport ne m’intéresse pas et oui, je vibre avec eux… ça me change les idées. Pas mal, ce petit rosé…

Kylian Mbappé vient de marquer le 4è but et mes voisins vont perdre la voix. Tout le monde devient hystérique autour de moi, ils sont dans un état d’euphorie alcoolisée hyper-flippant. Ce soir, pas bouger.

– Tu ne m’avais pas habituée à ce silence…
– Je me laisse envahir par ce sentiment incroyable de communion planétaire, pour une fois que la bière et les chips ne vont pas faire directement allusion à moi…

Je n’ai pas compris, mais il vient de se passer un truc… But Croate de la faute du gardien français? Boah… une connerie de chaque coté, ça équilibre…
Oui, j’admets, j’écoute le match.

– C’est pas très sympa, mais je comprends…
Elle finit son verre, je suis sûre qu’elle est un peu ivre. Je le vois à la coloration rose qui orne ses joues diaphanes, avec un peu de chance, demain elle aura un petit bourrelet aux hanches…

5mn additionnelles. Ce truc n’en finit pas de finir

Le match est fini, la France a gagné, les Champs Elysées vont se remplir et les bouteilles et les cerveaux se vider. Chez moi c’est le délire.
Elle se lève, me fait une bises en me recommandant de continuer à penser à elle et repart la tête basse accomplir ce qu’on attend d’elle, s’enrouler autour des hamburgers et des frites des plagistes.
Je n’aimerais pas être à sa place…

Sous ma fenêtre, des gens passent en hurlant, des drapeau à la main. On dirait bien que, eux aussi, ils se sont entraînés toute l’année pour gagner…

Voilà, fin de la performance, je poste. En non, je ne vais pas sur les Champs.

* petite précision à l’attention de ceux qui sont dans le futur et qui me liront un jour (ou des aliens), il s’agit de la finale de la coupe du monde de foot, France-Croatie 2018.

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Fin de règne(s)

Lecteur-chéri-ma-transcendance,

Est-ce le solstice d’été, le point-virgule formé par l’avenir ou l’abus de substances déconseillées, va savoir… toujours est-il qu’affleure une ondulance de l’âme sous forme de carrés blancs sur fond de bandes bleues et rouges. La géométrie m’émeut.  La ronde souplesse du cercle, la désespérante fragilité de la ligne, l’infinité du point comme autant de promesses d’égarements.
Ces cubes crème onctueux flottant dans une linéarité sanguine offrent une perspective onirique intéressante. Et j’ai du temps, luxe absolu à l’heure du tout connecté.
Mais encore ? Me diras-tu, à l’affût d’une de ces fulgurances de l’esprit qui réjouissent ton esprit vrillé par le foot.
Ben, en ces temps où les insectes disparaissent et où les oiseaux meurent, où les tortues mangent des sacs en plastique et les enfants des fromages en plastique, un peu de rêve cubique, ça soulage.

Parce que, si on fait fi du cube, reste la pensée, ma caille, que les oiseaux seront sous peu un souvenir et les insectes tous mangés (vu qu’il semblerait que ce soit l’apport protéiné du futur, avoue que ce serait dommage, même si j’admets que l’idée d’un sandwich aux fourmis titille assez moyen mes papilles).
Que nous restera-t-il pour survivre ?  Du beau pour les yeux, et pour l’estomac, à part le cannibalisme, je ne vois pas… Mais ça te dirait d’avaler un morceau de ton voisin de bureau, un doigt de ton contrôleur fiscal ou une oreille grillée de ton concierge tout en regardant le cultissime « Brazil », ode aux années à venir?

Ici, on laisse le temps à l’imagination de créer les images qui vont bien. Je veux dire le sandwich d’oreilles et la salade d’empreintes digitales. Pour Brazil, comme, toi qui me lis, tu es la classe incarnée, tu ne peux que l’avoir déjà vu.

A l’aune de ce choix cornélien : « aimer les volants, mastiquer les rampants » ou « te nourrir de ton prochain », la fragilité des lignes et des courbes prend un sens nouveau. Perso, je préfère prendre la poudre d’escampette sur une ligne de fuite, glisser à l’infini sur une parallèle ou m’enivrer à force de parcours sphériques que de croquer dans un corps mou et blanc.
Quant à un monde sans bestioles, je t’invite à revenir aux fondamentaux (Soleil vert ou Blade Runner, par exemple).

Quand les abeilles s’échangeront à prix d’or sur le Dark Web, quand le ver de terre sera intronisé « animal de compagnie », la vie sera moins sympa. (Au passage, je me demande si les grandes marques vont inventer des tenues de pluie pour ver de compagnie…). La planète surchauffée pleurera tempêtes et typhons, se vengera en détruisant les édifices humains, dérisoires boucliers face à la fureur naturelle. L’homme (et par extension la femme) sera condamné à l’errance sur des terres arides dépourvues de toute substance comestible. M’est avis qu’il ne résistera pas longtemps. Elle non plus.
Seules de fragiles traces de civilisation attesteront du passage de l’homme (et par extension de la femme) sur la planète bleue.
Vu du ciel, ce ne seront que lignes et points. La géométrie comme témoin ultime de notre passage. Et la sphère conclusive de ce post sous influence.

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