Ma vie industrielle / De l’empire à la zone

L’espace d’un week-end haut en couleurs et émotions, j’ai eu la chance de me retrouver impératrice …oui… ce fut fun…
Mais à peine quelques heures après la fin de mon empire, je me suis retrouvée propulsée dans l’univers beaucoup plus terre à terre du nomade professionnel. 5h du mat’, j’ai des frissons, je claque des dents et je dois me lever… quel contraste… 6h du mat la gare, 8h du mat’… j’arrive à l’heure  à laquelle je me lève habituellement. Mon organisme traumatisé en portera les stigmates toute la journée… cheveux en berne et œil de hibou, teint de papier mâché et bâillement irrépressible. Dur de passer de la scène à la zone…

Pour commencer, le carrosse. Non content d’être peu confortable, très bruyant et peuplé de la façon la plus plébéienne qui soit, il était annoncé à une heure indécente.
A l’arrivée, le petit personnel, à peine aimable,  a ostensiblement refusé de porter ma malle. Ce n’est pas faute d’avoir fait semblant de ne pas comprendre le message du coffre grand ouvert et de l’absence malpolie de réaction… le laquais de basse extraction à fini par cracher du bout de ses lèvres gercées « je vous laisse prendre votre valise », comme si le contact avec celle-ci allait salir ses mains de fermier…
Une fois rendue au manoir, sans aucun égard pour ma haute personne, les valets n’ont pas daigné me sustenter ; il a fallu réclamer un breuvage de bienvenue…
La suite a été du même tonneau, sièges indécents, espace vital limité, conversations sans cesse interrompue par de barbares manants aux extravagantes tenues campagnardes.
Le moment du déjeuner fut à l’aune de l’accueil… Venons-en donc un peu ici à l’aspect alimentaire de ce séjour chez les manants… comment dire… chacun a ses souvenirs de cantine, plus ou moins heureux. En ce qui me concerne, le souvenir le plus ancré est le jour ou je me suis rendue compte que la « langue de bœuf » ben c’est … de la langue, qui provient d’un boeuf… le choc fut vif ; je ne n’ai plus jamais absorbé et encore aujourd’hui un (trop) grand nombre d’années plus tard, un vague écœurement revient à l’évocation de l’image horrible qui m’a immédiatement traversé l’esprit à l’époque ; par égard pour mon nombreux lectorat, j’arrête là… Souvenirs de cantine, donc. Mais au moins, petits, c’était fun, les batailles de purée et joutes de spaghettis. Adulte, on a appris qu’il ne faut pas jouer avec la nourriture. Et en compagnie de personnes que l’on ne connaît pas encore moins.
On absorbe donc avec  componction et la bouche en cœur des trucs brillants d’huile, réchauffés 10 fois ou racornis sur le dessus. Au bout de 48h, l’organisme gonfle et se ramolli, je le garanti…

Le soir venu, à la place d’une réception en l’honneur de mon déplacement en ces territoires reculés, on me jette sans ménagement dans une cabane à peine chauffée, gardée par un cerbère aux entournures à la féminité relative et peuplée de gnomes putrides au regard lubrique et à l’haleine chargée ; en guise de divertissements, je ne dispose que d’une boîte à musique qui diffuse d’assommantes rengaines à peine compréhensibles. Les gens contenus dans cette étrange boîte s’agitent et se gaussent sans raisons apparentes. Leurs faciès vulgaires me répugnent, j’éteins.

Après une mauvaise nuit agitée, la seconde journée fut, sans surprises, à la hauteur de la première.

Mon sang s’est remis à circuler dès que mon pied a touché le sol salvateur du quai de la gare Montparnasse. Ah, l’odeur de la capitale…

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Publié le 15 décembre 2010, dans Ma vie industrielle. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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